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Full text of "Histoire d'un voyage fait en la terre du Bresil, autrement dite Amerique. : Contenant la nauigation, & choses remarquables, veuës sur mer par l'aucteur: le comportement de Villegagnon, en ce païs là. Les meurs [sic] & façons de viure estranges des sauuages ameriquains: auec vn colloque de leur langage. Ensemble la description de plusieurs animaux, arbres, herbes, & autres choses singulieres, & du tout inconues par deça, dont on verra les sommaires des chapitres au commencement du liure. Non encores mis en lumiere, pour les causes contenues en la preface."

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3Wm Carta* jôntton. 







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1 



H ï S T ï T^e 

D'VN VOYAGE 

FAIT EN LA TERRE 

D V BRESIL, A V T K E- 

ment dite Amé- 
rique. 

Contenant la nauîgation* & chofes remar- 
quables ,veuè s fur merparlauEleur:Le compor 
tement deVillegagnon*en ce vais la. Les meurs 
& façons de viure efir anges des Saunages A- 
meriquains : auecvn colloque de leur langage* 
Enfemble la defer iptton de plufiem s Animaux \ 
Arbres* Herbes* & autres chofes fin gulieres, 
&du tout inconues par deçà* dont on verra les 
fommaires des chapitres au commencement du 
liure. 

Non encores mis en lumiereypour les caufes 
contenues en la preface. 

Le tout recueilli for les lieux par iean de 

LERT natif de la Maroelle > terre 

de fain lï S encan Duché' de 

Bourgongne* 

Seigneur , ie te celebreray entre tes peu- 
ples, & te diray Pfeaumes entre tes na- 
tions, ps e av. cviii. 

HPowzAritoint Chuppin* 
M, D. LXXYluP 



»*- .-™L1 — " y T " 






A ULVSTRE ET PVIS- 

S AN T SEIGNEVR, FRAN- 
ÇOIS, Comte de Colligny, 
Seigneur de Cha- 
ftiiIon,&c. 




QO-N SIEVX^j parce que 
\ Vheureufi mémoire de celuy -par 
i le moyen duquel Dieu m a fuit 
j voir les chofis dont ïay bafti lit 
i pre Je rite Hiftoire-ime conuie d'en 
fhire recognoijfance, ce ri eft pas fans eau fi puis 
que luy auel^fuccedé queiepren la hardiejfe de 
vous la pre finter. Comme doneques mon inten- 
tion efi perpétuer ici la (ouuenance d'vn voyage 
fuit expreffément en V ^Amérique pour eft a- 
hlir le pur (eruice de Dieu, tant entre les Fran 
cols qui s* y eftoyent retire's, que par mt les S au-* 
uages habit ans en ce pays la : aujfi ay-ie eftimê 
eftre de mon deuoir: faire entendre a la pofleri- 
te\ combien la louange de celuy qui en fit la 
caufe & le motif doit eftreaiamais recom^ 
mandable. Et de fait ofant affeurer quilne Je 
trouuerapar toute Pat iquité quily ait iamais 
eu Capitaine Francois & Çhrefiien , qui tout 
a vne fuis ait eflendu le règne de Iefus Chriji 
Roy des l{ois , & Seigneur des Seigne urs> 
& les limites de fin 'Trince Soulier ain en pay s 
fi lointain, le tout confidere comme il appar- 
tient qui pourra dffel^ exalter vne fi fain- 

a z 






| 



te& vrayement héroïque entrcprinfet Car. 
quoy qu aucuns difent-> veu le peu de temps que 
ces chofesont duré* & que ri y eft am a prefent 
nonplu* denouuelle de vraye 1{jligion que du 
nom de Francois pour y habit er^qu on ri en doit 
faire eftime:nonobftat telles allegations^ ce que 
tay dit ne Imjfe pas de demeurer tou/ïours 
tellement vray , que tout ainfi que lEuangile 
du fils de Dieu à eft é de nos tours annoncé en 
eefte quarte partie du monde dite Amérique, 
aujji eft- il très certain fi l'affaire euft efté aujjl 
bien pourfuiui quil auoit efté heureufemenf 
commencé ^ que Tvn & l'autre Règne ffiri- 
tuel 5 & temporel , y auoycnt fi bien prins pied 
denoftre temps, que plus de dix mille perfon- 
nés de la nation Franfoije y feroyent mainte- 
nant en au ffi pleine & feurepoffejfion pour no- 
ftre %jy<> que les Espagnols & Portugais y 
font au nom de s leur s* 



Tartant finon quon voulut imputer 
aux zApoftres la deft rull ion des Eglifes qitils 
amyent premièrement dreffees : & la ruyne 
de V Empire T^omain aux braues guerriers 
qui y auoyent ioints tant de belles Prouinces^ 
aujjipar le femblable ceux eftans louables qui 
auoyent pofé les premier f fondemcs des chofes 
queiay dites en V Amérique •> il faut attri- 
buer la faute & la difcontinnation , tant a 
Uillegagnon qua ceux qui auec luy au 
lieu ( ainfi qu'ils en auoyent le commandement 

& 



& auoyent fait promeffe ) ctauancer tkuure 
mt quitté la f or tereffe que nous anions bafite* 
& le pay s quon àuoit nommé France Antar*- 
ilique aux Portugal qui fy font tresbisn ac- 
commodez • T ellement que pour cela ilnelair- 
ra pas d apparoir a iamais que feu d'heur eufe 
mémoire Cjafpard de Qolligny admirai de 
France voflre tresvertueux psre, ayant exe- 
cute' (on entre prmfe par ceux quil enuoya en 
T Amérique •> outre qu'il en auoit affuietti vne 
partie a la Couronne de France h fit encore 
ample preuue du %ele qu tl auoit que î Euan~ 
gïle fut non feulement annoncé ' p ar torn ce 
IR^yaume > mais auffi par tout le monde vni- 
Her Je U ^ 



Voila MonfîëUfïMmmé en premier lieu* 
voHsconfîderant feprefenter la perfonne de cefi 
exceliet: Seigneur ^duquel pour tant dalles gene 
reux la patrie fir a perpétuellement redeuahlet 
s ày publié ce mie petit labeur fotu vofire autori 
te <I oint que par ce moyen ce fer à à vous auquel 
Theuet aura non feulement a rèfpondre, de ce 
qit en general & autant quil a peupla con- 
damne' & calomnié Id'Cà&fe pour laquelle nom 
ffmés ce voyage en V Amérique , mais aujfi de 
ce qii'en particulier parlant de V ^Admirante 
iî France en fa Qofmogtaphie il a oféabbayer 
cmire la renoînmee^fonéfuï & de bonne odeur 
à tms gens de bien y de celuy qui en fut la 
«ttgtia " 

* S 




T>auantage Monfieur voflre confiance & 
magnanimité en la defence des Eglifis refor- 
mées de ce %oyaumc> fkifant iournellement re 
marquer combien heureufement vous fry ue\ 
les traces de celuy qui vous ayant fubflttué en 
[on Ueufoufienat ce fie mefme eau fi, y a efpandu 
iufques a (on propre fang : cela di-ie en fécond 
lieu m ayant occajtonlxenfemblepour recognoi 
fire aucunement le bon & honnefte accueil que 
vousmefifies enlaville de Berne, enlaquelle 
après ma deliurance du fie ge famélique de San 
terre ievous fus trouverai ay efié du tout induit 
de madrejfer droit a vous. Iefcay bien cepen- 
datqu* encores quehfmet de cefie htftoirefoit 
tel ', que ill vous venoit quelque s fois enuie d'e& 
ouir la lefture •> tl y a chofis ou vous pourries 
prendre plaifir y nemtmoiris pourtefgard du 
langage , rude & malpoli , ce riefioitfasaux 
cretlies âvnSeigneurfi bien infiruit des fm bas 
aage aux bonnes lettres que ie le deuois faire 
fonner. Mais majfeurant que par voflrenatu* 
relie debonnairetè-jeceuant ma bonne afeiïwn 
vous fufporter es ceJeffaut , ie ri ay point fuit 
de difficulté d'offrir & dédier ce que laypeu 
tant a lafiintle mémoire du père ^que pour tef 
moignage du treshumble feruice que ie de fire 
continuer aux eufans. Surquoy 

<sJMonfieur ie prieray V Eternel quauec 
Meffieurs vos frères & ^Madame de Teli- 
anivoftrefeur (plantes portans fruits dignes du 
tronc d'où elles font iffues) quen vous tenant en 

fafaintle 




fiintte protection, il béni ft [& face proférer 
de plus en plus vos vertueufes & genereufes 
aftions. £e vingtième de Décembre 9 mil cinq 
cens foix 'ante & dixfept. 



Voftre treshumble & aflfe&ionnc 
feruiteur, DE LERY- 



^d lean De leryfurfon difcokrs Je 
ÏHiftoirede l'Amérique. 

fhonwe cehii^la qui au tielmepoiirmeine 

Et d'ici méfait voir ces tantbeaux momemem 

leprife aufsi celuy qui Çcait des Elemens. 

Et la force 3 & V effet ^ menfeigne leur peint, 

4e, renter d celuy qui heurenfemem peine 
Four de terre tirer diners medicamens: 
Mais qui me met en m ces trois enfeignemem 
Emporte a mon aduisyne louange pleine. 

Tel eft ce tien labeur^ encores plus beau 

De Lery^qui nous peins vn monde toutnouued* 
Et fin ciel^fon eau 3 & fâ terre } &fes fruits 

Qui fans mouiller le pied nous trauerfes l'Afrique 

Qmfans naufrage &> peur nous rends en £ J/lmen<fâe> 

Deffous legouuermul de ta plume conduits 

t* Damait itfj. 



f\ Meletà M. De Lery fou 
jingulier amy* 

Ici (mon de Lery) ta plume as Couronnée 
À de fer ire les mœurs, les polices &> loix: 
les S auuages façons des peuples & des Roys 
Du payS)inconeu à cegrandPtolomee. 

Ifousfaifantveoir deqmy telle terre efl ornée. 
Les animaux dîners errants p~rmy lesbois 
ILcs combats très cruels^ les braues barnoh 
De cefle nation brufquement façonnée. 

JN ons peignant >on retour du ciel ^4meriquain, 
Ou tu te vispreffé dîime rageufefaim 
Mais telle fdmhela* ne fit fi dure guerre 
Ni la faim de Iuda^ni celle d'ifrael 
Ou la mere commit l'acte énorme & cruel 
Que celle qu as ailleurs e fer he de Samerre, 



Sonet* 

^IeanVeLery^furfon hifiofre 
del* Amérique. 

Malheur eft bon (dit- on) à quelque chofe. 
Ht des forfaits naifjent les bonnes Loix» 
J>e ce Lery 5 Ion yoidà leftefois 
Vreuue certaine en tonhiftoire enclofe. * 

Fureur 3 menfonge y & la guerre difpofe 
y ' îllegagnon,ïheuet)& le Francois. 
^/t retarder de ta plume la y oix y 
Et les dtfcours tant beaux quelle propofe. 

Mai* ton labeur -^"vn courage initomté? 
Tous cesjffhrts en fin a furmonté: 
Et mieux paré deuant tous il fe range. 

Comme cieuxjerre-yhommes &ï faits dium 
T u nom fais y oir^ainfi party ntuers 
Yole ton liure g? y vue ta lauange. 



PREFACE- 




OVRCË qu'on fe pour- 
roit esbahir , qu'y ayantdix 
huit ans paffez que i'ay fait 
le voyage en l'Amérique? 
i'aye tant attendu de mettre 
celle hiitoire en lumière, i'ay eftimé en 
premier lieu eftre expedient de declarer 
les caufes qui m'en ont empefché.Du cô- 
mencement que ie fus de retour en Fran- 
ce , monftrant les mémoires que i'auois, 
laplufpartefcrits d'ancre de Brefil & en 
l'Amérique mefme, contenans les chofes 
notables par moy obferuees en mô voya 
ge : ioint les récits plus au long que ie fai 
fois de bouche à ceux qui s'en enque- 
royentj ie n'auois pas délibéré de pafler 
plus outre ni d'en faire autre mention. 
Toutesfois quelques vus de ceux auec lef 
quels i'enconferois fouuent, m'alcgans, 
qu'afin que tât de chofes qu'ils iugeoyet 
dignes de mémoire ne demeuraient en- 
feuelies,ie les deuois rédiger plus au ]6g 
& par ordre, à leurs prières & folicita- 
tions,dés l'an I563. enrayant fait vn affez 
ample difcours,qu^m'en allât du lieu ou 
i'eftois ie laiffay ^preftay à vn bô perfon 
nage:iladuint qu'ainfi quç ceux aufquels 
il Pauoit baillépour le m'aporterpaiïoyet 
à Lion leur eflant ofté à la porte de la vil- 
le, 



PRÉFACE. 

Ie,ilfut tellement efgaré que quelque di 
lieéce que le peuffe faire , impossible me 
fut de le recouurer. Partant faifanteftat 
de la perte de ce Hure , ayât quelque teps 
après retiré les brouillars que l'en auois 
laiffe à celuy qui le m'auoit tran lent , le 
fis tant, qu'excepté le Colloque du lang* 
«re des Sauuages qu'on verra au vingtiè- 
me Chapitre ( duquel moy n'y autre n'a- 
uoitcoppie)ie mis derechef le tout au 
net. Mais quand ie l'eus acheue , les con- 
fufions furuenans en France fur ceux de 
la Religion, moy eftant pour lors en la 
Charité fur Loire,afin d'euiter celle fu- 
rie quittant à grand hafte tous mes hures 
& papiers pour me fauuer à Sancerre : le 

tout pillé incontinent après mon depart 
ce fecod recueil Ameriquain s'eftât ainli 
efuanoui, iefus pour la féconde fois pri- 
ué de mon labeur. Cependant comme ie 
faifois vn iour récit à vn notable Sei- 
«reur de la premiere perte que i'en auois 
faite à Lyon,luy nommant celuy auquel 
on m'auoit eferit qu'il auoit efté baillé, il 
en eut vn tel foin,que l'ayant finalement 
r,etiré,ainfi que l'an palTè. 1576". iepaffois 
en fa maifon il le me rendit.Voilacomme 
jufques à prefent ce que i'auois eferit de 
l'Amérique, m'eftanttoufiours efchappé 
des mains n'auoit peu venir en lumière. 
Mais pour en dire le vray , il y auoit 



P R E F ACE* 

qu'outre tout; cela ne fentant point en 
inoy les parties requife^ pour mettre à 
bon efacnt la main à la plume,ayant veu 
dés la mcfme année que ie reurns de ce 
pays là, qui fut 1558.1e liure intitulé Des 
Singularité* de l'Amérique, lequel mô- 
îieur de la Porte fuyuant les contes &me 
moires de frère André Fheuet,audit dref 
fé & difpofé, quoy que ie nignorafTe 
point ce que monfieur Fumée en; fa pre- 
face fur Thiftoire générale des Indes , a 
fort bierï remarqué: aflauoir que ce iiûré 
des Singularitez cil ringuHerement farci 
de mefongcs,fi rauâe;ur-fanspaiïer plus 
auant fe fut contenté possible euné-ie 
encorés rnaintcnantle tout fupprimé, 

Mais quâd en ceftë pref€teanneei57y. 
Iifant la Cofmographieide Tbeuet i'ay; 
veu que luy (peniant po&iide que nous 
fuffîons tôtis morts ou que fi quelqu'vn 
reftok en vie il ne: luy oferoit côtredire) 
n'U pas feulement rcnouùdlé & augmen 
téfes premiers erreurs, mais qui plus eft 
fans autre occafion que t'enuic qu'il a 
euëde'mefdirc &cletrader dés Miniftres 
&pârconfequét de ceux qui en l'an 1556. 
les 'accompagnèrent pour aller trouuer 
Viliegagnon en la terre du Brefil , dont 
i'efto'is du nombre, aucc des digrefsions 
fau(les,pi^un nt-GS, & iniurieufes,nousa 
impofé des crimes , afih âù repouffer ces 

impo- 




F RE F A C£. 

tnvp oftures>-?ay efté comme cotraint Re- 
mettre en lumière tout le difcours de no 
ftre voyage*Et atin,auant que paiîer plus 
outre , qu'on ne penfe pas que fans tref- 
iuftescaufes ic me pleigne de ce nouuéa'u 
Cofmographe , ie reciteray ici les calom 
nies qu il a mifes erjauant contre nous, ^ 
contenues au Tome fécond liurc vingt 
&vnchap. 2. feuil. $08. ^ p ^^ 

Au refte difï heuet ,ï auois oublié*, vous dire ^ u 
dire , que peu detemps auparauant yauoit eu àe mentir, 
quelque feditio entre les F rancois aduenue par 
la diuifîon & partial 'it e\de quatre Minifires 
de la Religion nouvelle que Caluin y auoit en» 
uoyeXjpour planter fi finglante Euagile^le prin 
tipal âefquels eftoitvn mtniftrefeditieux nome 
%jchier, qui àuoït efté (forme & doUeur de 
Taris quelques années auparauatfon voyage. 
Ces trentilspredicahs ne tajehans quesérichir 
& attraper ce qriilspouiïoyent firent des ligues 
& mené s s fecrettes qui furent çapife que quel- 
ques vns des noftresfuret par eux tuez. Mais 
partie decesjeditieux eft ans pr in s furent exe- 
cute\& leurs corps donné pour pafture aux 
poiffons . Les autres Je fauuerent du nombre 
de] quels efioit ledit %ichier lequel bien to ft a- 
presfe vint rendre mtniftre a la Rochelle la on 
teftime quilfoit encores de préfet: les Sauuages 
irritez de telle tragédie peu ie fallut qu'ils nefe 
ruaffent fur nous & mifset a mort ce qui, reftoit. 
Voila les propres paroles deThçuetlef 



quelles ie prie les le&eurs de bien noter? 
car comme ainfi foit qu'il ne nous ait ia- 
mais veu en rAmerique,ni nous fembla- 
blementluy , moins, comme il dit, y a-il 
efté en danger de fa vie à noftre oceafion, 
ie veux moftrer qu'il a efte' en ceft endroit 
aufsi affeuré menteur qu'impudent ca- 
lomniateur. Partant afin de preuenir ce 
que pofsible pour efchaper il voudioit 
dire,qu'il ne rapporte pas fon propos au 
temps qu'il cftoit en ce pais là, mais qu'il 
entend reciter vn fait aduenu depuis fon 
retour: ie luy demande en premier lieu fi 
cefte façon de parler tant exprefle dont il 
vfe : affauoir , Les Saunages irrite^ dételle 
"Trace aie , feu sen fallut qu'ils neferuaffent 
fur nom ,&mifent àmort le reflète peut au- 
trement entendre finon que par ce, nom, 
fe mettât du nombre, il vueille dire qu'il 
fut cnuelope' en fon pretédu danger?Tou 
tesfois s'il vouloit tergiuerfer dauantage 
pour nier que fon intention ait efté de 
faire acroire qu'il vit les Miniftrcs dont 
il parle en l'Amérique. Efcoutôs encores 
le lan<*a<re qu'il tient en vn autre endroit. 
Au refte (dit ce Cordelien// ïeuffe de* 
to m. 2 m euré Vlm long temps en ce fays la ïeuffe taf- 
liu.zi. r ^/ a garner les âmes efgarees de ce pauure 
cha. 8 peufle\fîuflofl que mefludier à fouiller en ter- 
pa.925 re p our y chercher lesricheffes que nature y a 
cachées. Mais d autant que ie riefiois bien ver 

féen 



PREFACE 

fc en leur langue & que les Miniflresque £al^ 
uiny auoit enuoyes pour plater fa nounelleEua 
gile entreprenoyet cefle charge enuieux de ma 
deliberation ie delaijfay cefle miene entreprifa 
Croyezlcporteur 5 ditquelqu 5 vn,quià 
bon droit femocque de telle manière de 
gens: parquoy fi ce bon Catholique Ro- 
main felon la reigle de faintFrançois dot 
il eft , n'a fait autre preuuede quiterlc 
monde que ce qu'il dit auoirmefprife les 
richejfes cachées dans les entrailles de la terre 
du Brefil: ni autre miracle que la conueif- 
fion des Sauuages Ameriquainshabitans 
en icelle dcfquels ilvouloit ( dit il) gagner 
les âmes fi les Minifires ne Ven eujfent empeft 
che^û eft en grand danger,apres querau- 
ray monftre qu'il n'en eft rien, de netfhe 
pas mis auCalendrier du Pape pour eftrs 
canonifé &reclamé après fa mort comme 
mô fieur faint Theuet. Afin doneques d£ 
faire la preuue que tout ce qu'il dit ne 
font qu'autant de balliuernes, fans met- 
tre en confideration s'il eft vray fembla- 
ble que Theuet, qui en fes efents fait -de 
tout bois flefehes, comme on dit : , c'eft à 
dire ramaflfe à tors & à trauers tout ce 
quil peut pour allonger & colorer fes 
cotes, fe fût teu en fonliuredes Singula- 
ritez de 1' Ameriq.de parler des Miniftres 
s'il les euft veuz en ce pays là/& par plus 
forte raifon *'ils euflent commis, ce. dont 



voyez 
les. i. 
24.25. 
&.60, 
chap. 



PREFACE 

il les aceufe à préfet en fa Cofmogrâphie 
Imprimée feze ou dixfept ans apres.pui* 
que par fon propre tefmoignage il fe ver 
ra ence liuredes Singularitez, qu'en l'an* 
1555. le dixième de Nouembre il arriûa. 
au cap de frie>& quatre iours après en la. 
riuiere de Ganabara en l'Amérique d'où 
il partit le dernier iour de Ianuier fuy- 
uant pour reuenir en France: & nous ce- 
>endant,comme ic monftreray en cefte 
tiftoire,narriuafmesencepays là au Fort 
de Colligoy fitue' en la mefme riuiere, 
qu'au commencement de Mars. 1557. at- 
tendu di-ie qu'on voit clairement parla 
qu'il y auoit plus de treze moys que The 
uet n'y eftoit plus, cornent a-il efte' fi har 
di de dire qu'il nous y a veus? 

Le foffé de près de 2000. lieues de mer 
entrcluy,déslôg tépsderetour à Paris, 8t 
nous qui eftiôs fous le Tropiq de Capri- 
corne, ne lepouuoit-ilgarentirPfifaifoit» 
mais il auoit enuiede pouffer & mentir 
ainfi Cofmographemét. Parquoy ce pre- 
mier pointprouue cotre luy toutee qu'il 
dit, au refte ne meriteroit aucune refpô- 
ce.Toutcsfois pour foudre toutes les ré- 
pliques qu'il pourroitauoir touchât la fe 
ditiô'dôt il cuide parlerâe di en premier 
lieu qu'il ne fe trouuera pas qu'il y en ait 
eu aucune au Fort de Colligny pêdâtque 
no 9 y eftiôs:moins yeutil ynfculFrâçois 

tué 



PIE? ACE» 

tué de noftre temps:Et partant fî Theuet 
veut encores dire, quequoy qu'il en fou 
il y eut vne coniuration des gens de Vil- 
Iegagnon contre luy en ce pays là , en cas 
qu il nous la vucille imputer, ie ne veux 
derechef pour nous feruir d'Apologie & 
pour monftrer qu'elle eftoit aduenue a- 
uant que nous y fufsions arriuezquele 
propre tefmoignage de Villegagno. Par- 
tant combien que la lettre en latin qu'il 
cfcriuità M. lean Caluin refpondantà 
celle que nous luy portafmes defa part 
ait ia dés long temps ejfix imprimée en 
autre lieu> & que mefme fi quelqu'vn en 
doute l'original eferit dancre deBrefil 
qui eft encores en bonne main, face touf* 
jours foy de ce qui en eft , parce qu'elle 
feruira doublement à cefte matière, afla* 
noir,&pour refutèr,Theuet &pour cion 
fèrer quant & quant qu'elle religion Vil- 
îegagnon faifoit femblant de tenir lors 
le Tay encores ici inférée de mot à mot* 

Teneur delà lettre de Ville- 
gagnon à Caluin. 

le penfe qu'on ne feauroit declared 
par paroles combien m'ont refiouy vos 
lettres & les frères qui font venus aùec 
icelîes.Ils m'ôt trouue'reduit en tel point 
qu'il me falloit faire office de magiftrat& 



PRE? ACE - . 

quant & quant la charge de Miniftredc 
rEglife. Ce qui m'auoit mis en grande 
aneoiffccai- l'exemple du Roy Ozias me 
deftournoitd'vne telle manière de vmre 
Mais i'eftois côtraint de le faire , de peur 
nue nos ouurjers lefquels i'auow prisa 
loage & amenez par deçà, par la frequen 
tation de ceux delà nation ne vmlenta 
f e fouiller de leurs vices : ou par faute de 
CÔtinuer en l'exercice de la Religion to- 
i>anent en apoftafie : laquelle crainte^m'a 
efté oftee par la venue des frères . Il y a 
aufsi ceftaduantage, quefi dorefenauant 
il faut trauailler pour quelque arraire& 
encourir danger , ie n'auray faute de per 
fonnes qui meconfole't & aident de leur 
confeil: laquelle commodité m'auoit efte 
oftee par la crainte du dâger auquel nous 
fournies . Car les frères qui eftoyent ve- 
rnis de France par d^çaauecmoy ,cfta.ns 

efmeus pour les difficulté* denosaft.n- 
res s'en eftoyent retirez en Egypte, cha- 
cun alléguant quelque exeufe . Ceuxqiu 
font demeurez eftoyent pauures ges lout 
freteux , & mercenaires , felon que pour 
lors ic les auois peu recouurer , def quels 
la conditio eftoi.t. telle que pluftoft il me 
falloir craindre d'eux ,que d'en auoir au- 
cun foul?gement . Or la çaufe de ceci eit 
qu'à rioftre-arriu.ee toutes fortes de ta - 
chéries & difficultez fe font drcnees.tel- 

Icmcnt 



FREFACS. 

kmcnt que ie ne fcauois bonnement quel 
aduis prendre , ni par quel bout commen 
cer. Le pays eftoit du tout defert &en fri- 
che, il n'y auoit point de maifons ni de 
toi&s, ni aucune commodité de bled. Au 
contraire il y auoit des gens farouches Se 
fauuages, efioignez de toute courtoifîe& 
humanité, du tout diiïerens de nous en fa 
çon de faire & inftruétionrfans Religion 
ni aucune cognoifTance dhonneur ni de 
vertu,dc ce qui eft droit ou iniufteren for 
tequ'il me venoit en penfee , affauoirfî 
nous eftions tobez entre des belles por- 
tans la figure humaine. Il nous falloir 
pouruoir à toutes ces incommodités à 
bonefeient &en toute diiigence,&y trou 
lier remède pendant que les Nauires s'ap 
preftoyent au retour, de peur que ceux 
du pays pour Penuie qu'ils auoycnt de ce 
que nous auions apporté ne nous fur- 
prînfent au depourueu& miiîent à mort. 
Il y auoit dauantage le voifînage des Por 
tugalois, lefquels ne nous voulans point 
de bien,& n'ayans peu garder le pays que 
nous tenons maintenant , prennent fort 
mal à gré qu'on nous y ait receus,&nous 
portent vne haine mortelle. Parquoy ton 
tes ces chofes fe prefentoyent à nous en- 
femble: aflauoir qu'il nous falloir choi- 
fir vn lieu pour noflre retraite , le défri- 
cher & applanir, y mener de toutes parts 

é z 



PREFACE 

delaprouifion & munition, drefferdeJ 
forts > baftirdes toi&s & logis pour la 
garde de noftre bagage , affembler d'a- 
lctourla matière &cftoffe,&par faute de 
belles la porter furies efpaules au haut 
xTvn coftau par des lieux forts de bois 6c 
tresempefehans . En outre d'autant que 
ceux du pays viuent au ioùr laiournee, 
ne fe foucians de labourer la terre , nous 
ne trouuions point de viures affemblez 
en vn certain lieu, mais il nous les falloit 
aller recueillir &querir bien loin ça &là> 
dont iladuenoit que noftre compagnie, 
petite comme elle eftoit , neceflairement 
s'efcartoit& diminuoit • Acaufedeces 
difficultés mes amis qulm'auoyentfuyuà 
tenans nos affaires pour defefperecs co- 
rne i'ay défia demôftré,ont rebroufle che 
min:& de ma part aufsii'en ay eftéaucu- 
iiemêt efmeu. Mais d'autre cofté penfant 
à part moy , que i'auois afiuré mes amis, 
que ie me defpartois de France afin d'em 
ployerà Taduancementdu règne de Iefus 
Chrift le foin & peine que i'auois mis 
par ci deuant aux chofes de ce monde, 
ayant cogneu la vanité d'vnc telle eftude 
& vacation , i'ay eftimé que ie donnerois 
aux hommes à parler de moy &de me re- 
prendre,&que ie ferois tort à ma reputa- 
tion , fii'encftois deftourné par crainte 
de trauail ou de danger. Dauantage puis 

qu'il 



PREFACE 



qu'il eftoît>qucftion de l'affaire de Chrift 
ie me fuis aÔuré qu'il m'afsifteroit 3 & a~ 
meneroit le tout à bonne & heurcufe if- 
fue. Parquoy i'ay prins courage, & entie- 
remet appliqué mo|i efprit pour amener 
àchefla choie laquelle i'auûis entreprife 
d'vne fi grande affe&iô pour 7 employer 
ma vie . Et m'a femblé que i'en pourrois 
venir à bout par ce moyê fi ie faifois foy 
de mon intention &deffein par vne bone 
vie & entiers, &fiie retirois la troupe 
des ouuriers que i'auois amenez de la co 
pagnie & acointance des infidèles . Eftat 
mon efprit adonné à cela , il m'a femblé 
que ce n'eft point fans laprouidence de 
Dieu que nous fommes enuelopez de ces 
affaires, mais que cela eft aduenu depeur 
qu'eftans gaftez par trop grande oifuieté 
nous ne vinfsions à lafeher la bride à nos 
appétits defordonnez & fretiilans. En au- 
près il me vient en mémoire qu'il n'y a 
rien fi haut & mal aifé qu'on ne puiflTç^fur 
monter en fe parforçantrpartàt qu'il faut 
mettre fon efpoir & fecours en patience 
& fermeté de courage & exercer ma fa- 
mille par trauail continuel 5c que la bote 
de Dieu afsiftera à vne telle affection &: 
entreprife. Parquoy nous-nous fommes 
tranfportez en vne lile efloignee de terre 
ferme d'enuiron deux lieues , & là i'ay 

c 5 












PREFACE- 

choifi lieu pour noftre demeure, afin que 
tout moyen de s'enfuir eftât ofté r ie peuf- 
fe retenir noftre troupe en fon deuoir, Se 
pource que les femmes ne viendroyent 
point vers nous fans leurs maris^ l'occa- 
fion de forfaire en ceft endroit fut retra- 
chee. Ce neâtmoins eft aduenu que vingt 
fix de nos mercenaires eftâs amorfez par 
leurs cupiditez charnelles ont confpiré 
de me faire mourir. Mais au iourafsigné 
pour rexccuuon 5 Pentreprife m'a efté re- 
uelee par vn des complices au mefrne in- 
fiant qu'ils venoyent en diligence pour 
în'accabler. Noirs auons euité vn tel dan- 
ger par ce moyemceft qu'ayant fait armer 
cinq de mes domeftiques, i'ay commencé 
d'aller droit contre eux.alors ces confpi- 
rateurs ont efté faifis de telle frayeur & 
cftonnement 5 que fans difficulté ni reft- 
fiance nous auons empoigné Se enprifor* 
né quatre des principaux audeurs du co 
plot qui m'auoyent efté déclarez. Les au- 
tres cfpouuâtez de cela laiffans les armes 
fe font tenus cachez. Le lendemain nous 
en auons deflié vn âcs chaines, afin qu'en 
plus grande liberté if peu ft plaider fa eau 
fe , mais prenant la courfe il fe précipita 
dedls la mer & s'eftouffa. Les autres qui 
reftoyent eftans amenez pour eftrc exa- 
minez ainfiliez comme ils eftoyent ont 
de leur bon gré fans queftion déclaré ce 

que 




P REE A CE. 

que nous auions entendu par celuyqui 
les auoit accufer. Vn d'iceux ayât' vh peu 
auparauat efté chaftié de moy pour auoif 
eu affaire aucc vne putain s'eft demoitre 
de plus mauuais vouloir,&a dit que le co 
mcnccmcnt de la conization eftoit venu 
de iuy,& qu'il auoit gagne par prefens Le 
père de la paillarde, -afin qu'il le tirait 
hors de ma puiffance fi ie le preffoy de le 
abftenirde la compagnie d'icelle. Ceftuy 
là a efté pendu ôteftranglé pour tel for- 
faid: aux deux autres nous auons fait 
jrrace en forte neantmoins qu'eftans en- 
chaifnez ils labourent la terre : quant 
aux autres ie îfay point voulu m'mfor- 
mer de leur fauteafin que Payant cogneue 
& aûerec ie ne la laifïaffe impunie, ou fi 
i'envoulois faire iuftice, côme ainii foit 
que la troupe enfut coulpable,il n'en de- 
mouraft point pour paracheuer l'œuuré 
par nous entreprins. . Parquoy en difsi- 
mulàntle mefeontentemctque i'en auois 
nous leur auons pardonné la faute,. & à 
tous donné bon courage : ce neantmoins 
nous ne nous fonimcs point tellement 
afleurez d'eux que nous n'ayons en tou- 
te diligêce.enquis &fondéparles actions 
& deportemens d'vn chacun ce qu'il a- 
uoit au cœur. Et par ainfi ne les cfpar- 
"çnant point, mais moy-mefmes prc- 
feht les faifant travailler, non feulement 

ê 4 



PREFACE 

nous auôs bouche Je chemin à leurs mau 
nais defTeins, mais aufsi en peu de temps 
auons bien muni & fortifié Hoftre liic 
tout à l'entour.Cependant felon la capa- 
cité de moncfprit ieneceffois point de 
tes admonnefter & de/tourner des vices, 
& les inftruire en la Religion Chreftien- 
ne , ayant pour ceft effet eftabli tous tes 
iours prières publiques foir & matin, 
& moyennant teldeuoir &pouruoyâce 
nous auons pafle le refte de Tannée en 
plus grand repos . Au refte nous auons 
eftédefiiurez d'vn tel foin par la venue 
de nos Nauires. Car là i'ay trouué perfo 
nages dont non feulement ie n'ay que fai 
re de me craindre, mais aufsi aufqueîs ie 
mepuis fier de ma vie. Ayant telle com- 
modité en main , l'en choifi dix de toute 
la troupe, aufqueîs i'ayremis la puiffance 
& auctorité de commander,de façon que 
d'orefenauant rien ne fe face que par ad- 
uis deconfeil > tellement que û i'ordon- 
nois quelque chofe au preiudice de qucl- 
qu'vn il fat fans effet ni valeur s'il n'e- 
ftoit audorizé & ratifié par le confeii, 
Toutesfois ie me fuis referué vn pointy 
c'eftquela fentence eftant donnée s il me 
foitï oifible de faire grace au malfaiteur 
en forte que iepuiffe profiter à tous fans 
nuire àperfonne . Voila les moyens par 
lefquels i'ay délibéré de maintenir &def~ 

fendre 




PR F. F AC E 
fendre noftre cftat & dignité. Noftre Sei- 
gneur Iefus Chrift vous vueillc deffen- 
dre de tout mal, auec vos compagnons^ 
vous fortifier par fon efprit , & prolon- 
ger voftre vie vn bien long temps pour 
Touurage de fon Eglife. le vous prie fa- 
hier affedueufement de ma part mes tref 
chers frères & fidèles, Cephas & de la 
Flèche. De Colligny en la France Autar- 
cique le dernier de mars T557. 

Si vous efcriuez à Madame Renée de 
France noftre maiitrelTe, ie vous fuppîie 
la faluer treshumblement en mon nom. 



Il 7 a encores vne autre claufe à la fin 
eferite de la propre main de Villegagnô, 
laquelle, par ce que ie l'alegueray contre 
luy mefme au fixieme chapitre de cede 
hiftoire afin d'obuier aux redites i!ay r.e- P a -79* 
trâché en ce lieu. Mais quoy qu'ii en foit 
puis qu'il appert fi manifcftemét que rie 
plus par cefte lettre que cotre venté The 
uet gazouille en fa Cofmoçraphie Que 
nous auios efré audeurs a vne feditiq au 
Fort deColîgny(veu alors qu'elle aduint 
nous n'y eftions pas encores ) c'eft mer^ 
ueille neantmoins de ce qu'il ne fepeut 
faouler d'en parler. Car outre ce que def • 
fus , cefte digrefsion îuy plaifttant que 
quâd il traite de la loyauté des Efcoffois 



rTT ~ 



PREFACE. 

accommodant cefte bourde à Ton propos 
il en parle encores de cefte façon. 

La fidélité defquels i'ay aujfî ccgneue en 
Tom.2, certam nom bre de gentils- hommes & foldat s 
Iiu.io. mm accompagnons fur nos n autre s en ces fays 
cha. 6. i omta i ns de la France Antarlliquiipmr cer- 
to.665 ta y nes conjurations faites contre no fire compa- 
gnie de Francois normands ,lefquds pour entm 
dre la langue de ce peuple Saunage & Bar barer 
qui riontfrefcjues fomt déraison pour la bru- 
talité qui eft en eux auoyent intelligence •> pour 
nous {hire mourir tous auec deux 'Roitelets du 
pays aufquels ils auoyent fromis ce peu de biens 
que nous anions. Mais lefdits Efcojfois en eftas 
aduertis defcouurirent V entreprise aujeigneur 
de ViUegagnon t? à moy aujjï , duquel fait fit- 
rent tresbien chaftie\ces impofieursjjiffi bien 
que lesojiïiiniftres que Caluiny auoit enuoyez 
qui b eurent vn peuplm que leur fioul eft an s 
comprins de la conspiration. 

Derechef Theuet entafîant matière fm* 
matières , s'embaraffant de plus en plus, 
nefcait qu'il veut dire en ceft endroit:car 
méfiant troisdiuer.s faits enfemble, dont 
Tvn faux & fuppoféparluy lequel i'ay ia 
refuté, & deux autres aduenus en dî- 
ners temps, tant s'en faut encores que les 
Efcoffois luy euiTent reticle la coiuiation 
dont il parle à prefent , qu'aucontraire, 
commevousauez entendu , luy eftant<lu 
nombre de ceux aufquels Villegagnon 

repro- 



PREFACE. 

reprochent qu'ils s'en eftoyent retournez 
en Egypte,c'eft à dire (eftant vray fcmbla 
bleque tous luy auoyent fait promefle 
auant que fortir de France de fe renger 
à la religion reformée , laquelle il difoit 
à vn chacun vouloir eftabîir ou il alloit) 
à la Papauté , il ne fut non plus en ce fé- 
cond & vray danger, qu'au premier ima- 
ginaire & forgé en fon cerueau. 

Touchant le troifieme,contenant qu'il 
y eut des feditieux compagnons de Ri- 
chier qui furent exécutez & leurs corps 
doriez pour pafture aux poiffonstie diauf 
ii que tant s'en faut que cela foit vray, de 
la façon que Theuetledit, qu'au contrai- 
re,ainfi qu'il fera veu au difeours de cefte 
hiftoire, combien que Villegagnon de- 
puis fa reuolte de la Religion nous fit vn 
très mauuais traitement , tant y a que ne 
fe fentant pas le plus fort, non feulement 
il ne fit mourir aucuns de noftre compa- 
gnie auant le partement du fieur du Pont 
noftre coudufteur & de Richier,auec lef 
quels ie rapaflfay la mer , mais aufsi ne 
nous ofant ni pouuant retenir par force, 
nous partifmes de cepays là auec fon co- 
gë: frauduleux toutesfois, comme ie di- 
xay ailleurs, Vray eft,ainfi qu'il fera aufsi 
veu en fô lieu, que de cinq de noftre trou 
pe qui après le premier naufrage que 
nous cuidafmes faire enuironhuit iours 




PREFACE. 

après noftre ernbarquemen^s'en retour^ 
nerent dans vne Barque en la terre àcs 
Sauuages , il en fit voirement crucllemét 
& inhumainement précipiter trois en 
mer: no toutesfois pour aucune fedition 
qu'ils euflent entreprife , mais , comme 
l'hiftoire qui en eft au liuredes martirs 
de noftre temps le tefmoignc^pour la co- 
fefsion de l'Èuangile que Villegagnon 
auoit reiette.Dauantage commeTheuct> 
ou en s'abuiant,ou malicieufement dit 
qu'ils eftoyent Miniftres , aufsi encores 
en attribuant à Caluin l'cnuoy de quatre 
en ce pays là, commet-il vn autre double 
faute. Car en premier lieu les cflecrions 
& enuoy des Pafteurs en nos Eglifes fc 
faifans par l'ordre qui y eft eftabli : afTa- 
uoir par la voye des Confiftoires , & de 
plufieurs choifis & au&orifcz de tout le 
peuple , il n'y a homme entre nous qui, 
comme le Pape, de puifîaceabfoluepuif- 
fc faire telle chofe. Secondement quant 
au nombre, il ne fiftrouuera pas qu'il paf 
faft en ce temps là , &: croy qu'il n'y en a 
point eu depuis , plus de deux Miniftres 
en l'Amérique, aflauoir Richier & Char- 
tier. Touttsfois fi fur ce dernier article, 
#c fur ecluy de la vocation de ceux qui fa 
rent noyez , Thcuct réplique que n'y 
regardant pas de fi près il appelé tous 
ceux qui eftoyent en noftre compagnie 

miniftres 




PREFACE 

■miniftrcs : ieluy refpond , que tout ainiï 
qu'il fcait bien qu'en l'Eglife catholique 
Romaine tous ne font pas cordeliers co- 
me luy, qu'aufsi fans faire comparaifon* 
nous qui faifons profefsion delà Reli- 
gion CHreftienne & Euangelique,n , eftâs 
pas rats en paille, comme on dit,ne fom- 
mes pas tous Miniftres.Et au furplus par 
ce que Theuet ayant a(iifsi honorablemët 
qualifié^Richier du titre de Miniftre,que 
fauffement du nom de Séditieux (luy con 
cédant cependant qu'il a vï ayement quit- 
té fon do&oral Sorbonique ) fe pourroit 
fafcher^qu'cnrecompenfe en luy refpon^ 
dât ie ne luy baille autre titre que de Cor 
délier: ie fuis content pour le gratifier en 
cela,de le nommer encor, non feulement 
Amplement Cofmographe,mais quiplus 
eft ii general & vniuerfel^que comme s'il 
n'y auoit pas affez de chofes remarqua- 
bles en toute cefte machine ronde , ni en 
ce monde (duquel cependant ileferitec 
qui y eft & ce qui n'y eft pas ) il va encore 
outre cela rechercher des fariboles au 
Royaume de la lune pour remplir fes li- 
ures & augmenter les ceuures de contes 
de la Cigongne.Dequoy neantmoins co- 
rne Francois naturel ialoux de l'honneur 
demon Prince, îefuis tant plus marri, 
que non feulement celuy dont ie parle e- 
ftant enflé de ce titre deCofmographe de 



'•- *^l 




PREFACE, 

Roy en tire argent & gages fi mal emplo- 
yez, mais qui pis eft qu'il falle par cemo- 
yen que des niayferies indignes d'eftrc 
couchées en vne fimple mifsiue foyent 
couuertes de l'autorité & nomRoyal.Au 
refte afin de faire fôner toutes les cardes 
qu'il a touchées, cobië que i'eftime indi- 
gne de refpôce ce que pour môftrer qu'il 
mefure tous les autres à l'aune & àla rei 
gle de S. François duquel les frères mi- 
neurs mettent & fourrent tout dans leurs 
befaces il a ietté à la trauerfe que les pre 
dicans , comme il parle,eftans arriuez en 
l'Amérique ne tafehans qu'à s'enrichir 
en attrapoyent ou ils en pouuoyét auoirr 
puis toutefois que cela,ainfi qu'on diteft 
ïciérnet & de gayeté de cœur attaquer Te 
fearmouche contre ceux qu'il n'a iamais 
veuen TAmeriq.ni receu d'eux defplaifir 
ailleurs , eftant du nombre des deffendâs 
il faut qu'en luy reiettant les pierres que 
il nous à voulu ruer en fon iardin, ie def 
couure quelque peu de {es autres frip- 
peries. 

Premièrement, pour le cobattre touf- 
cha.24 î° urs ^ e f° n pr°P re bafton , que refpon- 
fol 21. dra-il furce qu'ayantdit du commence* 
ment en mots exprès en fon liuredes Sin 
li-u.21- Bulzritcz^qu il ne demeura ques-ioursauÇap 
cha. 4. de F rie , il a neantmoins eferit depuis en 
fo. 913 fa Cofmographie?^'*/ y feiourna quelques 

moisi 



£ R £ F A CL 

moisi au moins iî au fmgulier il "euft dit 
vn mois , & puis la deflus faire accroire 
que les iours de ce pays là durent vu peu 
plusd'vne fepinaine, il luy euft adiouûé 
foy qui euft vouiu : mais d'eftendre lefe- 
iour de trois iours à quelques mois fous 
correction , nous nauons point encores 
apprins que les iours , plus efgaux fous 
la Zone Torride 6c près des Tropiques 
qu'en hoftre climat -, pour cela fe tranf- 
inuent en mois. 

Outre plus,péfant toujours esblouyr 
les yeux de ceux qui lifent Ces œures, no- 
nobstant que ci deffus par fon propre tef 
moignage i'aye môftré qu'il ne demeura 
en tout qii'enuiron dix fepmaines en l'A 
merique: aflauoir depuis le dixième No- 
uemb.re 1555» iu{*ques au dernier de Ian- 
uier fuyuant , durant lefquelles encores 
(comme i'ay entendu de ceux qui l'ont 
veu par delà ) en attendant que les Naui- 
res ou il reuint fuflet chargées, il ne bou- 
gea gueres de l'Ifle inhabitable ou fe 
fortifia Viilegagnon , fi eft ce qu'à l'ouyr 
d.ifcourir au long & au large vous diriez 
qu'il a, non feulement veu, ouy & remar 
que en propre perfonne , toutes les cou- 
ftumes & manières de faire de cefte mul- 
titude de diuers peuples fauuages qui ha 
bitet cefte quarte partie du monde, mais 
qu'aufsi il a arpenté toutes les contrées 



n PREFACE 

de l'Inde Occidetalerà quoy neantmoim 
pour beaucoup de raiions la vie de dix 
hommc^fie fuffiroit pas. Et de fait com- 
bien quêtant à caufe des lieux deferts & 
inaccefsiolcs, q pour la crainte des Mar 
gai as ennemis iurez de nofire nation , la 
terre defquels n'eft pas fort efloignee du 
lieu ou nous eftions , il n'y ait Truche- 
ment François , quoy qu'aucuns y ayent 
demeuré neuf ou dix ans , qui fe voulut 
vante r d'auoir efté quarante lieues auant 
fur les terres (le ne parle point des naui- 
gâtions lointaines furies riuages) tanty 
à que Theuet dit, auoir eft é foixame lieues 
Liu.2î ■& d } auant age auec des fauuages cheminans 
cha. 17 iours & mut s das des bois efftais & toffusfans 
pa.921 tamais amir trouué befles qui tafehaft à les 
c fencer . Ccqùeiecroy aufsi fermement 
quant à ce dernier point,affauoir qu'il ne 
fut pas lors en danger des beftes fauua- 
ges , comme ie m'aiTeurc que les efpines 
ni les rochers ne luy efgratinerent gue- 
xes levifage ni gafterent lespieds en ce 
voyage. 

* Mais fur tout qui nes'esbahiroît de ce 
liu. il. ( 3 u ' a y ant dit quelque partout/ fut plus cer 
1 " " tain de ce qu'il a e fer it de la manière de viurë 
' ' des Sauuages après juil euft apprins à parler 
P a * 9 U leur langage, en fait neantmoms ailleurs fi 
inauuaifepreuue.queP^qui en cefte lan- 
gue Brcfiiienne veut dire ouy, eft par luy 

expofe 




PREFACE, 

expofe & vous aufsi? De façqn que come 
ie monftrerày ailleurs le bon & foiide iu 
gement que Theuet a eu en efcnuât que 
auant i'inuention du feu en ce pays là,iî y 
auoit delà fumée pour feicher les vian- 
des , aufsi alléguant ceci en ceft endroit 
pourefchantillon de fa fuffifance en Tin 
telligence du' langage des Sauuages y ie 
laiffe àiuger fi n'entendant pas c'eft Ad- 
uerbe afïîrmatif,qui n'eft que d'vne feule 
fyllabe il n'a pas aufsi bonne grace de fp 
vanter del'auoir apprins que celuy qui 
luy a reproché, qu'après auoir fréquenté 
quelques mois parmi deux ou trois peu- 
ples , il a remâché ce qu'il y a apprins de 
mots obfcurs & effroyables aura matière 
de rire quad il verra ce que iedi ici. Par- 
tant, fans vous en enquérir plus auât 5 f cz 
vous eïi Theuet de tout ce que -.cbnfufé- 
meht & fans ordre il vous gergonnera au 
vingt vnieme liurcdefa Cofmo graphie 
de la langue des Ameriquains,Ôc vous af- 
furez qu'en parlant de Mmr momen & 
Matrpochi il vous en baillera des plus, 
vertes & plus cornues. 

Que dirons nous aufsi de ce que s'ef- 
earmoùchant fi fort en fa Cofmographie 
contreceux qui appelent cefte terre d'A- 
mérique^ Inde Occidentale, à laquelle il 
veut que le nom de France Antar&ique 
qu'il dit luy auôir premièrement impofe 

ï 



aumef 
melki. 
chap.5 
pa.916 

voyez 
en ce- 
fte hift 
pa.305 






<- ^ 




îHEFACf. 

Sing, demcurccombien qu'ailleurs il attribue 
chap. i cefte nomination à tous les François qui 
pag.2. arriuerent en ce pays làauecVillegagnô, 
lig.30. Ta toutesfoisluy mefmc enplufieurs en- 
droits nômeelndeAmerique.Sôme quoy 
qu'il ne foit pas d'acord auccfoy-mefme, 
tant y a qn'à voir les cenfurcs,corre<5tiôs 
& refutations qu'il fait des ceuures d'au- 
truy on diroit , que tous ont efté nourris 
dâs de bouteilles,& qu'il n'y a que le feul 
Theuet qui ait tout veu par le trou de fo 
chaperon de cordelier. M'affurant bien 
mefmc que fi en lifant cefte miéne biftoi- 
re il y voit quelques traits des chofes 
qu'il aura tellement quelletnct touchées, 
qu'incontinent,felon l'opinion qu'il a de 
luy,& fuyuant fon ftile accouftumé il di- 
ra:ha tu m'as defrobé cela en mes efcrits. 
Et de fait fi Belle Foreft , non feulement 
Cofmographe corne luy , mais qui outre 
cela à fa louange auoit couroné fon Hure 
des Singularités d'vne belle Ode, n'a 
peu ncâtmoins efchaper que par mefpris 
il ne l'ait appelé vne infinité de fois en fa 
Cofmographie,pauurePhiIofophc,pau- 
ure Tragique, pauure Comingeois,puis 
di-ie qu'il ne peut fouffrir qu'vn perfon- 
nage qui mefme au rcfteaufsi à propos 
que luy s'eftômaque fi fomient contrcles 
huguenots luy foit parangonné, que doy 
ie attêdre moy qui auec nu fojble plume 

ay ofs 




PREFACE 

ay bfe toucher vn tel Colloffe? Tellemef 
bue m'eftantaduis, que come vn Goliath 
me maudiflat par fei dieux, ie le voye def 
iamôtcrfurfesErgots,ie ne doute point* 
quad il verra que ie luy ay vn peu ici def* 
couuert fa mercerie > qu'en baaillât pour 
rn'engloutir il ne fulmine àrencontre de 
moy & du petit labeur que ie mets en a- 
uant. Mais quad bien pour me venir com- 
battre il deuroit faire refïufc iter Qupnit 
bègue mec fes deux pieces d artillenesfur 
fes deux efpauîes toutes nues (corne d'v- 
rie façon ridicule , penfant faire accroire 
quece Sauuage farts crainte de sefeor- 
cher , ou pluftoft d'aUoir les efpauîes tou 
tes entières emportées du reculemét des 
pieces,tiroit encefteforteJlTa ainfifait 
peindre en faGofmographie)tant y à que *°J C 
outre la charge qu'en le repouffant ie luy ilu - 2Ié 
ay ia faite , tncores deliberay ie , non feu P a, 95* 
lement del'attaquer ci après en partant* 
ïnais qui plus eft l'arTaillir fi viuement 
queie luyracleray, & reduiray à néant 
cefte fuperbe v i lle-h e n k y laquelle 
fantaftiquement il nous auoit baftieen 
l'air en l'Amérique . Mais en attendant vo / ez 
que ie face mes approches , & que puis ^ 5^"" 
qu'il eft aduerti, il fe prepare pour foufte e u 
nir^aillammeiit Tâffautoufe tendre, ie P aJOI# 
prieray les leâeurs qu'en fe reffouuenas 102,I °3 
decequci'ay diteideffus que les impo- 



i i 



P RE-PACE» 

ftures deTheuet contre nous ont efté cats 
{pen partie de me faire mettre cefte hi- 
ftoire de noftre voyage en lumière ils me 
exeufent fi en cefte preface 1 ayant cou- 
lïaiucu par fes propres efçrits , i'ay efté 
vn peu long à le rembarrer. 

: Sembiablement & tout d'vn fil, ie prie 
que nul ne fe feandalize de ce que,comre e 
fi ie voulois refueiilerles moits, i'ay nar 
ré en cefte hiftoire quels furent les depor 
t.emehs de Villegagnon en l'Amérique, 
pendant que nous y eftions:car outre que 
cela, eft du fuiet que ie me fuis principa- 
lement propofé de traiter, aflfauoir mon- 
trer à quelle intention nous fifmes ce 
voyage,ie n'en ay pas dit à peu près de ce 
que i'cufïe fait s'il eûoit de ce têps en vie* 
Au furplus pour parler maintenant de 
mon fait,parce premièrement que la Re- 
ligion eft l'vn des principaux points qui 
fe puiffe & doyue remarquer entre les ho 
mes, nonobftât que bien au long ci après 
au 18. chap, ie declare quelle eft celle des 
'Tououpnahaùults Sauuages Ameriquains 
felon que ie l'ay peu comprendre, toutcf 
fois d'autant que, comme il fera la veu,ie 
commence ce propos par vne difficulté 
dont ie ne me puis moy-mefme affez ef- 
merueiller , tant s'en faut que ie la puifle 
fi entièrement refoudre qu'on pourroit 
bien dçfirer,dés maintenât ie ne laifferay 

d'en 




PREFACE. 

^en toucher quelque chofe.ïe diray doc 
qu'ecoies que ceux qui ont le mieux par- 
lé felon lé fens commun ayent non feule- 
ment dit: maisaufsi cogneu, qu'eftre ho- 
me,^ auoir ce fentiment, qu'il faut donc 
defpendredVn plus grand que foy, voire 
que toutes creatures font chofes telle- 
ment coniôintesl'vnèauec l'autre, que 
quelques différents quife foyer trouuez 
enla manière de feruirà Dieu, cela n'a 
peu renuerfer ce fondemet que l'homme 
natureîiemctdoit auoir quelque Religio 
vrayeou faufle/ieft ceneantmoins qu'a- 
près quedVn bon fens rafsis ils en ont 
ainûiuge', qu'ils n'our, pas aufsi difsimu- 
le', quandil eft queftionde comprendre 
à'bon efeient à qtioy fe renge plus volon 
tiers le naturel de Thôme en ce deuoirde 
lieligio qu'on apperçoit volôtiers eftre 
Vrayce que le Poète latin a dit aflauoir: 
jDwe V appétit bouillant en l homme 
Ejifon principal Tïimetifomme. 
"Aiii-fi pour appliquer, & faire cognoi- 
ftrepar cxëple,ces deux tefmoignages en 
nos Saunages Ameriquains, il eft certain 
en premier lieu , que nonobftant ce qui 
leur eft dé particulier il ne fe peut nier 
qu'eux eftans hommes naturels n'ayent 
aufsi cefte difp'ofition ^inclination coin 
mune à tous:affauoir.d'apprcheder quel- 
que chofe plus grade que l'homme, dont 



■ ■ 




PREFACE, 

depend le bié & le mal, tel pour le moin* 
qu'ils fe l'imaginct. Et à cela fe rapporte 
l'honneur qu'ils font à ceux qu'iis nom- 
mcnt Caraïbes * dont nous parlerons en 
fon Iicu,lefquels ils cuidcnt en certaines 
faifons leur apporter le bon heur ouïe 
malheur. Mais quant au but qu'ils fe pro 
pofent pour leur contentement & fouue 
rain point d'honneur , qui cft, comme iç 
monftrcray parlant de leurs guerres #: 
ailleurs, la pourfuite & vengeance de 
leurs ennemisrreputans cela à grand gloî 
re tant en cefte vie qu'après icelle ( tout 
ainfi qu'en partie ont faitles anciens Ro 
mains) ils tiennent telle vengeance & vi- 
âoires pour leur principal bien: bref fe^ 
Jon qu'il lera veu en cefte hiftoire^ au re^- 
garddcce qu'on nomme Religion par*- 
ii)i les autres peuples, il fe peut dire tout 
Quuertement que non feulement ces pau 
lires Sajiuages n'en ontpqint, mais aufsi 
s'il y a nation qui fpit & viuefans Dieu 
au monde que fe font vrayemet eux.Tou 
tesfois en ce point font ils peut eftre 
moins condamnables : c'eft qu'en ad~ 
nouant & confeffant aucunement leur 
malheur & aueugliflement ( quoy qu'ils 
ne l'appréhendent pour s'y defplaire ni y 
chercher le remède quand mefme illeur 
eftprefentç) ils ne font femblant d'eftrç 
autre que ce qu'ils font, 

Tou- 



\ 



PREFACE. 

Touchant les autres matières, les Com 
maires de tous les chapitres mis au com- 
mencement du liure monftreront allez 
quelles elles font: côme aufsi le premier 
chapitre declare la caufe qui nous meut 
de faire ce voyage en l'Amérique ._ Ainli 
i'aducrtiray qu'ayant feulemét mis cinq 
diuerfes figures d'hommes Saunages en 
celle premiere edition: à la féconde, fi le 
liure eft bien receu , nous en adioufteros 
plufieurs non feulement de forme humai 
ne & de chofes concernâtes les meurs & 
façons de viuredes Attieriquains , mais 
Vifsi d'animaux à quatre pieds, doifeaux 
poiflons,arbres,herbes,fruits,racines,&: 
autres chofes de ce pays là,qui non feule 
ment font rares mais aufsi du tout înco- 

gneues par deçà. 

Au refte, n'ignorant pas le dire com- 
mun : affauoir parce que les vieux & 
ceux qui ont efté loin, ne peuuent e- 
ftre reprins, qu'ils fe licentient & don- 
nent fouuent congé démentir: iediray 
la deffus cnvnmot, que tout ainfi que 
i'hay la menterie & les menteurs, que 
aufsi s'il s'en trouue queicû qui ne vueil- 
, le adioufter foy à plufieurs chofes voire- 
ment eftrangcs qui fe liront enceftelu- 
ftoire, qu'il fâche quel qu'il foit que îc 
ne fuis pas pour cela délibéré de le mener 
furies lieux pour les luy faire voir. Tel- 

Ï4 



1 



- 



PR'IFAC £♦ 

îement que ie ne m'en donneray nonplus 
de peine que ie fais de ce qu'ô m'a dit que 
aucuns doutent de ce que i' a y efc rit Se 
fait imprimer par ci deuant du fiege &de 
la famine de Sancerre: laquelle cependât 
(côme il fera veu ) ie puis affurer n'auoif 
encores efté fi afpre , biefr plus longue 
toutes fois y que celle que nou* endu- 
ra fines fur mer au voyage dont èftque- 
ftiô à noftre retour en Froncé. Car fi ceux' 
dont ie parle n'adiouftent foy à ce qui a 
efté fait & pratiqué au milieu' &au centré 
de ce Royaume de France;au veu & fceii 
deplirs de 5oo.perfôneis encores vittâtes> 
cornent croyront ils ce que-non feulemet; 
nC *5 f CUt voir q u 'àpres : -de deux mille 
lieuê's loin du 'pays ou ils habitent , mais 
aufsi chofes fi efmerueillablcs,& non ia- 
mais cogneues ni efcrites des Anciens, 
qua peine l'expérience lés peut elle en- 
filer en l'entendement de ceux qui les 
ont veues?Et de fait ie n'auray point bon 
te de dire, que depuis que' i'ay efté en ce 

pays d'Amérique auquel prefques tout ce 
qui fe voit , foit en la façon de viureMcs 
habitans,ouen la forme des animaux ,,&: 
en general en ce que la terre produit l e- 
ftant diflemblabledeceque nous auons 
en Europe, Afie,& Affriqucpeut bien e^ 
ftre appelé vn mode nouueau à noftre ef- 
gard> fans approuuer les fables qui fe Ii~ 

fait 




V R EJF A CE» 

fentes liures deplufieurs lefquels frfîâs 
aux rapports qu'on leur afait ou autre-* 
met, ont efcrit des chofes du tout fauffes, 
ie me fuis retra&é de l'opinion que i'ay 
autresfois eue de Pline &dc quelques au 
tres,defcriuàns lés pays eftramges, parce 
que i s ay veu des dhofes aufsi bigerres & 
prodigieufes qu'aucunes qu'on à tennes 
incroyables dont ils font mention. 

Pourl'efgarddaftile & dulangage,co 
me i'ay ia touché ci deuam, confeffant 
mon incapacité enceft endroit, iefcay 
bié,pour n'auoir vfédephrafes ni de ter 
mes afîez propres & fignifians'pour bien 
reprefentèr & expliquer tant4 r art de na- 
uigationjqu'autres diuerfes chofes dont 
iè faits mention queplufieurs ne s'en co 
tenteront pas: oinomément nos François 
qui ayans les oreilles tant délicates, £c ay 
màns tat les belles fleurs de Rhétorique 
n'admettent ni ne reçoyuet nuls eferits^ 
iirion auecmôts nouueaux &bien phida** 
rifez. Moins encores fatisferay-ieàteux 
qui eftiment tous liures , non feulement 
puériles, mais aufsi fterïles , fin on qu'ils 
foyent enrichis d'hiftoires o^d'exemplcs 
prins d'ailleurs. Car combien qu'à pro- 
pos i'en eufle peu appliquer plufieurs es 
matières que le traite,tât y a, qu'excepté 
Thiftorien des Indes Occidentales lequel 
ayant eferit beaucoup de chofes des In- 




PREFACE. 

diens du Peru & d'autres nations de ce 
pays là , conforme à ce que ic di de nos^ 
Sauuages Ameriquains^i'allegue fouuét, 
îene me fuis que bien rarement ferui des 
autres . Et de fait à mon petit iugement* 
vnehiftoire, fanseftre tâtpareedes plu- 
mes dautruy, eftant aflez riche quâd elle 
cft replie de fon propre fuiet , outre que 
cela fait que pour le moins les leéteurs 
n'extrauagans point du but prétendu 
par Faudeur qu'ils ont en main, compte 
net mieux fon intentio, ic me rapporte à 
ceux qui lifent les liures,qui s'imprimët 
ïournellement,tant des guerres que d'au 
très chofes, fi la multitude des allcgatiôs 
des autres au&eurs , quoy qu'ils foyent 
adaptez aux matières dont il eft queftion 
ne les ennuyent pas. Surquoy cependant 
afin qu'on ne m'obie&e qu'ayant reprins 
ci deflfus Thèuetj&condamnant ici quel- 
ques autres ie commet neantmoins moy- 
mefme telles fautes: fiquelqu'vn trouue 
mauuais quad ci après ie parlcray des fa- 
çons défaire des Sauuages , comme fi ie 
rnevoulois faire valoir , i'vfe fi fouuent 
de cefte façon de parlenie visûe me trou 
uay, cela m'aduint & chofes femblables: 
ie di qu'outre ( ainfi que i'ay touché ) que 
ce font matières de mô propre fuiet que 
encores,commeondit>eftceparlerdefci 
enec: voire diray, de chofes que nul n'a 

pofsible 



JP R E F A Ç f. 

pofsible iamais remarquées fi auant qu© 
moy,moins s'en trouuc il rien par efcrit. 
I'cntens toutesfois non pas de toute l'A- 
mérique en general..* mais feulement de 
l'endroit ou i'ay demeuré enuiron vn an: 
aflauoir fous le Tropique de Capricorne 
entre les Sauuages nommez Tomupinam- 
baouhs . Finalement i'affure ceux qui ay~ 
jnent mieux la vérité dite fimplemët,que 
lemenfongeorné & fardé de beau langa- 
ge,qu'ils trouueront en cefte hiftoire les 
ch^ofes que i'y propofe,non fculcmét vé- 
ritables, mais aufsi aucunes, pour auoir 
efté cachées àceux qui ont precede noftre 
fîecle,dignes d'admiration. Priant TEter 
liel au&eur &conferuateur de tout ceft 
vniuers..& de tant de belles creatures qui 
y font contenues que ce mien petit la- 
beur rçufsifle à la gloire de fon fgind 
£Iom 3 Amen. 



SOMMAIRE DES CHAPÎ- 
tres de cefthiftoiredeT Amérique. 

CHAP. I. 

*Du motif & occasion qui mu* fit entrepren- 
dre ce voyage^ en la terre du B refiU pa<r.i. 
CHAP. IL 
Dexnoflre embarquemtt m port dHonf?ur 
s pays de Normandie : enfimble des tor mente s <> 
rencontres, prinfis de 7^ a Hires > & prem teres 
terres &Ifles que nom defcoùurifmes. pag. ç* 
CHAP. II L 
*De s HoniteS) ayîIbacores y Dorades, Mar- 
fouïns? Toiffons volansy & autres deplufieurs 
fortes y que, nom vif nés & prinfmes fus la Zo 
ne Te rride.pag* 2 4. . 
Y CHAP. I III. 

De r Equator y ou ligne Equinottiale; en fi m 
Me des tempe fies, inconfiances des vents, plays 
inffley chaleurs* foifi & autres incommodité^ 
que nous eufmes y & endurafmes aux enuiront 
& fous icelle.paç. jj . 

CHAP. V. 
Defcouuremmt & premiere veue que nous 
eufmesttant de T Inde Occidentale ou terre du 
Tîrefilque des Sauuao-es habit ans en icelle: a- 
uec tout ce qui nous aduint fur mer 3 iufques 
fous le Tropique de (fapriorne-paq-.^j.. 
CHAP. VI. 
De noflre defcente an Fort de Coliigni * en 

la terre 



ia terre du Brefil:du recueil que mus y fit Vil 
legagnon & de Jes comporterons tant au fait 
de la, B^ligion qu autres parties defongouuer 
fiement encepays là.pag*6i. 

CHAP. VIL 

Defiriptionde lariuiere de Cjanabam au- 
trement dite Genevre:de IJfle grfirt de Colli- 
gniy quifutbajli en ice Ile: enfemble des autres 
tfles qui font es enuirons.pag. ç 7 . 
CHAP. VIII. 

Du natureUfbr ce Rature ^nudité ^dijpofit ion 
& paremens du corps 5 tant des hommes 5 que 
desjEmmes Saunages B rejiliens 5 habit ans en 
V Amérique centre lefquels ï ay fréquenté enui- 
ron vn an *pag. 108. 

> CHAP. IX, 

Desgrojfes racines, &gros mil dont Us San 
uagcs font farine, quils maget au lieu de p ami 
& de leur bruuage quils nomment Çaoum» 
pag.ijz* 

CHAP. X. 

Des z/4nimauX)Venaifins,gros LeXards? 
Serpens-* & autres befies monftrueufes de l^yt 
mertque. pag.ijo. 

CHAP. XL 

De la variété des oy féaux de £ '^Amérique, 
îom différents des nofir es: enfemble des gr off es 
QhauueJfouru^beiUeSy A^ufëhes> Moufchtl 
lons>& autres vermine* eflmnges de ce pays la 
pag.iâj. 



V 



CHAP. XÎI. 
jD' aucuns poijfonsplm communs entre les 
Sauuages de f Amérique : & de leur manière 
depcfcher.pa.i8 S* 

CHAP. XIII. 
*Des Arbres i Herbes & Fruits exquis que 
produit la terre duBrefilpag. ÏÇ4. 
\ CHAP. XII II. 

De la guerre, cobats>hardi<>jfes , & armes 

des Saunages de V A merique .pa%. 2 / S 

CHAP. XV/ 

Comment les ^AmeriquainS traitent leurs 

prifinniersprins en guerre > & les ceremonies 

quits obferuent tant a les tuer qu'à Ut manger 

pag.zjï. 

t6 ÇHAP. XVI. 

Ce quon peut appeler %jhgion entre les 
Sauuages ^Ameriquains : des erreurs ou cer- 
tains abufeurs quits ont entre eux nommez, 
Caraïbes les détiennent: & de ta grande igno~ 
rance de Dieu ou ils font plongez .pag. zj$. 
CHAP. XVII. 

*Du mariage s c Poligamie,& degre\decon~ 
fanguinité ', obferuet parles Saunages : & du 
traitement de leurs petits enfans. pag. 2^5. 
CHAP. XVIII. 

Ce quon peut appeler loix & police ciuils 
entre les Saunage^ comment ils traitent &rè- 
coiuent humainement leurs amis qui les vont 
vifiter: & des grands pleur s que les fimmes font 
k leur arrinee & bien venue. pag. 303- 

CHAP. 



CHAP. XIX. 
Comment les Saunages fe traitent en bur» 
maladies\enfeble de leur Jepulture & fanerait 
les: & des grande pleurs qu'ils fine après leur* 
morts.pag.331. 

CHAP, XX. 
Colloque de V entree & arrime en la terre 
du lïrefiUentreUs gem dupaysnornme\Tou 
oupinambaoults & Toupinenquin: en langage 
Sauuage& Francois.pag.341, 
CHAP. XXI. 
De noftre département de la terre du Bre- 
Jtl dite A meriqae : enfemble des naufrages & 
autres premiers perilsque nous efchapajrneffir 
mer h nofire retour. pag, 3j 7 . 

CHAP. XXII. 
JDe r extreme fhmine,tormentes } & autres 
dangers d'où Dieu nom délivra en r/tpajfam 
en Vrance.pag. 39$* 




h i s r o i \e 

DTN VOYAGE, FAIT 

EN LA TERRE DV BRE. 

SIL, AVTUMENT di- 
te AMER I CXJ E. 

Contenant la nauigation & chofes remar- 
quable s ^v eue s fur mer par fauteur. Le co for- 
tement de V 'illegagnon en ce pais la . Les 
meurs & façons de vmre efir anges des Sau- 
nages jimeriquains : auec vn colloque de leur 
langage. Enfemble la defcriptim de plufieurs 
ji~ni?naux<> Arbres^ Herbe s t & autres chofes 
finçulieres & du tout incogneues par deçà. 

CHAP. I. 

Du motif & occafioti qui nom fit entrepren- 
dre ce voyage en la terre du Brefil. 

ÀVTANT que quel- 
ques Cofmographes , & au- 
; très Hiftoriens de noftre 
tcps , ont ia efcrit par ci de- 
uant, de la lôgueur-Jargeur» 
beauté,& fertilité' de cefte quatrième par 
tie du monde,appelee Amerique 5 ou ter- 
re du Brefil : enfemble des Ifles proches 
& terres continentes à icelle? du tout in- 

A 




f m 



HISTOIRE 



™^** 



intention 
du t*A*- 
i€i*r. 



cogneues aux'anciens : mcfmes de phî- 
ficars nauigations qui s'y font faites de- 
puis enuiron odante ans qu'elle fut pre- 
mièrement defeonuerte : fans m'arrefter 
à traiter ceft argument au long ni en ge- 
neral , mon intention & mon fuiet fera 
de feulement declarer en cefte Hiftoire, 
ce que fay pratiqué, veu,ouy & obferué, 
tant fur mer/en allant & retournant, que 
parmi les Sauuages Ameriquains , entre 
lefquels i'ay fréquenté & demeure enui- 
ron vn an. Et afin que le tout foit mieux 
co^neu & entendu d'vn ehacun,commen 
çant par le motif qui nous fit entrepren- 
dre vn fi fafcheux & lointain voyage, ie 
diray brieuemét quelle en fut Poccafion. 
L'an M. D.LV.vn nomme Viilega- 
gnon Cheualierde Malte, autrement de 
Entrepri* p or d re qu'on appelé de faint lean de le- 
ÎJglt rufalcm, fe fafchant en France, & mefmc 
ayant receu quelque mefeontentement 
en Bretagne, ou il fe tenoit pour lors, fît 
entendre en diuers endroits du Royau- 
me de France à plufieiirs notables perfon 
nages de toutes qualités , que dés long 
temps il auoit non feulement vne extre- 
me enuic de fe retirer en Quelque pays 
lointain, ou il peuft libremét & puremét 
feruir à Dieu felon la reformation de PE 
uangile,mais aufsi qu'il defiroit d'y pre- 
parer lieu à ceux qui s'y voudroyent re- 
tirer 



D g L'A M E R I QV E. 5 

tirer pour euiter les perfecutions qui 
eftoyent de ce temps la en France pour le 
fait delà religion. 

Declaranten outre , tant de bouche à 
ceux qui eftoyent auprès de luy,q par les 
lettres qu'il enuoyoit à quelques particu 
liers, qu'ayant ouy parler & faire tant de 
bons récits à quelques vns , de la beauté, 
,& fertilité de la partie en l'Amérique, ap 
pelée terre du Brefil , que pour s'y habi- 
tuer & effectuer fon defl'ein, il prendroit 
volontiers cefte route , & cefte brifee: &: 
de fait ayant fous ce beau prétexte & bel 
le couuerture gagné les cœurs de quel- 
ques grands Seigneurs delà religion re- 
formee,lefqucls pour la mefme affection 
qu'il difoit auoir,defiroyent trouucr tel- 
le retraite,entreiceux feu d'heureufe me 
moire Gafpard de Coligny Admirai de g^ ard 
France,bien veu,&bien venu qu'il ^ olt ^ l ^ y 
auprès du Roy Henry 1 1. lors regnant, de frame 

luy ayant propofé que Villegagnon fai- c**fi de 
1 ; / r r i . q © . . ct voyage 

fantee voyagepourroit deicouurir beau 

coup de richefles, & autres commoditez 
pour le profit du Royaume , luy fit don- 
ner deux beaux Nauires équipez & four 
nis d'artillerie & dix mille francs pour 
faire fon voyage. 

Ainfi Villegagnon ayant auec cela af- 
feurance d'eftre accompagné dequelques 
perfonnages d'honneur (fous la pro- 



^ m 



^ HISTOIRE 

mefle toutesfcis qu'il, leur fit auant que 
partir de France qu'il eftabliroit le pur 
feruice de Dieu où il rcuderoit) après 
qu'il fe fut pourucu de Matelots & mef- 
mes d'artiians qu'il mena aucc luy , au 
mois de May audit an i555.il s'embarqua 
fur mer ou il eut plufieurs tourmentes & 
deftourbiers: mais en fin nonobstant tou 
tes dificultez en Nouembre fuyuant il 
paruint audit pays. 

Arriué qu'il y fut il defcêdit &c fe pen- 
fa premièrement loger fur vn rocher à 
l'eniboucheure d'vn bras de mer, ou ri- 
uiere d'eau falee,nommee par les Sauua- 
ges (janabarai laquelle comme ie la def- 
criray en fon lieu demeure par les vingt 
trois degree au delà l'Equator , afïauoir 
droit fous le Tropique de Capricorne) 
mais les ondes de la mer l'en chafferent* 
Ainfi eftant contraint de fe retirer de la* 
il saduança enuiron vne lieue tirant fur 
les terres, & s'accommoda en vnelfle au 
parauant inhabitable , en laquelle ayant 
defehargé fonartillerie & fe£ autres meu 
blés, afin d'eftre en plus grande feurté tat 
contre les Sauuages que contre les Por- 
tugalois, qui voyagent & ont ia tant de 
forterefles en ce pays la^ilyfit commecer 
de baftir vn Fort. 

Or de là feignant toufîours de brufler 
de zèle d'auâcer le règne de Iefus Chrifr, 

&le 



- 



de l'ameri qj e . 5 

& le perfuadant tant qu'il pouuoit à fes vill( ^ 
gens , quand fes nauires furent chargées £«»**/«*> 
& preftes de reuenir en France il tfàmjtf S eneue ° 
ô£ enuoya dans l'vnc d'iceli.e exprefle- 
mentvn homme à Geneue, requerât TE- 
glife & les Miniftres dudit lieu de luy ai- S 

der &de le fecourir autât qu'il leur feroit 
pofsible en ce|te Tienne tant fainte entre 
prinfe. Mais fur tout, afin de pourfuyurc 
& aduancer en diligence Pceuure qu'il a- 
uoit entreprins & qu'il defiroit,difoit il,* 
de côtinuerde toutes fes forces, il prioit 
inftamment non feulement qu'on luy 
enuoyaft des Miniftres delà parole de 
Dieu: mais aufsi pour tant mieux refor- 
mer luy & {es gens, & mefmcs pour atti- 
rer les Sauuages à la cognoifïace de leur 
falut, que quelques nombres d'autres 
perfonnages bien inftruits en la Religiô 
chreftienne acçompagnaffent lefdits Mi- 
niftres pour le venir trouuer. 

L'Eglife de Geneue doneques ayant 
receu Ces lettres & ouy (es nouuelles î -êV 
ditpremierement graces à Dieu de l'am- 
plification du règne de lefus Chriften 
vn fi lointain pays, mefmes en terre fl 
eftrange & parmi vnc nation laquelle J- 
ftoit du tout ignorante le vray Dieu. 

Et pour fatisfaire à la requefte de Vil- 
legagnon , après que feu monfieurl'Ad- 
"miral auquel pour le mefme effe&ila- 

A 2 



6 HISTOIRE 

uoit aufsi cfcrit , eut folicite par lettres 
Thilipp* Philippe de Corguilerey fieur du Pont 
tr^^C qui s'eftoit retiré près Geneue & qui 
cepte d'aï- auo it e fté fon voifm en France près Cha- 

lertrcuv.tr /-..,« n r -, „ U J 1 

viiiega- ftillon (urLoing)d entreprendre le voya- 
gnon, g e p OUr conduire ceux qui fe voudroyét 
acheminer en cefte terre du Brefil vers 
Villegagnon: ledit fieur du Pont enc- 
ftât aufsi requis par l'Eglife S: Miniftrcs 
deGeneue,quoyq.u'il fut ia vieil &caduc, 
tant y a que pour la bonne affeclion que 
il auoit de s'employer à vn li bon ceuurc, 
poftpofant,8c mettât en arrière tous ces 
autres affaires,mefmcs laifïantfcs enfans 
& fa famille de fi loin, il s'accorda de fai- 
re ce qu'on requeroitdeluy. 

Cela fait il fut queftion en iecôd lieu 
detrouuerdes Miniftrcs delà parole de 
Dieu . Partant après que du Pont & au- 
tres liens amis en eurent tenu propos a 
quelques Efcoliers qui pour lors eftu- 
dioyent en Théologie à Geneue : entre 
les autres Maiftrc Pierre Richicr,ia aagé 
pour lors de plus de cinquante ans , & 
Guillaume Chartierluy firent promeiTc 
qu'en cas que parla voye ordinaire de 
TEdife on cogneuft qu'ils fuffét propres 
à cefte charge, ils eftoyent prefts de s'y 
employer. Ainfi après que ces deux etirét 
cfteprefentez aux Miniftrcs dudit Genek 
lie, guiles ouyrent fur l'expofition dé- 

cer- 



de l'ameriqv e. 7 

certains paflages de rEfcriturc'fainte,& n^d/;er& 
les exhortèrent au refte de leur deuoir, f >Wr 

- . « c ficus nn 

ils acceptèrent volontairement sratc le minier* 
conducteur Du Pont , de pafferlâ mer J^^ 
pour aller trouucr Villegagnô',afin d'an- ^ Uercn 
.iionccr.rEuangile en r Amérique. l ^ eri \ 

Or reftoit il encores de trouuer d'ati-*"'* 
très personnages inftraits es principaux 
points de la Foy : mcfmes comme Ville- 
(r ae non auoit mâde,des Artifans experts 
enleur art: mais parce que pour ne trom 
per perfonne, outre que du Pont decla- 
roit le long & fafcheux chemin qu'il co- 
uenoit faire: affaupir, enuiron cent cin- 
quante lieues par terre , & plus de deux 
mille lieues par mer -, il adiouftoit que 
eftât paruenu en cefte terre d'Amérique, f«w de 

k 1 J' l'turc en 

il fe faudroit contenter de manger d vne ^ mirim 
certaine farine faite de racine au lieu de ^»e. 
pain, & quant au vin nulles nouuelles, 
car il n'y en croift point: bref,ainfi qu'en 
vnnouueau monde ( comme la lettre de 
Villegagnon chantoit) il faudroit îa vfer 
de façons de viure & de viandes du tout 
différentes de celles de noftre Europe: 
tous ceux di-ie qui aimas mieux la théo- 
rique que la pratique de ces chofes, 
n'ayans pas volonté de changer d'air , de 
endurer les flots de la meh la chaleur de 
la Zone Torride, ni de voir le Pole An-r 
tarclique,ne voulurêt point entrer en li- % 

A 4 



m vmn 



8 HISTOIRE 

ce ni s'enroller & embarquer en tel voya 

S e - 

1 outesfois après plufieurs femonces 
S: rccerches de tous coftez , ceux ci , ce 
fembieplus courageux que les autres, à 
Viom de frauoir ', Pierre Bordon , Mathieu ver- 
firent le neul^Iean du Bordel, Andre la Fon,Ni- 
W* colas Denis, lean Gardien, Martin Da- 
^. ' uid,NicolasRauiquet,NieolasCarmeau 
laques Roufïeau , & moy lean de Lery 
qui (tant pour la bonne volôte que Dieu 
m'auoit donee dec lors de feruir à fa gloi 
re,que curieux de voir ce nouueau mon- 
de)fus de la partie: fe prefenterent pour 
accompagner du Pont, Richier& Char- 
tier: tellement que nous fuîmes quator- 
ze en nombre , qui pour faire ce voyage 
jpartifincs delà Cite' de Gcneue, le dixiè- 
me de Septembre en l'année 1556. 

Nous tirafmes Se ail a fm es paflTer à 
Chaftiilon fur Loing , auquel lieu ayans 
troiiue MonfieurP Admirai , non feule- 
ment il nous encouragea de plus en plus 
de pourfuyure noftre entreprinfe , mais 
aufsiaucc promefie denous afsifterpour 
le fait de la marine , nous mettant beau- 
coup de raifons en auant il nous donna 
grande efperance que Dieu nous feroit 
la grace devoir les fruits de noftre la- 
beur. Nous nous achcminafmes de la à 
p Paris , la ou durant vn mois que nous y 

fciotzr- 



Ï>E L'A M E II I Q^V Ç. $ 

feioarnafmes, quelques Gentil s hommes 
& autres eftans aduertis pourquojr nous 
fai'fions ce voyage , s'adioigmrent aucç 
nous . Delà nous paffafmes à Rouen & 
tirans à.Honfleur port de mer qui nous 
eftoit afsignéau pays de Normandie, y 
faifans noz préparatifs & en attendant 
quenoz Nauires fufTent prefts à partir, 
nous y demeurafmes enuiron vn mojs. 

CHAP. II. 

Tjle noflre embarquement au port et H on~? 

fleur pays de Normandieienfemble destormen 
tes • 3 rencontressprin0s de 2y autres^ premie- 
res terres & l(les que nous defcouurifïnes. 

^\inii après que le fieur de Bois 
fejle Conte neueu de Villega- 
?gnon \ qui eftoit auparauant 
|nous àHpnfleur 5 y eut fait et- 
iquip.er en guerre au^ defpps 
du Roy , trois beaux .vaiflfeaux: fournis 
qu'ils furent de viures &d'autres chofes 
neceffaircs pour le voyageje dix &neuf- 
jeme de Nouembre nous nous y embar- 
xjuafmcs.' Ledit fieur de Bois le Conte a~ 
uec enuiron o&ante perfonnes tant fol- 
dats que matelots eftant enl'vn des na- Lefieurd* 
uires appelle la petite Roberge,fut efleu ^p^vl 
noflre Yicc AdmiraMe m'embarquay en <* Mnér 

1 ' rai. * 




i 



'■ *~ 






10 HISTOIRE 

vn autre vaiffeau nommé la grand Ro~ 
berge, ou nous eftiôs fix vingts en tout* 
& auions pour Capitaine le iïeur de fain 
te Marie dit FEfpincSc pour Maiftrc vn 
nommé lean humbertde Harflcur bon 
Pilote & homme bien expérimenté en la 
nauigation . Dans l'autre qui s'appeloit. 
Rofce^du nom de celuy qui lecodnifoit, 
en comprenât fix ieunes garçons que no 9 
rnenafmes pour apprédre le langage des 
Sauuages , & cinq leunes filles , aûçc vne 
femme pour les gouuerner Cqui furet les 
premieres femmes Françoifes menées en 
la terre du Brcfil, dot les Sauuages dudit 
Iieu,ainfi que nous verrons ci après, n en 
ayansiamais auparauant veu devcftues, 
furent bien esbahis àleur arrîuee) il y a- 
uoit enuiron nonanteperfonnes. 
Vain?™* A iiifi ce mefme iour qu'enuiron midi 

ds part an s . /*• . . . A » t 

dn-von. nous miimcs les voiles au vent, a la 
fortieduport dudit Honfleur,Ies canô- 
nades, trompettes, tabours, fifres, & au- 
tres triomphes accouftumez de faire aux 
Nauires de guerre qui vont voyager, ne 
rnaqueret point en noftrc endroit. Nous 
a lia fm es premièrement ancrera la Ra- 
de de Caulx qui cft vne lieue en mer par 
delà le Haure de grace: & la felon la cou 
flume des Mariniers qui veulent voya- 
ger en pays lointains, après que les Mai 
fives & Capitaines eurent fait reueuë & 

eurent 



D E L'A M ERIQJ E. tï 

eurent feeu le nombre certain, tant des 
foldats que des Matelots 5 ayans comandc 
deleuer les ancres nous nous pennons 
dés le foir ietter en mer . Toutesfois 1c 
cabJcduNauireoui'cftois s'eftant rom- 
pu & l'ancre tiré à grande difficulté, cela 
fut caufe que nous ne peûfmes appareil- 
ler que iufques air lendemain. 

Cedit iour doneques vingtième de 
Nouembrcqu'ayans abandonné la terre 
nous commençafmes ànauigcr fur cefte 
grade & impetueiife m£r Gcceane, nous 
defcouurifmes & coftoyafmes l'Angle- 
terre laquelle nous laifsions à dextre, & 
fufmes deflors prias d'vn flot de mer qui 
dura douze iours:durant lcfquels, outre 
que nous fufmes tous fort malades de la 
maladie accouftumee a ceux quivontfur 
mer,il n'y auoit celuy qui ne fut bien ef- 
poouanté de tel branflement . Et de fait 
ceux principalement qui n'auoyent ïâ- 
mais fenti l'air marin, ni dancé telle dan 
ce,voyans lamerainfi haute & efmeuë 
penfoyent à tous coup-s & à toutes mi- 
nutes que les vagues nous deuffent faire 
couler en fond: corne certainement c'eft 
chofe admirable de voirqu'vn vaiffeau 
de bois quelque fort & grand qu'il foit, 
puiffe ainfi refifter à la fureur & force de 
ce tant terrible clemét: car combien que 
les Nauires foyent baftis de gros bois 



M HISTOIRE 

bien lié , chcuillé , & bien godronne, & 
queçelpymefmcs auquel Pcftois, peuft 
. auoir euuiron dixhuit toifes de long, & 
trois & demie de largcqu'cft ce en corn- 
paraifô de ce gouffre & de teJJe largeur, 
profondeur & abifmes d'eau comme eft 
celle mer du Ponent ? Partant fans am- 
.Vart d € P llfi er ce propos dauantage ie diray icy 

iVn'Ti Cn Vn m0t ^ U ° n ne :fcauroit aflez prifer 

T»Ï.' X "~ tant ^excellence de l'art de la nanigatio 

en general qu'en particulier Pinuention 

de PEguiUe marine , de laquelle néant- 

moins comme aucuns tiennent , Vyf^e 

n eft que depuis enuiron cent cinquante. 

ans. Nous fuîmes doneques ainfi agirez 

& nauigeafmes auec grandes difficult 

lufques au troifieme iour après noftrc 

embarquemêt qucDieu appaifa les flot* 

& orages de la mer. 

Le dimanche fuyuant ayans rencon- 
tre deux nauires rnarchans d'Angleter- 
re qui venoyent d'Efpagne , après que 
nos Matelots les étirent abordez & veu 
quUI y auoit à prendre dedans , peu s'en 
fallut qu ils ne les piliaflent . Et de fait 
fuyuat ce que fay dit que nos trois vaif- 
ieaux cftoyent bien fournis d' A rtillerie 
&■ d autres munitions de guerre nos nu 
riniers, s'en tenans fiers & forts, quand 
îes vaiffeaux plus foibles (ainfi que nous 
verrons tantoft) fetrouuoycnt deuant 

eux 



Ù E L'A M Eli QV E* t\ 

eux '•& à leur merci ils n'eftoyent pas à 
feu r te. j 

Et puis cjùe cela viet à propos il faut 
que ie dife ici en paffat à ceûe premiere c i ou i îuxaç 

* i,.,v T . ,', • , L .des mari - 

rencontre deJSiauire que 1 a y veu prati- »; m y«r 
quer farmer ce qui fe fait aufsile plus mer - 
fouuent en terre: affauoir , que celuy a- 
yât les armes au poing qui cft le pi 9 fort 
remporte , & donne la loy à fon compa- 
gnon . Vray eft que rnefsieurs les Mari- 
niers faifans caller le voile & ioindre les 
pauures Nauires marchans leur alleguet 
ordinairement qu'y ayant long temps 
qu'ils font fur mer fans qu'à caufe des 
têpeftes & calmes ils ayent peu aborder 
terre ni port, ils font en necefsite' de 
viuresdontilsprient d'eftre afsiftez en 
payant. Mais il fous ce prétexte ils peu 
uêt mettre le pied dans le bord de leurs 
voifins ,il ne faut pas demander fi pour 
empefeher le vaiffeau d'aller en fond, ils 
ledefehargent de tout ce qui leur fem- 
ble bon & beau. Que fi la deffus on leur 
remonftre ( comme de fait nous faifions 
fouuent) qu'il n'y a nul ordre de piller 
indiferemment autant les amis que les 
ennemis, la chanfon commune de nos 
foldats terreftres , qui en cas femblable 
pour toutes raifons difent que c'eftla. 
guerre & la coufturae, & qu'il fe faut ac 
commoder, ne manque point en leur 
endroit. 



14 HISTOIRE 

Mais outre cela ie diray ici , par ma- 
nière de preface,fur pluiîeurs exemples 
de ce que nous verrons ci a/res^queles 
Efpagnojs & encores plus les Portugais 
le vantans d'auoir les premiers defeou- 
uert la terre du Breiily/oire tout le con- 
tenu depuis le deftroit de Magelan, 
qui demeure par les cinquante degrés 
du co fié da Pole Antardique,iufques au 
Peru , & encores par deçal'Equator : &: 
par confequent maintenans qu'ils font 
ïeigneurs de tous cqs pais la , aleguans 
que les François qui y voyagent font 
vmrpateurs fur eux , s'ils les trouuenr 
fur mer à leur auantage, ils leur font vne 
telle guerre qu'ils en font venus lufques 
là d'en auoir efeorchez tous vifs, & fait 
mourir d'autre mort cruelle . Les Fran- 
çois fouftenans le contraire & qu'ils ont 
leur part en ces pays nouuellement co~ 
gneuz , non feulement ne fe laiffent pas 
volontiers battre aux Efpagnois , moins 
aux Portugais (lefquels pour en parler 
fans affection ne les oferoyent aborder 
s'ils ne fe voyent en beaucoup plus grâd 
nombre de vaiffeaux) mais en fe defen- 
dans vaillamment rendent quelquefois 
la pareille à leurs ennemis. 

Or pour retourner à noflre route la 
mer.s'eftant derechef enflée, elle fut fi 
rude Tcfpace de fix ou fept iours, quenô 

4*- 




D E L'A M C R I QJ E. 15 

feulement ie vis par plufieurs foisentrer 
& fauter les vagues par de flu s leTilac de 
noftrcNauire,mais aufsi àcaufe de la roi 
deur des ondes le vaifleau eftoit esbranle 
de telle façon qu'il n'y auoit Mateiot,tat 
habile fuftVil, qui fe peuft tenir debout. 
Et certes cela eftoit voir l'expérience de 
ce que le Pfalmifte dit parlant de ceux?j*. €V *L 
qui vont fur mer. Car montans ainfi par 
manière de dire iufques au ciel , puis a- 
yans les fens défaillis chaneelans comme 
yurognes,defcedre iufques aux gouffres 
& iufques aux abifmcs , n'eft ce pas voir £«£**»- 
les merueilles de Dieu? il eft bië certain. / f X2 
Partant fubfiftant ainfi au milieu du fe- .*>»*;/* 
pulchre , le peril s'approchant quelques ™ y r e * fur 
fois plus près que Fefpeflcur des aïs de- 
quoy les vaifleaux nauigables font faits: 
il femble que le Poète qui a dit que ceux 
qui vont fur mer ne font qu'à quatre 
doigts de la mort,les en efloigne encores 
trop. 

Or celuy comme il eft dit au Pfcaume 
fus alegué qui fait le temps calme & tran 
quille quant il luy plaift,apres cefte tem- 
peftenous ayant enuoyéventà gré, nous 
paruinfmes d'iceluy iufques àla mer d'E- 
fpagne: & nous trouuafmes àla hauteur 
du Cap de faint Vincent le cinquième 
iour de Décembre. En ceft endroit nous 
rencontrafmes vnNauire d'Irlande dans 



1.6 HISTOIRE 

lequel nos Mariniers fous le prétexte 
fufditqueles vuiresnous failloyêt prin- 
drent fix ou fçpt pipes de vin d'Efpagnej 
des figues, des oranges, & autres chofes 
dont elle eftoit chargée. 

Sept iours après nous aborda/mes au- 
près de trois Iilcsnômeespar les Pilotes 
Les îjies de Normandie* la Gracieufe,Lancelotc, 
ci? umes. ^ p ortc auanture,qui font des ifles For- 
tunées. Il y ena fept en nôbre àprefent 
come feftime toutes habitées par les E~ 
fpagnols: maisquoy qu'aucuns marquêt 
en leurs cartes ocenfeignent parleurs H- 
•ures que ces Ifles fortunées font lituees 
feulement par les onze degree au deçà 
de l'Equatorj&par confequent felon eux 
feroyent fous la zoneTorride,ie di pour 
y auoir veu prendre hauteur aucc l'Aftra 
labe que certainement elles demeurent 
par les vingt huit degrez tirant au Po- 
le Arctique. Et partant il faut confeffer 
qu'il y a erreur de dix & fept degrez des- 
quels tels auteurs en trompans eux &les 
autres les reculent trop de nous. 

En ces endroits que nous mifmes nos 
Barques hors nos Nauires, vingt de nos 
Soldatz & Matelotz s'eftans mis dedans 
auec des Berches , Moufquetz & autres 
armes, penfans butiner en ces Ifles s'y en 
allerent,mais corne ils voulurent mettre 
pied en terre les Efpagnols qui lesr a- 

uoyent 




D E i! AMER I Q_V E I7 

uoyèiît defcouucrts auparauant les ; rerri- 
barrereint Ti bien qu'ils n'eurent que lia- 
fte de fe retirer. Neantmoins ils tournè- 
rent & virèrent tant à Contour) qu'en fin 
a yiuis rencontré vne Carauelle de pef- 
c.hcurs ( Jefquels fi toft qu'ils les virent 
venir à eux fejaùttans en cerreleur quit- 
tèrent leur vaifïeau)s'en eftans faifis 3 non 
Seulement ilsy prindrent grande quan- 
tité de chiens de mer feesy des compas à 
iiauiguer & tout ce qui fe trouua dedans 
iufqu'aiix voiles qu'ils raporterent,rnais 
aufsi nepouuâs pis faire aux Efpagnols \% 
defqueîs ils fe vouloyent veriger 5 à grids 
xoups de haches 3 ils mirent en fond vne 
Barque & vn Bateau qui eftoit auprès» 
-Durant trois tours que nous demeu- 
râfmes auprès de ces Mes Fortunées y à 
çaufe que la mer eftoit fort calmcnous y 
prinfmes fi grande quantité de poiffoiis 
(t&t âuec des haims qu'auec des rcts)que 
$ipres que nous en eufmes mangé à noftre 
fouhait (craignans parce que nous n'a- 
nions pas Teau douce à noftre comman- 
demejit que cela ne nous alteraft trqp) 
nous fu fines contraints d'en rcietter plus 
de la nboitié en mer. Les efpeces 'eftoyent 
Dorades* Chiens de mer 5 &plufieurs au- 
tres dont nous ne fauions les nomsrtou- 
tesfois il y en auoit de ceux que les Mari 
niers appcllét Sardes 9 qui eft vne efpece 

B 



■ * 




ï8 H I S T OHE 

de poiffon ayant fi peu de corps qu'il fem 
blequelatefte & la queue foyent ioints 
enfemble-.ladite tefte eftant faite de la fa- 
<on dVn morrion à crefte. 
- i Le meccredi matin fixieme de Decern 
bre,que la mer s'efmeut derechef, les va- 
gues" remplirent fi foudainement laBar 
que qui eftoit amareeà noftreNauiredés 
le retour des Ides Fortunées , que non 
feulement elle fut fubmergee & perdue* 
mais aufsi deux Matelots qui eftoyent 
dedans furent en fi grand danger qu'a pei 
ne-en leur iettans haftiuement des corda 
ges les peufmes nous fauuer & tirer dâ$ 
le vaiffeaurEtau furplus diray pour cho- 
ie remarquable, que noftre cuifinier du- 
rant cefte tempeftedaquelle continua qua 
tre iours) ayant mis vn matin deflaler du 
lard dans vn grand vaiffeau de bois (qui. 
eftoit la moitié d'vn poinfon fcié par le 
milieu)ii y eut vn coup de mer qui de fon 
'SvYcoub impetuofité fautant par deflus le Tillac 
de mer. emporta &la caque & ce qui eftoit de- 
dans, fans larenucrfcr,plusdelalôgueur 
d'vnc pique hors le Nauire, mais tout 
fond lin vne autre vague vint à Topofite 
laquelle de grande roideur reiettale tout 
fur le mcfmc Tillac : tellement que cela 
fat nous renuoyer noftre difné qui, com- 
me on«dit,s'en eftoit allé aual Peau. 

Or dés le vendredi dixhuiticme dudit 

mois 



fcE t'AM ÈRIQJ E. I9 

tnois, nous defcouurifmes la grand Ca- 
naricjde laquelle nous approchafnies af- 
iez près le dimanche fuyuanr.mais quoy 
que nous eufsions délibéré d'y prendre 
des refraifchiflemens tant y aqu'àcaufe L agra!2 j 
du vent contraire il ne nous fut pas pof- Charte. 
fible d'y mettre pied à terre. Ceftvne bel 
Je Me habitée aufsi à piefent des Es- 
pagnols, en laquelle il croift force Canes 
dcfuccres&debons vins : &aurefieeft 
fi haute qu'elle fe peut voir de viiigt & 
cinq ou trentelieuê's. On l'appelle aufsi 
Je Pic deTanarifle, Srpcnfent aucûs que 
ce foit ce que les Anciens nommoyentlé 
mont d'Athlas dont on dit la mer Athîâ- 
tique, dequoy ie frie rapporte à ce qui en 
eft. 

Ce mefme iour de dimanche nous def 
couurifmes vneCarauclle dePortugal 5 la 
quelle, parce qu'elle cftoit au de flous du 
vent de nous , voyans bien ceux qui e- ç* Y «uét 
ftoyent dedans qu'ils ne potirroyent re-«^* r/ * 
fifterni fuir calans le voile fe vindrent 1 ""** 
rendreà noftre Vice Admirai. Ainfitfos 
Capitaines qui dés long temps âupara- 
uantauoyent arrefté entr'eux de s'acco- 
rnoder (corne on parle auiourd'huyjd'vii 
Vaifleau de ceux qu'ils s'eftoyent touf- 
iours promis de prendre ou fur les Efpâ 
griolsou furies Portugais , afin de s en 
faifir & affeurer dauâtage mirent incon* 

B s 



2û HISTOIRE 

tinant de nos gens dedans. Toutesfois à 
caufede quelques confiderations qu'ils 
curent enucrs le maiftre dlcelle,luy ayâs 
dit qu'en cas qu'il peuft foudainement 
trouuer vne Caravelle en ces endroits là, 
qu'on luy rédroit la fiëne: luy qui aimoit 
mieux la perce tomber fur fon voifin que 
fur luyjS^n mit en deuoir. Ainfi felon la 
requefte qu'il fit que pour effe&uer ceque 
il promcttoit •, on luy bailiaft vne de nos 
Barques armée de Moufquets auec vingt 
de nos Soldats, & vne partie de (es gens 
dedans, comme vray Pirate que fay o- 
pinion qu'il eftoit pour mieux ioiïer fon 
rolle & afin de n'eftrefi toft defcouuert, 
il sen alla bien loin deuant nosNaui- 



res. 



La~Ba.r ba- 
tte. 



Ornons coftoyons lors la Barbarie, 
habitée des Mores , d'où nous n'eftions 
çuere. cflongnez de plus de deux lieues, 
îaquelleCcommc il fut foigneufement ob- 
ferué de pluficurs) eft vne terre fi plaine, 
voire fi fort baffe que tât que noftre veuë 
fe pouuoit eftédre,fans,voir aucunes mô 
tap-nes.ni autres obicts, il no 9 eftoit aduis 
quenous eftâs plus hauts, la mer deuftin- 
côtinât tout fubmergerce pays là, & que 
nous & nos vaifleaux deufsions pafler 
par deffus . Et à la venté combien qu'au 
iugcmcntdcl'œilil femble qu'il foit ain- 
fi prefque fur tous les nuages de la mer, 

fi cft-ce 



DE L'AME-RIQTE. 21 

fi eft-ce que cela fe remarquai! tp Jus par- 
ticulièrement en ceft endroit la 5 quand 
ie regardois dVn cofté ce grand û plat 
pays qui paroiffoit comme vne valee > & 
d'autre partla mer à l'oppofue fans e- 
flre lors autrement efmeuë, neantmoins 
en comparaifon faifant vne grande & ef- 
poùuantable montagne, en me fouuenât 
deceque dit PEfcriture à ce propos i e p ^ e - I0 4- 
conteroploye cefle œuure de Dieu auec 
grande admiration. 

Pour retourner à nos efcumeurs de 
mer , lefquels nous auoyent deuancez 
dans leurs Barques , le vingt & cinquiè- 
me de Décembre iour de Noel eux a- 
yans rencontré, & tiré quelques mouf- 
quetades fur vne Carauelle^'Efpagnols, 
la prenans par force ils ramenèrent vers C^aveUc 
nous. Orparce que non feulement c'e- r '"^' 
ftoitvn beau Vaiffcau , mais aufsi qu'il 
eftoit chargé de fel blanc , cela pleut 
fort à-nos Capitaines: & partant felon la 
coriclufion qu'ils auoyent faite dés long 
temps de s'en accommoder d'vn, nous Pe 
menafmes en la terre du Brefil vers Vil- 
Jegagnon. Vray eft qu'en tenant proni efle 
au Portugais qui auoit fait celle prinfe, 
mettant les Efpagnoîs .depoiTedez de 
leur Vaiffeaupefle méfie parmi fes gens 
dans fa Caraueîle y on la luy rendit. 
Toutesfbis née fuft en tel eftat qu'il eufe 

B z 



22 



HïS.TOUE 



mieux valu par manière de dire les met- 
tre tous en tôdtcar nos MariniersCcruels 
, qu'ils furet en ceft endroit) n ayans laiffe 
Z"mU non feulement morceau de bifcuit ni 
*****- d'autres viandes à fes pauures gens 5 mais 
qui pis eft leur ayans defchiré leurs voi 
les & mefme ofté leur petit bafteau (fans 
lequel ils ne pouuoyent approcher ni a- 
border en terre)il eft vray femblable que 
demoarans ainfi à la merci de l'eau , fi 
quelque barque ne furuint pour les fe- 
çourir,ou qu'ils furent en fi nfubmergez 
ou qu'ils moururent de faim. 

Ce beau chef d'œuurc, au grand regret 
dep!ufieurs,fait eftans pouffez du vent 
dVEft Sueft,qui nous eftoit propice,nous 
nous reietafmes bien auant dans la haute 
mcr.Et pour le £iire court&n'eftre point 
ennuyeux en recitantparticulierernent& 
à part tant de prinfes de Carauellçs que 
nous fifmes en allant: de's ie lendemain & 
encores le vingt & neufieme dtiditmois 
„ . ' de Décembre fans nulle refiftance nous 
dcdL cnprinfmes deux autres. En la premiere 
Carpelles c | c fquelles 5 qui eftoit de Portugal^ caufe 
de quelque refpeft que nos Maiftres 
de Nauircs & Capitaines eurent à ceux 
qui eftoyent dedans ) au grand regret 
seantmoins de quelques vus de nos Ma- 
riniers & principalement de ceuxqui e- 
ftojêtdansla Carauelle Efpagnoleque 

nous 



d e l'a m er i oj x n 23 

nous emmenions (lefquels acharnez au 
pillage tirèrent quelques coups de Fau- 
conneaux à l'encontre) après auoir parlé 
à eux onles laiffa aller fas leur rien ofter. 
En l'autre qui eftoit à yn Efpagnol il luy 
futprins du vin v du bifeuit, & d'autres 
yiduailles . Mais fur tout ilregrettoit 
fort vne poulie qu'on luy ofta>car> difoit; 
il, quelque tourmete qu'il fitellepondqitk 
& faifoit tous les iours vn œuf dans fon : 
Vaifieau. ;i fcoC t 

Le dimanche fuyuant nos Matelots, 
f lefquels pofsiblene fç^ôt pas aifçs que : 
ie raconte ici leurs courtoifies) ne dem^-n 
dâs que d'en auoir de toutes parts, après 
que celuy qui eftoit ^ijuietçn la gradHu 
ne euft crié felô la cou ftumeVoilcvoile, 
& que nous eufmes defcouuerts cinq 
Vaifleaux ( ie ne fcay fi c'eftoyent Cara- 
uelles ou grands Nauircs)eyx chàntaris 
défia le cantique deuant le triomphe les 
penfoyentbien tenir:mais parce qu'eftâs 
au deffus de nous,nous anions vent con- 
traire , nonobftant la violence qu'pn fit à 
nos Vaiffeaux (lefquels poiirl'afFèdion 
du butin en danger de nousfubmerger&: 
virer ce deffus deffous furent armez de 
toutes voiles) il ne nousfut pas ppfsible 
de les ioindre ni aborder . Et afin 9P ,QÎ1 
ne trouuepas eftrange ce que iay touche 
que brauâs ainfi fur la mer chacun myoi L 

B 4 ' 




H 



Kï ST OiRE 



otvdarloît'Ië voile 'déliant nous > iedifay 
qiré iesNormans eftans iaufsi belliqu'cu^l 
S Vaîlîalrïs ftriffllK^fllMfô^n qui fepùip 
ic : auibiird ? liily ; t î r : o î u'u , èk ,f v<>yâgtlt Air TO 
cèan i encores que feOTÏ/nHrtKiwoniqfir 
trois Vaiffeaiix-, iïs-fefïèyérft v ncâiitm î 6lmi i 
fl bien fournis d^ArïHlerîely-ayantdî^ 
huit pieces dé rbtitc,&:plus tie trente Ber 
cHê^S MbùfqueVs- de ftp en 8dl$$ ou 5f&l* 
fttm^8^d'autt'es mùnîtiôs dé^àerré que 
nos Capitaines & Soldats en tel équipa- 
gVîn^feét 'rtfolii^attkquer & çornba- 
t?e3¥rWeé '"V&Uiîc du Roy dëPortkrgaî 
iînou^Peufilteîs'ttrieôntree. ? *°?-$ 



^uïnt^ftiffoni^olàtà % '&' autres de plu fleurs ' 
jortes'qfe ïïotàvifïtiès &prïjïïzes fow là %vne 

Torrid [ "' ! ' : ' ■ ; 

'■'■,■..< I rr) [If! M ■;-.;■ 

ES lors nous cufmes la mer 
(i 1 flore & lèvent fia grecque 1 
d'iccluy ho 9 fufnies poùffei : 
èc menez iuRjucs à ti ois ou 
rS^S^S^. quatre degree au deçà' de ia 
ligrfe E^uinoâ:iale.En,ces J endroits nous 
prifmès Force Marfoûins , Dorades, AI-' 
bacor'éi y Bonites , ■& grande quantité de 
plufieufs ^titres fortes de poiffons'P'iè 

quoy 




DE L'ÀMERIQVE. 25 

quoy qu'auparauarit i'euffe toufiours pê 
fé que les Mariniers nous contaflent des 
fariboles quand lis nous difoyent qu'il y 
aubit certaines efpeces de poiflons volas 
fiéft-ce que l'expérience memoftra lors 
qxVil eftoit airifi . Nous commençâmes 
donquesla,non feulement de voir fortir 
de la mer & s'efleuer en Pair , de grofïes V °JJ^ 
troupes de poiffons ( tout ainfi que fur 
terre on voit les Alouettes ou Eftour- 
iieaux)volans prefqueaufsi haut hors de 
reàuquVne piquer & quelque fois près 
de cent pas loin^mâïs aufsi il eftfouuent 
adtienu que quelques vns s'ahurtans con 
treles Mas denosNauires tombans de- 
dans, nous les prenions à la main. Ainfî 
felon que ie Tay confideré en vue infini- 
té que i'ay veuz &c tenus tant en allant 
iqu'en retournant r ce poiflon eft de for- 
me prefque corftrriele Haren : toutesfois 
vn peu plus long & plus rond : a des pe- 
tits barbillons fous la gorge , les ailles 
comme celles dVne Chaimefouris 8e 
prefques aufsi longues que tout le 
corps : & efl: de fort bon gouft & fauou- 
reux à manger . Au refte parce que ie 
n'en ay point veu au deçà du Tropi- 
que de Cancer î'ày opinion(fans toutes- 
fois que ie levucille autrement affermer) 
qu'aimans la chaleur ï&c fe tenans fous 
la Zona Torride i ils n'outrepaflent 



" mt 




Ûyjêaux 
l&arins. 



'Ttomte 

po-ijfon. 



l6 HISTOIRE 

point d' vne part ni d'autre du coflédes 
Poles. Il y a encores vne autre chofe que 
î'ay obferuee , c'eft que ni dans l'eau ni 
hors Teau ces panures poiffons volans 
ne font iamais à repos; car eftans dans la 
mer les Albacores &autres grands poif- 
fons les pourfuyuans pour les manger 
leur font vne continuelle guerre: .& fi 
pour euiter cela ils feveullent fauuer en 
l'air & au vol il y a certains oifeaux ma- 
rins qui les prennent & s'en repaîfTent. 

Partat pour parler auffi de ces oyfeaux 
viuans deproyede cefte façon fur la mer, 
ils fot femblablemët fi priûez que fouue 
tesfois il s'en eft pofé fur les bords,cor- 
dages & matz de nos Nauires , lefquels 
fe iaifloyent prendre à la main . Et pour 
les defcrire auffi tels que pour en auoir 
mangé ie les a y veu dans & dehors: Pre- 
mieremét ils font de plumages & de cou- 
leurs gris comme efperuiers , mais com- 
bien quant à l'extérieur qu'ils paroif- 
fent aufsi gros que Corneilles fi eft ce 
que quand ils font plumez qu'il ne s'y 
trouue guère plus de chair qu'en vn paf- 
fereau : au refte ils nont qu'vn boyau & 
ont les pieds plats comme ceux de Canes 
Pour continuer à parler des autres 
poiffons dont i'ay fait mention ci deffus, 
la Bonite qui eft des meilleurs à manger 
qui fe purflent trouucr eft prefques de la 

façon 



D Ë L'A M E RI QVE. 27 

facondes carpes communes, mais fansef 
cailles. Fen ay veuenfort grande quan- \ 
tité lefquelles l'cfpace d'enuiron fix fep- 
maines nont bouge d'alentour de nos 
Nauires , &eft vray femblable qu elles 
fuyuent amfi les Vaifleaux à caufe du 
Brets dont ils font frottez. 

Quant aux Albacores combien qu'el- -**««" 
les foyent,affez femblables aux Bonites 
fi eft ce neantmoins(en ayant veu & man- 
gé ma part de telles qui auoyét bien cinq 
piedz de log &aufsi grofles que le corps 
d'vn horhme)qu'il n'y à point de compa- 
raifon de l'vne à l'autre quant à la gran- 
deur. Au furplus tant parce que ce poif- 
fon Albacore n'eft nullement vifqueux, 
ains au contraire s'efmie & a la chair auf 
fi friable que la Truite, n'ayant au refte 
qu'vne araifte en tout le corps ,& bie peu 
de tripaiUes,il le faut mettre ai* rang des 
meilleurs poiffons de la mer . Et de fait 
combien que nous (ainfi que tous les paf 
fagers qui font cçs longs voyages ) pour 
n'auoir les chofes propres à commande- 
ment n'y fifsions autre appareil qu'auec 
du fel feulement en mettre rôftir de gran 
des pieces & larges rouelles fur les char 
bons, fi le trouuions nous merueiîleufe- 
ment bon & fauoureux au gouft. Partant 
fi mefçieurs les frians,lefquels ne fè vou 
lâs point bazarder furmer,& toutesfois 




"Dorade. 



Marfatùs 



28 H I S T OI RE 

(comme on dit des chats fans mouiller 
leurs pattes)veulient bien mâger du poif 
ion en pouuoyent auoir fur terre aufsi 
aifément qu'ils ont d'autre marée, le fai- 
fant apprefter à la faucc d'Alemagne, ou 
en quelque autre forte, doutez vous que 
ils n'en lefchaffent bien leurs doigts ? Ié 
di nommément fi on l'auoît à comman- 
démet fur terre, car ainfi que i'ay touche 
du poifibn volant, ic ne penfe pas que 
ces Albacores,ayant principalemet leurs 
repaires entreles deux Tropiques hc en 
la haute rher^ s'approchent fi près des ri- 
uages queles pefcheurs en puifient ap- 
porter fans eftre gaftez & corrompus. 

La Dorade , laquelle à mon iugement 
eft ainfi appellee parce que la voyant das 
l'eau, elle fe nionftre iaune & reluit com- 
me fin or, quant à la figure approche au- 
cunernentAdu Saumon : neantmoins elle 
diffère en cela qu'elle eft comme enfon- 
cée fur le dos. Au refte pour en auoir ta- 
fté le tien que eëpoivfoh eft non feule- 
ment encores meilleur que tous les au- 
tres fus mentionnez , mais aufsi qu'en 
eau fallee ni en eau douce il ne s'en trou 
uera point de plus délicat. 

Touchât les Marfoiaïns, il s'en trouue 
de deux fortes , tar Jes vns ont le groin 
prefques aufsi pointu que le bec d'vh 
Oye, & lès autres au contraire Font fi 

rond 



DE- Jl'AMER IQJ E. 29 

rond &mou0u qu'il femble vne boule: & 
partant à caufe de la conformité que ces 
derniers ont auec les encapluchonnez, 
nous les apeliôs telles de moine: Quât au 
rcftedela forme de toutes les deux efpe- 
ces , i'enay veudecinq& de fix pieds de 
long r ayat la queue fort large & fourchue 
&tous vnpertuis fur la terteyparounon 
feulement ils refpirent, mais aufsi iettét 
l'eau par la. Que û la mer commence de 
s ; efmouuoir,vous les verrez paroiftre 3c 
fe monftrer fur l'eau , foufflans de telle 
façon que vous diriez que ce font porcs 
terreftres.Mais fur tout la nuit,qu'au mi 
lieu des ondes & des vagues qui les agi- 
tent ils rendent la mer comme verte > &c 
femblenteux mefmes eftre tous verts, 
c'efl vn plaifirque de les ouyr ronfler. 
Auflî les Mariniers les voyans nager &C 
fe tourmeter de cefte façon prefagent & 
s'afleurent de la tempefte prochaine : ce 
que i'ay veu fouuent aduenir. Et combié 
qu'en temps aflez modéré & la mer eftât 
feulement fl oriflante, ceft à dire,ayant le 
vent à fouhait, nous en vifsiôs/ quelques abondan- 
fois en fi grande abondance Que tout \ c i d * Mai 
l'entour de nous & tant que naître veuë 
fe pouuoit eftendre, il fembloit que la, 
mer fut toute de Marfoûins , ne fe laif- 
fans pas toutesfois fi aifément prendre 
que beaucoup d'autres fortes depoiflos 



J fouins* 



■ m 



~ T 




3° 



HISTOIRE 



fouïm. 



nous n'en auions pas pour cela toutes 
-les fois que nous eufsions bien voulu. 
Sur lequel propos afin de tant mieux con 
tenter le ledeurie veux bien encore de- 
, . clarer le moyen dont i'ayveu vfer aux 

Marner e \ L - 

de prèdre Matelots pour les auoir. L vn d entr eux 
hsMar- i e pi us ftilé & façonné à teilepefche fe 
tenant au guet auprès du Mats du beau- 
pré, & furie deuant du Nauire, ayant en 
la main vn arpon de fer emmanché en v- 
ne perche delà grofleùr & longueur d'v~ 
ne demie picque & liez à quatre ou cinq 
braffes de cordeaux, quant il en voit ap- 
procher quelques troupes eft choififfant 
vn entre iceux il luyiette & darde ceft 
engin de telle roideur que s'il Pattaint a 
propos il ne faut point de l'enferrer. 
L'ayant ainfi frappé , il fille & lafchc là 
corde, de laquelle cependant il retient le 
bout ferme, puis après que le Marfouïn 
(qui perdant fon fang dans Peau, & en fe 
débattant s'enferre de plus en plus ) cefi 
vn peu affoibli les autresMariniers pour 
aider à leur compagnon viennent auec 
vn crochet de fer qu'ils appellent gaffe 
( aufsi emmâché en vne longue perche de 
bois ) & à force de bras le tirent dans le 
bord. En allât nous en prinfmes enuiron 
vingt & cinq de cefte forte. 

Touchant le dedans & les parties inte 
rieures du Marfouïn après que comme 

à vn 



d e l'ameri QJTB. 

àvnporceau,aulieu des quatre iambons^p 4m ^ 
onluy aleué les quatre fanoux , fendu -interù*. 
qu'il eft, les trippes (l'efchirie fi on veut) J^ 
& les coftes oftees, quand il eft ainfi ou- 
uert & pendu , vous diriez proprement 
que c'eit vn naturel porc terreftre : attfsi 
a il le foye de mefme gouft : vray eft que 
la chair frefche Tentant trop le doucea- , 

ftre n'en eft guère bonne. Quant au lard» 
tous ceux quei'ay veu auoyent commu- 
nément vn pouce de gras:& croy qu'il ne 
s'en trouue point qui pafle deux doigts. 
Partit qu'on ne s'abufeplus à ce que les 
marchans & poiflbnnieres , tant à Paris 
qu'ailleurs, appellent leur lard à pois de 
Carefme,qui a plus de quatre doigts def- 
pais,Marfouïn,car pour certain ce qu'ils 
vendent eft de la Balene. Au refte par- 
ce qu'il s'en eft trouué de petits dans 
le ventre de quelques vns de ceux que 
nous prinfmes ( lefquels nous fifmes ro- 
ftir comme couchons de laiét) fans m'ar- 
refter à ce que quelques vns pourroyent 
auoir efcrit au contraire, ie penfeplu- 
ftoft que les Marfouïns portent leur ven 
tree ainfi que les truyes,que non pas que 
ils multiplient par œufs comme font 
prefques toutes hs autres efpeces de 
poiffons. Dequoy cependât fi quelqu'vn 
me vouloit arguer me rapportât pluftoft 
de ce fait à ceux qui en ont veu l'expe- 




J2 H IS T O I R E 

rie'nce , qu'aveux qui ont feulement len 
les Jiur.es, tout ainfi que ie n'en veux 
faire ici autre deciiion , aufsi nul ne 
m'empefehera d'en croire ce que i'en ay 
veu, 
\tf*u»s. Nous pnnfmes femblablement beau- 
coup de Requiens , lefquels cftans dans 
la mer, quelque tçanquiîe de coye qu'elle 
foit, femblët eftre tous verts, Il s'en voit 
déplus de quatre pieds de long & gros 
àraduienâtrmais pour n'en eftre la chair 
guère boiin£, les Mariniers n'en mangêt 
qu a la necefsité, & par faute de meil- 
leurs poiffons .' Au demeurant ces Re- 
quiens ayans la peau rude & afpre corne 
vue lime, la telle plate & large & la gueu 
le aufsi fendue qu'vn loup, ou dogue 
d'Angleterre,ne font pas feulemêt mon- 
iagereux iti-ueux,mais auisi outre cela, pourauoir 
les dens tranchantes & fprt aiguës fi ..dan- 
gereux, 'que s'ils empoignent vn homme 
par la iambe ou autre partie du corp.s,iIs 
emporterot la piece, ou ils le traifherqt 
en fond, Aufsi quâd les Matelots en têps 
de Calme fe bagnent dans la mer, ils les 
craignent fort:mefmes,quand nous en a- 
uiôsprins(ainfi que nous auôs fouuet fait 
auec des hameçons de fer aufsi gros que 
le doigt ) & qu'ils eftoyent fur le Tillac 
duNauire, il ne s'en falloit pas moins 
donner de garde , qu'on feroit fur terre 

de quel- 



çrtuek 
mer. 



be L'a meèï qje, 33 

de quelques mauuais chiens . N'eftans 
donques ces Requiens propres qu'à mal 
faire, quand nous lesauions bien tour- 
mentez , ou nous lesaflbmmions à grad£ 
coups de maffes, ou pour en auoir le paf 
fetemps , après leur auoir coupé les na- 
geoires , leur liant vn cercle à la queue 
nous- les mettions en nier. 

Aufurplus, combien qu'il s'en faille ^ 
beaucoup que les Tortues de mer qui 
font fous cefte Zone Torride foyent fi 
prodigieufes, que tPvne feulede leur co- 
quille on puifîe couurir vne maifon lo- 
geable, ou faire vn vaiffeau nauîgable(co 
me Pline a efeript qu'il s'en trouue de tel tuf* 
lestantes coftes des Indes, qu'aux Ifles e ^- i05 
de la mer rouge)fi eft-ce neantmoins que 
pour y en auoir mefuréde fi longues, Jar 
ges Si monftrueufes, qu'il n'eft pas facile 
dele faire croireà ceux qui ne ont point 
veu,ieneveux pas obmettre d'en faire 
mentiô. Entre les autres ie diray qu'vne., 
qui fut prinfe au Nauire de noftre Vice- 
Admiral, eftoitde telle grofïeur que qua 
tre vingts perfonnes qu'ils eftoyent dâ* 
ce Vaiffeau ( à la façô qu'on à accouftumé 
de viure fur mer en tel voyage) en difne- 
rent honneftement . La chair approche 
fort de celle de veau : & de fait lardée 
&roftieelle aprefquesîe mefmegouft. 
Touchant là coquille ovale , qui eftoit 

G 



— ~ 



£4 HISTOIRE 

deffus celle dont ie parle , ayant plus de 
deux pieds & demy de large , forte & ef- 
peiTe à Tequipolent, elle fut baillée au 
iieurdefainte Marie noftreCapitaine,le- 
quel la garda pour faire vue Targue. Voi 
ci fernblablernêt la manière comme ie les 
ay veu prendre . En beau temps & calme 
Faconde (car la mer efmeuë on les voit peu fou- 
fre7 ^ re uent ) qu'elles montent & fe tiennent au 

les Tortues _ ' £ '; . /i'V-ii 11 

firmer, deffus de l'eau, le foleil leur ayant telle- 
ment efchauffé le dos & la coquille , que 
elles ne le peuuet pltfs endurer,afin de fe 
rcfraifchir,elles fe virent^ tournêt ordi 
nairemët le ventre en haut. Ce qu'apper- 
ceuans les Mariniers, s'approchans dans 
leur Barque le plus coyemët & plus pre» 
qu'ils peuuent,les accrochansentre deux 
coquilles auec fes gaffes de fer ( dont i'ay 
ia parlé ) à grand force , & quelques fois, 
tant que quatre ou cinq hommes peuuet 
tirer ils les mettet dans leurBateau. Voi- 
la ce que i'ay voulu dire fommairement, 
tant des Tortues que des poiffons que 
nous prinfmes pour lorstie parleray en- 
cores ci après des Dauphins, & mefme^ 
des Baleines &autres Monftres marins. 

CHAP. II II. 



De t *Equator<yOuligne Equinocliale: enfern** 
ble des Tepefies, inconftances des Vens> Pluyc 




e>£ l'ami riqje. 35 

infeBe,Chaleurs->foif-,& autres incommodité^ 
que nous eufmesy & endurafmes aux enuirons 
& fous icelle* 

5our retourner ànoftrenaui- 
j/gationjnoftre bon vent nous 
Seftât failli à trois ou quatre 
Idegrez au deçà de PEquator* 
anon feulement nous eufmes 
vn temps fort fafcheux , entre niellé de 
pluye & calme > mais aufsi felon quela 
nauigation eftdifiîeile,voire tresdange- 
reufe auprès de cefte ligneEquinodiale, 
ïy ay veu,à caufe de l'inconftance des di- 
uers vens qui fouffloyent tous enfemble, 
îios trois Nauires,quoy quils fuffent af- 
fez pies Tvn de l'autre , & fans que ceux 
qui tenoyent les Timons & Gouuernails Experiece 
euflent peu faire autrement, chacun Vaif i efmc ^' 
feau eftre pouffe de fon vent à part : de vents près 
façon que comme en triangle, Vvn allait f/* us 
à f Eft,l'autre au Nord,&fautre à l'Ocft: ^ 
vray eft que cela ne duroit pas beaucoup) 
car foudains'efleuoyent des tourbillôs, 
que les Mariniers de Normandie appel- 
lent grains, lefquels après nous auoir 
quelques fois arreftez tout court, au con- 
traire tout à Pinftant ternpeftoyét fi fort 
dans les voiles de nos Nauires , que c'eft 
merueille qu'ils ne nous ont virez cent 
fois les Hunes en bas, & la Guille en 

C 2 



- 



$6 HISTOIRE 

haut c'eft à dire, ce defïus deflous. 

Au furplus la pluye qui tombe fous & 
es enuirons de cefte ligne 3 nonfeulemct 
put & fent fort mal, mais aufsi eft fi corl- 
tagieufe que fi elle tombe fur la chair il 
s'y leuera des puftules & groiTes vefsies: 

*&«** & mefme tache & § afte Ies habillemens. 

gitufe. Dauâtage le foleii y eft fi ardent , qu'ou- 
tre les chaleurs extremes & véhémentes 
que nous y endurios , encores parce que 
nous n'y auions pas l'eau douce ■ n'y au- 

Extremes tre bruuage à commandement 3 ni hors 

chaleurs, j es deux petits repas , y eftions nous mer 
ueilleufemétpreffez de foif. De ma part 
& pour Pauoir effayé l'haleine & le four- 
fie m'en eftans prefque faillis, Pen ay per 
du le parler Pefpace de plus dVne heure. 
Que fi qu'elcun dit ladelfus mourans ain- 
fï de foif au milieu des eaux ( fans imiter 
Tantalus)il ne feroit pas pofsible en tel- 
le extrémité de boire ou pour le moins 
fe refrefehir la bouche de l'eaii de la mer: 
ie refpond que quelque recepte qu'on 
me peut alleguerde la faire paffer par de- 
dans de la cire , ou autrement Pallarnbi- 
quer ( ioint que les branflemens & tour- 

Eaude mentes des VaiiTeauxfiotta'ns fur la mer 

JueT^° f nt ^ ont P as ^ ort P r °pi'e> n i pour faire les 
boire. fourneaux ni pour garder les bouteilles 
de cafler)que ie croy (finon qu'on voulut 
ietter les trippes & les boyaux inconti- 
nent 



DE L'A M E R I QJ E. j/ 

lient après qu'elle feroit dans le corps) 
qu'il n'eft queftion d'en goutter , moins 
d'en aualer.Neantmoins,comme on voit 
quant elle eft dans vn verre* elle eftaufsi 
claire,pure, & nette extérieurement que 
eau de fontaine ni de roche qui fe puifïe 
voir.Etau furplus (chofe dequoy ieme 
fuis efmerueillc &que ie laiffeà difputer 
aux Philofophes ) fi vous mettez trem- 
per dans l'eau de mer du lard , du haren 
ou autres chairs & poiffons tant falez 
puififent ils eftre, ils fe defifaleront mieux 
8c pluftoft qu'ils ne ferôt en Peau douce. 
Or pour reprendre mon proposée co- 
ble de noftreaffliâion fous cefte Zone 
bruflâtefuttelle,quenoftre bifcuit(à cau^ 
fe des grades &çôtinuelle.s pluyes qui a- 
uoyét pénétré iufquesdas la Soute) eftat 
deflors gafté&moifi,n'en ayâs neâtmoins 
pas à demi noftre faoul de tel, non feuler- 
ment il nous le falloit ainfî mâger pour- 
ri, mais auisi fur peine de mourir dç p J mj 
faim,& fans en rien ietter,nous aualliôs 
autant de vers (dont il eftoit à demi) que 
nous faifions de miettes, Dauantagenos 
eaux douces eftoyent fi corrompues , 8c Eau douce 
femblablemët fi pleines de vers, que feu- r°rrïf>uc. 
lemêt en les tirant des vai fléaux en quoy 
on les tient fur mer, ilny auoit fi bon 
cœur qui n'en crachaft:mais encores, qui 
eftoit bien le pis , quant on la buuoit il 

c 3 



'■ «p- 






« 



38 HISTOIRE 

falloit tenir la tafïe dVnemain & ,à eau- 
fe de la puanteur , boucher ie nez de 
l'autre. 
Contre Us Que dites vous la deflus mefsieurs les 
Micau. délicats ? qui eftans vu peu preffez de 
chaut,apres vous eftre bië faits teftoner, 
■& change de chemife aimez tantd'eftre à 
requoy dans vne chaire, ou fur vnlict 
verd en la belle fale fraifche ? & qui ne 
fauriez prendre vos repas fi la vaiflelle 
n'eft bien luyfànte,le verre bien fringue, 
les feruiettes bien blanches, ie pain bien 
chappie, la viande, quelque delicate que 
elle foit, bien proprement apreftee & 
feruie, &levin ou autre bruuage clair 
come vne Emeraude? voulez vous , vous 
âlierembarquer pour viure de telle façô? 
comme ie ne le vous confeille pas, & 
qu'il vous en prendra encores moins de 
ènuie quand vous aurez entendu ce qui 
nous auint à noftre retour, aufsi vous 
voudrois ie bien prier , quand on parle 
de la mer,& fur tout de tels voyages, n'en 
fâchas autre chofe que par les liures, ou 
feulement en ayant ouy parler à ceux qui 
n*en reuindrét iamais,vous nevouluffiex 
pas,cn ayat le derfus,vêdrc(côme on dit) 
vos coquilles à ceux qui ont efté à S.Mi- 
chel . Ccft à çlire , que vous defferifsiez 
vn peu & laifsifsicz difeourir ceux qui 
en endurans tels trauaux ont efté à la 

pratique 



D! L' A M E R I CLY E $9 

pratique des chofes, Icfquelles, pour en 
parler à la vérité , ne fe peuuenc bien 
gliffer au cerueau ni en l'entendement 
des hommes finon ( ainfi que dit le pro- 
uerbe) qu'on ait mangé delà vache en- 
ragée. 

Surquoy i'adioufteray, tât fur ceci que 
fur le premier propos que i'ay touché 
concernant la variété des Vents > Tem- 
peftes , Pluyes infedes. Chaleurs , & en 
fomme ce qui fe voit tant fur mer en ge- 
neral que principalemétfous l'Equator, 
que i'ay veu vn de nos Pilotes nôm| lean ^ on «ri- 
de Meun , de Harfeur lequel , bien qu'il {*«/*** 

r • 4 • -o * l lettres. 

ne Iceut ni A, ni B>auoit neantmoins par 
la longue experience auec fcs cartes 5 À- 
ftralabes, & Bafton de Iacob fi bien pro- 
fité en Part de la nauigation , qu'à tout 
coup il faifoit taire vn fcauant perfon- 
nage (que ie ne nommeray point ) lequ^^l 
eftant dâs noftre Nauire triomphoit tou 
tesfois de parler de la Théorique . Non 
pas que pour cela ie côdamne ou vueille 
blafmer en façon que ce foit les fciences 
qui s'acquièrent & apprennent es efcho- 
les,& par l'eftude des liuresrrien moins;, 
tant s'en faut que ce foit mon intention: 
mais bien requerroy-ie fans tant s'arre- 
fter à l'opinion dequique ce fuft', qu'on 
ne m'alleguaftiamais raifon contre l'ex- 
périence d'vrte chofe. le prie donc le le- 

C 4 



1 M 1 -"" 



- 



40 HISTOIRE 

cïeur de me fuporterfi en merefouueiîâfe 
de noftrepain pourri & de nos eaux pu- 
antes, & le comparant auec la bonne che 
re de ces grans cenfeurs , faifant cefte di- 
grefsion ie me fuis vn peu mis en colère 
contre eux . Au furplus plufieurs Mari- 
niers 3 à caufe des incornoditez fufdites, 
après auoir mangé tous leurs viures en 
ces endroits là, c'eft-à dire fous la Zone 
Torride , fans pouuoir paffer outre ont 
elle contraints de relafcher & retourner 
en arrière d'où ils eftoyent vepus. 

Quant à nous, après que nous eufmes 
demeuré, viré , & tourné , enuironcinq 
feprnaines en telle mifere que vous aue£ 
ouy,eftans ainfi peu à peu à grandes dif- 
ficultés approche* de cefte ligne Equi- 
noétiaîe,Dieu ayât pitié de nous & nous: 
enu'oy.antle vent de Nord Nord'eft >le 
quatrième iour de Feuricr nous fufmes 
pouffez iufques droit deffous içelle. Elle 
eiT: appelée Equinoctiale , pource qu'en 
toutes faifons les iours "& les nuits y fôt 
toufiours efgaux. Et au furplus quant le 
Soleil eft droit en cefte ligne,ce qui auiét 
lf"*%f~_ deux fois l'année , aflauoirPvnheme de 
lepoHTCjuoy Mars & le treficrrie de Septébre,les iours; 
& les nuits font efgaux par tout le mode 
vniuerfel : tellement que ceuxqui habi- 
tent fous les deux Poles, Arâ:ique& An 
tarclique, participans feulemet ces deux 

iours 



U 



ainji ap 
y elle e. 



DE L'A ME R I Oy E 4 1 

iours dé Pannee du iour & de la nuit, des 
le lendemain les vnsou les autres(chacun 
à ion tour; perdet .le Soleil de veuë pour 
demi an. 

Ccdit iour doneques quatrième de 
Feurier,que nous paflafmes'leCehtre du 
monde, les Matelots fir et les ceremonies 
pareuxaccouftumees en ce tant fafcheux 
& dangereux paffage. Aflauoir,delier de 
cordes & plonger en mer , ou bien noir- 
cir & barbouiller le vifage auec vn vieux 
drappeau frotté au cul delà chaudière, 
ceux qui n'ôt iamais paflel'Equator pour 
les en faire fouuenir : toutesfois on fe 
peut racheter & exempter "de cela, corne 
ie fis, en leur payant le via 

Ainfi fans interuale , nous finglafmcs 
dé noftre bon vent de Nord-Nordeft 
iufques à quatre degrez au delà de la, H- 
gne Equinodiale. Dés la nous commen- 
çâmes de voir lePoleÀ'htarftique lequel ^T 
' les Mariniers de Normandie âppelent Jtntarai* 
PEftoile du Su:à Pentour de laquelle,cô- i He - 
me ie remarquay dés lors, il y a certaines 
autres Eftoiles en croix qu'ils appeknt 
aufsi la croifee du SuXomme au fembla 
ble quelque autre a eferit , que les pre- Hift. ge, 
miers qui de noftre temps firët ce voyage ff*™* 
rapporterent,qu'il fe voit toufiours près ?i * ' 
d'iceluy Pole Antar&ique, ou midi , vne 
petite nuée blanche & «pâtres eftoilles 



n m 




4 2 HISTOIRE 5 

en croix,auec trois autres qui refTernblét 
à noftie Septentrion . Or il y auoit défia 
long temps que nous auions perdu de 
veuë le Tôle Ar&ique: & diray ici en paf 
fant non feulement,ainfi qu'aucuns pen- 
fent, & qu'il fembleaufsiparla Sphere 
qu'il fepuifle faire qu'on ne fcauroit voir 
Jes deux Poles quant on eft droit fous 
i'Equator, mais mefmes n'en pouuans 
voirnil'vnni l'autre, il faut eftre efloi- 
gne' d'enuiron deux degrez du cofte' du 
Nord ou du Su pour voir l'Arctique ou 
l'Antarctique. 

Le trezieme dudit mois de Feurier 
que le temps eftoit fort beau & clair, 
nos Pilotes & Maiftres de Nauires ayans 
prinshauteur à TAftralabe^nous affeure- 
Sdeîtpow rent que nous auions leSoleil droit pour 
Zeni , & en la Zone û droite & directe 
fur la tefte , qu'il eftoit impofsible de 
plus. Et de fait, ainfî que moy & d'autres 
experimentafmes C quoy que nous plan- 
tilsions des dagues,coufteaux, poinfons 
& autres chofes fur le Tillac ) les rayons 
nous donnoyent tellement à plomb, que 
nous ne vifmes nul ombrage ce iour la 
ennoftre VaifTcau. Quant nous fufrnes 
par les douze degree , nous eufmes.tor- 
mente qui dura trois ou quatre iours. 
Et après cela ( tombans en l'autre extré- 
mité; la mer fuft fi tranquile & calme, 

quenos 



2. «ni, 



D E L'A M E R I QV E. 4J 

que nos Vaifleaux demeurans fix fur 
feau nous ne fufsions iamais bougez 
de là , file temps ne fc fuft changé, 
& le ventefleué pour nous faire pafler 

outre. 

Or nous n'auions point encores a p-^ w 
perçeus de Baleines en tout noftre voya- 
ge , mais en ces endroits nous en vifmes 
d'affez près pour les bien remarquer. En- 
tre autre il y en eut vne, laquelle fe le- 
uant près de noftre Nauire , me fit fi 
grand peur que véritablement iufques à 
ce que ielavis mouuoir iepenfois que 
ce fuft vn rocher contre lequel noftre 
Vaifleau s'allait hurter 6c brifer.Fobfer- 
uay quant elle fe voulut plonger, qu'elle 
leuaia tefte hors de la mer, & ietta en 
l'air par la bouche plus de deux pipes 
d'eau : & pifis en fe cachant , fit vn tel & 
fi horrible bouïllon,que îe craignois en- 
cores que nous attirans après foy ,nous 
ne fufsions engloutis dans ce gouffre. 
Et à la vérité corne dit le Pfalmifte , c'eft Pfcio* 
horreur de voir ces Monftres marins a6 - 
s'esbatre & fe ioûer ainfi à leur aife par- 
mi la mer. 

Nous vifmes aufsi des Dauphins let- ^ An ^im 
quels fuyuis depJufieursefpeces depoif-M^ 
fons,to'difpofez & arrégez ainfi quVne^^ 
uoupe & copagnie de Soldats marchans 



■ m 



" " 'V 



- 





leur au- 




quel nous 


H 


tiefîeuurif 


^P 


mes l y sA - 


■ 


merique^ 




\Americ 




Veïfuce 




a le pre- 




mier de/cou 




uertla ter 




re du Hre~ 




fil. 



44 HISTOIRE 

après leur Capitaine, paroiffoyent dans 
l'eau de couleur rougeaftre.il y en eut vn 
entre les autres lequel, comme s'il nous 
euft voulu chérir & careffer, tournoya 3c 
enuironna fix ou fept fois noftre Naui- 
re. Enrecompenfe dequoy nousfîfmes 
tout noftre effort pour le vouloir pren- 
dre , mais luy faifât toufiours dextremêt 
la retraite auec fa compagnie, il ne nous 
fut pas pofsible de Padioindre à nous. 

C H A F. V. 

Du defcruurement & premiere veuè que 

nom eufmesitant de Vlnde Occident aie-, ou ter 

re du B refila que des Saunages habit ans en icel 

le: auec taut ce qui nom adutnt fur rneriufques 

fous U Tropique de Capricorne. 

PRES cela nous eufmes le 
vent d'Oueft qui nous eftoit 
propice, & tant nous dura 
que le vingtiîxierne iourdu 
^ mois de Feurier, 1557. prins 
a la natiuite', enuiron huit heures du ma- 
tin nous eufmes la veue de Tlnde Occi- 
dentale terre du Brefil, quarte partie du 
monde, # incogneuë des anciens, autre- 
ment dite Amérique du nom de celuy qui 
premièrement la defcouurit enuiron l'an 
1497. Il ne faut pas demander fi nous tuf 

mes 




. 



de l'a meriqve.. 45 

mesioyeux, & 'fi nous voyans fi proche 
du lieu ou nous prétendions, nous en rë- 
difmes graces à Dieu de bon courage. Et 
de fait y ayant près de quatre mois que 
nous bradions & flouons furmer,il nous 
cftoit aduis que nous y eftans exilez & 
confinez, nous ne deufsions iamais met- 
tre pied à terre. Ainfi après que nous euf 
mes apperceu tout à clair que c'eftoit ter 
referme que nous auions defcouuerte, 
ayanslevent propice & mis le cap droit 
deffus , dés le mefme iour nous vinfmes 
furgir & mouiller l'Ancre à vne demie 
lieue près d'vn lieu montueux & terre jj^p 
fort haute appelée Huuajfou par les Sau- l 

uages.La,apresauoir mis la Barque hors{. cMwj ^ 
du Nauire , & felon la couftume quad on tmux en 
arriue en ces pays la, tiré quelques coups ^ m ~ 
de Canons pour aduertir les habitans, 
nous vifmes Incontinant grand nombre 
d'hommes & de femmes Sauuages furie 
Viuage de la mer.Cependant (comme au- 
cuns de nos Mariniers , qui auoyent au- 
tresfois voyagé par delà recogneurent 
bien)c'eftoyent de la nation nômeeMar- M*r- 
faîas , alliée des portugais, & par confe- gâtas 
quent tellement ennemie des François, ennem % 
que s'ils nous euflfent tenus à leur aduan- dts Fran- 
tage, nous n'eufsions payé autre rançon '•*■ 
finon qu'après nous auoir affommez , & 
mis en pieces nous leur eufsions ferui de 



herbvs tott- 
fiours 
Iterdoyans 
en l'aime- 
tique. 



46 HISTOIRE 

viandes. Nous commençafmes au/si lofs 
de voir premièrement, voire en ce mois 
de Feurier ( auquel à caufe du froid & de 
la gelée toutes chofes font fi referrees &: 
cachées par deçà & prefque par toute 
l' Europe au ventre delà terre)les forefts, 
bois , & herbes de celle contrée la aufsi 
verdoyantes que font celles de noftre Fra 
ce au mois de May ou de Iuin : ce qui fe 
voit tout le long de Tannée , & en toutes 
faifons en celle terre du Brefil. 

Or nonobftant celle inimitiéde nos 
tJMargSas à rencontre des François, la- 
quelle eux & nous difsimulions tant que 
nouspouuions,noftre Cotremaiftre,qui 
fauoit vn peu gergonner leur langage, 
s'eftant mis dans noftre Barque auec qi el 
ques autres Matelots s'en alla contre Je 
riuage,ou en grofles troupes nous voyôs 
ces Sauuages aifemblez . Toutesfois nos 
^ens ne fe flans en eux que bien à point, 
afin d'obuier au danger ou ils fe fufTent' 
permettre d'eftre 'Boucane^ c'eft à dire, - 
roftiz , ils n'approchèrent pas plus près 
de terre que la portée de leurs flefches. 
Ainfi leur monftrans de loin des cou- 
fteaux 9 des mirouers & autres bague- 
nauderics , & les appelans pour leur de- 
mander des viurcs , fi tort que quelques 
vnsquis'aprocherent le plus près qu'ils 
peurent,Peurent entedu, fans fe faire au- 
trement 



r DE L'A M E H I QJ E. 47 

trement prier plufieurs d'entr'eux en 
grande diligence nous en allèrent quérir 
Noftre Contremaiftre doncques à fou 
retour non feulement nous rapporta de 
la farine faite dVne^racine laquelle les f««w* 
Sauuages mangent au lieu de pain , dps r *? u ™ s & dts 
iambons,& de la chair d'vne certaine ef- $duua&*. 
pece de Sangliers^auec d'autres vi&uail- 
les & fruits à fuffifance tels que le pays 
les porte , mais aufsi pour nous les pre- 
fenter fix hommes & vne femme ne tiret 
point de difficulté de s'ébarquer & nous 
venir voir en noftre Nauire, Or parce . 

_ f . x Premiers 

que ce furent les premiers Sauuages que &MUUaSeg 
ic vis de près , ie vous laiffe à penfer fi ie y< w . & 

r . ■ * = "• ■ • *i dtftrttsfaf 

les regarday & conteplay attentiuemet. ^teur 
Partant encores que ie referue à les def- 
crire & defpeindre au long en autre lieu 
plus propre , fi en veux ie dire dés main- 
tenant quelque choie en pàffant. Premiè- 
rement tant les hommes que la femme 
eftoyent aufsi entièrement nuds que quât 
ils fortirent du ventre de leur mere : ne- 
antmoins pour eftre plus bragards ils e- 
ftoyent peinturez & noircis .par' tout le 
corps. Les hommes au refte, à la façon 6c. 
comme la couronne dVn moyne, eftoyét 
tondus fort près fur le detiant de la tefte, 
mais fur le derrière portoyent les che- 
ueux longs: & toutesfois, ainfi que ceux 
qui portent leur perruque par deçà , vn 

peu 



48 HISTOIRE 

peu roignez à Pétour du col. Au furplui 
ayans tous les leures de defïbus trouées 
&: percées, chacun y auoit vne pierre ver 
te bien proprement appliquée & comme: 
enchaflee,laquelle eftant de la largeur & 
rondeur d'vn tefton , ils oftoyent de re- 
mettoyent quant bon leur fembloit . Et 
combien qu'ils portent telles chofes en 
penfans eftre mieux parez, tant y a neât- 
moins quand cefte pierre eft oftee,&que 
cefte grande fente en la leure de defious 
leur fait comme vne fecôde bouche, cela 
les desfigure bien fort . La femme.ainfï 
que celles de par deçà , portoit les che- 
ueux longs : auoit la leure non fendue 
mais bien les oreilles percées & des 
pendans d'os blanc dans les trous. le re- 
futeray ci après Perreur de ceux qui nous 
ont voulu faire acroire que les Sauuages 
eftoyentveluSéOr auâtquede partir d'à- 
uec nous, les hommes & principalement 
deux ou trois vieillards qui fembloyent 
eftre des plus apparens de leur parroiffe 
(comme on parle par deça)alleguans que 
il y auoit en leur contrée du plus beau 

Hufiiis bois de Brefil H ui fe P eufl: trouuer en 

Sauuages tout le pays, promettons de nous aider à 

TtraZl Ie couper & porter , & au refte nous af- 

fifterde viures firent tout ce qu'ils peu- 

rent pour nous perfuader décharger là 

noftre Nauire. Mais parce que cela cftoit 

nous 



de l'ameriqje. 49 

nous appeller & faire finement mettre 
pied en terre, pour puis après (ainfique 
i'ay ia dit ) comme nos ennemis qu'ils e- 
ftoyent, nous mettre en pieces & noi^s 
manger,outre que nous têdions ailleurs 3 
nous n'auions garde de nous y arrefter. 

Ainfi, après qu'auec graade admiratiô 
nos MargMas{\e((\i\Q\$ pour quelque cou 
fideration & dangereufe confequence, 
nous ne voulufmes fafcherni retenir)eu~ 
rent bien regardé noftre Artillerie, & 
tout ce qu'ils voulurent dans noftre Vaif 
feau,eftans prefts,& demandas de retour 
ner en terre vers leurs gens qui les atten- 
doyêttoufiours furie riuage^ ilfuft que- 
ftion deles contenter des viures qu'ils 
nous auoyeht apportez. Et d'autant que Nu j ^r a e 
ils n'ont nul vfage de monnoye , le paye- demon- 
ment que nous leur fifmes fut, des chemi ^ e / ntr f 
les, elescoulteaux, des haims a peicher,^. 
des mirouers , & autre marchandife &: 
mercerie propre à trafiquer auee eux. 
Mais pour la fin & bon du ieu: tout ainft 
que ces bonnes gens, tous nuds àleur ar- 
riuee n'auoyent pas efté chiches de nous 
rnôftrer le cul & tout ce qu'ils portoyet, 
aufsi au départir qu'ils auoyét veftus les 
chemifes que nous leurauions baillées 
(n'ayans pas accouftuméd'auoir lingesni 
autres habillemês fur eux) quad fe vint à 
s'afloir en la Barque,craignans de les ga- 

D 




50 HISTOIRE 

Ctuiiin fter en les trouflans iufques au nombril, 
vrayement & defcouurans ce que pluftoft il falloit 

efirage & i ■ i i / i 

fauuage. cacherais voulurent en prenant congé de 
nous que nous vifsions encores leur der 
riere éc leurs fefl'es • Ne voila pas d'hon- 
neftes officiers, & vne belle ciuilité pour 
des Ambafladeurs ? Car nonobftant le 
prouerbe fi commun, en la bouche de 
tous nos autres , que la chair nous eft 
plus proche &plus chère que la chemife, 
eux tout au contraire tant pour nous 
monftrer qu'ils n'en eftoyent pas la lo- 
gez , que pour vne grande magnificence 
en noftre 3 endroit , en nous monftrans 
le cul préférèrent leurs chemifes à leur 
peau. 

Or après que nous-nous fufmes vn 
peu refraifchis en ce lieu , & que quoy 
que les viandes qu'ils nous auoyent ap- 
portées, nous femblafient eftrangesàce 
commencement, nous ne laissions pas 
toutesfoisjà caufedela necefsité, d'en 
bien manger, des le lendemain, qui eftoit 
vn iour de dimanche, nous leuafmes l'An 
cre & fifmes voiles. Ainfi coftoyans la ter 
re & tirans ou nous prétendions d'aller, 
nous n'eufméspas nauigue' neufou dix 
lieues que nous nous trouuafmes àl'en- 
Fmdes droit d'vn Fort des Portugais nommé 
ÎZZiï Par eux SPIRITVS SANCTVS 
titm'fim-\8c parles Sauuages mjlloab) lefquels 
**■ reco- 



"^ 



DE t'A M E R I QJ É 5I 

recognoifTans, tant noftre equipage que 
celuy de la Carauelle que nous emme- 
nions (laquelle aufsi ils iugerent bien 
que nous anions prinfe fur ceux de leur 
nation) nous tirèrent trois coups de Ca- 
nons : & nous femblablementpour leur 
refpondre trois à eux. Toutesfbis, parce 
que nous eftions trop loin pour la portée 
du Canon, ce fut fans offencer ni les vns 
ni tes autres. 

Pourfuyuans doneques noftre route, 
& coftoyans toufiours la terre,nous paf- 
fafmesaupres d'vn lieu nomméTapermry, Tape- 
on à l'entrée de la terre ferme, & à Tern- rniru 
boucheure de la mer,ily a des petiteslfles 
& croy que les Sauuages , demeurans en 
ce lieu là, font amis & alliez des Fran- 
çois. 

Vn peu plus auant,&par les vingt de- 
grès , habitent d'autres Sauuages nom- ^ arai " 
mez Paraibes^n laterre defquels, comme 
ie remarquay:en partant , il fe voit de pe- 
tites montagnettes faites en pointe & en 
ferme de cheminées . Le premier iour de 
Mars nous eftions à la hauteur de ce que 
tes Mariniers appelent les petites Baffes, Lespetî : 
<feft # àdire, efeueils ou pointe de terre ^ ^/^ 
çntremefiee de petits rochers qui s'auan- 
cent en mer,lefquels,craignans que leurs 
vaiffeaux n'y touchent 5 ils euitent autant 
qu il leur eft pofsible* 

D z 



■■mhb&p* 



9 



HISTOIRE 



Qtïê- 

tacas 

Sauuagcs 



viure 
tout 
bare & 
étrange. 



A l'endroit de ces Bafles^nousdefcou-* 
urifmes & vifmes tout a clair, vne terre 
plaine laquelle, l'enuiro de quinze lieues 
de longueur , eft poffedee & habitée des 
O^-i^^Sauuages fi farouches & eftrà- 
ges, que corne ils ne peuuêt demeurer en 
/*#*<£« paix l'vn auec 1 autre,auisi ont ils guerre 
&ieur ouuerte& continuelle tant contre tous 
tc ° n 'edu leurs voifins 5 que généralement contre 
bar " tous les eftrangers.Que s'ils font preflejz 
&pourfuyuis de leurs ennemis (lefquels 
cependant ne les ont iamais fceu vein- 
cre ne dompter} ils courent fi vifte & vôt 
fi bien du pied , que non feulement ils e- 
uitenten cefte façon le danger de mort, 
mais mefmes quant ils vont à la chaffe, 
ils prennent à la courfe certaines belles 
Sauuages , efpeces de Cerfs & Biches . 
Au furplus, combien qu'ainfi que tous 
les autresBrefiliens ils aillenttout nuds^ 
fi eft ce neantmoins que contre lacou- 
ftume plus ordinaire des hommes de ces 
pays là, lefquels (comme i'ay ia dit & di- 
ray encores plus amplementjfe tondét le 
deuant delà tefte & rongnentleur perru 
que fur le derriere,eux portent leurs ché 
ueux longs & pendâs iufques aux feffes. 
Brief ces diablotins d'Ou-etacas demeu- 
ras inuincibles en ce petit pais, & au fur- 
plus comme chiens & loups mangeans la 
chair crue, mefmes leur langage n'eftant 

point 



de l'ameriqje. 53 

point entendu de leurs voifins , doyuent 
cftre tenus &: mis , au rang des nations 
plus cruelles, barbares, &: redoutées qui 
fe puiflent trouuer en toute l'Inde Occi- 
dentale ou terre du Brefil. Au refte tout 
ainfî qu'ils n'ont, nine veullent auoir 
aucune acointance ni traffîque auec les 
François, Efpagnols,Portugalois, ni au- 
tres de ces pays d'outre mer, aufsi ne fea 
uent ils que c'eft des marchandifes de 
par deçà . Toutesfois,felon que i'ay en- 
tendu depuis de quclqûeTruchement de 
Normandie, quant leurs voyfms en ont, 
&qu'ils les en veullent accommoder,voi „ . 

♦ i r i • «f Faconde 

Ci la façon & la manière comme ils en permuter 
vfent.Le Margaïat^ Çara-ia^ ou Toùoupi-^". 
nambaoulticpii font trois nations qui leur e a ~ 
font voifines ) ou autres Sauuages de ce cas 
pays là, fans fe fier ni aprocher de VOùe- 
tacacnluy môftrâtde loin vneferpe , vn 
coufteau, vn pigne , vn miroir , ou autre 
marchandife &mercerie qu'on porte par 
dela,luy fera entendre par figne s'il veut 
châger à quelque autre chofe. Que fi Tau 
tre de fa part s'y accorde, il luy môftrera 
au reciproque,de la plumafierie^des pier 
res vertes qu'ils mettent en leurs leures, 
ou autres chofes de ce qu'ils ont en leur 
pays. L'accord fait, ils conuiendrôt d'vn 
lieu à trois ou quatre cens pas delà, ou le 
premier ayant porté &mis fur vue pier- 

D 3 



>■ JP- 



54 HISTOIRE 

re ou bûche de bois la chofe qu'il voudra 
efchanger,fe reculera à cofté ou en arriè- 
re. L'O^-^c^lavenantprendre^apres a- 
uoir laiffé au mefine lieu ce qu'il auoit 
monftré , s'eflongnant fera aufsi place & 
permettra que le Margdiat , ou autre tel 
qu'il fera, la vienne querir:tellement que 
iufques à là ils fe tiennent promeffe Vyn 
à l'autre. Mais chacun ayant fon change^ 
fi toft qu'il eft retourné & qu'il a parlé 
outre les limites ou il eftoit du commen- 
cement , les treues eftans rompues, c'eft 
lors à qui pourra auoir & attraper fon 
compagnon afin deluy ofter ce qu'il a:& 
ie vous laiffe à penfer fi le Courfier,de 
Naples , ou le Leurier d'Ouë-taca a l'ad- 
uantage , & s'il pourfuit de près & hafte 
bien d'aller fon homme » Partant finon 
que les boiteux , goûteux , ou autrement 
mal esf iambe^ de par deçà vouluffét per- 
dre leurs marchandifes,ie ne fuis pas d'a- 
u i s qu'ils aillent négocier ni permuter a- 
uecenx. Vrayeftque les Bafques, qu'on 
dit fembîablement auoir vn langage à 
part,& qui au refte font fi difpofts qu'ils 
font tenus pour les meilleurs laquais du 
monde, outre qu'on les pourroit paran- 
gonner en ces deux points auec nos Ou- 
etacas , encores pourroyent-ils iouer es 
barres aucc eux. Comme aufsi quclqu'vn 
a cfçnt j, qu'il y a vue certaine region en 

la FIq- 



DE LAM1RI QJT E 55 

la Floride* prcs la riuiere des Palmes, ou H j^ 
les hommes font fi forts , fi difpos & le- des In. 
çiers du pied, qu'ils acconfuyuent vnli.^c.46 
Cerf, & courent tout vu iour fans fe re- 
pofer. 

Nous paffafmes aufsi à la veue àcMaq- j[4 a q- 
hé-> pays prochain du precedent, habité y % 
d'vn autre peuple , lequel , ainfi qu'il eft 
vray femblable , n'a pas fefte, comme on 
dit, ni n'a garde de s'endormir auprès de 
ces refueilles matin àOu-ètacas leur^ voi 
fins. En leur terre & fur le bord de la mer 
on voit vnegrofTe rochefaite en formed' v 
netour,laquelle quâd le Soleil frappe def ^ e f'/^ e 
fus , trefluit & eftïncelle fi très fort , que rami*. 
aucuns penfet que ce foit vne forte d'Ef- 
meraude:& de fait les François & Portu- 
galois qui voyagent la , l'appelent l'Ef- 
rneraude de Maq-hé. Toutesfois ainfi 
comme ils difent que le lieu ou elle eft, 
pour eftre enuironné d'vne infinité de 
pointes de roches à fleur d'eau qui fe iet- 
tent enuiron deux lieues en mer, ne peut 
eftre abordé auec les vaififeaux de cefte 
p„artlà, aufsi eft-il du tout inaccefsible 
ducofté delà terre. 

Il y a aufsi trois petites Ides nomees les 
Mes de Maq-hé<> auprès defquelles nous 
ayâs mouillé l'Ancre & couché vne nuit-, 

D 4 




5<£ HISTOIRE 

le lendemain faifant voiles pendons de 
ce iour arriuer auCap de Frieuoutesfois 
n'ayans que bien peu auancé nous euf- 
mes vent tellement contraire,qu'il fallut 
relafcher & retourner dou nous eftions 
partis le matin , ou nous demeurafmes à 
J'Ancre iufques au Jeudi au foir: mais c5 
me vous entendrez , peu s'en fallut que 
nous n'y demeurifsions du tout . Car le 
mardi deuxième de Mars qui eftoit le 
iou'r qu'on dit Karefrne prenant , après 
que nos Matelots,felonIeurcouftume,fe 
furent refiouïs, il aduint qu'enuironles 
vnze heures du foir, & fur le point que 
nous commencions à repofer , la tempe- 
fte s'efleua fi foudaine , que le cable qui 
tenoit l'Ancre de noftre Nauire ne pou- 
uât fouftenir l'impetuofité des furieufes 
vagues, fut tout incontinent rompu. Par 
tant noftre VaifTeau tourmête' de ainfi a- 
gité des ondes, poufïé du cofté du riuage 
qu'il eftoit,eftant venu iufques à n'auoir 
Prochtda. que deux braffes&demied*eau(qui eftoit 
gerouno*s\Q moins qu'il en pouuoitauoir pourflo 
ter tout vuyde) peu s en fallut qu il ne 
fuft efchoûé,& qu'il ne touchaft terre. Et 
défait le Maiftre&le Pilote, lefqueîs 
faifoyent fonder à mefure que le Nfauire 
deriuoit , au lieu d'eftre les plus affeures! 
& donner courage aux autres , quand ils 
virent que nous en eftions venus iufques 

làjcrie- 



de l'ameriqVe. 57 

là, crièrent deux ou trois fois, nous fom- 
mes perdus, nous fommes perdus. Tou- 
îesfois nos Matelots ayans en grande di- 
ligence ietté vn autre Ancre , que Dieu 
voulut qui tint ferme,cela empefcha que 
nous ne fufmes pas portez fur certains 
rochers d'vne de ces Ifles de Maq~hé->\ttî 
quels fans nulle doute & fans aucune ef- 
perance de nous pouuoir fauuer ( tant la 
mer eftoit haute ) euffent brifé entière- 
ment noftre vaiffeau. Ceft effroy & efton- 
nement dura eniiiron trois heures , du- 
rant lefquelles ne feruoit gueres de 
crier,bas bort,tiebort,hautla barre, va- 
dulo , haie la boline, lafche l'efeoute, 
car cela fe fait en plaine mer ouïes Ma-» 
riniers ne craignëtpas tât la tourmente, 
qu'ils font près de terre, comme nous en- 
flions lors. Le matin venu & la tourmete 
ceflee dautât,comme i'ay dit detiant, que 
nos eaux douces eftoyent corrompues, 
nous en eftans allé quérir de frefche en 
l'vne de ces Ifles inhabitables , trouuaf- 
mes non feulement la terre d'ïcelle cou- 
uerte d'eeufs & d'oifeauxde toutes îot^ oihkùipt 
tes, & cependant tous diffemblables des d vyfa* x 

* x . r . . aux Isles de 

noftres , mais aufsi pour lî'auoir pas ac- ]\£aq- 
couftumé de voir des hommes ils eftoyet y % 
fi priuez,que fe laiffans predre àla main, 
ou tuer à coups de baftons,nous en rem^ 
jplifmes noftre Barque, & en rempor*- 




5 8 fiHTOiu 

tafmes tant que nous voulufmes dans le 
Nauire • Tellement, quoy que ce fuftle 
iour qu'on appelle les cendres , tant y a 
que nos Matelots, voire les plus Cato- 
liques Romains ayans prins bon appétit 
autrauail quiisauoyent eu la nuit pré- 
cédente,^ firent point de difficulté d'en 
mâger. Et certes aufsi, d'autât que celuy 
qui contre la doélrine del'Euâgiie a defe 
du certains iours l'vfage delà chair aux 
Chreftiens,n'a point encores empiété ce 
païs Ià,ou par confequetil n'eft nouuelle 
depratiquer les loix de telles abftinêces, 
il fcmble que le lieu ks difpenfoit affez. 
Le Jeudi que nous parti/mes d'au- 
près de ces trois Ifles nous eufmes le 
vent tain à fouhait,que des le lendemain 
enuiron les quatre heures du foir , nous 
arriuafmes au port & Havre des plus 
renommez pour la nauigation des Fran- 
çois en ce pays là, affauoir au Cap de 
tecapie Prie. Là,apresauoir mouille l'Ancrcle 
Capitainerie Maiftre du Nauire,& quel- 
ques vns de nous autres mifmespied à 
terre , ou furie riuage nous trouuafmes 
grand nombre de Sauuages nommez 
7 ououpinambaoults alliez &confcdercz de 
'Town, ftoftre nation : lefquels outre la carefle 
Saunage & bon accueil qu'ils nous firent, nous 
tanfl dirent des nouuelles de Villegagnon, 
dont nous fufmes fort ioyeux. En ce mef 

me 



de l'ameriqve. 59 

me lieu, tant auec vne rets que nous a- 
uions qu'autrement auec des hameçons, 
nous pefchafmes grande quantité' de plu 
fieurs efpeces de poifTons tous diffem- 
blables à ceux de par deçà. Mais entre les 
autres, il y en auoit vn , pofsible le plus 
bigerre, difforme & monftrueux qu'il p 
eft pofsible d'en voir , lequel pour cefte m ;y^»f«^ 
caufe i'ay bien voulu ici defcrire . Il e- 
ftoitprefquesaufsi gros qu'vn bouueau 
d'vnan, & auoit vn nez long d'enuiron 
cinq pieds , &: large de pied & demy,gai> 
nyde dents de cofté & d'autre aufsi pi- 
quantes & trenchantes qu'vne fcierde fa- 
çon que quand nous le vifmes fur terre 
remuer fi foudain ce maiftre nez, ce fut 
à nous de nous en donner garde , voire 
fur peine d'en eftre marqué, de crier Pvn 
à l'autre garde les iambes . Au refte la 
chair en eftoit fi dure , qu' encores que 
nous eufsious bon appétit , &: qu'on 
le fit bouillir plus de vingt & quatre heu 
res, fi n'en fceufmes nous iamais mâger. 
Au furplus ce fut là que no 9 vifmes auf 
fi premieremétdes Perroquetsjefquels, 
ainfi que i'obferuay deflors, côbie qu'ils *$%£, 
vollét fort haut &en troupes(come vous 
diriez les corneilles oupigeons en noftre 
France ) fi eft ce neantmoins qu'ils font 
toufiours par couples & ioints l'vn à Tau 
tre prefques à la façô de nosTorterelles. 



6 O HISTOIRE 

Oràcaufederenuiequenous auions 
d'eftre au lieu,ou nous pretendions,d'ou 
nous n'eftions plus qu'à vingtcinq ou trê 
te lieues, fans faire fi Jong feiour au Cap 
de Frie que nous eufsions defiré , ayans 
appareillé & mis voiles au vent,nous fin 
glafmes fi bien que le Dimanche feptie- 
me iour de Mars , iaifïans la haute mer à 
gauche du cofté de 1* Eft > nous entrafmes 
au bras de mer, ou riuiere d'eau falee la- 
Gmœ- quelle eft nommée ganœbaraçav les Sau^ 
bétra wages, & par les Portugais Geneufe,par 
**«w, ce comme on dit qu'ils la defcouurirent 
le premier iour de Ianuier qu'ils noment 
ainfi. Et d'autant,ainfi qu'il a ia efté tou- 
chéau premier chapitre de cefte hiftoi- 
re,& que ie deferiray encores ci après 
plus au long, que Villegagnon dés l'an 
precedent s'eftoit habitué en vne petite 
Ifiefituee en ce bras de mer: après que 
d'enuiron vn quart de lieue loin nous 
l'eufmes falué à coups de Canons , nous 
vinfmes furgir& ancrer tout auprès. Voi 
la eh fomme quelle fut noftre nauiga- 
tion , & ce qui nous aduint , & que nous 
vifmes en allant en la terre du Brefil. 

CHAP. V L 



De noftre défient eau Fort de Coligny en U 
terre du Brefil: Du recueil que nous y fit Ville- 

gagnon 




DE L'A M E R I QJ Hi 6t 

tratmon-i & défis comportemensytant au fait de 
la %jligion> qu autres parties defongouuer~ 
nement en ce pays la. ; 

' O S Natures doneques, eftan£ 
'au Havre en cefte riuiere de 
Ganabam affez près de terre 
ferme 3 chacun .de nous ayant 
troufle & mis fon petit bagage dans 
les Barques , nous nous en aliafmes def- 
cendre en Tide & Fort appelé Coligny. -Defiinti 

-i-> i r au Fort de 

Et parce que nous voyans lors non l ieu~^ 
lement deJiurez des perils & dangers 
dont nous auions tant de fois efte enui- 
ronnez fur mer , mais aufsi auoir eftefî 
heureufement conduits au port tant de- 
firé, la premiere chofe que nous fifmes 
après auoir mis pied à terre , fut de tous 
enfembleen rendre graces à Dieu* Cela 
fait nous aliafmes trouuer Villegagnon, 
lequel nous attendant en vneplace 5 ap res 
que tous l'vn après l'autre Peufmes fa- 
lué:Iuy defa part auec vn vifage ouuert, 
nous accolant & embraflant nous fit vn v u acC y^ € : 
fort bon laccueil. Apres cela le Sieur du gagna». 
Pont noftre conduâeur, auec Richier & nf "£ fit * 
Çhartier Mimftres deTEuagile^luy ayas rime, 
déclaré en brief la caufe principale qui 
nous auoitmeuz de faire ce voyage,& de 
paffer la mer auec grandes difficultés 
pour Taller trouuer: affauoir,fuyuantles 




($i HISTOIRE 

lettres qu'il auoit efcrites à Geneuc* 
que c'eftoit pour drefler vne Eglife refor 
mee felon la parole de Dieu en ce pays 
là,luy leur refpondant vfa de ces propres 
paroles. 
$$£* ^Quant a moy ( dit il ) ayant voïrem'ent 
nous tint des long temps de tout mon cœur defiré 
&!!»?*' tfHes chofes, ievous reçoy tres-volon- 
tiers à ces conditions: mefmes parce que 
ie veux que noftre Eglife ait le renom 
d'eftre la mieux reformeepar deflus tou- 
tes les autres , dés maintenant i'enten 
que les vices foyent reprimez , la fomp- 
tuofité des acouftremens reformée, & 
en fomme > tout ce qui nous pourroit 
empefeher de feruir à Dieu ofté du 
milieu de nous . Puis leuant hs yeux 
au ciel §£ ioignant les mains dit, Sei- 
gneur Dieu ie te rends graces de ce que 
tu m'as enuoyé ce que dés fi long temps 
t'ayfi ardemment demandé: & derechef 
s'adreffant à noftre compagnie dit , mes 
enfans (car ie veux eftre voftre père) com 
me Iefus Chrift en ce monde n'a rien fait 
pour luy , ains tout ce qu'il a fait à efté 
pour nous : aufsi (ayant cefte efperance 
que Dieu me prefeuèrera en vie iufques 
à ce que no 9 foyons fortifiez en ce pais & 
que vo* vouspuifsiez pafler de moy)tout 
ce queie pretend faire ici eft tant pour 
vous que pour tous ceux qui y viendront 

pour 



' DE L'AMÉRIQUE. 6$ 

pour la mefme fin que vous y eftes venus. 
Car ie délibère d'y faire vne retraite aux 
pauures fidèles qui feront perfecutez 
en France, en Efpagne , ou ailleurs outre 
y mer , afin que fans crainte du Roy ni de 
l'Empereur* ni d'autres Potentats , ils 
puiflent purement feruir a Dieu felon 
fa volonté . Voila les premiers propos 
que Villegagnon nous tint ànoftre ar- 
riuee qui fut vn meccredi dixième de 
Mars 1557. 

Apres cela ayant commandé que tous 
fcs gens s'affemblafTent aùec nous en vne 
petite file, qui eft au milieu de PIfle , le 
Miniftre ,Maiftre Pierre Richier , après 
Pinuocationdu nom de Dieu & le pfeau 
me cinquième , Aux paroles que ie veux 
dire &c.chanté,prenant aufsi pour texte 
ces verfets du Pfeaume vingt &: feptie- ****»" 

1 1 / ' iv ^ • prefche en 

me « lay demande vne choie au Seigneur r>Ameri- 
Jaquelle ie requerray encores . Cell que ***•.' 
Phabite en la maifon du Seigneur tous 
les iours de ma vie &c. fit le premier 
prefche en ce fortdeColighy enPAmë- 
rique. Mais durant iceluy Villegagnon „ 
entendant expoier celte matière , ne cef- ces de viu 
fant deioindre les mains , de leuer les le & a &T 

. , « r . \ , r r . durant le 

yeux au ciel, de taire de grands louipirs, çreftbe» 
& autres femblables contenances faifoit 
efmerueiller vn chacun de nous . Sur 
la fin après que les prières fglennelles 



^4 HISTOIRE 

(félonie formulaire accouftuméés Egli- 
fes reformées de-France vniour ordon- 
né en chacune femaine) furent faites, la 
compagnie fe départit. Toutesiois nous 
|L7«^T^ autres nouueaux venus demeurafmes 3c 
receufmes difnafmes ce iour la en la mefme falle,ou 
%ïndéîîe Z our toutes viandes nous eufmes , de la 
comment farine faite de racine* du poiffon boucané* 
m " tm c'eft à dire rofti à la manière des Sauua- 
ges , d'autres racines cuites aux cendres, 
& pour bruuage(n'y ayant en ceft Ifie fô-- 
taine ni puits , ni riuiere d'eau douce) de 
l'eau d*vne cifterne, ou pluftoft d'vn e£- 
goutde toute la pluie quï toboit en l'Iflç, 
laquelle eftoit aufsi verte , orde & fale 
qu'eft vn vieil fofîé tout couuert de Gre- 
nouilles. Vray eft qu'en comparaifon de 
celle fi puante & corrompue quei'aydit 
ci deuant que nous anions beuè au Na- 
uire, encore la trouuions nous bonne* 
Mais pour noftre dernier mets ( &: pour 
nous refraifchir)au partir de la, on nous 
mena tous porter des pierres, & de la ter- 
re au Fort de Coligny qui fecontinuoit: 
c'eft le bon traitement que Villegagnon 
nous fît le beau premier iour à noftre ar- 
riuec , Dauantage furie foir qu'il fuft 
queftio de trouuerlogisJe fieur du Pont 
& les deux Miniftres eftas accommodez 
en vne chambre telle quelle au milieu de 
rifle , pour gratifier à nous autres de la 



Relis 



;ion 



DE L'A M E ît IQY E^ 6$ 

Religion, on nous bailla vnc petite mai- 
fonnette , qu'vn Sauuage efclaue de Vil- 
legagnon achcuoit de couurir d'herbe,& 
baftir à fa mode fur le bord de la mer , en 
!aquelle,à la façô des Ameriquains,nous 
pendifmes des linceux & licls de Coton 
en Pair pour nous coucher. Or de's lelen 
demain &les iours fuyuans,Villegagno> 
fans que la necefsité Ten contraignit , Se 
fans auoir efgard à ce que nous eftions 
tousfortaffoiblis du paflagedela mer,ni 
à la chaleur qu'il fait en ce pays là : ioint 
le peu de nourriture (n'ayan-s chacun par 
jour pour toutes viandes , que deux go- 
belets de farine dure, faite des racines, 
dont i*ay parle *• d'vne partie de laquelle, 
auec de celle eau trouble de la cifterne 
fufdite, nous faifions de la boulie., & 
mâgions le refte tout fee) nous fit porter* 
la terre & les pierres^pour baftir. fô Font 
voire d'vne telle diligece, qu'eftans con- 
traints, auec ces incommodités & débi- 
litez, de tenir coup à la befôgne, defpuis 
le point du iour iufques à la nuit,il fem- 
bloitbien nous traiter vn peu plus ru- 
dement que le deuoir d'vn bon pere en- 
uers fesenfans (tel qu'il auoitdità.noftre 
arriuee nous vouloir eftre) ne portoit* 
Toutesfois tant pour l'enuie que nous 
auions que ce baftiment & retraite des 
fidèles, quil difoit vouloir faire en ce 



66 



HISTOIRE 



pays là fe paracheuaft , que parce qu£ 
JVlaiftre Pierre Richier noftre plus An- 
cien Miniftre, pour nous accourager da~ 
uantage difoit que nous auions trouue 
vn fécond faint Paul en Villegagnon 
(comme de fait , ien'ouy iamais homme 
mieux parler de la Religion & reforma- 
tion Chrcftienne qu'il faifoit pour lors), 
il n'y eut celuy, parnianiere de dire ,qui 
outre ks forces ne s'éployaft alcgrement 
Pefpace denuiron vn mois, pour faire ce 
meftier, lequel neantmoins nous n'auios 
pas a^eouftumé.Surquoyie puis, dire Vil 
legagnô ne s'eftrepeu plaindre iuftemêt> 
que tant qu'il fit profefsion de PEuan- 
gile en ce pays là, il ne tiraft de nous tout 
Fe feruice qu'il voulut • le referue à par- 
ler ailleurs tant des racines, dont i'ay 
fait mention, que de la propriété delà 
farine que les Sauuages font cTicelles. 

Ainfi pour retourner au principal, 

des la premiere femaine que nous fuf- 

mes là arriuez, non feulement il con- 

fentit, mais aufsi luy mefmeeftablit ceft 

ordre : affauoir, qu'outre les prières pu- 

uorir* bliques qui fe feroyent tous les foirs a- 

Eçdefia- p res q U ^ n auroit laiiîé la befongne, 

{u paroles Miniftres prefeheroyent deux fois 

vtlki*- j e Dimanche, & tous les iours ouuriers 

snm ' vne heure durant : confentant aufsi au 

refteque les Sacremens fulTent admini- 

1 ftrez 



.. 



DE L'AMERIQVE, 67 

lirez felon la pure parole de Dieu 5 & que 
la discipline Ecclefïaftique fut pratiquée 
contre les defailians. 

Suyuant doneques cefle police Eccle- lcuYdU - 
fiaftique, le Dimanche vingt &vnieraci^«c/«t 
de Mais que la fain te Ccne de noftreSei- / ' r " w "7 ? ~ 
gneur leius Chrilt fut célébrée, les ifli- l>re*enr*4 
riiftres ayans aùparauant pieparé & cz.- mert< i He * 
thechife tous ceux qui y deuoyent com- 
muniquer , parce qu'ils n'auoyent pas 
bonne opinion dVn certain lean Coin- 
ta qui fefaifoit appeler monlieui He- Cointaab- 
éior autresfois doâeur de Sorbonne, * Hrel ? 
lequel auoit paiféla mer auec nous, i\W Jme * 
fut prié par eux de faire confefsion de fa 
foy : ce qu'il fit & abiura publiquement 
lepapifnie. 

Semblablement Villegagnon faifant 
toufïours du zelateur,apres le ferrnon a- Vi # na _ 
cheué s'eftât leué debout 3c alléguât que £»«»/*/- 
les Capitaines, Maiftres de Nauires,Ma-^^~ 
telots , & autres qui y ayant afsiftez n'a- 
uoyent encores fait profefsion delà Re- 
ligion , n'eftoyent pas capables d'vn tel 
miftere , les faifant fortir dehors ne vou- 
lut pas qu'ils vifîent adminiftrer le pain 
& le vin. Dauantage luymefrnes tant* 
comme il difoit , pour dédier fon Porta 
Dieu.que pour faire confefsion de fa foy 
en la face de l'Eglife,fe mettant à genoux 
prononça à haute voix deux Oraifons, 

Jtis 2> 



<J8 



HISTOIRE 



defquelles ayant eu copie , afin que cha- 
cun cognoiffe combien il eftoit malaifé 
de cognoiftre le cœur* l'intérieur de 
ceft homme, ie les a y ici inférées de mot à 
mot, fans y changer vne feule lettre. 
Veratfon ^\ on Dieu ouure les yeux &la bouche 
gagnbnft de mon entendemet, adreiie les a. te faire 

mont que con f e f s ion , prières & adions de graces 
fi P re / en , i • r i« b r ■ 

teràu des biens excellens que tu nous as faits* 

Cène. DlEV T O V T P VISSANT Viuât &C 

Immortel Père Eternel de ton fils lefus 
Chrift noftre Seigneur,qui par ta proui- 
dence auec ton fils gouuernes toutes cho 
{es au ciel &en terre, ainfi que par ta bon 
té infinie tu as fait entendre à tes efleus 
defpuis la creation du monde , fpeciale- 
ment par ton fils, que tu as enuoyé en 
terre, par lequel tu te manifeftes , ayant 
dit à haute voix,Efcoutez le:&apres fon 
afcenfionpar ton S. Efprit efpandu fur 
les Àpoftres. le recognoy à ta fainte Ma- 
iefté ( en prefence de ton Eglife , plantée 
par ta grace en ce pays ) de cœur , que ie 
iVay iamais trouuéparlapreuue quei'ay 
faite , & par Peflay de mes forces & pru- 
dencc,frnon que tout le mien qui en peut 
fortir font pures ceuures de ténèbres, fa- 
piencede chair polue en zèle de vanité, 
tendât au feul but &vtilité de mon corps. 
Au moyen dequoy,ieprotefte & confeffe 
franchement , que fans la lumière de ton 

faint 



.J 



DE L'AMERIQUE.' 6? 

faint Efprit, ie ne fuis idoine finon à 
pecher:par ainfi me defpouillant de tou- 
te gloire , ie veux que Ion fâche de moy 
que s'il y a lumière , ou fcintille de vertu 
en Pœuure prinfe que tu as fait par moy, 
iela confeffeà toy feul , fource de tout 
bien. En cefte foy doncques, mon Dieu 
ie te tends graces de tout mon cœur,que 
il t'a pieu m'auoquer âçs affaires du mon 
de, entre lefqueis ieviuoyepar appétit 
d'ambition , t'ayant pieu par l'infpiratio 
de ton faint Efpritme mettre au lieu, ou 
en toute liberté iepuilfe te féru ir de tou 
tes mes forces & augmentation de ton 
faint Règne. Et ce faifan t apprefter heu 
& demeurance paifible à ceux qui font 
priuez de pouuoir inuoquer publique- 
ment ton Nom, pour te fan&ifier Se ado- 
rer en efprit &: vérité , recognoiftre ton 
fils noftre Seigneur Iefus , eftre l'vnique 
Mediateur,noftrevie&adrefTe,&;le feul 
mérite de noftre falut . Dauantage ie te 
remercie ô Dieu de toute bonté , que me 
ayant conduit en ce pays entre ignorans 
de ton Nom &de tagrandeunmais poffe 
dez de Satan, comme fon heritage, tu me 
ayes preferué de leur malice , combien 
que ie fufie deftitué de forces humaines: 
mais leur as donné terreur de nous , tel- 
lement qu'à la feule mention de nous ils 
tremblent de peur , & les as difpofez à 



îlâifott 
cert parce 
quaes S an 
liages ex~ 
îraordina' 
rement fu 
rent ce fie 
meftne an 
mee af)ïi 
gc-z^ d'vne 
feurc yelîi. 
le liste ox-' 
tn empor- 
ta beau- 
coup & des 
plui man- 
uals garfvi 



70 HISTOIRE 

nous nourrir de leurs labeurs. Et pouf 
refréner leur brutale impetuo/îtc les as 
àfîhgesde très cruelles maladies , nous 
en prefei uant : tu as ofîé de la terre ceux 
qui nous eftoyent les plus dangereux, & 
réduit les autres en telles foibiefîes que 
ils ii'oféBt rien entreprendre fur nous. 
Au moyen dequoy ayons le loifirdepren 
dre racine en ce lieu , & pour la compa- 
gnie qu'il t'a pieu y amener fans deftour- 
bicr,tu y as eftably le regime d'vne Egli- 
fe,pour nous entretenir en vnité & crain 
te de ton fainâ Nom,afin de nous adrcf- 
fer à la vie éternelle. 

Or Seigneur, puis qu'il t'a pieu efta- 
blir en nous ton Royaume , ie te fupplie 
par ton fils lefus Chrift lequel tu as vou- 
lu qu'il fufthoftiepour nous confirmer 
en ta- dile&ion, augmente tes graces & 
noftre foy,nous fanftifiant & illuminant 
par ton fainâ Efprit , & nous dédie tel- 
lement à ton feruice, que tout noftre 
eftudejfoit employé à ta gloire. Plaife 
toy aufsi noftre Seigneur & Père eften- 
dre ta bénédiction fur ce lieu de Coli- 
gni, & pays delà France Antarctique, 
poureftre inexpugnable retraite à ceux 
qui à bon efeient, & fans ypocrifie y au- 
ront recours, pour fededier auec nous 
à l'exaltation de ta gloire, & que fans 
trouble des hérétiques , te puifsions in- 

uoquer 



DE L'AMERIQUE. Jl 

uoquer en vérité : fay aufsi que ton E- 
uangile règne en ce lieu y fortifiant tes 
feruiteurs de peur qtfiis ne trebufchent 
en l'erreur des Epicuriens, &: autres a- 
poftats : mais foyent conftans à perfe- 
uerer en la vraye adoration de ta Diui- 
nité felon ta fain&e Parole. 

Qu'il te plaife aufsi ô Dieu de toute 
bonté" eftre Protecteur du Roy noftre 
Souuerain Seigneur felon la chair , de fa 
femme, de fa hgnee,& fon ConfeihMef- 
fire Gafpard de Coligny , fa femme & fa 
lignee,les conferuant en volonté de main 
tenir & fauorifer cefte tienne Eghfe , 
& vueille à moy ton treshumble efcla- 
ue donner prudence de me conduire 
de forte que ie ne fouruoye point du 
droit chemin & que ie puifîe refifter 
à tousles empefchemens que Satan me 
pourroit faire fans ton aide, que te 
cognoifiions perpétuellement pour no- 
ftre Dieu Mifericordicux, Iufte luge, 
& Confèruateur de toute chofes auec 
ton fils lefus Chnft regnant auec toy 
& ton faind Efprit, efpandu fur les A- 
poftres. Crée donc vn cœur droit en 
nous , mortifie nous à péché : nous 
régénérant en homme intérieur pour 
viure à iuftice,en affuiettiffant noftre 
chair pour la rendre idoine auxaâions» 

E 4 



yi HISTOIRE 

deTameiiifpireepartoy, & que faifion* 
ta volonté en terre, comme les An- 
ges au ciel. Mais de peur que l'indigence 
decercher nos necefsitez , ne nous face 
tresbucher en pechépar desfiance de ta 
bonté, plaife toy pourueoir à noftre vie, 
& nous entretenir en fanté . Et ainfî que 
la viande terreftre parla chaleur defe- 
ftornachfe conuertit en fang & nourri- 
ture du corps, vueilles nourrir & fuftan- 
ter nos âmes de la chair &du fang de ton 
fils , iufques aie former en nous, & nous 
en luy: chafTant toute malice ( pafture de 
Satan ) y fubrogant au lieu d'icelle , cha- 
nte' ôcfoy^afin quefoyons cogneus de 
toy pour tes enfans , & quant nous t'au- 
rons offenfé, plaife toy Seigneur de Mi- 
fericorde, lauer nos pèches au fang de, 
ton fils, ayant fouuenance que nous fora 
mes conceus en iniquité, & que naturel- 
lemétparladefobeirTanccd'Adam.peché 
eft en nous. Au furplus cognois que no- 
ftre ame ne peut exécuter le faint defir 
de t'obeir par l'organe du corps im- 
parfait & rebelle.Par. aînfi plaife toy par 
le mérite de ton fils Iefus ne nous impu- 
ter point nos fautes, mais nous imputant 
le facrificc de fa mort & pafsion que par 
£oy auons fouffert auec luy, ayans efté 
antez en luy par la perception de fon 
.corps au miftercde l'Euchanftie. Sem- 
bla^ 



de l'a meriqje. 73 

blablement fay nous la grace qu'à l'e- 
xéple de ton fils qui a prié pour ceux qui 
l'ont perfecuté,nous pardonnions à ceux 
qui nous ont offenfez, & au lieu de 
vengeance procurions leur bien com- 
me s'ils eftoyent nos amis . Et quand 
nous ferons folicitez delà mémoire des 
biens/plendeurs, popes, & honneurs de 
te monde , eftans au contraire abattis de 
pauureté &de pefanteur de la croix de to 
fils efquels il te plaife nous exercer pour 
nous rêdre obeiflans,de peur que engraïf 
fez en félicité mondaine , ne nous rebel- 
lions contre toy , fouftiens nous & nous 
adoucis l'aigreur des affligions, afin que 
elles ne fuffoquent la femence que tu as 
mife en nos cœurs. Nous te.prions aufsi 
Père celefte, nous garder des entreprifes 
de Satan, pai lefquelles il cercheànous 
defuoyenpreferue nous de cesminiftres 
& des Sauuages infenfez, au milieu def- 
quels il te plaift nous, côtenir & entrete- 
nir^ des apoftats « de la Religion chre- 
ftienne efpars parmi eux: mais plaife toy 
les rappeler àton'obeiflance,afin qu'ils fe 
conuertiflent , & que ton Euangile foit 
publié par toute la terre , & qu'en toute 
nation ton falut foit annoncé. Qui vis & 
règnes auec ton fils & le faint Efprit es 
llecles des fieçles Amen* 



"CefloyeS 
certains 
truchemens 
de Norman 
die qui e- 
fias efpars 
parmy les 
Saunages 
auant que 
Villegagno 
allaften ce 
pays la ne 
fevoulurèt 
regerfouz^ 
luy à fon 
«rrmte. 



74 



HISTOIRE 



à no fire Seigneur Je/Us Çhrifi^que 

ledit ZJillegagnon proféra 

tout dvm fuite. 

IESVS CHRIST, fils de Dieu 
viuantcceternel,&confubftantiel,fj)Ien- 
<leur de la gloire de Dieu, fa viae ima^e, 
par lequel toutes chofcs ont efté hnes> 
qui ayant veu Je genre humain condam- 
néparrinfallible ingénient de Dieu ton 
père par la tranfgrefsion d'Adam, lequel 
homme pour iouyr de la vie & Royaume 
éternel, ayant cfté fait de Dieu d vne ter- 
re non poluë de femence virile, dont 
il peut tirer necefsité de pèche' , doue 7 de 
toute vertu, enJiberté de franc arbitre 
de fe conferuer en fa perfe&ion : ce 
neantmoins" allcfchéparla fenfualitéde 
fa chair , folicité & efmcu parles dards 
enflammez de Satan, fe laiffa veincre, 
au moyen dequoy , encourut Tire de 
Dieu, donc cnfuyuoitTinfallible perdi- 
tion des humains , fans toy noftre Sei- 
gneur qui meu de ton immenfe & in- 
dicible charité t'csprcfenteà Dieu ton 
père, t'cftant tant humilié de daigner 
tefubftituer au lieu de Adam pour en- 
durer tous les Hots de la mer de l'indi- 
gnation de Dieu ton Pcre, pour noftre 

pur- 



DE L 5 A ME R I QV H 75 

purgation . Et ainfi que Adam auoit efté 
fait déterre non corrompue . fans fe- 
mence virile, as elle' conceu du Saint 
Efput en vne Vierge, pour eftrc fait 
& formé en vraye chair comme celle de 
Adam fubiette à tentation & continuel- 
lement exercé pardeflus tous humains, 
fans péché s & finalement ayant voulu 
ariter en ton corps par toy , celuy A- 
dam & toute fa. pofterité , nourriffant 
leurs âmes de ta chair & de ton fang , tu 
as voulu fouffrir mort , afin que comme 
membres de ton corps, ils fe nourrirent 
en toy,& qu'ils plaifent à Dieu ton père, 
offrant ta mort en fatisfaétion de leurs 
offences comme fi c'eftoit leur propre 
corps . Et ainfi que le péché d'Adam e- 
ftoit deriué en fa pofterité , & par le 
péché la mort, tu as voulu, &: as impetré 
de Dieu ton Père , que ta iuftice fuft im- 
putée aux croyans , lefquels par la man-' 
ducation de ta chair &de ton fang , tu 
as fait vns auec toy, & transformez en 
toy comme nourris de ta chair & fubftan 
ce, leur vray pain pour viure éternelle- 
ment comme enfans de Iuftice & non 
plus d'ire. Or puis qifilfa pieu nous 
faire tant de bien , & qu'eftant afsis à 
la dextre de Dieu ton père, là éternel- 
lement es ordonné noftre Intercefleur, 
& Souuerain Preftre , felon Tordre 



yillega- 
gnonfait 
(a Cène, 



de Ceint* 
& de Vil- 
legagnon 
touchant* 
la doctrine 
&les Sa- 
tremens. 



76 HISTOIRE 

de Melchifedec , aye pitié' de nous , con- 
ferue nous , fortifie & augmente noftre 
fby , offre à Dieu ton Père la confefsion 
que ie fay de cœur & de bouche, en pre- 
fence de ton Eglife mefanÛifiantpar ta 
Efprit comme tu as promis difant: le ne 
vous lairray point orphelins. Auance to 
Eglife en ce lieu , de forte qu'en toute 
paix tu y fois adore' purement.Qui vis &: 
règnes auec luy & le faind Efprit es fie- 
des des fiecles éternellement. Amen. 

Ces deux prières finies Villcgagnon 
fe prefenta le premier à la table du Sei- 
gneur^ receut à genoux le pai a & le vin 
de la main du Miniftre.Cependât,&pour 
lefairecourt,felonqu'onapperceuoitai- 
fément que luy & Cointa (nonobftant 
comme il a efté veu qu'ils euflent renon- 
cé à la Papauté ) auoyent plus d'enuie de 
debatre & contefter , que d'apprendre & 
de profiter, aufsi ne demeurerent-ils pas 
long temps fans efmouuoir des difputcs 
touchant ladodrine. Mais principale- 
ment furie point delà Çene ? car quoy 
qu'ils reiettafîentla Tranfubftantiation 
de l'Eglife Romaine comme vne opi- 
nion fort lourde & abfurde, & qu'ils ne 
approuuaflent non plus laConfubftatia- 
tion y fi ne confentoyent-ils pas à ce que 
les Miniftres cnfcignzns que îeftis Chrift 
par la vertu dç ConCdnâ Efprit fe com- 

niuni- 



» 



DE L'A MERIQVÊ* jj 

munique du ciel en nourriture fpirituel- 
le à ceux qui reçoyuent les fignes en foy* 
maintenoyent par la parole de Dieu, que 
le corps du Seigneur n'eftoit ni enclos 
ne change' en iceux . Car difoyent Ville- 
ga<*non & Cointa , ces paroles: Ceci eft 
mon corps* Ceci eft mon fang, nefepeu- 
uent autren^ët prendre finon que lecorps 
& le fang de leius Chrift y foyent conte- 
nus. Si vous demandez commet donques 
veu que tu as dit qu'ils reiettoyentles 
deux fufdites opinions de la Tranfub- 
ftantiation & Confubftâtiation Tenten- 
doyent-ils? Certes comme ie n'en fcay 
rien aufsi croy-ie fermement que ne fai- 
foyent-ils pas eux mefmes : car quand 
on leur monftroit par d'autres paffages 
que ces paroles Ôclocutiôs font figurées^ 
c'eft à dire que FEfcriture a accouftumé 
dappeler & nommer les fignes des Sa- 
cremens du nom de la chofe llgnifiee,cô- 
bien qu'ils ne peuffent répliquer chofe 
qui eut apparêce du contraire, ils ne laif 
foyent pas pour cela de demeurer opi- 
niaftres : tellement que fans feauoir le 
moyen comme cela fe faifoit, non feule- 
ment ils vouloyent manger grofsiere- 
ment pluftoft que fpirïtuellemét la chair 
delefus Chrift, mais qui pis eft à la ma- 
nière desSauuages nommez Ou-etacas* 
defquels i'ay parle' par cideuantjils la 






Le Mini- 
fire Char- 
tier pour- 
guoy r en- 
noyé en 
Framepar 
ViUega- 
gnon. 



Lettres de 

TJtttega- 
gnon a, 
Caluin. 



78 HISTOIRE 

vouloyent mafcher & aualer toute crue, 
Toutesfois , Villegagnon qui feignoit 
ne defirer rien plus 5 que d'eftre droi- 
tement enfeigné , afin de faire bonne 
mine renuoya en France Chartier Mi- 
niftre dans l'vndes Nauires ( lequel a- 
près qu'il fut chargé deBrefil , & autres 
marchandifes du pays , partit le qua- 
trième de Iuin pour sen reuenir) afin 
difoit il de feauoir & rapporter les o- 
pinions de nos dodeurs fur ce differeut 
de la Cène : & nommément edie de 
Maiftre lean Caluin à 1 aduis duouel di- 
foit il , il fe vouloitdu tout fubmettre, 
Etdefaitieluyay ouy fouuentefois îeï- 
terer ce propos. Monfieur Caluin eûVvn 
des feauants perfonnages qui ait efté de- 
puis les Apoftres: & îi'ay point leu de do- 
cteur qui ait mieux expofé ni traité Vef^ 
criture fainte plus purement à mon <*ré 
qu'i{ à fait. Aufsi pour monftrer qu'il le 
reueroit,non feulement en larefponce 
aux lettres que nous luy portafmes de fa 
part luy mâda-il bien au long de tout fon 
eftat en general , mais particulièrement 
(ainfi qu'il fe verra encores à la fin de To 
riginal de fa lettre en datte du dernier de 
Mars mil cinq cens cinquante fept la- 
quelle eft en bonne garde;il efcriuit d'an 
ciede Brcfil& de fa propre main ce qui 
s'enfuit. 

radiou- 



DE L' A M E R I QJ Ë 79 

I'adioufleray le confeil que vous m'a- >* 
liez donné par vos lettres, m'eforçant » 
de tout mon pouuph de ne m'en def~ » 
uoyer tant peu que ce foif . Cai de fait ie *> 
fuis tout perfuadé qu'il n'y en peut a- >* 
uoir de plus faim, droit , ni plus entier. ** 
Pourtant aufsinous auons fait lire vos» 
lettres en l'aiîemblee de noftre confeil: >* 
& puis après enregistrer afin que s'il » 
aduient que nous nous deftournions du >» 
droit chemin, par la lcdure d'icelles ** 
nous foyons rappelez , & redreflfez d'vn » 
tel fourtioyement. 35 

Mefmes vn nommé Nicolas Carmeau 

qui futle porteur de fes lettres , & qui e- 

{toit parti des le premier iour d'Auril 

dans le Nauire de Rofee, me dit en 

prenant congé de nous, que Villegagnon 

luy auoit commandé dédire de bouche 

àMonfieur Caluin, qu'afin deperpetuer 

la mémoire du confeil qu'il luy auoit 

baillé , il le feroit engrauer en cuyure : 

comme aufsi il auoit baillé charge audit 

Carmeau de luy ramener de France quel 

que nôbre de personnes, tanthômes,fem 

mes,qu'enfans, promettât qu'il défraye- 

roit & payeroit tous les defpes que ceux 

de la religion feroyent à Taller trouuer. 

Mais auât que pafTer outre ie ne veux 

pas obmettre de faire ici mention de dix 

garçôs Sauuages aagez de neuf à dix ans 



fhns Saw- 
nages en- 
Koye^ en 
Iranee. 



Premiers 
mdriages 
folennife^ 
à la façon 
des Chré- 
tiens en 
CxAmeriq. 



Su HISTOIRE 

& au deffous (prins en guerre par les Sau 
nages amis des Frâçois,qui. les auoyétvê 
dus pour efclaues à Villegagno) lefquels 
après que le Miniftre Richier à la fin 
d'vnpr.efche leur eut impofé les mains, 
& que nous tous enfemble eufmes prié 
Dieu qu'il leur fift la grace d eftrelesprc 
mices de ce pauure peuple,pour eftre at- 
tiré à la cognoiflance de fon falut, furent 
embarquez dans les Nauires (qui comme 
i'ay dit j partirent dés le quatrième de 
Iuin) pour eftre amenez en France, ou 
cftans arriuez & prefentez au Roy Hen- 
ry fécond lors regnant, ilenfitpfefent à 
quelques grands Seigneurs: & entre au- 
tres il en donna vn à feu Monfieurde Paf 
fy, lequel ie recogneu chez luy à mon 
retour. 

Au furplusle troifieme iour d'Avril, 
deux ieunes hommes , domeftiques de 
Villegagno efpouferét au prefche à la fa 
çô des Eglifes reformées, deux de fes ieu 
nés filles que nous auios menées deFrâce 
en ce pays là. Et en fais ici mention tant 
parce que non feulement ce furent les 
premieres nopees &mariages faits & fo- 
lennifez à la façon des Chreftiens en la 
terre de TAmeriqucmais aufsi parce que 
beaucoup de Sauuages , qui nous eftoyët 
venus voir furent plus eftonnez devoir 
des femmes veftues , dont ils n'auoyent 

iamais 



.. 



DE ÙMERIQJE. jÉ 

àamaisveu auparauant) qu'ils ne furent 
esbahis,des ceremonies qui leur eftoyet 
aufsidutoutincogneues.Semblablemét 
Je dixfeptieme de may Cointa efpoufa 
vne autre ieune fille parente d>n nomme 
la Roquette de Rouen lequel ayant paffé 
la mer quant &nous , Pedant mort quel- 
que temps après que nous fufmes là.ar- 
riuez, laifla héritière fadite parente de la 
marchandife qu'il auoit portée , laquelte 
confiftoit en grande quantité de cou- 
jfleaux, peignes, mirouers,frifes, liaims à 
pefcher, & autres petites befôgnes pro- 
pres à trafiquer entre les Sauuages. €ela 
vint biê à point à Cointa, lequel fe feeut 
bien accommoder du tout. Les deux au- 
tres filles ( car comme il a efté veu en no- 
ftre embarquement, elles eftoyent cinq) 
furent aufsi incontinent aptes mariées à 
deux Truchemens de Normandie: telle- 
ment qu'il ne demeura plus entre nous 
femmes ni filles chreftiennes à marier. 

Surquoy afin de ne taire nonplus ce 
qui eftoit louable que vituperable en Vil 
legagnon,ie diray en paffant, d'autat que 
certains Normans lefquels dés longteps 
auparauant qu'il fut en ce pays là, s'eftâs 
fauue* d'vnNauirequi auoit fait nau- 
frage,eftàs demeurez parmi les Sauuages 
où viuans fans crainte de Dieu, ils pail- 
Jardoyent auec les femmes & filles (corn- 

F 



et HIS TO IRE 

me Ten ay veu qui en auoyeiit des enfant 
ia aagez de quatre àcinq ans) tant di-ie 
pour reprimer cela, que pour obuier que 
nul de ceux qui fufoyent leur refidençe 
en Pille n en abufaft de celle façon: Vil - 
legation , par l'aduis du confeii , fit de- 
^onm or- fence à peine de la vie que nul ayant ti- 
i n Tv tre de Chreftien , n'habitaft auec les 
femmes des bauuages . Il elt vray que 
l'ordonnance portoit , que fi quelques v- 
nes eftoyent appelées à la cognoiflance 
de Dieu, qu'après qu'elles feroyent bap- 
tifees , il feroit permis de les efpoufer. 
Mais tout ainfi, quelques rernonftrances 
que nous ayons parplufieurs fois faites 
à ce peuple barbare , qu il n'y en eut pas 
vnc qui laiflant fa vieille peau voulut ad 
uouer Iefus Chrift pour fon fauueur:auf 
fi tout le temps que ie demeuray là , n'y 
eut il point de François qui en print à 
femme. Neantmoins comme celle loya- 
uoit doublement fon fondement fur la 
parole de Dieu , aufsi fut elle fi bien ob- 
feruee,quenon feulement pas vn feul, 
tant des ges de Villegagnô,que de noftre 
compagnie ne la tranfgreffa , mais aufsi, 
quoyquei'ayeentédu diredeluy au con 
traire depuis mô retour, afïauoir qu'eftât 
enTAmcriq. il fepoluoit auec les femes 
Sauuages, ie luy rendray ce tefmoignage 
qu'il n'en efloit point foupçonné de no- 
ftre 






DE l'aMEUQJE. 8| 

lire temps. Qui plus eft il auoit tellemtt 
en recommendation la pratique de fon 
ordonnance, que ncuft efté l'inftante re- 
quefte que quelques vns de ceux qu'il ai- 
mait le plus luy firent pour vn 1 ruche- 
ment, qui eftant aile en terre ferme auoit 
efté conuaincu d'auoir paillarde auec \ne 
de laquelle il auoit iaautresfois abufé,au 
lieu qu'il ne fut puni que de la cadene au 
pied , & mis au nombre des efelaues , il 
vouloit .qu'il fut pendu. Villegagnon dô- 
ques, felon que i'en ay cogneu,tant pour 
fon regard que pour les autres , eftoit à 
louer en ce point : & pleuft à Dieu pour 
l'aduancementde l'Eglife &pourle fruit 
que beaucoup de gens de bien en rece- 
uroyent maintenant,qu'il fe fuft aufsi bië 
porté en tous les autres. 

Mais. mené qu'il eftoit au refte dVn e- 
fpritdecontradiftion,nefypouuantcon 
tenter de la fimplicité , que TEfcriturç 
fainte monftre aux vrais Chreftiens tou- 
chant l'adminiftration des Sacremens: ^ 
il aduint le iour de Penthecofte &$- fçirt!He 
liant , que nous fifmes la Cène, &&■*£*£% 
la féconde fois , luy alléguant que jaint les AUeg ^ 
Cyprian, & faint Clement auoyentef £«* 
crit qu'en la celebration d'icelle il falloit^^, 
mettre de Peau au vin, non feulement 
il vouloit opiniaftrement,& par nécessi- 
té que cela fefift, mais aufsi affermoit 
1 F % 



Seconât 



fa- 



Pafage 
mal appli- 
qué par 

Villegag. 



84 HISTOIRE 

& vouloit qu'on crcut que le pain con 
ere profi'toit autant au corps qu'à Tame. 
Dauantage qu'il falloit meflerdu fel dc 
de l'huile auec l'eau du baptefme. QuVn 
Mini ft re ne fepouuoit remarier en fé- 
condes noces : amenât le paffage de faint 
Paul à Timoth Que TEuefque foit mari 
dVne feule femme. Brief ne voulant plus 
defpendre d'autre confeil que du fieri 
propre, & fans fondement de ce qu'il di- 
foit en la parole de Dieu > il voulut lors- 
abfolument tout remuera fon appétit. 
Mais? afin que chacun foit aduerti com- 
ment il argumentoit inuinciblemet, d>n 
tre plufieurs fentences del'Efcriture que 
il mettoit en auant, prétendant prou- 
uer ce qu'il vouloit maintenir , i'en pro- 
poferay ici vne . Voici doneques ce que 
ie luy ouï vn iour dire à l'vn de fes gens. 
N'as tu iamais leu enl'Euangile du Lé- 
preux qui dit à Iefus Chrift, Seigneur fî 
tu veux tu me peux guérir: & qu'inconti- 
nent que Iefus luy eut dit, ie le veux fois 
net, il fut net. Ainfi(difoit ce bon expofi- 
teur)quâd IefusChriftàdit du pain, Ceci 
eft mo corps, il faut croire fans autre in- 
terpretation qu'il y eft enclos: & laiffos di 
re ces gês de Geneue:ne voila pas biê in- 
terpreter vn paffage par l'autre. Ceft cer 
tes aufsi bien rencontrer , que celuy qui 
allégua en vn Concile, que puis qu'il eft 

eferit 



, 



DE L'A M E.R I QV F. 85 

efcrit queDieu à créé l'homme à fon ima 
çe,qu il faut doncqucs auoir des images. 
Partant qu'on iuge maintenant par ceft 
échantillon fila Théologie de Villega- 
gnon qui a tant fait parler de luy^n'eftoit 
pas feriale ? & fi entendât ù bien l'Efcri- 
ture , comme il s'eft vante', il n'eftoit pas 
pour faire tefte en difpute, &clorre la 
bouche à Caluin , & à tous ceux qui le 
voudroyent maintenir ? Iepourrois ad- 
ioufter beaucoup d'autres propos aufsi 
ridicules que le precedent , que ie luy ay 
ouïtenir touchanteefte matière des Sa- 
cremens . Mais parce que quand il fut de 
retour en France , non feulement Petrws 
Richerius le defpeignit de toutes Ces 
couleurs , mais aufsi que d'autres après ' 
l'Eftrillerent , & Efpouffeterent fi ' bien & ^f» 
qu'il n'y fallut plus retourner, craignant./?"*/^ 
d'ennuyer les le&eurs , ie n'en diray îci^f/^ 
dauantage . En ce rnefme temps Cointa, tn Vtiiz- 
voulant aufsi monftrer fon feauoir , fe* , « g,,M 
mit a faire leçons publiques : mais ayant Leçons ie 
commencé l'Euangile felon faint lean C**»t*. 
(matière telle & aufsi haute que feauent 
ceux qui font profefsion de Théologie) 
il rencontroit le plus fouuét aufsi à pro- 
pos qu'on dit communément que magni 
ficat eft à matines : & toutesfôis c'eftoit 
le feul fuppoft deVillegagnon en ce pays 
là, pour impugnerla vraye doârinç de 

F 3 



86 



HISTOIRE 



l'Euâgile. Cornent doc? dira ici quelcun, 
Tom.iJi le Cordelier frère And-reTheuet quife 
ai.ch.8. plaint fi fort en faCofmographie que les 
Miniftres que Caluin auoit enuoyez en 
l'Ameriq. enuieux de fon bië& entrepre 
nans fur fa chafge,Pempefcherent de ga- 
gner les âmes efgarees du panure peuple 
Saunage > fe tàifoit-il lors > eftoit-il plus 
affeftionné enuers les Barbares, qu'àla 
defence del'Eglife Romaine, dont il fe 
fait fi bon pilier?La refponce à cede bour 
ïr f Z g el. de de Theuet en ceft endroit fera , que 
tout ainfi que i'ay ia dit ailleurs , qu'il e- 
ftoit de retour en France auant que nous 
arriuifsions ence payslà,aufsi prie ie 
derechef les lecteurs de noter ici en paf- 
fant, que comme ien'ay fait ni ne feray 
aucune rrientiô de luy en tout le difeours 
prefent touchant les difputes que Ville- 
gagnon & Cointa eurent contre nous au 
Fort de Colligni en la terre du Brefîl, 
qu'au fsi n'y a il iamais veu les Miniftres 
dont il parle, ni eux femblablement luy. 
Partat que ce bon Catholique TheuetCle 
quel auoit lors vn fofle , de deux mille 
lieues de mer entre luy & nous pour em- 
pefcher que les Sauuagcs inoftre occa- 
sion ne fe ruaffent fur luy &lemi(Tcntà 
Cofna* mort , ainfi que contre vérité, d'autant 
To 2-. li. comme i'ay dit qu'il n'yeftoit pas de no- 
% .çh.i. jrj- rc tcni p S J] \o£i eferire) fafis repaiftre 

le mon* 



. 



DE L'A ME R I QVÏ. 87 

le monde de telles balliueines , allègue 
d'autre exemple de Ton zèle, que celuy 
qu'il dit auoir eu en la conueriîô des S au 
uaees fi les Miniftres ne leuffent empel- 
che , car cela eft faux. Or pour retourner 
à mon propos , incontinent après celte 
Cène de Penthecofte Villegagnon decla- 
rant auoir changé l'opinion qu'il diloit 
autresfois auoir eue de Caluin -, fans at- 
tendre fa refponce , qu'il auoit enuoye 
quérir en France , par le Mimftre Char- viiwg- 
tier,dit que c'eftoit vn mefchant &vn he- «J(*V, 
retique defuoyédela foy : &de fait del- f tr- 
iors nous monftrant vn fort mauuais vi-™^ { 
fage, mefmes adiouftât qu'il'vouloit que w. 
le prefche ne duraft plus que demie heu- 
re , depuis la fin de May il n'y afsifta que 
bien peu . Conclufion, la difsimulation 
de Villegagnon nous fut lors fi bien def- ££«£ 
couiierte ( qu'ainfi qu'on dit) nous co- gagmdt 
gneufmes adonc de quel bois il fe chàa*£*M 
foit.Que fi on demande maintenant quel &laiaufe 
le fut l'occafiô de cefte reuolte: quelques r ,r^ 3 - 
vns desnoftres tenoyent que le Cardi- 
nal de Lorraine & d'autres luy ayans ef- 
crit de France par le maiftre d'vnttaùire 
qui vint en ce temps là au Cap de Fne 
trente lieues au deçà de l'Iiîe ou nous e- 
ftions,l'ayant reprins fort afp rement par 
leurs lettres, de ce qu'il auoit quitte la 
Religion CatholiqueRomaine, auoyent 

F 4 



88 HISTOIRE 

caufé ce changemêt en luy.Et de fait ayat 
comme vn bourreau en fa confcience, il 
V glTSm ^ cuim fi chagrin, que iurant à tout coup 
%conj\ien Je corps faint laques Cqui eftoit fon fer- 
K pZttZ. nicnt or <*inaire) qu'il romproit la tefte, 
'dinaire. les bras , & les iambes au premier qui le 
fafcheroitvnulnes'ofoitplus trouuer de 
uant luy.Surquoy,puis qu'il vient à pro- 
pos, iereciteray la cruauté que ieluy vis 
exercer en ce temps la fur vn François 
Ç*m*<& nommé la Roche, lequel il tenoit à la 
chaîne. Ayant fait coucher ce pauure ho- 
me tout a plat contre terre , & par vn de 
fes Satalites à grand coups de baftos tant 
fait battre le ventre, qu'il perdoit pref- 
ques le vent & l'haleine , après qu'il fut 
âinfi meurtri d'vn cofté, ceft inhumain 
luy difoit: corps S. laques paillard tour- 
ne l'autre, tellement que le laiifant ainfî 
à demi mort, encore ne fallut il pas pour 
cela, que lepauure homme lairTaft de tra- 
uailicr de fon meftier, qui eftoît Me- 
nuiiicr. ^Scmblablcment les autres Fran- 
çois qu'il tenoit à la chaine pour, la mef- 
riie caufe que le fufdit la Roche, aflauoir, 
parce que à caufe du mauuais traitement 
qu'il leurfaifoit auât que nous fufsios en 
ce pays là , ils auoyent confpiré entr'eux 
de le ietter en mer: cftans plus trauaillcz 
que s'ils cnlfent cfté aux galères , aucuns 
d'entr'eiïxcharpctiers deleur cftatTabâ- 

donnais 



cfcla, 



de 



D E L'AMERIQJ E. 89 

donnans , aimèrent mieux s'aller rendre 
en terre fermeauec les Sauuages(lefquels 
les traitoyent plus humainement) que de 
demeurer auec luy.Dauantage trente ou 
quarante tant hommes que femmes Sau- 
uages Margot* lefquels les Toinupintm- ^m^ 
haoultsnos alliez auoyent prins prifon- étliff%f 
niers en guerre , Se les luy ayans vendus, 
les tenoit efeiaues, eftoyent encores trai- 
tez plus cruellement. Et de fait ieluy vis 
vne fois faire embraffer vne piece d'ar- 
tillerie à Tvn d'entr'eux nommé M ingant 
auquel pour vne chofe qui ne meritoit pas 
prefques qu'il fut tancé,ilfitneantmdins 
dégoûter & fondre du lard fortchaud fur 
les fefles: tellement que ces pauures gens 
difoyent fouuent en leur langage^fi nous 
eufsions penféque.T^i"-^/^j(ainfi appe- 
loyent ils Villegagnon) nous euft traitez 
de cefte façon , nous nous fufsions plu- 
ftoft faits manger à nos ennemis que de 
venir vers luy. Voila en paffant vn pe- 
tit mot de fon humanité r &ferois con- 
tent n'eftoit 5 comme il à eftétouché ci 
deffus , que quand nous eufmes mis pied 
à terre en fonlfle , il nous dit nommé- 
ment qu'il vouloir que la fuperfluité des 
habillemens fut reformée définir ici de 
parler de luy. 

Il faut doneques que ie dife encores le. . 
bon exemple & la pratique qu'il monftra 



£0 HISTOIRE 

cnceft endroit. Ayant grande quantité 
tant de draps delaine(qu'il aimoit mieux 
laiffer pourrir dans [es coffres que d'en 
reueftir {es gens , vne partie defquels 
neantmoins eftoyent prefque tous nuds) 
que de foye : comme aufsi des camelots 
de toutes couleurs, il s'en fit faire fix ha- 
billemens à rechanger tous les iours de 
e > la femaine: affauoir,la cazaque & les 

équipage r r jl 

de voie- chauiics touiiours de meiines,de rouges, 
&*&"*> de iaunes,de tannez* de.blancs>de hleuz, 
& de verts:tellement que cela eftant aufi- 
û bien feant à fon aage & au degré & 
profefsion qu'il vouloit tenir qu'rn cha- 
cun peut iuger , aufsi cognoifisions nous 
à peu près à la couleur de l'habit qu'il 
auoit veftû,de quel humeur il feroit me^- 
nécefte iourneela : de façon que quand 
nous voyons le vert &le iaune en pays, 
nous pouuions bien dire qu'il n'y faifoit 
pas beau. Mais fur tout quand il eftoit 
paré d'vne longue robe de Camelot iau- 
rie bâdee de velours noir le faifant moût 
beau voir en tel equipage , les plus io- 
yeux de {es gens difoyent que c'eftoit 
lors vn vray enfant fans fouci . Partant lî 
celuy ou ceux qui comme vn Sauuage le 
firent peindre tout nud au deffus du ren-^ 
uerfement de la grand marmite euffent 
efté aduertis de cefte belle robe^il ne faut 
point douter que pour ioyaux & orne- 
ment 



DE L'A ME RIQJE. 9 1 

ment ils neluyeuffent aufsi bien IaifTee 
qu'ils firent fa croix & fon flageolet pen- 
dus à fon col. 

Que fi quelqu'vn dit maintenant quç 
il n'y a point d'ordre que i'aye recerchc 
ces chofesde fi près, lefquelles à la vé- 
rité ie confeffe, principalement quant 
à ce dernier point 3 ne valoir pas l'efcri- 
ré,ie refpond puis que Villegagnon a 
tant fait le Roland le Furieux contre 
ceux de la Religion reformée , nommé- 
ment depuis fon retour en France , leur 
ayant , di-ie , tourné le dos de celle fa- 
çon,il me femble qu'il meritoit que cha- 
euh feeut comment il s'eft porté en tou- 
tes les religions qu'il afuyuies. 

Or finalement après que par le fieur uucAJim 
du Pont nous luy eufmes fait dire que W£ 
puisquilauoit reiettél'Euangile , nous departif- 
n'eftàns point autrenrent^ fes fuiets, r^f™ 
n'entendions plus d'eftre à fon ferm- 
ée, moins voulions nous continuer de 
porter de la terre & des pierres eu 
fon Fort: luy nous penfant bien fort 
èftonner & nous faire mourir de faim, 
défendit la deffùs qu'on ne nous bail- 
lait plus hs deux gobelets de farine de 
racine que chacun de nous (ainfi que 
i'ay dit ci defius) auoit accouftumé 
d'auoir par iour • Dequoy tant s'en 



£2 HISTOIRE 

fallut que nous fufsions fafches , qu'au 
contraire (outre ce que nous en auions 
plus pour vne ferpe, ou pour deux ou 
trois caufteattx que nous baillions aux 
Sauuages qui nous venoyent fouuet voir 
dans leurs petites Barques , ou bien ral- 
lions quérir vers eux 5 qu'il ne nous en 
euft feeu bailler en demi an) nous fufmcs 
fcien aifes par tel refus d'eftre entieremet 
tors de fa fuiettion . Cependant s'il euft 
efté le plus fort ,&qu vne partie de fes 
gens & des principaux n'euflent tenu no 
itre parti , il ne faut douter qu'il ne nous 
euft lors mal faitiios befôgnes.Et de fait 
pour tenter s'il en pourroit venir à bout, 
ainfîqu'vn nommé lean gardien &moy 
fufmes vn iourde retour de terre ferme 
(ou nous auions efté enuiro quinze iours 
parmi les Sauuages ) luy feignant ne rien 
fauoir du congé que nous auions deman- 
dé à monfïeur Barré fon Lieutenant auat 
que partir, Se prétendant par là que nous 
eufsions tranfgrefieles ordonnâmes qu'il 
auoitfaites>que nul n'euft à fortir del'I- 
fle fans licence^non feulement nous vou- 
lut faire aprehender, mais aufsi comman 
doit que comme à fes efclaues on nous 
ViUtga- m j t ^ chacun vne chaine à la iambe.Et en 

gntn ten! s r r . 

le moyen humes en tant plus grand danger que le 

nd™*r & eur ^ ll P° nt noftre condu£teur( lequel 

battes. attendu fa qualité s'abaiffoit trop fous 

luy) 



de l'ameriqje. 9$ 

luy ) au lieu de nous fupporter & de l'cnt 
pefcher,nous prioit que pour vn iour ou 
deux nous fouifrifsions cela,&: que quâd 
la colère de Villegagnon feroit parlée, il 
nous feroit deliurer . Mais tant à caufe 
que nous n'auions point enfreint l'ordo- 
nance,que parce principalemêt,ainfi que 
Tay dit,que nous luy auions declaré,puis 
qu'il nous auoit rompu la promefle qu'il 
nous auoit faite,nous n'entendions plus 
rien tenir de luy: iointles exemples de 
tant d'autres que nous voyons iournelle- 
ment deuant nos yeux eftre ii cruellemét 
traitez de luy , nous declarafmes tout à 
plat que nous ne l'endurerions pas. Par- 
tant luy oyant cefte refponce , & fâchant 
bien que nous eftions quinze ou feize de 
noftre compagnie fi bien vnis & liez d'a- 
mitie , que qui pouffoit l'vn frapoit l'au- 
tre 5 comme on dit, il ne nous auroit pas 
de force,il fila doux & fe deporta.Et cer- 
tes outre cela , ainfi que i'ay dit,les prin- 
cipaux de (es gens eftans de noftre reli- 
gion , & par confequent mal contens de 
luy à caufe de fa reuoIte,fi nous n'eufsiôs 
craint que monfieur l'Amiral qui l'auoit 
cnuoyé & qui ne le cognoiffoit pas enco- 
res tel qu'il eftoit deuenu,en euft efté 
marry, auec quelques autres refpeds que 
nous eufmes 5 il y en auoit qui empoignas 
cefte oçafion pour fe ruer fur luy,auoyét 



94 HISTOIRE 

grande enuie en le iettant en mer, de fai-* 
re manger de la chair & de fcs groffcs 
efpaules auxpoiffons. Trouuâs dôcques 
plus expedient de nous comporter dou- 
cement , encores que nous fusions touf- 
iours publiquement le prefche qu'il n'o- 
jfoit ou ne pouuoit empefcher, iî eft-ce,à 
fin qu'il ne nous troublaft & brouillait 
plus quand nous ferions la Cène, du de- 
puis nous la fifmes de nuit à fon defceu. 
Et parce qu'après la dernière Cène 
que nous fifmes en ce pays là, il ncnous 
refta qu'cnuiron vn verre de tout le 
vin que nous anions porte' de France* 
n'ayans moyen d'en recouurer d'ailleurs* 
$«ejthnjîh queftion fut efmeuë entre nous , alfa- 

po£7Jt fi uolr » fi * ^ aute <* e vin on * a pourroit ce- 
ttitïrer TeDrer auec d'autres bruuages. Quelques 
fansvm, v ns alleguans entre autres paflages , que 
lefus Chrift en finftitution delà Cène, 
après l'adion ayant expreffémétdit à fes 
Apoftrcs , le ne boiray plus du fruift de 
la vigne &c.eftoyent d'opinion quelevin 
défaillant il vaudroit mieux s'abftenir du 
figne,que de le changer. Les autres au co 
traire difans que lefus Chrift quâd il in- 
stitua fa Cène eftant au pays de Iudee, a-* 
uoit parlé du bruuage quiyeftoit ordi- 
naire, s'il eufteftéenla terre des Sauua- 
ges,euft non feulemét aufsi fait mention 
du bruuage dont ils vfent au lieu de vin, 

mais 



. 






D E L 



AMBRIQJE 95 

mais, qui plus eftoit > de leur farine de 
racine qu'ils mangent au lieu de pain» 
concluoyent qu ainfi tant que les fignes 
de pain & de vin fe pourroyent trou- 
uer , ils ne les voudroyent changer 9 
qu'aufsi à défaut Vieeux ne feroyent 
ils point de difficulté de célébrer la Cè- 
ne auec les chofes plus communes 
qui feroyent au lieu de pain & de vin 
pour la nourriture des hommes dupais 
ou ils feroyent : tellement que com- 
me nous nen vinfmes pas iufques à 
cefte extrémité (quoy que la plufpart 
inclinait à cefte dernière opinion) aufsi 
cefte piatierc demeura indecife . Tou- 
tesfois tant s'en faut que cela engen- 
draft -aucune diuifion entre nous que 
pluftoft par la grace de Dieu, demeu- 
rafmes nous en telle vnion & concor- 
de, que iedefireroi s que tous ceux qui 
font auiourd'huy profefsion de la Re- 
ligion reformée marchaffent du mefme 

pied. : , ■ r 

Or pour acheuer ce que l'auois a dire gj*$g 
touchant ViIlegagnon,il aduint fur la fin gagnm he 
du mois d'OÀobre , que luy deteftant de j£.^ 
.plus en plus & nous & lado&rine que r , r m j 9m 
nous fuyuions>difant qu'il ne nous vou- *•". 
loitplus fouffrir ni endurer en fon Fort, 
ni en fon Ifle,nous commada d'en fortir. 
Il eft vray ainfi que i'ay touché ci deflus 



90 HISTOIRE 

que nous auions bien moyen de Yen chaf- 
fer luy mefme fi nous eufsions Voulu: 
mais tant pour luy ofter toute ocafion de 
fe plaindre de nous, que parce ( outre les 
yaifons fufdites)que la France eftant lors 
abruuée que nous eftions allez en ce pais 
là , pour y viure felon la reformation de 
PEuangile, craignans de mettre quelque 
tache fur iceluy en obtemperans à Ville- 
gagnon,nous aimafmes mieux luy quiter 
la place . Et ainfi après que nous eufmes 
demeuré enuifon huit mois en ceftelfle 
&: Fort de Colligni , lequel nous auions 
aidé à baftir,nous nous retirafmes &paf 
fafrhes enterre ferme, ou en attendans 
qu'vn Nauire du Haure de grace quie- 
ftoit la venu pour charger duBrefilCau 
maiftre duquel , nous marchandafmes de 
nous repalTer en France) fuft preft à par- 
tir,nous demeurafmes deux mois. Nous 
nous accommodafmes fur le riuage de la 
mer à corté gauche en entrant dans ce- 
nous de- fte riuiere de Cjanabarazu lieu dit par les 
meurafmes p ran r i s J a briquetiere, lequel if eft qu'à 
fermede demie lieue du Fort, Et corne de la nous 
vùmmq. allions, venions, fréquentions, mangiôs, 
&: buuions parmi les Sauuages (lefquels 
fans comparaifon nous furent plus hu- 
mains que celuy qui fans luy auoir mef- 
fai,t ne nous peut fourfrirauecluy)aufsi 
eux de leur part nous apportans des vi- 

ures &: 



Lieu eu 



DE ÙMERIQJE, £7 

tires & autres chofes dont nous auions à epilogue 
faire nous y vcnoyent fouuêt vifiter. Or d f u V J € 
l'ay fommairemet deicriten ce chapitre, 
Pinconftace & variation que i'ay cognuë 
en Villegagnon en matière de Religion: 
le traitement qu'il nous fit fous prétexte 
d'iceile: fes difputes & Poccafion qu'il 
prit pour fe deftournerdePEuangile: fcs 
gèftes & propos ordinaires' en ce pays là: 
f inhumanité dont il vfoit enuers fcs gës, 
& comme iî eftoit magiftralement équi- 
pé. Partant referuant à dire quand ie fe- 
rayennoftre embarquement pour le re- 
tour , tant le congé qu'il nous bailla, que 
la trahifon dont iî vfa enuers nous à no- 
ftre département delà terre des Sauna- 
ges , afin de traiter d'autres points , ie le 
faiflferay battre 8c tourmenter fes gens 
dans fon Fort, lequel auec le bras de mer 
ou il eft fitué, ie vay deferire en premier 
lieu. 






CHAP. VII. 

Deftription delà riuier e de ganabara, 
autremet dite cenev.Re: de PI fie & Fort 
de Colligny qui fut bafii en iceliei enfemble des 
autres I[les qui font eYenuirons* 



G 



— 




HISTOIRE 

O M M E ainfi foit que ce bras 
de mer &riuieiede {janabara 
appelée Genevrc parles Por- 
ti>galois (parce comme on dit 
qu ils la defcouurirent le premier iour 
de larmier ) laquelle derncuie par les 
vingt & trois degrez au delà de 1 Equi-* 
noâial,& droit fous le Tropique de Ca- 
pricorne, ait cftéi'vn des ports de mer en 
la terre du Brefl, plus frequëié de noftrc 
temps par les François, i'ay penfé n'eftrç 
hors de propos, d'e faire vne particulière 
& fommaire defeription. Sans doneques 
nVarrefter à ce que d'autres en ont voulu 
efcrire,ie di en premier lieu (ayat demeu 
ré & nauigué fur icelle cnuitô vnan^ que 
en s'auançant fur les terres elle a enuirô 
douze lieues de long , & en quelques en- 
droits fept ou huit de large : & quant au 
refle côbien que les môtagnes qui Tenui- 
ronnent de toutes parts , ne foyent pas fi 
Comparai fautes que celles qui bornent le grand Se 

[on du Lac r . x . i» i i Â? 

de geneue ipacieux lac cl eau douce de Geneue, 
auu uri- neantmoins, ayantainfi la terre fermede 
<janab*r* tous coftez, elle eft afîez femblableà îce- 
'~4me- j U y quant à fafituation. 

Au refte quand on laifTe la grand mer 
pour y entrer , parce qu'il fauteoftoyer 
trois petitcslflcs inhabitables, cotre lef- 
quelles les Nauii es , fi elles ne font bien 
côduites font endurer d'heurter Sc/ebri 

fer, 



eni' 
ri que 



BE L'AMERIQUE. 9^ 

ferj'emboucheure en eft affe* fafcheufe. 
Apres cela , il faut pafl'er par vn deftroit 
qui n'ayât pas demi quart de lieue de lar- 
ge eft limite du cofté gauche, en y entrât* 
cTvne montagne& Roche en forme pira- 
midale, laquelle n'eft pas feulement d'ef- 
merueillable & excefsiue hauteur , mais 
aufsi à la voir de loin on diroit qu'elle eft 
artificielle: &de fait parce qu'elle eft ron- 
de &: femble vne greffe tour , entre nous <~^ 4 . 
François l'auions nommée le pot de beurf */«?•* 
re. Vn peu plus auant dans la riuieré il y e eurrei 
a vn rocher > qui peut auoir cent ou fix 
vingts pas de tour , que nous appelions '***'*>**'*** 
aufsi le Ratier, fur lequel Villegagnon à 
fon àrriueë s'y penfant fortifier auoit 
premièrement pofé fon Artillerie , mais 
le ftus & reft us de la mer Ten chafla. Vne ?'Ar ; /J- 
lieuë plus outre > eft Tlflé ou nous dc~ji e & Fort 
mentions , laquelle ainfiquè i v ay ia ton- eti f e , t€no * è 

* s «« n «-il- if ViUcrag? 

che ailleurs , eitoit inhabitable au para- 
uant que Villegagnon fuft arriué en ce 
pays làrmais au refte n'ayant qu'enûiroa 
demie lieue Françoife de circuit , & e^ 
ftant fix fois plus longue que large , en- 
liironnee qu'elle eft de petits rochers à 
fleur d*eau, qui empefchçnt que les Vaif- 
feaux n'enpeuuent approcher plus près 
que la portée du Canon, elle eft merueiW 
leufement & naturellement forte . Et de 
fait n'y pouuât aborder^mefmes auec les 

G z 



IOO HISTOUE 

f>etites Barques finon du collé du port, 
equel eft encore à Popped te de i auenue 
de la grand mer, (1 elle cuit efte' bien gar- 
dée^! neuf!: pas efix pofsible de la forcer 
ni de la furprendre. Au furplus y ayant 
deux montagnes aux deux bouts, Ville- 
gngnon fur chacune d'icelle fit faire vne 
maifonnette : comme nufsi fur vu rocher 
de cinquante ou foixa.nte pieds de haut 3 ' 
qui eft au milieu dePIfle, il auoit fait ba- 
"frir fa maifon. De codé & d'autre de ce 
rocher, nous anions eiplané & fait quel- 
ques petites places efqueîles eftoyent ba- 
■ fries, tâtla faile ou Ion s'affembloit pour 
faire le prefche & pour mâger, qu'autres 
logis efquels (comprenant tous les gens, 
de Villegagnon.) eriuiron quatre vingts 
perfonnesqire nous étions, refidents en 
ce lieu ^logions & nous accommodiôs. 
Mais no.tezjqu'exceptéla maifon qui eft 
fur. la roche, ou il y a vn peu decharpen- 
terie,& quelques Bouleuards furlefquels 
l'Artillerie eûoit placée, lefquels font 
reueftus de telle quelle mafïonneric , que 
ce font tous logis, ou pluftoft loges, des- 
quels comme les Sauuages en ont elle 
les Architectes , aufsi les ont ils baftis à 
leur mode, afTauoir de bois rond, & cou- 
uerts d'herbes . Voila en peu de mots 
quel eftoit l'artifice du Fôrt.lequel Villc- 
gagnon penfant faire chofe agréable à 

Gafpard* 



DÉ L'A ME RIQVE. IOÏ 

Gafpard de Côlligny Admirai de Frace, 
fans la faueur & afsiftancc, aufsi duquel, 
comme i'ay dit du commencemët,il n'eut 
iamais eu ni le moyen de faire le voyage, 
ni de baftir aucune forterefle en la terre 
du Brefil s nomma Côlligny en la France 
Antarctique. Mais en faifant femblant de 
perpétuer lé nô de ceft excellët Seigneur, 
duquel yoirement la mémoire fera à ia- 
mais honorable entre tous gens de bien, 
ie laifle a pêfer outre ce que Villegagno, 
contre la promelfe qu'il luy auoit faite 
auânt que partir de France, d'eftablirie 
pur feruice de Dieu en ce pays là , fe re- 
uoltade la Religion, combien encore,en 
quitanteefte place aux Portugais, qiu en 
font itlaintenantpoflTefleiirs , il leur dôna 
occafion de faire leurs trophées & du nô 
de Colligni,& du nom de France Antar- 
ctique qu'on auoit impofé à ce pays là. 

Sur lequel propos ie diray . que ie ne 
me puis aufsi a fies efmerueiller, de ce 
que Theiiet à fon retour de T Amérique, 
en Tannée 1557* voulant femblablement . 
complaire au Roy Henry fécond lors re- 
gnant , non feuleuent , en vne carte qu il 
fit faire de cefte riuiere de Ganabara & 
Fort de Colligni , fit pourtraire à cofte 
gauche d'icelle en terre ferme , vne ville 
qu'ilnômavi l'le hè n r rimais aufsi, 
euoy qu'il ait eu afféz de temps depuis 
1 G } 



IQ2 HISTOIRE 

pour pçfer que c'eftoit vne moquerie, Yz 
ncâtmoins fait mettre derechefen fa Cof 
mographie. Car quad nous partifmes dç 
cefte terre du Brefil , qui fut plus d'vn an 
après Theuet, ie maintien qu'il n'y auoit 
aucune forme de bajljinens, moins villa- 
ge ni ville à rédroit ou il nous en à naar*- 
ViUeima- que & forge' vne, vrayement fantaftique. 
S:T/ Aufsi . l n m f fa* cftant en incertitude de 
^«um^cequi deuoit précéder au nom de cefte 
flou*, ville imaginaire^ la manière de ceux qui 
difputét s'il faut dire bonet rouge ou rou 
ge bonet,rayâtnomee vill e-h e n r y 
en fa premiereCarte,&H enry-ville 
en la féconde 5 donne affe* à coniedurer 
que ce n'eft qu'imagination & chofe fup- 
pofeede tout ce qu'il en dit : tellement 
que fas crainte de l'equiuoque, le lecleur 
choifïffat lequel qu'il voudra de ces deux 
flôs,trouuera que c'eft toufiours tout vn, 
affauoir rien que de Iapeinture. Dequoy 
ie conclus neantmoins , que Theuet des 
lors, non feulement feiouaplus du nom 
du Roy Henry que ne fit Villegagnon de 
celuy deColigni,qu'il impofa àfon Fort, 
mais aufsi que par cefte reiteration , en- 
tant qu'en luy eft,ilprophane la mémoi- 
re de fon Prince.Et afin de preuenir tout 
ce qu'il pourroit répliquer la deffus ( luy 
nyant que le lieu qu'il pretend foit ce- 
luy que nous nommafmcs la Briqueterie 

auquel 



DE L'AMERIQJE. 103 

auquel nos manouuriers battirent quel- 
ques maifonettes ie luy côfeffe bien qu'il 
y a vne montagne en ce pays 11 , laquelle 
les François, en foiuiea&cc de leur fouue- 
rain Seigneur,nômcrent le MontHenrjr, 
comme aufsi nous en appelions vn autre 
Corguiieiey , du fùrnom de Philippe de 
Corguiîerey fieur du Pot,qui nous auoit 
conduits par delà : mais s'il y à autant de 
■d'ifertïice d vne montagne à vne ville,cô- 
ir.e on peut dire qu'vn clochier n eft pas 
vne vachcil s'enfuit,ou que T hcuct a eu 
la berlue quantil a marqué cede Ville 
H f n a y ou H e NR y V t l l e en les 
cartes ,ouqu il en a voulu faire accroire 
plus qu'il n en eft.Dequoy derechef, afin 
que nul ne penfe que l'en parle autremet 
qu'il ne faut, ie me rapporte à tous ceux 
qui ont fait ce voyage:& mefmes aux gês 
<le Villegagnon dont plufieurs font enco 
res en vie': aflauoir s'il y auoit appa- 
rence de ville ou on a voulu fituer celle 
que ie renuoye auec les fixions des Poè- 
tes . Partant ainfi que i'ay dit en la pre- 
face /puis que Theuet , fans occafion , a 
voulu attaquer l'efcarmouche , contre 
mes compagnôs &moy,finommémentil 
trouue cefte refutation en fes œuures de 
r Amérique de dure digeftion , d'autant 
qu'en me derfendât contre fes calomnies 
ie luy ay ici rafe vne ville, qu'il fâche que 

G 4 



io 4 HISTOIRE / 

ce ne font pas tous les erreurs queiyay 

rcmarque* 5 lefquels, comme i'en fuis biê 
records s'il ne fe contente de ce peu que 
i'en touche en cette hiftoire, ieluy mon- 
lîreray par Je menu , le fuis marri tou- 
tesfois,qu'en interrompant mon propos 
i:aye tfté contraint de faire cefte longue 
uigrefsion en ceftendroit:mais pour les 
mfons fufdites,ceft adiré pourmon. 
ftrer à la vérité comme toutes chofes ont 
paffe- ie fais iuge les le&eurs fi l'ay eu tort 
ou non. 

Pourdoncquespourfuyurece qui re- 
né a defcrire,tant de noftre riuiere de Ga 
nabara, que de ce qui y eft fitue'.-quatre ou 
^^ecinq lieues plus auant que le Fort fus 
mentioné, il y à vne autre belle & fertile 
Me, laquelle contenât enuiron fix îieué's 
de tour, nous appelions la grande Me 
Et parce qu'en icelle il y a plufieurs vil- 
lages habite* des Sauuages nome* Ton- 
oupïnmnbaoults allie* des François,nous y 
allions ordinairemet dans nos Barques, 
quérir des farines ,& autres chofes nc- 
ceffaires. 

Dauantage. il y a beaucoup d'autres pe 
tïtes lOcttes inhabitees.en cebras de mer, 
efqueJIcs entre autres chofes, il fe trouue 
degrofles & fort bonnes huitres : com- 
meaufsi ks Sauuages fe plongcans es ri- 
vages delà mer,rapportent\îe grottes 

pierres 



DE ÙMERIQJE ! ÏO5 

pierres à l'entour defquelles , il y a vue 
infinité d'autres petites huitres , qu'ils 
nomment Lerip es, û bien attachées, voire £#Wç 
comme collées,, qu'il les en faut arracher ^7^. 
par force . Nous faifions ordinairement" 
bouillir de grandes pottees de ces Leri- 
pes , dans aucuns defquels en les ouurans 
& mangeans nous trouuions de petites 
perles. 

Au refte cefte riuiere eft remplie de di 
<uerfes efpeces depoiffons, corne en pre- 
mier lieu ( ainfi que ie diray plus au long 
ci après ) de force bons Mulets , de Re- 
quiens , Rayes, Marfouïns > &c autres 
moyens &petit$, aucuns defquels ie dc£* 
criray aufsi plus amplement au chapitre 
des poiffons . Mais principalement ie ne 
veuxpas oublier de faire ici mention des 
horribles & efpouuâtables Balenes , lef- Bdmts, 
quelles monftrâs hors de l'eau leurs gra- 
des nageoires, en s'efgayans dâs cefte lar 
ge & profôde riuiere,s'approchoyet fou 
uent fi près de noftre Me, qu'à coups d'ar 
quebufes nous les pouuions atteindre* 
Toutesfois parce qu'elles ont la peau af- 
fez dure, & mefmes le lard tant efpais 
que ie ne croy pas que la balle peut pêne 
trer fi auant qu'elles en fuflent gueres of- 
fencees , elles ne laifïbyent pas de paffer 
outre : moins mouroyent elles pour cela 
Il y en eut vne pendant que nous eftions 






tie-neurce 



X0<? HISTOIRE 

par delà, laquelle à dix ou dou2e lieues 
de noftre Fort tirant au Cap de Frie sc- 
ftant approchée trop près du bord,&na- 
yant pas afiez d'eau pour retourner en 
pleine mer, demeura efchoùee &à fee fur 
le riuage . Mais neantmoins nul n'en o- 
fant approch?r, auant qu'elle fut morte 
d'elle mefme, non feulement en fe deba- 
tant,elle faifoit trembler la terre bien 
loin autour d'elle* mais aufsi on oyoit le 
bruit & eftonnemêt le long du riuage de 
plus de deux lieuè's. Dauamagecombien 
que tant les Sauuages que ceux des no- 
ftres qui y voulurent aller, en rapportaf- 
fent tant qu'il leur en pleut, fi eft ce qu'il 
en demoura plus des deux tiers qui fut 
perdue & empuantie fur le lieu. Mefmes 
la chair frefche n'en eftant pas fort bône 
& nous n'en mangeans que bien peu de 
celle qui fut apportée en noftre Ifle^hors 
mis quelques pieces du gras , que nous 
faifions fondre pour nous feruir & efclai 
rer la nuit de l'huile qui en fortoit) la laif 
fant dehors nous n'en tenios non plus de 
conte que de fumiers. Toutesfois la lan- 
gue, qui eft le meilleur, fut falleedâs des 
barils, & enuoyee en France à Monfieur 
l'Admirai. 

En fin ( ainfi que i'ay touché ) la terre 
ferme enuironnatde toutes parts ce bras 
de mer > il y a encores à l'extrémité & au 

cul du 



DE L'aMERIQVE- IO7 

cul du fac , deux autres beaux fleuues Fkuum 
d'eau douce qui y entrent 5 dans lefquels, deaud*** 
auecd autres François ayant aufsi naui- 
gué dans desBarques près de vingt lieues 
auant fur les terrcs,i'ay efté en beaucoup 
de villages parmi les Sauuages qui habi- 
tent de cofté & d'autre. Voila en brief ce 
que i'ay remarqué en cefte 1 iuiere de Ge- 
nevre ou Çanalaraiàe la perte de laquel- 
le ie fuis tant plus marri , que fi elle euft 
efté bien gardée non feulement c'euft e- 
fté vne bonne & belle retraiterais aufsi 
vne grande commodité de nauiger en ce 
pays là pour les François. A vingt huit 
ou trente lieues plus outre tirant à la ri- 
uiere de Plate &au deftroit de Magellan, 
il y a vn autre grand port & bras de mer 
appelle par les^ François, la riuiere des 
Vafes , en laquelle , femblablement çi| La riuiere 
voyageas en ce pays là ils prennent port: 
ce qu'ils font aufsi au Hauredu Cap de 
Frie,anquel corne i'ay dit ci deuant nous 
mifmes premièrement pied à terre en la 
terre du Brefil. 



CHAP- VIII. 



^unatureUforce^flature,nudite\dijfo(iHon: 
& paremens du corpse ant des hommes que des 



I08 H ISTOIRE 

femmes Saunages *BrefiUens y hakïtans cnl*A- 
merique : entre lefquels tay fréquenté enuiron 
vnan. 



*3DR Y A N T îufques ici recite, 
Sié5 tant ce que nous viimes iur 
-/jP^ *P^« nier en allant en la. terre du 
M W\ &i Brefi!, que côme toutes cho- 
« {es p afferent en rifle & Fort 
de Colligny ou fe tenoit Villcgagnon, 
pendât que nousy eftionsienfemble quel- 
le eftla riuiere nommée Ganabàra en l'A- 
mérique : puis que ie fuis entré fi allant 
en matière, auant que ie me rembarque 
pour retourner en France, ie veux aufsi 
difcourir tant de ce que i'ay obferué tou- 
chant la façon de viure des Sauuages,que 
des autres chofes fingulieres 8c inconues 
par deçà que i'ay veuës en leur pays. 

En premier lieu doneques (afin que 
commençant par le principal iepourfuy- 
ue par ordre)îes Sauuages de l'Amérique 
habitans <n la terre du Brefil nommez 
*T oùoupinambaoults , auec lefquels i'ay de- 
meuré & fréquenté enuiron vn an,n'eftâs 
Stature point plus grands, plus gros, ou plus pe- 
&- dir P o- t i ts (J e ft a ture que nous fommes en PEu- 

ftion des f x m n 

£a»uagcs. rope,n ont le corps ni moitrueux,ni pro- 
digieux à noftreefgarchbien font-ils plus 
forts, plus robufics & replets , plus di- 
fpofts,moins fuiets à maladie: &mefmc il 

n'y a 



DE VaME^IQJE. ÏOJ 

n'y a prefque point de boiteux , de man- 
chots,d'aueugles,de borgnes, cotrefaits, 
ni malefîciez entre eux. Dauantage com- 
bien que plufieursçaruiennent îufques 
à.Paage decent ou fix vingts ans (car ils 
feauêt bienainfi retenir & coter leurs zz^agedes 
ges par Lunes)peu y en a qui en leur vieil * - 
leife ayent les cheueu£ ni blancs ni gris. 
Chofes.qi i pourcertain môfti et non feu 
lement h bon air & bonne temperature 
de leur pay^, auquel corne Pay dit ailleurs 
fans gelées ni grandes froidures les bois 
& les champs font toufiours verdoya; s, 
mais aufsi { eux tous buuans yrayement 
à la fontaine de Iouence ) le peu de foin Lu.' s** 
& de fouci qu ils ont des chofes de ce môjf&'J** 
de. Et de fait,comme |e le monftr eray en- des chofa 
core plus amplement ci après -, tout %ï$0* € ' m * n 
qu'ils ne puifent en façon que ce foit en 
ces fources fangeufes, ou pluftoft pefti- 
lential.es-, dont defcoulent tant de ruif- 
feaux qui nous rongent les os, fucçent la 
moueile, atténuent lecorps,& confumêt 
Tefpritrbrief nous empoifonnent & font 
mourir deuant nos iours : aflauoir, en la 
desfiance,en Pauarice qui en pfocede,aux 
procès & brouïlleries, en Penuie& ambi- 
tion, aufsi -rien de tout cela ne les tour- 
mente, moins les domine & pafsionne. 

Quant à leur couleur naturelle,atten- 
du la region chaude ou ils habitent , n'e- 



desSauua- 
get en ce- 
ntral. 



Contre 
tettx qui 

ejhment les 

Saunages 

Veins. 



Hift.ge. 
desln.li. 
%. ch.79 



riO HISTOIRE 

ftans pas autrement noirs, ils font feule- 
ment bafanez, comme vous diriez Its £- 
fpagnols ou Prouençaux. 

Au refte,chofe non moins eftrage que 
difîîcille a croire à ceux qui ne Font veu, 
tant hommes, femmes, qu'enfans, no feu 
lement fans cacher aucunes parties de 
leurs corps, mais aufsi fans en auoir nul 
le honte ni vergongne, demeurent & vôc 
couftumierement aufsi nuds qu'ils fortét 
du ventre de leur mere . Cependant tant 
s'en faut,comme aucuns penfent & d'au- 
tres le veulent faire accroire, qu'ils foyet 
velus ni couûers de leurs poils , qu'au 
contraire, n'eftans point naturellement 
plus pelus que nous fommes en ces pays 
par deçà , encores fi toft que le poil qui 
croift fur eux , commence à poindre & a 
fortir de quelque partie que ce foit,voire 
la barbe & iufques aux paupières & four 
cils des yeux (ce qui leur rend la veuë lou 
chc,bicle,efgarec &farouche)ouil eft ar- 
raché auec les ongles, ou depuis que les 
chreftiens y frequentêt auec des pincet- 
tes qu'ils leur doflnent:ce qu'on a aufsi 
eferit que font les habitas de PIfle de Cu 
mana auPeru. l'excepte feulement quat à 
nosToHoupinabaoultsles cheueux,lefquels 
encoresà tous les malles des leur icunes 
aages, depuis le fommet,&tout le deuant 
de la tefte font tôdus fort pres,tout ainfi 

que la 



pe i/ameriqje. m 

que la couronne d vn moine, & fur le der 
riere,à la faço de nos maieurs & de ceux 
qui laiiïéc çj orftic ieur perruque,on leur 
jongne fur k col. 

Outre plus>iisontceftecouftumeque 
de's l'enfance de tous les garçons ialeure leMrtfé¥tt 
dedeiTous, au deiTus du memo, leur e-ftât «**■** 
percee,chacunypo:tcd*sletrou vnccr^ 
tain os bien poli aufsi blanc qu'yuoirc* 
Ceft os prefques fait de la façon d'vne de 
ces petites quilles dont on ioue par deçà 
fur la table auec la pirouêtte,îe bout pom 
tu fortat vn pouce ou deux doigts en de- 
hors , eft retenu au refte par-vu arreft 
entre les jgenciues & la leure, tellement 
qu ils Toftent & le remettent quand bon 
leur femble. Mais ne portans ce poinfoa 
d os blanc qu'en leur adolefcence , quâd , 
ils font grands & qu on les appelle Çono~ 
mi'ouajfou ( qui vaut autât à dire que gros 
ou grâd garçon) au lieu d'iceluy ils appli 
quent & enchaflet au pertujs de leurs le- 
ures vne pierre verte, efpece de fauceef- .. 
meraude , laquelle aufsi retenue dVn ar- J*«g^ 
reft par le dedas paroift par le dehors, de 
h rondeur &largcur &deux fois aufsi ef- 
pefle qu'vn tefton : voire il y en à qui en 
portët d'aufsi rode &longue quele doigt 
de laquelle façon i'en auois rapporté vne 
en France. Que fi au refte quelques fois, 
quât ces pierres font oftees>nos Tououpi- 
itambMnh pour leur plaifir fôt paffer leur 



Tîr/ret 
writ? en- 



Ill HISTOIRE 

langue par la fente de la lèvre , eîtant ad- 
uis par ce moyen à ceux qui les regardët 
qu'ils ayent deux bouches , ie vouslaifTc 
àpenfer, s'il les fait bon voir ,& fi cela 
les difforme ou non . Ioint qu'outre cela 
j'ay veu des homes lefquels ne fe conten- 
tanspas de porter de ces pierres vertes 
Um j»*« \ lears levres en auoycnt aufsi aux deux 
ceesafin iouës lefquelles femblablement ilss'e- 
d ' y *lf~ ftoyent fait percer pour ceft erfed. 
ferres Quantaunez ) au lieu que les fages 

vertes, femmes de par deçà dés la naiflance des 
enfans , afin de leur faire plus beaux & 
plus grands , leur tirent auec les doigts, 
nos Ameriquains tout au rebours, faifâs 
confifter leur beauté d'eftre fort camus, 
fîfoft que les enfans d'entr'eux font for- 
tis du ventre de la mere ( tout ainfi que 
tous voyez qu'on fait en France es bar- 
bets & petits chiens) ils ontlenezefcra- 
Hift. ge. ^ & enfoncé auec le pouce. Au côtraire 
des Ind. quelque autre dit , qu'il y a vne certaine 
I1U.4 ch. co ntree au Peru ou les Indies ont le nez 
I0 * fi outrageufernent grand qu'ils y mettent 
des Emeraudes , Turquoifes , & autres 
pierres blâches &rougcs auec filets d'or. 
Au furplus nos Brefiliens fc bigarrent 
fouuent le corps de diuerfcs "peintures & 
couleurs : mais fur tout ils fenoirciflent' 
ordinairement, fibienles cuifles' & les 
iambes du ius d'vn certain fruit qu'ils 

nom- 



r> e l'a mi riqje* 1x5 

nomment Genipat , que vous iugeriez à^ ww ^ 
les voir vn peu de loin de cefte façon que »'»>«« e* 
ils ont chauliez des chauffes de preftre: J ,fMWr 'v 
& s'imprime fi bien fur leur chair cefte 
taintuic noire faite de ce fruit Genipat% 
que quoy qu'ils fe mettent dans Teau voi 
re qu'ils fe lauent tant qu ils voudront? 
ils ne la peuuent effacer de dix pu douze 
ïours. 

Us ont aufsi des croiflansdosbié vnîs, Cni p ns 
aufsi blancs qu'albafrre,lefquels ils nom<?"£fa*. 
ment Tacy du nom de la Lune qu'ils ap- 
pellent ainfi, & les portent pendus à leur 
col quant il leur plaift. 

Semblablemét après qu'auec vne grade 
longueur de temps ils ont polis fur vne 
pierre de grez, vne infinité de pieces d'v- 
ne grofle coquille de mer appeleeVigno! 
lefquelles ils arrondirent & (oui aufsi 
primes &defliees qu'vn denier tournois: 
percées qu'elles font parle milieu, & en- 
filées auec du fil de coton , ils en font des 
colliers qu'ils nomment *S 0^-7*5 lefquel s jgau^r^ 
quand bon leur femble,ils tortillent à f# //,v r , 
lentour de leur col, comme on fait en ces 
pays les chaines d'or . C'eft à mon aduis 
ce qu'aucuns appelet porcelaine,dequoy 
on voit beaucoup de femmes porter des 
ceintures par deçà: & en auois plus de 
trois brafles des plus belles qui fe puif- 
fent voir quand i'arriuay en France, 

H 



114 HISTOIRE 

Dauantage nos Ameriquains ayans 
quantité de poules communes , dont les 
Portugais leur ont baillé l'engeance, plu 
mans fouucnt les blanches, & auec quel- 
ques ferremens , depuis qu'ils en ont , &C 
auparauantauec des pierres trenchantes 
decoupans plus menu que chair de pafté 
les duuets & petites plumes, après qu'ils 
les ont fait bouillir & taintes en rouge 
auec du Brefiî, s'eftans frottez d vnc cer- 
taine gomme qu'ils ont propre à cela, ils 
s'en couurent, emplumaiTent, & chamar- 
rent le corps, les bras, & les ïambes : tel- 
lement qu'en c'efteftat ils femblentauoir 
du poil folet comme les pigeôs,& autres 
stages oykzux nullement efclos . Et eft vray 
^ w /;/«r^/-f em bl a bl e que quelques vns de ces pays 
fau^lfer p ar deçà les ayans veux du commence- 
juiise- ment Recoudrez de cefte .façon , fans a- 
vdm. uoir plus grande cognoiflance d'eux , di- 
uulgueret & firét courir le bruit, que les 
Sauuages eftoyct velus: mais comme i'ay 
dit ci deiîus , n'eftans pas tels de leur na- 
turel,c'a efté'vne ignorance &chofe trop 
Hift.gen legicrement reccuë. Quelqu'vn au fem- 
deslnd.blableà eferit , que les Cumanois s'oi- 
liu.i.ch. 7r nen t d>ne certaine gomme,ou onguent 
7 * § gluant, puis fe couurent de plumes de di 
uerfes couleurs , n'ayans point mauuaife 
^race en tel equipage. 

Quant à l'ornement detefte de nos 

Touou- 






Î)É t' A M I K I QJf E IÏ5 

YoHoupînamquin -> outre la couronne fur 
le deuant, & cheueux pcndans fur le der- 
rière dont i'ay fait mention,ils lient & ar 
rengent des plumes d'aifles d'oyfeaux, in 
tarnates, rouges, & d'autres couleurs, def 
quelles ils font des frontcaiix allez ref- ïMeau* 

■ 7-. t 1 v 1 r C 1 de plumes. 

iemblans, quant a la façon, aux faux che- ' 
ueux & Rates pelades , que les dames & 
damoifelles de France , & d'aunes pays 
de l'Europe portent depuis quelque téps 
en ça:& diroit on qu'elles ont eu cefte in 
uention de nos Sauuages, lefquels appe- 
lent ceft engin Tempenambi* liront aufsi 7W*«*j 
des pendâs à leurs oreilles , faits prefque*' r ' ,tfw * 
de la rnefmeforte que l'os pointu , que 
i'ay dit ci deffus les ieunes garçons auoir 
& porter en leurs lèvres trouées . Et au 
furplus ils attachët fur chacune de leurs 
loues auecdela cire qu ils nomraet Yra-f Hrifi 
yeticivn poivrai d oifeau couucrt de'peti-«*'f- 
tes & fubtiles plumes iaunes. Cepôitral 
efiant long & large d'enuirô trois doigts 
cft appelé par eux Toucan y du nom de 
l'oyfeau qui le porte, lequel comme iele 
deferifay en fon lieu , a non feulement < 
tout le refte du corps aufsi noir qu'vn 
corbeau , mais aufsi aie bec excefsiue- 
ment gros & monftrueux. 

Qjue fi outre tout ce que deflus nos 
Brefiliens allas à la guerre, ou (à la façon 
que ie vc;: s diray ailleurs ) tuent folënel- 

H z 



Ïl6 HISTOIRE 

i{obfs ^«lcmcnt vnprifonnicr pour le manger , fc 

nets bra- youlans mieux parer & faite plus braues 

7re!ioy**l*l s fe veftent lors de robes, bonne ts,bra- 

de plumes. celcts,&: autres paremens deplumes,, ver 

tes, rouges, bleues, Vautres deaiuerfes 

couleurs, naturelles, naïues de d'excellë- 

tes beautez. Et de fait après qu'elles font 

par eux diuerfifîees, entremeflees & fort 

proprement liées i'vne à l'autre , auec de 

très petites pieces de bois de Cannes, 6c 

du fil de Couton,n'y ayant plumâfïier en 

Frâce qui les feeut gueres mieux manier 

ni plus dextrement accouftrer , vous iu- 

geriez que les habits qui en font faits, 

font de velours à long poil . Ils font de 

reTde'Tiû- — Ci * mcs artifices , les garnitures de leurs 

mes pour efpees & maflues de bois,lcfquelles ainfi 

dehu" d ecorccs & enrichies de ces plumes fî 

bien appropriées & appliquées à ceft vfa 

ge , il fait aufsi merueilleufement bon 

voir. 

Pour la fin de leurs equipages , recou- 
urans de quelques endroits de leurs pays 
de grandes plumes d'Auftruches de cou- 
leurs grifes , les accommodans tous les 
tuyaux ferrez d'vn cofté , &le refte > qui 
s'cfparpillc en rond en façon d'vn petit 
pauillon, ou d'vne rofe, ils en font vn 
grand pennache qu'ils appclent Araroye y 
lequel cftant lie fur leurs reins auec vne 
corde de Cotôn,Peftroit deuers la chair, 

&Ic 



DE lVmE'RIQVE. ïly 

& lé large en dehors, quad ils en font air? fmnacle 
ii enharnachez (comme il ne leur fertà/~«rfo 
autre chofe) vous diriez qu'ils portent v- rems ' 
ne mue à tenir les poulets deffous atta- 
chée fur leurs fefles.Ie diray plus ample- 
ment en autre endroit, que les plus grâds 
guerriers d'entr'eux afin de monftrer leur 
vaillance, & fur tout combië ils ont tuez 
de leurs ennemis,&mefmes maiTacrez de " 



uages 



prifonniers pour mander, s'eftansinci-7*^ 
fez la poitnne,les bras,& les cuifics,f rot te^ ' 
tans puis après ces defehiqueteures d'v- 
ne certaine poudre noire, qui les fait pa- 
roiftre toute leur yic, il femble à les voir 
de cefte .façon , que ce foyent chaulîes &: 
pourpoins découpez à la SuiiTe,& à grâd 
balaffres qu'ils ayent veftus. 

Que s'il eft queftion de danfer,fiuter, 
boire &£aouiuer>quï eft prefque leur me- 
ftieir ordinaire, afin qu'outre le chat & la 
voix ils ayént encores quelques chofes 
qui leur reueille Pefprit, après qu'ilsoiït 
cueilli vn certain fruit de lagroiîeur &; 
approchant aucunement de forme d'vne 
chaftagne d'eau, lequel a la peau allez fer 
merbien fee qu'il eft, le noyau ofté , 8t au 
lieu d'iceluy ayans mis de petites pierres 
dedans,enenfiîansplufieùrs en femble ils 
en font des iambieres , lefquélles liées à Sonnettes 
leurs ïambes, font autant de bruit que fe- 'fV^* 
rovent des coquilles d'eicargots ainit/à.?. 

H 5 



Mam 

ca 

in fir urne 
bruyant 
fàttd'vn 

gv os fruit, 



Il8 HISTOIRE 

difpofecs: voire prefque que les fonnet-* 
tes de par deçà , defquelles aufsi ils font 
fort çonuoiteux quant on leur en porte. 
Outreplus, y ayant en ce pays là vne 
forte d'arbre qui porte fon fruit aufsi 
gros qu'vn œuf dAufrruche & de me A 
me figure, les Sauuages layans percé 
par le milieu ( tout ainfi que vous voyez 
en France. les enfans percer de grofles 
noix pour faire des moulinet$)puis creu- 
ié>8c mis dedans de petites pierres rôdes, 
ou bien des grains de leur gros mil au- 
quel il fera parlé ailleurs , paffantpuisa- 
pres vn bafton d'enuironvnpied & demi 
de longà trauers,ils en font vn inftrumët 
qu'ils nomment Maraca: lequel bruyant 
plus fort qu'vne vefsie de pourceau plei- 
nt ne depoix, nos Brefiliens ont ordinaire- 
ment en la main. Quand ie traiterayde 
leur Religion yiediray l'opinion qu'ils 
ont tant de cefte fonnerie quedecey^- 
raca 7 après que paré & enrichi qu'il a efté 
de belles plumes, ils l'ont dédié à l'vfage 
que nous verrons là . Voila en fomme 
quant au naturel,accouftrcmens,& pare* 
mens dont nos Tonoupinambaoults ont ac- 
coutumé de s'équiper en leur pays, Vray 
eft que nous autres ayans porté dans nos 
Nauires grand quantité de frifes rouges, 
vertes, intincs,& d'autres couleurs, nous 
leur en faifions faire des robes ,& des 

chauflcs 



DE L'A M E R I QJ E. 119 

chauffes bigarrées, lefquelles nous leurs 
changions à des viures, Guenôs, Perro- 
quets,Breul,Cout0n,Poiurelong,& au- 
tres choies de leur pays, dont les Mari- 
niers chargent ordinairement leurs Vait 
féaux. Mais les vns,fans rieaauoir fur le * = 
corps, ayans aucuneslois chauliedeces &Jfm . 
chauffes larges à la Mattelote : les autres Vlfut . 
au contraire fans chauffes ayans veftu 
des fayes , qui ne leur venoyent que îuf- 
ques aux feffes, quant ils s'eftoyent va 
peu regardez &pourmenez de cefte faço, 
fedefpouillans ils laiffoyentleurshabits 
en leurs maifons iufques à ce quel'enme 
leur vint de les reprendre. Autant en fai- 
foyent ils des chapeaux & chemifes que 
nous leur baillions. 

Ainfi ayant déduit bien amplemêt tout 
ce qui fe peut dire concernât l'extérieur 
du corps tâtdes hommes, que des enfans 
malles Ameriquains , fi maintenant en 
premier lieu , fuyuant cefte defeription, 
vous-vous voulez reprefenter vn Sauua- 
ge , imaginant en voftre entendementvn e,*g 
homme nud,bien formé, & proportione^^ us 
de fes membres, ayant tout le poil qui £"/«£ 
croift fur luy arraché , les cheueux ton-,,.,, 
dus, de la façon que i'ay dit, les ieures & 
iouës fendues & des os pointus,ou pier- 
res vertes comme enchaffees dedans , les 
oreilles percées auec des pendâs en icel- 
F ' H 4 






Z2Q HISTOIRE 

Ies,le corps peinturé , les cuifTes & iarn^ 
bes noircies de la teinture qu'ils font de 
ce fruit Gempat fus mentionné , des col- 
liers compofe* dVnc infinité de petites 
pieces de cefte grofïç coquille de mer que 
ils appelent Vignol i tels que ie vous les 
ay defchirfrez, pendus au col: vous le ver 
vez comme il eft ordinairement en fon 
pays,& tel quant au naturel , que vous le 
voyez pourtrait en la page fuyuâte , ayat 
feulement fon croiffant d'os bien poli fur 
fa poitrine, fa pierre au trou de la lèvre: 
& pour contenance fon arc desbandé, & 
fes ftefches aux mains. Vray eft que pour 
remplir cefte premiere planche, tiousa- 
lions mis auprès de ce Tououpwarnbaouh 
JVne de fes femmes,laquellefiiyuant leur 
couftume.tenant fon enfant dans vnc ef- 
charpe de couto, l'enfant au réciproque, 
felon la façon aufsi qu'elles les portent, 
tient le coftéde la mere embraile auec les 
deux ïambes :& auprès des trois vn lift 
de couton fait com.ne vne rets à pcfcher 
pendu en l'air, ainfi qu'ils couchent en 
leur pays. Semblablement la figure du 
fruicl qu'ils nommcnt^MM., lequel, 
ainfi que ie le defern ay ci après , cft des 
Tneillcurs que produife cefte terre du 
Brelll. 



11Z HISTOIRE 

Car touchant rartifice,outre qu'il &u 
droit plufieurs figures pour repre/enter 
tous les paremensdeleur corps, felon 
qu'ils font côtenus en céfte defcription, 
encores ne les fçauroit-on bien faire pa- 
roirfansyadioufter la peinture, ce qui 
requerroit vn Jiure à part. 
s^ f d En fécond lieu luy ayant ofte' toutes 

*fH«* fcs fanfares de deffus,apiesl'auoir fi otté 
de gome glutineufe , couurez luy< tout le 
corps, bras & iambes , de petites plumes 
hachées menu comme de la bourre tein- 
te en rouge,& lors il fera beau fils. 
2W/W Pour lc troifieme, foit qu'il foit en fa 
ùfcripuo» couleur naturelle,ou pcinturé,ou emplu 
mafle,reucftez le de Ces habillemês, bon- 
nets , & bracelets faits fi induftrieufemct 
êé fcs belles, naturelles & naïues plumes 
de diuerfes couleurs dont ie vous ay fait 
mention, & ainfi accouftré vous pourrez 
dire qu'il eft en fon grand Pontificat, 
àtfrfpi»? SH? û P our Ie quatrième , à la façon 
quatrûme. que ie vous ay tantoft dit qu'ils font ,1e 
Iaiffât moitié nud & moitié veftu,vous le 
■chauffe*. & habillez de nos frifes de cou- 
leurs, ayant vne mâche vejte & vne autre 
iaune, confiderez la deffiis qu'il neluy 
faut plus qu'vne marote. 

Finalementadiouftant aux chofes fuf- 
dites fon Maraca en fa main,!e pennache 
de plume nomme' Arraroye furies reins, 

&fcs 



D E L'A ME RIQJH. I*J 

&fes fonnettes compofecs de fruits à len 2TL 
tourdefes iambes , vousle verrez "lors, j«7«**' 

tvy . / r „ ils boîuent 

ainfi queiele reprefenteray encores m danfmt& 
yn autre lieu , équipé en la façon qu'il eft^w^A 
quand il dance faute boit & gambade. 

Quand ie parleray de leurs guerres 8c 
de leurs armes,leur déchiquetât le corps 
leur mettant l'efpee ou mafïue de bois & 
Tare & les flefehes au poing ie les deferi- 
rayplus furieux. Partant laifïantpour 
maintenant à part nos Tououpinambaoults 
enleur magnificence , gaudir & iouir du 
bon temps qu'ils fe feauent bien donner, 
il faut voir fi leurs femmes & filles ( les- 
quelles ils nommcM Qmniamjk defpuis 
queics Portugais ont fréquenté par delà 
en quelques endroits Maria) font mieux 

parées. 

Premièrement, outre ce que i'ay dit au _ 
commencement de ce chapitre* qu'elles da ^ me ^ 
vôt ordinairemêt toutes nues aufsi bien ri^ims. 
que les hémes,cncoresf ont elles cela de 
commun auec eux de s%rracher tant tout 
le poil qui croift fur elles que les paupie 
res & fourcils de leurs yeux.Vray eft que 
pour l'efgard des cheueux^elles ne les en 
fuyuent pas : car non feulement elles les 
laiflent croiftre & deuenir lôgs,mais auf 
fi(comme les femmes de par deçà) les pir- 
gnent & les lauent fort foigneufement* 
voire les trouflent quelques fois auec yn 



l H HI S T O fR E 

cordô de Cou ton teint en rouge: toutes- 
fois les lapant le plus communément 
pendre fur kurs efpaulcs elles vôtp'ref- 
ques toufiours defcheuelecs. - 

Au furplus combien qu'elles different 
auisi en cela des hommes qu'elles ne fe 
fendent point ni les lèvres ni les ioue~s, 
& par confequent ne portent aucunes 
pierreries en leur yifage , tant y a néant- 
moins qu'elles fe percent û ôutrageufe- 
ment les deux oreilIes,pour y appliquer 
S«. d ? s Pendans,que quand ils en font ofte 2 , 
J,n,* ux Çn paueroit aifément le doiet à trailers 
£*; *. des trous. Et au furplus ces pendans,qui 
««««". lont faits de celte groffe coquille de mer 
nÔmee Vignol dôt i'ayparlé,eftâs Macs, 
ronds , & aufsi logs qu'vne moyenne cha 
délie de fmf,quant elles en font coiffées, 
' &que cela leur bat fur les efpaules,voire 
lufques fur la poitrine, vous iugeriez à 
les voir vn peu de loin, que ce font oreil 
les de Limiers. 

Quant à leur vifage, voici la façon corn 

. me elles fe l'accotèrent . La voifine ou 

compagne , auec vn petit pinceau en la 

main,ayant cômence' vn petit rond droit 

au milieu delaiouë de celle qui feveut 

faire peinturer, tournoyant tout à len- 

^ tour en rouleau & forme de limaçon, 

far.hr u« r non feulement continuera îufcjues a ce 

T'V- qu'elle luy ait ainfi bigarré & chamarré 

toute 



IBigtrre 
façon ties 
%Amert- 



DE l'aMERIQYE 125 

toute la face, de couleurs bleuë,iaune,&: 
rouge,mais aufsi(ainfiqu'on dit que fonc 
iemblablement en France quelques im- 
pudiques) au lieu des paupières & four- 
cils arrachez, elle n'oubliera pas de bail- 
ler le coup de pinceau. 

Au refte elles font v'ne forte de grands G 
bracelets , compofcz de plufieurs pieces Bracelets 
d'os blancs, coupez & taillez en mani^re^^ 
de grofles efcailles de poiflos , Jeiquencs.p ww ^ w . 
elles fcauét fi bien raportcr,& fi propre- 
met ioindre Fvne à l'autre auec de la cire 
&autre gomme méfiée parmi en façon de 
colle, qu'il n'eft pas. pofsible de mieux. 
Cela ai'nfi fabrique, long qu'il eft d'enui-* 
ron vn pied & demi, ne fe peut mieux c5 
parer qu'aux bralfars dequoy on iouë au 

ballon par deçà,' 

Semblablement elles portent de ce* 

colliers blancs, ( nommez TZaure en leur 
langage ) lefquels i'ay; deicrit cï deflus: 
.non-pas- toutesfois qu'elles les pendent 
à leur col, comme vous auez entendu que 
font les hommes, car feulement elles ^"y-Jeid 
les tortillât alentour deleursbras. ~Et*e&Je 

«> 1 * .. N -~ ^chômons de 

voila pourquoy , ,& pour appliquer a met % 
me vfage, elles trouuoyent fi iolis les pe 
tits boutons de verre , iaunes , bleus , 8e 
verds, enfilez en façon de patenoftres* 
qu'elles appelent Mauroubi , defqueh 
nous auions porté en grand nombre* 



verre, 



124 HISTOIRE 

pourtrafiquerparmicepeupIe.Etdefait 
foit que nous allifsions en leurs villages 
ou qu'elles nous vinfent voir en noftre 
Fort,afin de les auoir de nous, nous pre- 
fentâs des fruits ou quelque autre chofe 
de leur pays,felon la façon & manière de 
parler de flaterie,dôt elles vfent oïdinai- 
rement, nous rôpant la tefte elles eftoyêt 
mûrie in|pflamment après nous àifam,Maîr de 
%&£ a gf**< m *«™^ e ' m ^rt>Hi,i:ceai'im Fran- 
' çois tu es bon , donne moy de tes brace- 
lets de boutons de verrè.Elles faifoy et le 
fembiable pour tirer de nous des pignes 
qu'elles nomment Guapou Kuap, des mi 
rouers,qu'ellesappelent<^ m ^, & tou 
tes autres chofes que nous auions dont 
elles auoyentenuie. 

Mais entre toutes les chofes doublemet 
cftranges,& plus qu'efmerueiilables^que 
i ay obferuees en ces femmes Brésilien- 
nes, c'eft, combien qu'elles ne fe peintu- 
rent pas fi fouuentle corps,Ies bras &Ie» 
iambes,que font les hommes, & mefmes 
qu'elles ne fe couurent ni de plumage ni 
d'autre chofe qui croilTe en leur terre,tât 
y a neantmoins,quoy que nous leur ayôs 
fouuent voulu bailler des robes de fi jfes 
-x^foiMim ou des chemifes ( côme i'ay dit que nous 

££T* £j fi ° ns à n ,eUrs maris > 1 u ' iJ "'a Imais e- 
mfcfoint ite en noftre puifTance de les faire veftir 
**?• de chofe quelle qu'elle fut.Il eft vray que 

pour 



DE L'AMERïQJE, Ï27 

pour auoir plus beau prétexte de s'en e- 
xempter , nous alléguant leur couftume? 
qui eft,qu'à toutes les fontaines & riuie- 
res claires qu'elles rencontrent, s'accrou 
piffans fur le bord ou fe mettans dedans, 2if^ t3 
auecles deux mains fe iettent de l'eau Sauu agts 
furlatefte,felauans & plongeans ainfi^J^ r 
tout le corps comme Canes, tel iour fera 
plus de douze fois y elles difoyent que ce 
leur fer oit trop de peine de fedefpouil- 
1er tant fouuent. Ne voila pas vne bel- 
le raifon? Or telle qu'elle eft , d'en con- 
tefter dauantage contre elles ce feroiten 
vain, car vous n'^n aurez autre chofe. Et 
défait /ceft Animal fe delede fi fort en 
cefte nudité* que non feulement les fem- 
mes de nos Tououpinambaoults demeurâtes 
en liberté en terre ferme en eftoyent là re 
folues &obftinees,mais aufsi encore que 
nous fifsions couurir par force les prif5 
nieres prinfes en guerre que nous auions 
achetées, & que no 9 teniôsefclaues pour 
trauailler ennoftre Fort, tant y a toutes- Femmes 
fois que û toft que la nuit eftoit venue, f^i m 
defpouïllans leurs chemifes ou autres ni*** 
haillons qu'on leur bailloit,auât quelles nudité - 
fecouchaiîët elles feplaifoyct à fepour- 
mener toutenues parmi noftrelfle. Brief 
fi cela eu'ft efté à leur chais, & qua grand 
coups de fouets , on «feuft contraint ces 
pauures miferabies de s'habiller 3 elles 



ï-8 HISTOIRE 

eufiet mieux aimé endurer le halle & cha 
leur du Soleil , voire s'efcorcher les bras- 
Scies efpaules à porter la terre & les pier 
res, que de rien endurer fur elles. 

Voila aufsien fomme quels font les' 
ornemens, bagues, & ioyaux ordinaires 
des femmes ■& filles de l'Amérique. Par- 
tant fans t en faire autre Epilogue , que le 
le&eur parla narration que i'enay faite 
les contemple comme il luy plaira. 

Traitant du mariage des bauuages , ie 
diray corne leurs enfans font accouftrez 
des leur naiffancermais pour l'efgard des 
grâdets, au deflus de trois ou quatre ans, 
ieprenois fur tout grand plaifir devoir 
les petits garçons qu'ils nôment Conomi- 
Conomi m iri^ç{\ a dire petits garçôs, graflets, & 

^£¥®t f ih h be f Qup p,us ^ ucceux 

consAr &%f9$ d(? Ç a s lefquels au.ee leur poinfon 
fifw. 4os blanc en leurs lèvres fendues , leurs 
cheueux tondus à leur mode,& quelques 
ïoislcçQrps peinture', nefailloyent ia- 
mais de venir en troupes danfansau de- 
uant de nous quand ils nous voyoyent ar 
riuer en leurs villages. Aufsi,pour en e- 
ftre recompenfez.en nous amadoûans & 
fuyuans de près y n'oublioyent ils pas de 
nous dire, & repeter fouuêt en Jeurpctit 
gergoniCotouafat amabepinda^QÇt a dire 
mon ami, ou mon allie, donne moy des 
haims àpefcher Que fi la deflus, en leur 

oftroyant; 



& façons 
défaire. 



DE ^AMÉRïQV E. Ï29 

t>&royant leur requefte,comme i'ay fou- p ^^ 
net fhit j on leur en mefloit dix ou douze ^otmdrt 
des plus petits parmi le fable Se la pouf- 1~» 
■fiereyéux fe baiflàns foudainemët,c'eftok 
vn pafletemps de voir eefte petite mar- 
maille toute nue, laquelle pour trouuer 
& ainaiferces hameçôs, trepilloit &gra- 
toitlàterre ainfi que font les connils de 



renne. 



ga 

Finakmët combien que durât enuiron 
în an que i'ay efté en ce pays là,i'aye efte 
fi curieux de contempler & les grands & 
les petits , que m'eftant aduis que ieles 
Voye toufioûrs deuant mes yeux i'en au- 
ray toute ma vie l'idée & l'image en mon 
entèhdément:tant y a neantmoins, parce 
que leurs géftes &; contenances font du 
tdtit j diflrembkMes : des-no'ftres , que ieco W» 
fèfle eftre malaife de les bien représenter m n ,peut 
ni par efcrîtS nimefmespar peintures. à ^% r * 
Àinfipourènauoirleplailir, il les "faut/„. s aHUàr , 
Voir & vifiter en leur pais. Mais,me direz » 
voùsylâ planche efl: bien longue. Il eft 
vray& : pâftânt fi vous n'auez bon pied> 
bon céil Vcraignahs que vous ne tresbu- 
chie^z , ne vous iouez pas de vous mettre 
tri tHemin. Nous verrons encore plus am 
Clement ci après , felon que les matières? 
que ie traiteray fe présenteront, qu'elles 
font leurs maifons, vtêciles de mefnage* 
ftço de ie coucher & autres manières de 
fairt» HC ' 1^- 



i^o 



-HISTOIRE 



Toutesfois,auant que clorre ce chapi- 
tre ? celieu ici requiert queie refponde, 
tant à ceux qui ont eferit , qu'à ceux qui 
penfent^ que la fréquentation entre ces 
Sauuages tous nuds , & principalement 
parmi les femes incite à lubricité & pail- 
lai dife. Surquoy ie diray en vnmot, que 
encores v.oirement felon l'apparence que 
il n'y ait que trop d'occafion , d'eftimer 
qu'outre la deshôneftète / de voir ces fem 
mes nues, cela ne femble aufsi feruir co- 
rne d\n appaft ordinaire de conupitife, 
toutesfois, pour en parler felon ce qui 
s'en eft comunement apperceu pour lors 
cefte nudité ainfigrofsiere en telles fern 
mes eft beaucoup moins attrayante qu'o 
ne cuideroit. Et partant ie maintien que 
ks attifez,fards, faufles perruques , che- 
i*eux tortille^,grands collets frefes , ver 
tugales, robes fur robes &autrcs infinies 
bagatelles dont les femmes de pardeçàfe 
contrefont &n'ontiamais aiTez,font fans 
comparaifon cauie de plus de maux que 

craindre . i • ' i • ♦ i > ~ ' - ' 3- 

quei'ani-H nudité ordinaire des femmesSauuages,* 
ficeâes Jefquellesjcependantquantau natureLne 

femmes de j x * . ■ -, ^ - ■ 

far deçà, doyuent rien aux autres en beaute.Telle 
met que fil'honeftetéme permettait d'en 
dire dauantage,me vantât bien de foudre 
toutes les obicclions qu'on mepourroit 
amener au contraire ^i'en donueroisdes 
raifons fi euidentes, que nul ne les pour- 

roitaier. 



^ndité 

do "*™ e 

rifjuaines 

moins 

crai 

que 



3D e L'a'Meri ay E IJt 

iroît nier. Sans doncques pourfuyure ce 
toropos plus outre, ie me raportedece 
peu que i en ay dit à ceux qui ont fait le 
voyage en la terre du Brefil , & qui corne 
moy ont veu les vnes & les autres. 

Ce iVeft pascependant quecontrede 

qu'enfeignelafainaeErcritured'Ada&^t^ 
Eue,lefquels après le péché recognoiflans/w/e tf*/- 

qu'ils eftoyent nuds furent honteux , ^ZZtdt 
vueille en faço que ce foit approuuer ce- Saunages. 
fte nudité: pluftoft detefîay ie les héré- 
tiques qui contre la loy denature (laque! 
le tôutesfois quant a ce point n'eft nulle- 
ment ob.fer.nce entre nos pauures Ame- 
riquains ) l'ont voulu autresfois intro- 
duire. 

Mais ce que i'ay dit de ces Saùuàges* 
eft pour monftrer , quèn les condam- 
hans fiaufteremët de ce que fans nulle veif 
gongne ils vontainfi le corps entièremet 
dcfcouuert,nous excédas en l'autre extre 
mitérc'eft a dire efi nos baubances^fuper- 
fluitefc & excès en habits ne fommef pas 
plus louables JLtpleuft a Dieife pour met 
Srefin a cefte matière qti'yn chacû denous 
plus pour rhonnefteté&necelsité que 
pyuria gloire & mondanité? s'habillaft 
modeftement* 



I .%: 




IjS HISTOIRE' 

CHAP. IX. 

3 'Desgrofes ratines, & gros mil dont lei 
Ramages font farine qu'ils mangent au Ueu 
depatn : & de leur bruuage qu'ils nommer» 
Caou>in. 

«VIS que nous auons enten 
|du , au chapitre precedent 
Scomme nos Sauuages font 
Iparez & équipez- par le : de- 
_ Éhors, û me femblè qu'en de- 
duifant ks chofes par- ordre , il ne con- 
tiendra pas mal de traiter tout d'vn fil 
des viures qui leur font communs& or- 
dinaires. Surquoy faut noter en premier 

**•«* vSSF^V&P* n ' a 7 ent > & par con 
viJ! fe 3 uen * *% femet ni ne plantent, bleds ni 
r-g* vignes enleur pays, que neâtmoms amfi 
que ici ay veu &pratique 3 on ne laifle ba* 
pourceia de s'y bien traiter & d'y faire 
boniwUbere fam<pam ni vin. 
i , Ayans dôncquesinos Ameriquains en 
^ ff UT W s de deux efpelcfc* de racines, que 
& Ma lls ' nommen£ '^^'i&'<^/«»w,tefqueltei 
»«* en ; trois^ ou quatre mois croiffent dans 
terre^ufsigroffds' qxre la cuiflV d'vn boni 
me , & longues de pied & demi , pWs 0u 
moins: quâd elles fontarracbees,les fem 
mes (car les homes ne s'y occupée point) 
les accouftrent de celle façon. Première! 

ment 



racinet. 






DE L'A M E RIQVE. Ijî 

m£t après les auoir fait feicher au feu fur panière 
icBoucartd que ie le defcriray ailleurs,ou£M^ 
bien quelques fois les prenâs toutes ver-^ anfl 
pes ,1 force de les râper fur certaines pe- 
tites pierres pointues , fichées & arréra- 
gées fur vne piece de bois plate ( tout ain 
ii que nous raclons & ratifions les fro- 
mages & noix mufcades ) elles les redui- 
fent en farine, laquelle eft aufsi blanche 
que neige. 

Cela tait elles ayans de grandes & fort 
larges poellcs de terre, contenant chacu- 
ne plus dVnboifleau , qu'elles font elles 
mefmesaffez proprememt pour ceftv fa- 
bles mettans fur le feu , & quantité de 
eefte farine dedans , pendant qu'elle cuit 
elles ne cedent delà remuer auec des cor- 
ges miparties, defquelles elles fe feruent 
ainfi que nous faifons defcuelles : telle- 
ment que cefte farine cuifantde cefte fa- 
çon, fe forme comme petite grelace , ou 
dragee d'Apoticaire. 

Or elles enfôtdedeux fortesraffauoir 
de fort cuite & dure,que les Saunages ap- 
pelée Ouy-entan.àQ laquelle,parce qu'elle Ouy-en 
fe garde mieux, ils portent quand ils vôt tm 
à la guerre:& d'autre moins cuite & pîus./kr,w«r« 
tendre qu'ils nomment Ouy-pou, laquelle Ouy~ 
eft d'autant meilleure que la première,/?^' 
que quad elle eft frefche , vous diriez mâ*™^; 
ser cfu molet de pain blanc tout chaut, geuji. 
h r I ? 



% H Histoire 

Au furplus, quoy que ces farines, tant 

ÎS5 TV CndrCS > f0 * ent de£o " bon 
gouit, de bonne nourriture, & de facile 
jigeftion , tant y a toutesfois , comme ie 
I ay expérimente, qu'elles ne font nuJle- 
Fton, je-meat propres à faire du pain. Vrav efl- 
»? J"'»» « fW bien de la pat laquelle eft 
, ; w« 1' belle & blanche,qu'il femble adurs que 
f- elle fou de fleur de froment:mais en cil 
faut tout ie delTus & la croufte fe fechant 
:& bruflant, quant ft vient à couper ou r6 
wft £ rC ; epain ' vous fouuez Je dedans tout 
a^ & r f° Urne/ « farine. Partant ie g$ 
liu-z-ch. ? We . ce] T u y, 3 U1 "pporta premièrement 
9 z. que les Indiens qui habitent à 22. ou 2? 
degré* par-delà l'Equinoétial , qui font 
pour certain nos Tonoupinambao^tt , vi- 
uoyent de pain fait de bois gratté,enten- 
aantaufsi parier des racine! dôteftque- 
iiion, faute d'auoir bien obferuéceque 
a ay dit s cftoit equiuoque. 
" Néanmoins l'vne & l'autre farine eft 
bonneafairedeiaboulie,quelesSauuaI 
JJ/^ a PPeiJent aflg^ , & principalement 
gam f an ,f on la deftrampe, auec quelque 
*^j£ bouillon gras, car deuenant lors 4rumu- 

mm la) £ l du K r ls ' ainfl appreftee elle 
eft de fort bonne faueur. 

Mais quoy q lle s'en foit nos 7W»_ 
nambaouks , tant hommes, femmes qu'en- 
fcns.cftas accoufiumez de la manger ton- 

tefeche 



DE l'AMERIQJî- 135 

te feche au lieu de pain , ils font .tcllcmét 
filiez & duits à cela dés leur leuneflcque 
la prenant auec les quatre doigts ****f-£' i 
la vaiflelle de terre , ou autres val leatlx imerU 

tentfi droit dans leurs bouches , qu ils 
n'en efpanehent pas vn feul brin . Que 
fi entre nous François , les voulans imi- 
ter la penfions manger en cefte forte, 
n'eftans pas façonnez à cela comme eux, FrMtoit 
au lieu de la ictter dâs nos bouches nous ■■ w;w 
Tefpanchions fur nos iouës, &nous en-^ r Uféjfi 
farinions tout le vifage : partant ,-finon k.fi**i 
principalement que ceux qui portoyent 
barbe euffent voulu eftre accouftrez en 
joueurs de farces,nous eftions contraints 
de la prendre auec des cuilliers. 

Dauantage il adûiendra quelquesfois 
qu'après que ces racines £ Ayfi & de Ma 
niot feront ( à la façon que ievous ay dit) 
rapees toutes vertes, les femmes failant 
de proues pelotes delà farine amùtref* 
che & humide, les preffurant & prenant 
bien fort entre leurs mains elles en fe- ^^ 
ront fortir du ius prefques aulsi blanc de u farine 
& clair que du laid. Ainfi cela e fiant ^ 
retenu & mis dans des plats & vaii- 
felle de terre, après qu'elles l'ont mis 
au Soleil , la chaleur duquel le taict 

1 4 



_ 



l .$6 HISTOIRE 

prendre comme de la caillée de fromaée, 
quand on le veut manger, elles le verflnt 
das d'autres poefles de terres, & le faifât 
cuire en icelie fur le feu comme nous fai 
tons les aumelettes d'eeufs,,! c ft f ort bon 
amfiapprefle. 

j> / U f " r P Ius non element la racine 
Tâches d ^J>/" elt bonne en farine , mais aufsi 

r f :X;3 Uana «°«c«tiere elle eft cuite aux cen 
dres,ou deuant le feu, s'atendriffant lors 
ic fendant & rendant farineufe comme 
vue chaftagne roftie à la braife( de la- 
quelle aufsi elle a prefcjue le gouft) on la 
peut manger de celle façon. Cependant 
il n en prêt pas de mefme de la racine de 
Mamot, car n'eftant bonne qu'enfariné 

biencuitcceferoitpoifondelamancer 
autrement. & 

Au refte les plantes ou les tiges de tou 
T 6mtJes tes les- deux,differentes bien peu l'vne de 
'&f Je >atrc qwtttàla forme, croiffent delà 
••« r^,,» hauteur de petits geneuriers , & ont les 
iueilles affez femblable à l'herbe de Peo- 
*m,ou Piuoine en françois. Mais ce oui 
m le plus admirable & digne de grande 
confideration en ces racines à'Aypi & de 
-Mamot de noftre terre d'Amérique , eift 
y*cr. ,r enI r al ? uId P !jcatiô ficelles. Car comme 
fZliff ainfi foit q«eles branches foyentpref- 
*>/*««/. ques aufsi arfees a rÔpre que cheneuotes 
>,,,';.' tant yaneantmoins que fans autrement 

les cul- 



DE L'A MERIQVE. IJ7 

les cultiuer,autant qu'on en peut rompre 
& qu'on en peut ficher en terre , autant a 
on de groffes racines au bout de deux ou 
trois mois. 

Sur lequel propos , afin de tant mieux 
contenter le leéteur , ie reciteray ce que 
J'audeur de l'hiftoire générale des Indes 
dit du Maiz, lequel fert aufsi de bled aux ^ 
Indiens . La Canne de Maiz dit il, croiit ^ 
de la hauteur d'vn homme & plus: eft af- 
fez groffc&iette fes fueilles comme cel- 
les des Cannes de Maretz,l'efpic eft com MW 
me vne pomme de pin fauuage, le grain «,« T „„, 
gros,&n'eftnirond ni quarré m fi long 
que noftre grain : il fe meurit en trois ou 
quatre mois , voire aux pays arroufez de 
ruifleaux en vn mois & demi . Pour vn 
grain il en réd 100.200.300.400.500. &s'e 
eft trouué qui a multiplié iufques a 600. 
Oui monftre auffi la fertilité de cefte ter- 
reïïoffedee maintenâtpar les Efpagnols. 
Or outre les racines de nos Sauuages, 
leurs femmes plantent encores auec vn 
bafton pointu, qu'elles fichét en terre,de 
ces deux fortes de gros mil: aflauoir blac 
&noir que nous appelions en Fracebled 
Sarrazin (eux le nomment jiuati) duquel 
elles fôt auffi de la farine.laquelle fe cuit Auati 
& mage à la manière que l'ay dit ci deflussr.,™', 
celle des racines. Ceft en fôme ce dequoy 
on vfe ordinairement pour toutes forte» 









Ï3 8 HISTOIRE 

de pain au pays des Sauuages en la tene 
du Brefil dite Amérique. 

Cependant comme les Efpdgnols & 
Terroir de Portugais, qui font habituez en pJuficurs 
[t^opre endroit * de ces Indes Occidentales, ayas 
aubied& maintenant force bleds & force vins que 
*» ™- produit cefte terre du Brefil , ont fait la 
preuue que ce n'eft pas pour le défaut 
du terroir que lesSauuages né ontpoint, 
aufsiefl>il bien certain que rvn&Pau- 
tre y viendroit bien . Et de fait nous au- 
tres François à noftre voyage y ayanspor, 
te des bleds en grains & des feps de vi- 
gnes,i'ay veu moy-mefmepar Texperien 
ce , û les champs eftoyent cultiue* & la-r 
bourez comme par deça,que c'eftvn pays 
-Défaut en trcsbon & tresfertile . Vray eft qu'enco- 
urt vigne rcs que la vigne que nous plantafmes re- 
K^ rintfort bien,& que le bois &les fueil- 
&au biedïcs en fulTent belles, tant y a toutesfois 
}Zafm7s °î llc durant enuironvn an que nous fuf- 
premiere- mes la, nous n'y vifmes que quelques 
'%*mL ai grets, lefquels au lieu de meurir j s'en- 
q*t. durcirent & deuindrent comme fees 

Semblablement, quoy que le froment 
& le feigle que nous y fcmafmes fuf- 
fent beaux en herbe, & qu'ils paruin- 
fent iufqucs à rcfpy,tant y a neantmoins 
que le grain- ne le formoit point . Mais 
parce que l'orge y vint , grena, & mul- 
tiplia 




D E L'aMERIOTE 13? 

tiplia fort bien,i'ay opinion que cefte 
terre eftant trop graffe, prefloit & auan- 
çoit tellement le froment, le feigl.c & 
la vigne (lefquels comme nous voyons 
par deça,auant que produireleurs fruits, 
veullent demeurer plus de temps*n ter- 
re que l'orge) qu'eftans trop toft mon- 
tez (comme ils furent incontinent) ils 
n'eurent pas temps pour fleurir & for- 
mer leurs fruicls. 

Partant, au lieu qu'en noftre France £™ * 
on engraifle & fume les champs pour ,„„««„,» 
les faire meilleurs,tout au contraire i'ay ££*£ 
opinion qu'en labourant fouuent celle terb ud& 
terre Neuue , il la faudrait, laffer & def- *». 
eraiffer par quelques années afin de la 
faire mieux rapporter & bled &vin en 
leur iufte maturité'. 

Et certes comme ainfi Toit que le pays 
de nos Tououpinambaoults foit capable de 
nourrir dix fois plus de peuple qu'il n'y 
ena,&quemoy y eftantmepouuois van 
terd'auoir à mon commandement plus ^nttit 
de mille arpens de terre meilleures que ™«*. 
il n'y en ait en toute la Beauflc,qui eit lesFrScoL 
ce qui doute que fi les François y fufTent-M^ 
demeurez , ce qu'ils euftent fait , & y en ri ^ e 
eut maintenant plus de dix mille fi Vil- 
legagrion ne fe fuft reuolté de la Re- 



14° HIS T O I R E 

ligion reformée, qu'ils n'en eufsët reçeu 
& tiré le mefrne profit que font les Por- 
tugais qui y font maintenât bien accômo 
de*? Cela foit dit pour fatisfaire à ceux 
qui voudroyent demander fi le bled & le 
vin cMs férues , cultiue* & plantez en la 
terre du£refil,n'y viendroyent pas bien. 
Or en reprenant mon propos,afin que 
iediftingue mieux les matières que i'ay 
entreprins de traiter ,auant encores que 
ie parle des chairs.poirTons, fruits, & au- 
tres viandes du tout difïemblables de cel 
les de noftre Europe,dequoy nos Sauua- 
ges fe nourrirent, il faut que ie dife quel 
eft leur bruuage & la façon comment il 
fefait. 

Surquoy fautaufsi noter en premier 
heu que tout ainfi, comme vous auez en- 
tl S s\7me- tendu J q u ^ les hommes d'entr'eux ne fc 
rifMMMs meflans nullement de faire la farine en 
tomm!s eS Giflent toute la chargea leurs femmes, 
finie hru qu'aufsi font ils demefme,voire font en- 
m * e \ cores beaucoup plus fcrupuleux,pourne 
s'entremettre de faireleur bruuage. Par- 
tant outre que ces racines à'^Ayfi & de 
tjfrlaniot , accommodées de la façon que 
i'ay tantoftdit,leur feruentde principale 
nourriture: aufsi en les appreftans d'vne 
autre forte les font elles feruir pour fai- 
re leur bruuage ordinaire. 

Voici donc comment elles en vfent: 

Apres 



■ 



DE L'ÀME RÏQVE. 14* 

Apres qu'elles les ont découpées aùfsi 
menues qu'bH £M les raues à mettre, au. g«.A 
pot. par deçà , lès' àyans ainli taltbô'uilIir J 4r((IM ^^ 
par morceaux auec de l'eau dans dé grads ***,. 
vkiffeauxde terre, quand elles lés vOyent 
attendries & amblïès les oftans de deflus 
le feu elles leslaiffent vn peu refroidir. 
Gela fait,plufjénrsd'entr'elles çftaosac-. 
Croupies à l'éntoùr de ce grand vâiÏÏeaU, 
prenans dedans iceluy ces rouelles de ra 
cines ainfi molifiees après que fans les a- 
ttalei- elles les aurôt'bien mafehees & toi: 
fillees dans leurs bouchéS,reprerians ena 
cun morceau l'v'n après l'autre auecl* 
main,Ies retnettahs dedans d'autres vaifi 
féaux de terré, qui' font tous prèfts fur je 
feu, elles les feront bouillir derechef. 
Ainfi remuant tfdufiours ce tripotage fur 
1- feu àuec vn baftbn'iufques â te qu'elles 
côfenoiflet'quni eft allez cuit: fans le cou 
1er ni paflenairis'lé tout ériftmblé lé vér- 
fant dans d'àùïrè^pïus' grandes cannés ^ 
dé terre cofité'nyhTe's chacunes enuiron vùfi»» 
vne Fillette- deyin'de Bourgongne, dans 4W 
lefquélles , après qu'il a vn peu efeume, /•««*/*( 
eôuurans les vaifleàux , elles le laiflent 
cuuer quelque efpace de temps. Ces.der 
riiers grands vafes dont ie vién maijter 
nant de faire mention foHfprefqUes faits 
de la façon des grands ctniiers de terre, 
efquete, commef ay-'veu, on fait la lefci- 



r<K'«s 



*4* HISTOIRE 

ue en quelques endroits de Bourbonnois 
&d'Auuergne: excepté toutesfois que 
ils font plus eftroits par la bouche & par 
le haut. 

Or nos Ameriqualnes, faifans fembla 

blement bouillir & mafchans aufsi puis 

après dans leur bouche de ce gros Mil 

bruitage" nomme' <±Auati enJeur langage , elles eri 

fait de ml font du bruuage delà rnefme forte quç 

vous auez entendu qu'elles font celuy 

desracinçs fus mentionnées . le répète! 

nommément que ce font les femmes qui 

font ce meftier>. car combien queie n'aye 

point y eu faire de diftindion des filles 

d'aueç celles qui font mariées ( comme 

qu.elcun à efcrit ) tant ,y a neantmoins 

qu'outre que les hommes ont cefte fer- 

mç opinion, que s'ils mafchoyen't tant 

les racines que le mil pour faire ce bru* 

nagé qu'il ne feroit pas bon, encores re- 

puteroyent ils aufsi indecent à leur fexe 

de s'en méfier que nous ferions par deçà 

d'en yoirvn prendre vnequenoille pour 

Caouîn WMh^ ^ uua o es appellent ce bruuage 

hmuaii Caou-m^lcquçl aprefque le gouft delaift 

aigre: & en ont du rouge & du blanc com 

nous auons du vin. 

,Aufurplus jot fe fait en tout temps & 
faifon : mais quant ila quantité fay veil 
quelques fois iniques au nôbre de 30. dç 
fesgrâds vaiiîeaux.que ie vousay dit tenir 

chacun 



égre 



DE L 5 AMER IQ^VE. I43 

chacun plus de foixante pinte de Paris, 
tous plains, arrengez & couuerts au mi- 
lieu de leurs maifons , ou ils les laiffent 
iufques a ce qu'ils veulleiit Çaoù-iner* 

Mais auant que d'en venir Ia(fans tou- ^ mert >: 
tesfois que i'approuue le vice ) il faut?»*"»'*- 
que ie dife par forme de preface : arrière c ^ff r 
Alemans , Lanfquenets u Suiffes, Fia- def^nus 
mans, & tous qui faites caroux &pro- 4 * rm * 
fefsion de boire par deçà : car comme 
vous, mefmes ^pres auoir entendu com- 
ment nos Ameriquains s'en acquittent 
confelferez que vous n'y entendez rietl 
au pris d'eux ? aufsi faut il que vous leur 
cédiez en çeft endroit. 

Quand doncques ils fe mettent ad- 
ores , &: principalement quand auec les 
ceremonies que nous verrons ailleurs, 
ils tuent vn prifonnier de guerre pou« 
le manger, leur couftume (4u tout con- 
traire à la noftreçn matière de vin que 
nous aimons, frais & chir) eftaiit de, hoi-* 
re ce £aou~in vn peu chaut & troublé, £^^ 
les femmes pour le tiédir ibnf ^remiefe-^^ 
ment vn petit feu à l'entour des cannes */?r^« 
e tçrre ou il eit, tr ^ hiL 

Cela fait,commençant à Vvn des bouts 
à defcouurir le premier vaifleau , & a 
remuer & troubler ce bruuage ? puifan? 



I 



F AC ûh de 
hoir i des 



Efiranget 
coutumes 
des Sauna- 
ges qui ne 
bituent & 
mattgenten 
vn mefrae 

TfpAS. 



Ï44 HISTOIRE 

puis après dedans auec de grandes cour- 
ges parties eii deux /dont les vnes tien- 
nent enuiron trois chopines de Paris, ain 
fi que les hommes en danfantpaflent ici 
vns après les autres auprès d'elles , leur 
prefentâs & baillans à chacun en la main 
vnede ces grades gobelles toutes pleines, 
& elles mefmes enferuantde fommeliera 
n'oubliant pas de chopiner d'autant: tant 
les vns que les autres ne frillent point de 
boire & trouiïer celai tout d'vne traite. 
Mais jfcàuez vous cobibnde fois? ce' fera 
iufèjfues a tât que les vai(feau # x 5 & y en eut 
il vrïe cêteinc , feront tous vuydes,&que 
il n'en y à lira plus vne feule goûte . Et de 
fait ie les a y veu norifeulememois iours 
& trois nuits fans cefïer de boire , mais 
aufsi quad ils eftoyent fi fouis & û yureS 
cju'ili n'en pouuoyent plus (d'autant que 
«jjûiter le ieii eut ëftépour effire réputé vn 
efféminé St plus cjue chelme tfritre lès A- 
lcmans)quand ils -auoyet rendus leur gor 
ge,cVftoit à recommencer plus belle que 
deuatit. -\ 

Et ce qui eft encores plus eftrange & à 
remarqueréntre nos Tououpinambaoults, 
eft,que comme ils ne niaïigent nullement: 
durant leurs buueries , aufsi quand ils 
mangent ils ne boyuét point parmi leur 
repas: tellement que nous vôya'ns entre- 
mêler Tvn parmi l'autre ils trouuoyent 

noftrc 



Les Saûxà 
r ans 



DE ÙMERIQJE- 145 

noftre façon fort eftrange . Que fi vous 
dites la defïus, ils font doneques comme 
les cheuaux, la refponce à cela d'vn qui - 
dam ioyeux de noftre compagnie eftoit, 
que pour le moins, outre qu il ne les faut 
point brider ni mener à la riuierepour 
boire, encores font ils hors des dangers 
de rompre leurs croupières. 

Cependant il faut noter combien que 
ils n'obferuent pas les heures pourdif-^ 
ner, fouper, ou collationner, comme on ^/-L 
fait en ces pays par deçà , me fines .qu'ils ffi™? 

* ' 1 . L -, • rr " \ ' ->\ C * les hurts 

ne facet point de dun cul te, s ils ont faim maNgent 
demander aufsi toftà minuit qu'à mi-r^^ 

*J . • , <ynt faim. 

ày , que neantmoins ne mangeans ija.- m 
înais qu'ils n'ayent appétit , on peut dire 
qu'ils fontauffi fobres en leur manger, Uf T!f 

>V* X rr , . r\ - au ft fibres 

<ju'exceffifs en leur boire. Dauarage par- a manger 
ec que quand ils mangent ils foht vn mer *£'£?'$£ 
ueilleux filence , tellement que s'ils ont 
quelque chofe à dire ils le referuent iuf- Silence de* 
-ques à ce qu'ils ayent acheué, quand fuy- S d ZZf% 
liant la couftume des François , ils nous r#«.. 
oyoyent iafer & caqueter en prenant nos 
repas, ils s'en fauoyent bien moquer. 

Ainfi pour continuer mon propos, tât 
que ce Caouimge dure, nos friponniers & 
galebontemps d'Àmeriquains pour s'qC- 
chaufer tant plus la ceruelle : chantans, 
fifftansis'accourageans, & exhortans Vvn 
l'autre de fe porter vaillamment, & de 



I46 HISTOIRE 

prendre force prifonniers quant ils iront 
Sauves àIa g u crre,eftâs arrengez comme Grues, 
*rre*tfi, ne ceffent de danfer & d'aller & de venir 

cjues ace que ce foitfait & qu'il n'y ait 
plus rien es vaiffeaux . Et certainement 
pour mieux verifier ce que i'ay dit qu'ils 
font les premiers . & fuperlatifs en ma- 
Treuue de tier e d'yurognerie , iç croy qu'il y en a 
™ S« tel entr'eux qui auale plus de vingt pots 
nages. de Caou-in à fa part en vne feule aflem- 
bleermais fur tout(comme i'ay dit)quand 
ils tuent & mangent vn prifonnier>& 
qu'ils font emplumaflez & équipez , à la 
manière que ieles ay deferits au chapitre 
precedent , faifans les Bacchanales à la 
façon des Anciens Payens , & faouls que 
ils font comme Preftres , c'eftlors qu'il 
les fait bon voir rouiller les yeux en la 
tefte . II aduient bien neantmoins , que 
quelques fois voifins auec voiiins eftans 
afsis dans leurs lias de coton pendus 
en l'air boiront d'vne façon plus mo- 
^ defte.-mais leur couftume eftant telle,que 
tousles hommes d'vn village ou déplu- 
fieurs s'aflemblent ordinairement pour 
boire (ce qu'ils ne font pas pour manger) 
ces buuettes particulières fe font peu 
fouuent entr'eux. , 

Semblablement aufsi , encores qu'ils 
pç boyuent pas de celle façon , ayans ac~ 

couftu- 



' Sauuages 



BE L'A M E RIQJE. Î47 

touftuméde dâfer tous les iours en leurs _ 
villages',furtouties ieunes hommes ama r wd^ 
rier , auec chacun vn de ces gros penna-^* 
ches qu'ils nomment Araroye lié furies 
reins ', allans de maifon en maifon, ne 
font prefques autres chofes toutes les 
nuits. Mais il faut noter en ceft endroit, 
qu'en toutes ces danfes des Saunages, 
foit qu'ils fefuyuentl'vn l'autre ou 5 com 
me ie diray parlant de leur Religion, 
eu ils foyent difpofez en rond , les fem 7 Femmes 
mes ni les filles n'eftans iamais meflees^//^ 
parmi les hommes , fi elles veulent dan- danfes des 
&r cela fe fera elles eftans à part. Sé f*? 

Afùrefte auafît que finir le propos de - 
la façon de boire des Ameriquains , fur 
lequel ie fuis à prelent, afin que chacun 
fâche comment s'ils auoyent du vin à 
commandement ils haufferoyent le go- 
belet,ie racôteray ici ce qu\n M oujfacàt> 
<f eft à dire bon père de famille qui don- 
ne à manger aux paflfans , me recita vil 
iour en Ion village. ^ U fTvn 

Nous furprifmés vne fois, me dit-il en r ^ lUa // 
fon langage, vne Carauelle de Ptfw,c'eft s*u*age 
à dire Portugais ( lefqueïs comme ïzyfcïfZ* 
touché ailleurs font ennemis mortels & 
irrecôciliabîes de nos Tonoupinamhaoults) 
de laquelle après que no^eufmes aflomez 
& înâsez tous ceux qui eftoyent dedanst 
b ' K z 



I 



H 8 HIS T O I R E 

linfique nous prenions leur marchâdife 
trouuans parmi icelle de grâds vaiffeaux 
de bois pleins de bruuage, les dreffans & 
defonçans par Je bout , nous voulufmes 
taller quel û eftoit.Toutesfoisime difoit 
ce vieillard de Sauuagejiene fcay de quel 
le lorte de Çaotun ils eftoyent remplis, & 
il vous en auez de tel en tompays : ma i s 
bie te dirayie qu'après q nous en eu/mes 
beus tout noftre faoui nous fufmes deux 
ou troio lours tellement affommez & en 
dormis , qu'il n'eftoitpas en noftre puif- 
lance de nouspouuoir refueilier. ^infi 
eftant vray fembiable quec'eftoyent ton- 
neaux pleins de quelques bons vins d'E- 
fpagne , le lecleur peut entendre fi après 
que nos gens fans y penfer eurent fait la 
fefte de Bachus ils fe trouuerent prins,& 
ii cela leur dôna à bon efciét fur lacorne 
Pour noftre efgard du commenceme't 
que nous fufmes en cepays là,penfans e* 
mter la mori.lieure que vous auez enten 
du queues femmes Sauuages font en fai- 
lat ce Çaouin , nous pillafmes des racines 
d Aypi & Maniot auec du mil , lefquelles 
(cuidât faire de ce bruuage d'vnefaçô pi*- 
honnefte qu'elles ne font) nous fifnies 
bouillir enfembie: mais pour en dire la 
vente , l'expérience nous monftra qu'il 
n'eftoit pas fi bon quel'autrerpartant pe- 
tit a petit nous nous accouftumafmesd'é 

boite 



DE L'AME RI QJ E. *49 

Wre tel qu'il eftoit. Vray eft que nous ^ 
ayans les cannes de fuccre à commande" rrw# 
inent, les faifans & laifians infufer dans 
He l'eau , nous la buuions ainfi fuccrce: 
& mefme d'autant que les fontàines,voi- 
re les riuieres belles & claires d'eau dou 
ce de ce pays là,à caufe de la temperature 
font fi bonnes (& fans comparaison plus fauxde 
faines que celles de par deçà) quçquoy^^. 
qu'on en boyue a fouhait , elles nefont.^ i# w 
point de mal,nous en buuions ordinaire 
mcnt.Et a ce propos les Sauuages appel- 
lent l'eau douceFh-ete & la hUe^h-e-cn 
qui eft vne diâ:ion,laquelle eux pronqn- 
çansdugofier comme font les Hebneux 
leurs lettres qu'ils nomment gutturales, 
nous eftoitlaplus fafcheufe a proférer 
entre tous les mots de leur langage. 

Fmalemét parce que ie ne doute point 
que quelques vns, ayans entendu ce que 
iay dit ci^deffus , de'la mafeheure & tor- 
tilleure tant des racines que du mil par- 
mi la bouche des femmes Sauuages en la 
compofition de leur bruuage .nommé^- 
^mn'ayent eu mal au cœur,&qu'ils n'en 
ayent craché: afin que ie leur ofte aucune 
ment ce degouft ie les prie de fe refouue 
riïr de la façon qu'on tient,& commet on 
fe gouuerne,quâd on fait le vin par deçà* 
Et'dcfait s'ils corifiderent quee's lieux 
ou on a accouftume'de fouler les Raifins 

% 3 



{$ HISTOIRE 

cm**» aux Tinnes & dans les cuues, co mne on 
f m, fait és m des bons vins , il v *ff e & 



/^o«^ r-y- -w ^*io vins ,11 y palle & 

..peut aduenir beaucoup de chofes , qui 

nontPUprMmpîIIfliifo. /-. * 



tf 



S', ?fe S^rcs meilleure 'grace que cefteïu 
nicre.de machoter accouftumee aux fon- 
mes Américaines . Qu e fi on dit la 
deflus: voire mais, levin en bouillant 
jette toute cefte ordure: ie refpond que 
noihcÇaoH-m fe purge aufsi,&que quant 
acepomt ilyamefme raifon de l'vn à 
1 autre. 



CHAP. X. 

"pes Animaux, Venùfom, ? ros Le7ards> 
Serpens, & autres be fie s monfirueufes de l' A - 
merique* 




|Aduertiray,envn mot au cô- 
|mencemët de ce chapitre des 
I Animaux à quatre picds,que 
pion feulement en general, & 

^Amynaux A P^ ^Strl^ëfJls fans evrent-i^ ,*î 11 > 

rf* Mme. : x - ai r , cxc eptio, i] ne s'en trou 
*y« r.i« " c P as vn fcul en cefte terre du Brcfil en 
diffebubiesl Amérique, qui en tout & par tout fair 
femblable aux noftres , mais- qu'aufsi 
nos Tououpnambaoults n'en nourrirent 
que bien rarement de domeftiques Dcf- 
erruant doncqueslcs beftes Sauuages de 
Jeurpays,lefquelles quant au genre font. 

nom- 



DE L' AMERIQUE- I5I 

nommées pareuxSo^ie commeiiceray par 
cellesqui font bonnes à mâger.La prenne 
rl&cls commune eft vue qu'il, appelent T&* 
Tapio^, laquelle ayat le pod rougea- r.ujm 
ftre & affcz long, eft prefques de a gian- ^ /w 
deur, groffeur &formed'vne vache: tou- ^^ 
tesfoifne portant point de cornes, ayant W* 
le col plus court, les aureilles plus lon- 
gues &pendantes,lesiambes plus feiches 
& primes, le pied non fendu , ains.de la 
propre forme de celuy d'vn Afne , on 
peut dire qu'elle eft demie vache & de- 
mieAfne. Neantmoins elle diftere entiè- 
rement de tous les deux,tantde la queue 
qu'elle a fort courte ( & notez en cett en- 
droit qu'il fetrouue beaucoup de bettes 
en l'Amérique , qui n'en ont prefques 
point du tout ) que des- dents lefquelles 
elle a beaucoup plus trenchantes & ai- 
£ ues : cependant pour cela,n'ayant autre 
«fiftance que la fuite, elle n'eft nulle- 
ment dangereufe . Les Sauuages la tuent 
comme plufieurs autres, à coups detiei- 
ches, ou la prennent à des chaufles tra- 
pes & autres engins qu'ils font allez in- 
duftrieufement. 

Au refte ils eftiment merueilleufe- 
ment c'eft Animal à caufe de fa peau: 
car quant ils l'efcorchent , coupans 
en rond tout le cuir du dos , après 

* K 4 



7{ondelles 
fuites 
du cuir du 
Taptreuf. 
flu. 



GnufideU 
chair, du 
Tapirouf- 
fiu & fié 
<°" delà 
Mire 



*5 2 HISTOIRE 

qu'il eft bien fee, ils en font des rodeJIes 
auisi grandes quele fond dynmoyen tô- 
neati , lefquelles leur feruent 1 fouftenir 
I« coups de flefehes de leur, ennemis 
quand _:h > vont en guerre. Et de fait cefte 
peauainfi feichee& accouftreeeft fi du- 
ic,que le necroy pas qu'il y a i t flefche 
tant roidemcnt defeochee fuft-elle,qui 
h feeut percer. le raportois en France 
parfingulantedeu x defe S Targues,tnai s 
5«danoftre retour la fkmincnou, print 
ur mer, après que tous nos viures fu- 

icntf a] lhs,& que Jes Guenons, Perro- 
quets & autres animaux que nous appor 
tions de ce pays Jà, nous eurent feruis de 
»ournture,encorenous faIJut-il manger 
nos rodaches grillées fur Iecharbô: voi- 
rc comme ie diray en fon lieu, tous les au 
très cuirs & toutes ies peaux que nous a- 
uions aans noftre vaifleau. 
Touchât ia chah- de ce TapirouJJ oublie a 
PJ efque Je mefme gouft que celiedeBeuf: 
& quantaJafaçô de la cuire & apprefter 
nos Sauuages à leur modela font ordi- 
nairement Boucaner. Mais parce que i'av 
la touche ci deuam,&faudrf encores que 
ie réitère fouuent ci après cefte façon de 
parier Boucaner, zfrn dene tenir plus le 
ieéleur enfufpens,ioint aufsiquePocca- 
i.onfeprclentcicimaintenantbienàpro 
pos , icveux declarer quelle en eft la m a _ 

Nos ' 



DE L'AMERIQVE. 153 

Nos Ameriquains donquesfichans af- 
Ùi auant dans terre quatre fourches de 
bois , aufsi groffes que le bras , diftantes 
enquarré d'enuiron trois pieds ,.& efga- 
lement hautes efleuees de deux & demi, 
mettans fur icelles des baftons à trauers 
à vn pouce ou deux doigts près l'vn de 
l'autre , font de cefte façon vne grande 
grille de bois laquelle en leur langage ils 
appclent <Bonean. Tellement qu'en ayans 
plufieurs plantées en leurs maifons,ceux 
d'entr'eux qui ont de la chair , la mettans 
deffus par pieces, & auec du bois bien fee 
qui ne rend pas beaucoup de fumée, fai- 
fant vn petit feu lent deffous, en la tour- 
nant & retournant de demi quart en de- 
mi quart <Theure,la laiffent ainfi cuire au- 
tant de temps qu ils veullent. Et mefmes 
parce que ne fallâs pas leurs viades pour 
les garder,comme nous faifons par deçà, 
ils n'ont autre moyen de les côferuer que 
de les faire cuire , s'ils auoyent prins en 
vn iour tréte beftes fauues ou autres,teî- 
les que nous les deferirons en ce chapi- 
tre,afin d'euiter qu'elles ne s'empuantif- 
frnt, elles feront incontinent toutes mi- 
fes par pieces furie Boucan: de manière 
qu'ainfi quei'ay dit, les reuirans fouuent 
ils les y Iaifferont quelquesfois plus de 
vingt quatre heures , & iufques à ce que 
le milieu & tout auprès des os foit aufsi 



Façon du 
Houtan & 
rott'Jferie 
des Sauna" 
ges, 



des Sauua- 
ges à con- 
feruerleurs 
viandes. 



154 HISTOIRE 

cuit que le dehors . Ainfi en font-ils des 
rar inf 1 P olffon * > defquels mefmes ayans grande 
% q«ntite, quand ils font bien fees ils en 
font de la farine. Briefce Boucan leur fer 
uant de falloir , de crochet , & de garde- 
mange , vous n'iriez gueres en leurs vil- 
lages que vous ne le vifsie* garni non 
feulement de venaifon ou de poiflbus, 
mais aufsi le plus fouuent ( comme nous 
verrons ailleurs) vous le.rrouueriez cou- 
^,c«,/ UC1 ; tde g ro{rcs P^ces de chair humaine, 
jh**ta, « des cuifles, bras & iambçs des prifon, 
%7% mers de guerre qu'ils tuent & mangent. 
chair km. V ©lia quant au Boucan &Boucanrurie t c'e& 
uZfZ a dlrc ">tifferie denos Amenquains: M- 
quels au refte (fauf la reuerence de celuy 
qui a autrement eferit ) ne JaifTent pas 
quand il leur plaift de faire bouillir leurs 
viandes. 

Or pour pourfuyure la defeription de 

leurs animaux, les plus gros qu'ils ayent 

après l'Afne vache, dont nous venons de 

parleront certaines efpeces, voirement 

SeouaC-r ■ .. &Bl ches,qu'iJs appelent Seoiiaf- 

fous f ° m \ '" aiS outrc q u>l1 s ' cn faut beaucoup 

iféJ de ^ l l s fo 7 ent » grands que les noftres , & 

c fr fs & que leurs cornes foyent aufsi fans corn- 

**?■ paraifon plus petites , encores different 

ils en cela , qu'ils ont le poil aufsi grand 

que celuy des Chèvres de par deçà. 

Quant au Sanglier de ce pays la, le- 
quel 



DE 



l'ameriqve. 155 

quel les Sauuages nomment T/ùaJfoth faiaf- 
çombien qu'il fait de forme femblable *j> 
ceux de nos forefts ,& qu'il ait ainiile &„#*<$ 
corps,la tefte,les oreilles,iâbes & pieds: 
mefmes les dents aufsi fortlongues.cro- 
ehues , pointues , & par confequent très 
daneereufes : tant y a qu'outre qu'il eit 
beaucoup plus maigre,& qu'il afon groi 
«miffement & cri effroyable , encores a-il 
vue autre difformité effrange : aliauoir,^^ 
naturellement vn pertui lur le clos pal vn fermt 
ou(ainfique i'ay dit que le MarfouinaA ; ^ 
furlatefte)il foufflcrefpire, & prêt vent \ efi , mU 
quand il veut.Comme aufsi, afin que ce- 
la ne foit trouué fi effrange , depuis que 
i'ay fait mes mémoires , i'ay leu en l'hi- 
ftoire penerale des Indes qu'il y a au pais liu .^. c h, 
deW<c«wau Peru des Porcs qui ont 404 .. 
le nombril fur l'efehine, qui font pour 
certain les mefmes que ie vie de défaire. 
Les trois fufdits animaux,aflauoirleT<*- 
tirouffou , le SeeuafoutSc le Taiafo* font Tte „,« 
les plus grosdecefte terre du Brefil -— 

Paffant donques outre aux autres bau- 
Uaguies de nos Amenquains,ils ont vne 
belle îouffe qu'ils nomment agouti de iz Agouti 
grandeur d'vn couchon d'vn mois,laquel £** 
le a le pied fourchu,la queue fort courte, 
le mufeau & les oreilles prefquçs com- 
me celles d'vn Lieure, & eft fort bonne a 



tapitis 

ffpece cie 
«lettre. 



Ores T^ats 
roux. 



tœcfaté. 



Sarri- 



^f HISTOIRE 

Dautres de deux ou trois efpeces que 
ils appellent Tapitis , tous allez fembla- 
bJes a nos Lieures & quafii de mefm e 
gouit: mais quant au poi J ils l'ont plus 
rougeaftre. " 

Ils prennent aufsi femblablementpai- 
les bois certains Rats aufsi gros qu'efeu 
neux , & prefques de mefme poil roux, 
lefquds ont la chair aufsi delicate que 
ceJIe de connils de garenne, 

T «f ou Tague (car on ne peut pas bien 
difcerner lequel des deux ils profèrent) 
eftVn animal delà grandeur dvn petit 
chien braque, a la telle bigerre & fort 
mal faite, la chair prefque de mefme 
gouft q ue C elledeveau:&quantafa P eau 
eftat fort beile,& tachetée de blanciris, 
& noir, fi on en auoit par deçà elle feroit 
bien riche en fourreure. 

U s'en voit vn autre delà forme d'vn 
putoy, & depoil ainfi grifaftre,lequel les 
Saunages nomment S art gcy. mais parce 
qu il put anfsi,eux n'en mangent pas vo- 
lontiers . Toutesfois nous autres en a- 
yans efeorchez quelques vus, & coeneus 
que c'efton feulement la graiffe qu'ils 
ontfur les rongnons qui leur rend celle 
mauuaife odeur , après leur auoir oftee, 
nous ne laifsions pas d'en manger : & de 
lait la chair en eft tendre & bonne. 

Quant au T «ton de celle terre du Bre- 

fil cell 



de l'a me ri oy E. 157 

fil^ceft Animal (comme les heriffonspar <j- dtm 
deçà) fans pouuoir courir fi vifte que^«, w ^ 
plufieurs autres , fe traifne ordinaire- arm *~ 
ment parles buiflbns: mais en recom- 
penfe il eft tellement armé & tout cou- 
uert d'efcailles , fi fortes & fi dures>que: 
ie croy qu'vn coup d'efpee ne luy fe- 
roit rien:& mefmes quand il eftefçorché 
les efcailles iouans & fe manians auec la 
peau (de laquelle les Sauuages font de 
petits cofins qu'ils appelent Qaramemo) 
vous diriez que c'eft vn gâtelet d'armes: 
la chair en eft blanche & d'aiïez bonne 
faueur.Mais quant à fa forme , qu'il foit 
fi haut monté fur fes quatre iambes que 
celuy que Belonà reprefenté par por*- 
trait à la fin du troiliemè liure de fes ob- 
feruations (lequel toutefois il nomme 
T^^duBrefii)ien'en ay point veu de 
femblables en ce pays là. 

Or outre tous les fufdits animaux quî 
font les plus communs pour le viure de 
nos Ameriquains : encores mangent ite 
des Crocodilles qu'ils nomment Iacaré Jacari 
gros comme la cuiffe & longs ^ aTadue- f»A 
nant: mais tant ïen faut qu'ils foyent 
dangereux: , qu'au contraire i'ay veu plu- 
fieurs fois les Sauuages en raporter tous 
envie en 'leurs maifons àl'entour des- 
quels leurs petits enfans fe iouoyêt fans 
qu'ils leur fiffcnt nul mal . Neantmoins 



ILf.ch. 
196 



I58 HISTOIRE 

i'ay ouy dire aux vieillards qu'allans pai* 
pays ils font quelques fois affaillis & one 
fort à faire à fe deffendré à grands coups 
de flefehes, contre vne forte de Iacare, 
grands & môftrueux, lefquels les apper- 
ceuans , &" fentans venir de loin fortent 
d'entre les rofeaux des lieux aquatiques 
ou ils font leurs repaires. 

Et à ce propos , outre ce qu'on re- 
cite de ceux du Nil en Egypte , celuy 
qui a eferit l'hiftoire générale des Indes 
dit qu'on a tué des Crocodilles en l'Ifle 
Crocodnies de Tanama , qui a.uoyent plus de cent 

fncîï'aùu ? icds dcJon S> q ui eft vnechofeprefques 
*■ j ncro y a 5] e# p a y remarqué en ces moyens 

que Pay veu, qu'ils ont la gueulle fort 

fendue , les cuifles hautes , la queue non 

ronde ni pointue, ains plate & defliee 

par lebout. Maisiîfaut que ic confefle 

que ien'ay point bien prins garde fiainfî 

qu'on tient communément , ils remuent 

la mafehoire de deflus. 

Nos Ameriquains au furplus pren- 
Tottotê nent des Lézards qu'ils appellent Tow», 
uxjrds. non pas verds comme les noftrcs , ains 
gris &lapeaulicceainfique nos petites 
Lézardes : mais quoy qu'ils foyent lon«"s 
de quatre a cinq pieds , gros de mefme, 
&de forme hideufe à voir, tant y a neant- 
moins , que fe tenans ordinairement fin- 
ies ri- 



DE 



L 5 A ME R I QJVE. 159 

les riuages des fieuues & lieux maref- 
cageux ainfi que les Grenouilles ils 
ne font non plus dangereux . Et diray 
plus, qu'eftans efcorchez, eftripcz, ne- 
ttoyez , & bien cuits ( la chair en eftant 
aufsi blanche, delicate, tendre, & &- GresLe: 
uoureufe que le Ulanc d\n chappon) <^ <k 
que c'eft l'vne des .bonnes viande que j£*£j; 
i'ay mangée en l'Amérique. Vray eft que manger. 
du commencement i'auois cela en hor- 
reur, mais après que i'en eus tafté en ma- 
tière de viandes ie ne chantoisque de 
Lézards. 

Semblablement nos f tonoufinam^ 
baoults ont certains gros Crapaux , lef-^^ r4 ; 
quels "BoucaneX auec la peau , les tripes p*uxfir- 
Zl les boyaux leur ieruent de nourri- nourriture 
ture . Partant attendu que nos mede- 4 ?*^»*- 
cins enfeignent, & que chacun tient par"*** 1 *'* 
deçà , que la chair, fang,& généralement 
le tout du Crapauteft mortel, fans que 
ie touche autre chofe de ceux de cefte 
terre du Brefil , que ce que i'enviendc 
dire , le ledeur pourra aifément recueil - 
lir,qu'à caufe de la temperature du pays 
(ou peut eftre pour autre raifon que i'y- 
gnore ) ils ne font vilains , venimeux, ni 
dangereux comme les noftres. 



Ils mangent au femblable des Ser- 
pens gros comme le bras & longs d'yne 



î6o HISTOIRE 

' aune de Paris, & mefmes i'ay veu les SaU 
Sevens uages en trainer & apporter (comme i'ay 
tlgs tian dlt <ï u ' iIs font des Croçodillesjd'vne for 
de des ^ tederiolleedenoir& rouge lefquels en- 
"""*• cores tous envie ils iettoyent au milieu 
de leurs maifons parmi leurs femmes & 
enfans,qui au lieu d'gn auoir peuples ma 
moyent à pleines mains. Ils appreftent & 
font cuyre par tronfons ces grofTes an- 
guilles de hayesrmais pouren dire ce que 
i'en fçay,c'eft vne viande fort fade & fort 
douceaftre. 

Ce n'eft pas qu'ils n'ayent d'autres for 

tes de Serpens , & principalement dans 

Serpens'^ les riuieres ou il s'en trouue delon^s 3c 

^%z;f( defliez au ^ si verds <I ue porees, la piqueu 

dangereux re defquels eft fort venimeufe: comme 

aufsi par le récit fuyuant vous pourrez 

entendre qu'outre ces Touom dont i'ay 

tantoft parlé il fe trouue par les bois vne 

efpece d'autres gros Lézards qui font 

très dangereux. 

Comme donc deux autres François & 
moy iifmes vne fois cefte faute de nous 
mettre en chemin pour vifiter le pay s,fâs 
auoir des Sauuages pour guides félon la 
couftume,nous eftfis efgarez par les bois 
ainfi que nous allions le long d'vnc pro- 
fonde vallec,cntendans le bruit & le trac 
d'vne befte qui venoit à nous , penfans 
que ce fut quelque Sauuagine , fans nous 

en e- 



ftrueux. 



DE ÙMERIQVE. l6l 

cri eftôner ni laiffer d'aller, nous n'en fit- ^ mV j è 
mes pas autre cas. Mais tout incontinent /we«r. 
à dextre , & à enuirori trente pas de nous vn L ^ d 
no 9 vifmes fur le coftau vn Lézard beau- ^^ 

"^T T j, . & mon- 

coup plus gros que le corps d vn homme p 
& 5 longde iixàfcpLpiedsjleQuelparoif- 
fant couuert d'efcailles blanchaftres , af- 
pres 6a raboteufes corne coquilles d'hui- 
très \ Tvn des pieds deuant leué , la tefte 
hauflee, &c les yeux cftincélans, s'arrefta 
tout court pour nous regarder. Quoy 
voyans & n'ayâs lors pas vn fcul de nous 
harquebuzesnipiftoles, ains feulement 
nos efpees, & a la manière des Sauuagcs, 
chacun Tare èc les flefehes en la main (ar- 
mes qui ne nous pouuoyêt pas beaucoup 
feruir contre ce furieux animal fi bien ar 
mé)craignâs neantmoins que fi nou-snous 
enfuyons il ne couruft plusfort que nous 
& que nous ayant attrapez il ne nous en- 
gloutift &deuoraft: fort eftonnez que- 
nous fufmes, en nous regardans l'vn Tau 
tre,nous demeurafmes aufsi tous cois en 
vue place* Ainfi après que ce monftrueux 
&efpouuentable Lézard en ouurant la 
gueuile, ôclcaufe de la grande chaleur 
qu'il faifoit (car le foleil luifoit lors & e- 
ftoitenuiron midi) foufflant fi fort que 
nous l'entendions bien aife'menr, nous 
eut- contemple' près dVn quart dlieure, 
fe retournant tout à coup , & faifant vn 



WêêêêêM 



l6l /HISTOIRE 

plus grand bri & fracaffcmcnt de fueii- 
les &. de branches par ou il pafloit que ne 
feroit vn Cerf courant dans vne foreft, 
il s'enfuit contre rnont. Partant nous qui 
allions eiU'vne de nos peurs , & qui n'a- 
uions garde de courir après , en louant 
Dieu de ce qu'il nous auoit deliurez de 
ce danger,nous paffafmes outre. Pay pen 
fe depuis que fuyuant Topinionde plu- 
iieurs,qui difent que le Lézard fe délecte 
a contepler la face de l'home, que ccftuy 
la auoit prins au/si grâd plaifira nous re 
garder , que nçus auions eu de peur à le 
coniiderer. 

Outre plies il y a en ces pays là vne be- 

fterauiflfant'e que les Sauuages appelent 

lanou- JacM-are,U<]iielle eft prefques aufsi haute 

are de iâbes &Iegere a courir qu'vn Lévrier: 



efierauïf- ma j s ayant de grands poils à Tentour du 
%ng àr. menton la peau fort belle & bigarrée cô- 



fante tuât 



es hommes . ^ ce ]j c dVne Once, elle luy refemble 
aufsi bien fort en tout le reftc.Lcs Sauua 
ges non fans caufe craignét merueilleufe 
ment cefte befte, car viuantdeproye co- 
me leLion,fi elle les peut attraper elle ne 
faut point deles tuer j defehirer par pie- 
ces, ô£ les manger. Et de leur cofté aufsi, 
corne ils font cruels &vindicatifs contre 
^ toute chofe qui leur fait mal , quâd ils en 
peuuct prendre quelqucs-vnes aux chauf 
fes trapes 3 ne leur pouuans pis faire , ils 

les 



t)E L'ÀMEÎIIQVE. ï6$ 

les meurtriffent a coups de Hefches & les 
font languir long temps dans les fofles 
bu elles font tôbees,auât que de les tuer: 
&afinquon entëde mieux cornent cefte 
befte les accouftre . Yn iour que 5. ou 6. 
Frâçois & moy pafsions par la grade Ifle^ 
les Sauuages du lieu nous aduertiifâs que 
nous nous dônifsions garde du ïnaou-are 
no 9 dirét qu'il auoit mangé cefte fémainè 
là trois perfônes en l'vn de leursvillages. 
Au furplus il y a grande abondance de 
ces petites Guenôs noires que les Sauua 
ges nomment^; en cefte terre du Brefi'l, Cày 
mais puree qu'il s'en voit âffes par deçà G n ™ n ™ s & 
ie n'éferay icy autre deferiptiô. Rie diray leur natu~ 
ie qu'eftans en ce pays là, leur naturel eft "j*™ 
tel, que ne bougeans gueres de deiîus çer par les bois 
tains arbres quiportêtvn fruit ayât gouf 
fes prefques corne nos grofles febucs de- 
Giioyelles fe nourriffent, ques'afféblâs or 
dinairemêt par tfoupes &principalemêt 
en temps de pluyç (ainfi que les chats fur 
les toits p deça)c'eft vn plaifir de les ouïr 
crier amener leurs fabats fur ces arbres. 
Au fefte ceft animal n'en porte quVn 
dVile vêtree, mais le petit ayât cefte indu ln ^ rïe 
ftrie de nature que fi. toft qu'il eft hors du descjnenoi 
ventre 1 ilembrafle & tient ferme le col du^™LC7 
pereoudelamere,s'i!s fevoyetpourclxaf^^ 
lez des chaffeurs,fâutâs & reportas ainfi. 
debrâchc en brâche le fauuëtde cefte façô 

L z 



164 HISTOIRE 

Partant lès Saunages n'en pouuâs gueres 
prendre ni jeunes ni vieilles, n'ont autre 



Facmde mo) en de 



les ; 



fin on 



Guenms 
farouches. 



jy en uc ics auoir > iinoa qu'a coups de 
praire les fl efches ou j e matera ts les abatre de def- 
fus les arbres , dont tombans eftourdies 
& quelques fois bien blecees après qu'ils 
les ont guaries & vn peu apriuoifees en 
leurs maifons, ils les changent à quelque 
marchandife'auec les eftrâgers qui voya- 
gent par delà . le di nommément appri- 
uoifees 5 car du commencement qu'elles 
font prifes elles fôt fi farouches que mor 
dans les doigts , voire trauerfans depart 
en part auec leurs déts les mains de ceux 
qui les tiennent de la douleur qu'on fent 
on eft côtrainta tous coups de les affom- 
rner pour leur faire lafeher prinfe. 

Il fe trouue aufsi en cefte terre du Bre 
fil vn Marmot que les Sauuages appelent 
Sageuïn^non plus grand qu'vn Efcurieux 
& de mefme poil roux.-mais quant à fa fi- 
gure ayant le muffle comme celuy d\n 
Lion , & fier de mefme , c'eftleplus ioli 
petit animal que^i'aye veu par delà. Et de 
fait s'il eftoit aufsi aifé à repaffer que la 
Guenon, il feroit beaucoup plus eftimé: 
mais outre qu'il eft fi délicat qu'il ne peut 
endurer lebranflemétduNauircfur mer, 
encores eft il fi glorieux que pour peu de 
fafcherie qu'on luy face il fe laiife mou- 
rir de dcfpit. Cependant il s'en voit quel 

que s 



Sagout 

ioli animal 



DE l'aMERIQJE 1^5 

nues vus en France , & croy que c'eft de 
cefte bcfte dequoy Marot ( introduifant 
[on fcruiteur Fripclipes parlât à vn nom- 
mé Sagon qui l'auoit blafmé) fait men- 
tion quand il dit. 
Combien que Sagon foit vn mot 
Etle nom d'vn petit Marmot. 

Or combien que ie'confefle(nonobftât 
ma curiofité)n'auoir point fi bien remar- 
qué tousles animaux de cefte terre que 
ie dcCirerois , fi eft ce que pour y mettre 
fin i'en veux encore defcriredeux biger- 
res fur tous les autres. 

Le plus gros que les Saunages appel- 
lent Hay eft de la grandeur d'vn gros Hay 
chien bàïbet,a la faceicomme laGucnon) ^ mmAi 
approchante de celle de Phôme, le ventre Jg£ 
ainfi pendant qu'vneTruye pleine de cou tama ^ veti 
chons, le poil gris enfumé ainfi que laine -^ 
de mouton noir, la queue fort courte, les Viîiant ^ 
iambes velues comme vnOurs,& les^grif ™t. 
fes fort lôgues. Et quoy que par les bois 
il foit fort farouche, tant y a ncantmoias 
qu'eftant prins iln'eft pas malaifé a ap- 
priuoifer. Vray eft qu'à caufe de fes grif- 
fes fi aiguës nos Tououfinambaouhsnuds 
ne prennent pas grand plaifiràfe iouer 
auec luy . Mais au demeurantfchofe qui 
femblera pofsible fabuleu fe)i'ay entendu 
non-feulement des Sauùages, mais aufsi 
des Truchemens qui auoyent demeure 

L 3 



long & 

k'Xerre. 



î6<S histoire' 

Jong temps en ce pays.là,que iamais horn 
me nj par ies champs ni à la maifon , ne 
vit manger ceft animai : tellement qu'au- 
cuns eftiment qu'il vit du vent. 

Coati c L ' autre duc î u elie veux parler que ies 
Zimd ^ auu ages nomment Coati t eft de la hau- 
yantie teur d'vn grand Lieure , a le poil court, 
SjfcJ P oa ' & tachete,fes oreilles.petites, droi- 
tes, 8? pointues: mais quant a la tefte,ou- 
tre qu'elle n'eft gueres groffe , ayant de- 
puis les yeux vn groin longde plus d'vn 
pied rond comme vn bafton,& s'eftreçif- 
fant tout à coup fans qu'ils foitplusgros 
par le haut qu'auprès dt la bouche(laquel 
le aufsi il a û petite qu'àpeine y mettiW 
on ie bout du petit doigt)cela di ie refem 
blant le bourdon,ou le chalumeau d'vne 
çornémufe, il n'eft pas pofsibie devoir 
vn mu/eau plus bigerre. Dauantage cefte 
befte eftant prinfe, parce qu'elle tient fes 
quatre pieds ferrez enfemble, & par ce 
moyen penchant toufiours d'vn cofté ou 
d'autre,ou fe laiffant tomber tout à plat, 
on ne la feauroit faire tenir debout ni 
manger fi ce n'eft quelques Fourmis , de- 
quoy aufsi elle vit ordinairement par les 
bois, Enuii on huit iours après que nous 
munis ai riuez en l'Ifle ou fe tenoit Vil- 
legagnon les Saunages nous apporterêt 
vn de ces foatt , lequel à caufe de la nou- - 
«tlleté fut autant admiré d'vn chacun de 

nous 



D E L'A ME RI O.VF, *&? 

nous que vous pouuez penfer. Et de fait 
eftant eftrangement defeâueux eu efgard 
à ceux de noftre Europe, l'ay fouuet prie 
v „ nommé lean gardien de noftre compa 
-nie expert en l'art de pourtraiture de 
contrefaire tant ceftuy la que plufieurs 
autres non feulement rares,mais aulsi du 
tout incogneucs par deçà : a quoy néant- 
moins à mon grand regret,il ne fe voulut 
i-amais adonner. 

C H A P. XI. 

De la variété' des oyfeaux de l'Amérique-, 
tms différents des noftr es : en ferMe des greffes 
ChauLfouris^betllesiMoHches^Mouchil- 
Ions, & autres vermines eftr anges de ce pais ta 

E commenceray aufsi ce cha' 
pitre des oyfeaux ( lefqueis 
en general nos Touonpinam- 
baoults appelent Our a) par 
,, ceux qui font bons à manger 
Et premièrement diray qitils ont grand 
quantité de fesPoulcs que nous appelons 
d'Indes lefquelles euxnommêt Angwfi- 
ouffou: Comme aufsi depuis que les Por- 
tuçalois ont- fréquenté ce pays la ( car 
auparauant ils n'en auoyent point) ils 
leur ont dôné l'engeance des petites Pou 
ies c5munes qu'ils nÔmmt A rignan-mm; 




Onra 

eyftau" 

Arwn7i 

o 
CUJfoH 

toutes 
d'indt. 

min 

Toutes 
tQmmwnes. 



&lif* 



ïoS HISTOIRE 

toutesfois outre, ainfi q Ue i'ay dit quel- 
que part,qu'iiV font cas des biaches pour 
auoir les plumes afin de les teindre en 
rouge & de s'e ptirer le corps, encores ne 
mangent ils guère ni desVnes ni des au- 
tres : & mefmes eftimans que ks œufs 
^îri- qu'ils nomment *Arignan-ropia , foyent 
£»**- poifons, non feulement ils eftoyent bien 
repia esbahis de nous en voir humer, mais auf- 
fi vdifoyent ils , ne pouuans auoir la pa- 
tiëce de les laifler couuer, c'eft trop grâd 
gourmandifeàvous, qu'en mangeant vn 
œuf vous mangiez vue Poule.. Partant ne 
tenans gueres plus de côte de leurs Pou- 
les que doifeaux Saunages, les laifians 
podreou bon leur femble elles amenét le 
plusfouuent leurs poufskis des bois & 
bullions ou elles ont couué : tellement 
que les femmes Sauuages n'ont pas tant 
de peine à eileuer les pents d'Indets auec 
y des moycufsd'œufs qu'on a par deçà. Et 
ÏÏSSL de faitle »P° u les multiplient tellement 
en ce pays là,qu'il y a tels endroits &tcls 
villages,des moins fréquentez des eftran 
gers, ou pour vn coufteau delà valeur 
d'vncarolus, on en aura vne d'Inde, & 
pour vn de deux lht ds , ou pour cinq ou 
fixhaims àpefcher, trois ou quatre des 
petites communes. 

Or auec ces deux fortes de poulailles, 
nos Saunages nourriffent -domefiique- 

ment 



Grand 
quantité 
de poults 
d'Indes & 



DE L'AMERIQUE. ^9 

ment des Canes d'Indes , qu'ils appelent 
Vpecmtis parce que nos pauuresTw»*- Vpee 
plmbaouk* ont cefte opinion enracinée, e~^ 
Le s'ils mangeoyent de ceft Animal qui 
marche ainfi pefamment, cela les empcf- %* 
cheroit de courirquâd ils feroyec châtiez J^ 
&pourfuyuis de leurs ennemis, il fera r . a ms 
bien habile qui leur en fera tafter. S ab- 
ftenans aufsipour mefme caufe de tou- 
tes beftes qui vont lentement, & meimes 
des poiffons comme les Rayes & autres 
quinenagentpas vifte. ( 

Quant aux oy féaux Sauuage, il sen 
«rent pat les bois de gros côme Chapos, 
&de trois fortcs,queies Brefihens nora- 
ment.lacoutm, lacoupen, & lacou-ouajjou. Tnh f „. 
lefquels ont tous le plumage noir &grm ^ 
mais quant a leur gouft, comme le croy /~ 
que ce font efpeces de Faifans,aufsi puis FMfMS . 
ie affeurer qu'il n'eftpas pofsible de man 
ger de meilleures viandes , que {ont ces 

Jaeotts. ! ,,.,•, Monta 

Ils en ont encores deux excelles qu us eyfeMrM . t 
appelent^f^^defquels font aufsi gros 
que Paons & de mefme plumage que les Moca- 
fufdits : toutes fois cefte forte eft rare & MMf 

Ynarn- 
s en trouue peu. • 

Moctc**» UYnambm-omjfou font deux bou-ou- 
efpeces de Perdrix aufsi greffes qu'Oyes a Jfou 
& de mefme gouft que les precedens. *-gf 
Comme aûfsi les trois fuyuans lonWÇ trdrif . 



*7° HISTOIRE 

aflauoir Ynamboumiri-> de mefine gradeur 
que nos Perdrix : Tegajfou de la grofleur 
d' vn Ramier: ^Taicacu comme vneTour 
terelle. Amfipour abreger,& laiffât àpar 
1er du gibier qui fe trouue en grade abo- 
dance,tât par les bois que fur les nuages 
de la mer , mares & fleuues d'eau douce, 
ieviendray à parler des oifeaux lefquel* 
ne font pas fi cômuns à mâger en cefte ter 
re du Brefil. Entre les autres il y en a 2. de 
mefme gradeur,ou peu s'en faut, aflauoir 
plus gros qir vn Corbeau , lefquels ainfi 
prefque que tous les oifeaux de l' Amcri- 
que,ont les pieds & becs crochus comme 
les Perroquets, au nôbrc defquels on les 
pourroitmettre.Mais quant au plumage 
côme vous mefmes iugerez après Tauoir 
entêdu,ne croyâs pas qu'en tout le mode 
3l fe trouue oifeaux déplus efmerueilla- 
ble beauté, en les confiderât il y a bie de- 
quoy no pas magnifier nature, corne font 
les prophanes , mais admirer l'excellent 
Créateur d'iceux.. 
Pour dCc en faire la première premier 
esfrat < î ue les Sauuages appelct Araty ayant les 
*yÇf**f*x Paumes des ailles & celles de la queuc,la- 
quclle il a longue de pied &-dcmi,moitié . 
aufsi rouges que fine efcarlatc , & l'autre 
moitié', la tige au milieu de chacune plu- 
me feparatles couleurs opofites des deux 
cotiez , de couleur celefte aufsi eftincelât 
que le plus fin cfcarlatinquifcpuiflV voir: 



DE L'A M E. RI Oy E. I7l 

& au fufplus tout le refte du corps azuré 
quad ceft oifeau eft au Soleil ou il fe tiét 
ordinairement , il n'y a œil qui fe puifle 
lafler dele regarder. Canidi 

L'autre nômé CaniJe'#y*tit tout e plu ^ « 
ma^e fous le vétre& àlétourducol auiii ^«^ 
iauncquefin or,le delfus du dos,les ailles «*«* 
& la queuë,d'vnbleufinaifqu'il n'eft pas 
pofsible de plus,vous diriez aie voir que 
il eft veftu d'vne toile d'or par deflous, & 
emmâtelc de damas violet figuré par def- 
fus.Les Sauuages en leurs chanfons font 
fouuét métion de ce dernier difât & repe 
tât en cefte façon: Canide iouue canide iouue 
heuraeuech-.c'eû à dire vn oifeau iaune,vn 
oifeau iaune &c.& au refteplumans fon- 
o-neufemét3.ou4.foisl'ânee ces deux for 
tes d'oifeaux, lefquels bie qu'ils ne foyét 
domeftiques font neâtmoins plus fouuet 
fur des arbres au milieu de leurs villages 
que parmi les bois,ils fôt fort propremét T/w , M 
(corne i'ay dit ailleurs)des robes,bônets, g*w£. 
bracelets, garnitures d'efpees de bois: Unnets 
&autres chofesde ces belles plumesdont w*n6- 
ilsfe parent le corps . I'auois rapporte mgt)its 
en France beaucoup de tels pennaches Sauuages. 
& fur tout de ces grandes queues fi bien 
ainfi que i'ay dit ', naturellement diuer- 
fifiees de rouge &de couIeurcelefte.Mais 
paffant à Paris à mon retour , vn quidam 
de chez le Roy , à qui ie les monftray 



TQUS 

plu* gros 
&plus 
beaux Ter 

roquets. 



T^ecit du 

langage & 

facon'ef- 

merueilla> 

blealvji 

Tçrroquet 



I72 HISTOIRE 

ne ceffa iamais par importunite , qu'il ne 
les euft demoy. 

Quant aux Perroquets , il s'en trouue 
de 3,011 4. fortes en cefte terre du Brefil, 
mais quant aux plus gros & plus beaux 
que les Saunages appelent Mourons, les- 
quels ont la tefte riolce de iaune , rouge, 
& violet, le bout des ailles incarnat ,1a 
queue longue & iaune, .& tout le refte du 
corps verdjilne s'en repafle pas beau- 
coup par deçà: ^cependât outre la beau- 
té du plumage, eftans aprins ce font ceux 
qui parlent le mieux , & par confequent 
aufquels il y auroitplus de piaifir . Et de 
fait vn Truchement m'en fit prefent d'vn 
qu'il auoitgaW trois ans , lequel profé- 
rait fi bien tant le Sauuage que le Fran- 
çois, qu'en ne le voyât pas, vous n'eufsiez 
iceu difeerner fa voix de celle cTvn hom- 
me. 

Mais c'eftoit bien encore plus grand 
merueille d'vn Perroquet de cefte efpece, 
qu'vne femme Sauuage auoit apprins en 
vn village à deux lieues de noftre Iflercar 
comme il ceft oifeau euft eu entendemét 
pour comprêdre & diftinguer ce que cel- 
le qui l'auoit nourri luy vouloit dire, 
quand noli s pafsions par là, elle nous di- 
foitenfonlangagcrmc voulez vous don- 
ner vn peigne ou vn mirouer & ie feray 
tout maintenant en voftre prefence chau 

ter & 



DE L'AMER IQV E. 1/3 

ter Scdanfer mon Perroquet? tellement 
quepourenauoirlepafletcmps,nousluy 
baillans fouuent ce qu'elle demandoit, 
incontinent qu'elle auoit parlé à ceftoi- 
feau,*l fe prenôit 11011 feulement à faute-, 
1er fur la perche ou il eftoit , mais aufsi à 
caufer , Gifler & à contrefaire les Sauna- 
ges quand ils vont en guerre dVne façon 
incroyable: brief, quand bonfembloità 
fa maiftrefle , de luy dire chante, il chan- 
toit:& danfe il danfoit.Que fi au contrai 
re il ne luy plaifoit pas , & qu'on ne luy 
euft rie voulu bailler, fi toft qu'elle auoit 
dit vn peu rudement à ceft oifeau ^Auge\ 
c'eft à dire ceffe,fe tenât tout coy fans dire 
mot, quelque chofe que nous luy eufsiôs 
peu dire, il n'eftoit pas lors en noftre 
puiffancedeluy faire remuer pieds ni la- 
eue. Partant penfez que fi les anciens Ro 
mains, lefqaels comme dit Pline furent Û fi|W 
faces que de faire non feulement des fu- c h*tâ* 
nerailles fomptueufes au Corbeau qui 
les faluoit nom par nom dâs leur Palais, 
mais aufsi firent perdre la vie à celuy qui 
l'auoit tué,euffent eu vn Perroquet fi bië 
appris , comment ils en euffcnt fait cas, 
Aufsi cefte femme Sauuage , l'appelant 
fon Cherimbauc>C& à dire chofe que i'ai- 
me bien , le tenoitvelle fi cher,que quand 
nous luy demandions à vendre, & que 
c'eft qu'elle en vouloit , elle refpondoit 



I0m 



- 



Mar- 



1,74 - histoire 

par moquerie ^JMocaouaffou , c'eft à dire 
vne artillerie : tellement que nous ne le 
fceufmes iamais auoir d'elle. 

La féconde efpecede Perroquets appé 
lez çjjfyfarganas car les Sauuages,qui font 

f tT/uets de Ge ? x c i uon a PP orte & q u '°n voit com 
qu'on ™*> munément en France, n'eft pas en grande 

tl'eZnt eftime entr ' eux : & de fait les ayans par 
pardeca. delà en aufsi grande abondance que 
nous auons ici les Pigeons , quoy que la 
chairfoitvnpeu dure,ayât neantmoins le 
gouft de la Perdrix, nous en mâgions fou 
uent & tant qu'il nous plaifoit. 

La troifieme forte' de Perroquets nom 
Touts mcz ^^P aries Sauuages , & par nous 
' pttité forte autres Moiffons , ne font pas plus gros 
de Terre- qu'eftourneaux: mais quant au plumage* 
excepté la queue qu'ils ont fort longue^ 
entremefleedeiaune,ils onrle corps en- 
tièrement aufsi verdque porree. 

Auant que finir ce propos des Perro- 
quets, me refouuenant d'auoir leu en vne 
erreur Cofmographie qu'afin que les ferpens 
fv* C°f; ne mangent leurs œufs , ils font leurs 
7ouchlTu^às^nànsl vne branche d'arbre iedi- 
Facon des rav ici en parlant , qu'ayant veu le côtrai 
Croquet* ie en ccux de FAmerique qui les fôt tous 
dans dés creux d'arbres , en rond & affez 
durs, iepenfe queça cfte'vne faribole & 
conte faitaplaifirà Fauteur de ce liure. 
^ Les autres oyfeaux du pays de nos A- 

meri- 



DE l'aMERIQJ E. I75 

m eriquainsfôt,en premierlieu celuy que 
ïlsapvelétToucandât a autre propos l'ay Tpuca 
fait mention ci deffus.il eft de lagroffeur 0? /^. 
d'vn ramierj&a tout le plumage,exeepte 
le poitral , aufsi noir qu'vne Corneille, 
mais ce poitral l'enuirô de quatre doigts **u t 
en longueur & trois en largeur eftant"»'* 
pins laSne que faffran, efcorchéqu'il eft f^ 
par les Sauuages,outre qu'illeur lert tat fmMX 
pour s'en couurir & parer les ioues, que s**«». 
autres parties de leurs corps encores par 
ce qu'ils en portent ordinairement quant^ 
ils danfent le nommant Toucan-tabouracé 
c'eftà dire plume pour danler,ils en font 
plus d'eftime: toutesfois enayâs en grâd 
nÔbre ils ne font point de diffiçultez d'e 
bailler & changer a la marchandée que 
les François &^ Portugais qui trafiquent 
• par delà leur portent. h -Summ- 

Mais au furplus ceft oyfeau Toucan a-ji rumx de 
yantle becplus longue toutle corps 3 & W<~ 
gr osen proportion.fans luy paragonner i •*« 
riluy oppofer celuy de grue,quin'eft rie 
en comparaifon ,il le faut tenir non feule 
ment pour le bec des becs , mais auisi 
pour le plus prodigieux & monftrueux 
qui Te puiffe trouuer entre tous les Oy- 
feauxdel'vniuers. 

11 s en ontvn d'autre efpece delà grolleur Panm 
d'vn Merle & àinfi noir , fors la poitrine.^ 
qu'il a rouge come fang de beuf laquelle ^.^ 
les'Sauuages efcorchet côme le précéder W£ », 



■■ 



r . ' 9m 



■IHHH^HM 



Orna- 
pian 

eyjtau en- 
tièrement 
rouge. 



Çonam 
huch 

oifelet 
trefyeth. 
& (on 
cha.ni ef 
fnermiila- 
ble. 



vawte es 
Lenteurs de 
pltf/ieurs 
oy féaux de 
t'^Amerty. 



XjS HISTOIRE 

& appeîcnt ceft oifeau Tanou. 

Vn autre delà grofleur d'vne Griue 
ou ils nomment jQ^utampian^ lequel fans 
rien excepter a le pxumage aufsi entière* 
ment rouge qu'efcarlatew 

Mais pour vne fingulieremerueille & 
chefd'œuure depetite'tfe, il n'en faut pas 
obmettre vn que les Sauuages nomment 
GonambuchAz plumage blanchaftré & lui 
fant:iequel côbien qu'il n ait pas le corps 
plus gros qu'vn Frelon.ou qu'vnCerfvo 
iarit, triomphe neantmoins de chanter: 
tellement que ce trefpetit oifelet ne bou- 
geant gueres de deffus ce gros Mil que 
nos Ameriquains appelent Auan^ou fut 
autres grandes herbes , ayant le bec & le 
gofier toufiours ouuert , fi on nefoyoit 
& voyoit par experience^on ne diroitia- 
mais que chvn fi petit corps ïl peuft for- 
tir vn chat fi franc & fi haut, voire fi clair 
& fi net, qu'il ne doit rien au RofsignoL 

Aufurplus paixe queie nepourrois 
pas fpecifier par le menu tous les oifeaux 
qu ? on voit en celle terre du Brefil , non 
feulement differens en efpeces à ceux de 
noftre Europe,mais aufsi d'autres varie- 
tez de couleurs: comme rouge, incarnat, 
violet, blanccendié, diapré, de pourpre 
& autresrpour la fin Ten deferiray vnque 
les Sauuages (pour la caufe que ic diray) 
ont en telle recommendation > que non 

feule- 



De l'amer I QV E* t*]-y 

feulement ils feroyent bienmarrisdelujr 
mal faire , mais aufsi s'ils fcauoyent que 
quelcun en eut tué de cefte efpeee,ic croy 
qu'ils fen feroyent repentir. 

GeflOyfeaun'eft pas plus gros qu'viï 
Pigeon, Ôc de plumage gris cendré : mais 
au refte,qui elt le miftere que ie veux tou 
eher,ayant la voix penetrante,& encores 
pluspiteufe que celle du Chahuarit * nos 
£2iXi\iïesTouQupinambaoults qui l'entèndét 
aufsi crier plus fouuent de nuit que de ^t m> 

i a r • - • l étés SauuA 

iour, ont celte reluerie imprimée en leur £«/*>r«- 
cerueau,que leurs païens & amis tresêûi $f*\ n " 

r r l * , * • . r chant <tv& 

lez en ngne de bonne aciuenture& pqnttyftm, 
les accoûrager a fe porter vaillamment 
contre leurs ennemis , leur enuoyent ces 
oyfeaux : de façon qu'ils croyent ferme- 
inentjs'ils obferuentcequiieur eftfigni- 
Êépar ces Augures , que noix feulement 
ils veineront leurs ennemis en ce monde 
mais qui plus eft quandils feront morts* 
que leurs âmes ne faudront point d'aller 
trouuer leurs predece/feurs derrière les 
montagnes pour danfer auec eux. 

le couenay vne fois en vn village ap* 
pelé Vpeç par les François , ou fur le foir 
oyant chanter airtii piteufement ces Oy-* 
féaux, & voyant ces pauures fauuàges fi 
attentifs à les efeouter * fcachànt aufsi 
la raifon pourquoy ie leur voulu remott 
ïtrer leur folie:mais ainfi qu'en parlant a 

M 



I7 3 



HIST O I R F. 



euxie me pnns vnpeuarire contre vil 
Francois qui eftoit auec moy : il y eutvn 
vieillard qui afTez rudement me dit tais 
toy,& ne nous empefche point d'ouïr les 
bonnes nouuçlles que nos grands pères 
nous annoncent à prefent: carquand nous 
oyons ces oifeaux nous Tommes tous rçf 
iouys & receuohs nouuelle force* Partât 
fans rien répliquer 4 car c'eufi: efté peine ? 
perdue,me refîouuenant lors de ceux qui 
tien net & enfeignet que les âmes des tre£ 
palTez retournas de purgatoire les vien- 
Umeri- net aufsi aduertir de leur deuoir, ie pen-; 
quainspus fay que ce que font nos poures aueuglés, 
\ut f chx Ameriquains en ceft endroit, eft encores 
qui croyit pj us fupportable: car corne ie diray plus 
hfafiiï** amplement parlant de leur Religion, co- 
roir après {3 j en qu'ils confelTent l'immortalité de» 
ames,tât y a neantmoins qu'ils n'en font 
pas la logez de croire qu après qu'elles 
font feparees des corps elles retiennent 
ains feulemet difent que ces oifeaux font 
leurs mefîagers. Voila ce que i'auois à di \ 
re touchant les oifeaux de FArnerique^ 
Il y a toutesfois encores des chauuef- 
?hauuejjhu fouris en ce pays là, prefques aufsi gran- 
r:ffuccant ^ QS nos Choucas, lefquelles entras la \ 

le fzngdes^ m 1 ,^j r 11 - 1 . 

êrrtiis de nuit das les rnaiios il elles trouuetqueJk, 
cun qui dorme les pieds defcouuerts(s'a-? ) 
dreffans toufiours principalemét au grosq 
ortëificlles ne faudrontpoint de luyiuc- 
ccr le fang)& d'e tirer quelques fois plus 



la mort 
des corps 



Cjrandes 



ceux qm 
dorment 



D E L* AMERIQUE. tj$ 

&in pot fans qu'il en fente rien: tellemét 
*{ue quand on fe refueille le matin on eft 
toutesbahi de voirie lid de cotô &Iapla 
cetoute fangîante: dequoy cependant ies 
Sauuagess'aperceuâs, foit que cela aduie 
rie a vn de leur natiô ou a vn éftrâger, ils 
né s'en fët que rire. Et defait,moymefme 
ayât efté quelques fois ainfi furprins>ou- 
trela moquerie que i'en receuois, encore 
y auoit il (quoy que la douleur ne fut pas 
autremet grade) que cefte extrémité' ten- 
dre au bout du gros orteil eftât offencee* 
je ne me pouuois chauffer de z.ouj.iours 
finôa grand peine. Ceux de rifle de £um<* 
na^cpï eft enuiro ij. degree au deçà de l'E 
quinodial, font pareillemét moleftez de Hiftgen 
ces grandes &mefchâte$ Chauueffouris. des Ind» 
Auquel propos cehiy qui a eferit l'hiftoi î^^îl-*, 
re générale des Indes recite vne plaifante * 
hiuoire.Ily auoit dit il à S. Foy de Ciri- 
bici vn feruiteur de moyne qui auoit la 
pleureiie,duqueln'ayat peu trouuer la vei 
ne pour le fcigner,&eftâtlaifîépour mort 
il aduint de nuit qu'vne Chauueffouris le 
mordit près du talô quelle trouua defeou ^laipmu 
uert , dont elle tira tant de fang que non J^J^ 
feulement elle s*en faoula,mais aufsi laif nejfmrn, 
fant la veine ouuerte^il en faillit autât de 
fâiîg qu'il eftoit befoin pour remettre le 
patient en fanterqui fut vn plaifant &gra 
cieùx Chirurgien pour le malade, 

"M* 1 



- 



x8o 



HISTOIRE 



Yra 

mi ell? 

yetic 

an notre. 



? n.j* Quant aux Abeilles de 1 Amérique, 

abeilles de n ^-' r , , i , ,, j- 

/4«rrtrf«neftans pas iemblables a celles de par 
rBrç i lL deçà -, ains reiTemblans mieux les petites 
mouches noires que nous auons.cn Efté, 
principalement au temps des raiiins , el- 
les font leur miel & leui cire par les bois 
dans des creux d'arbres. Et ainfi Us Sau ? 
uages qui fcauét bien amafier Tvn &l'au- 
tre> & qui encores méfiez enfemblc appe 
lentcehYra-yeticyCd.ï yra e&le miel biyctic 
la cire 3 après qu'ils les ont feparez , ils 
mangent le miel ainfi que nous faifons: 
& quant à la cirejaquelle eft prefque auf 
fi noire.' que poix ils la ferrét en rouleaux 
gros commele bras. Non pas toutesfois, 
Knivfage >jj s çn f acent n j torche ni chandelle,ear 

detanhes *1 - -. . 

mde+hAn-: n'vfans point la nuit q autre lumière que 
f ell " e » tre de certains bois qui rend la flamme fort 
gu. claire, ils le leruent principalement de 
celle cire à eftouper les grofles cannes de 
bois ou ils tiennent leurs plumafleries, 
afin de les conferuer contre vne certaine 
efpece de papillons lefquels autrement 
les gafteroyent. 

Et afindedefcrireâufsi ces beftioles* 
arauerslcfciucUcs font appellees parles Sauua- 
TcipiUons g fS ^/irauers-i n'eftans pas plus grofles 
"uïï'&u 0* nos Grillets r & fortans ainfi la nuit 
viande e ^ troupes auprès du feu r fi elles y trou- 
""**' lient quelque chofe , elles ne faudront 
point de le ronger. Mais principalement 

outre 



de -l'am'e riqve. i8i 

'outre qu'elles fe iettoyent de telle façon 
fur les collets & fouliers de marroquins 
que mangeans tout le deflus, ceux qui en 
auoyent,àleur leué les trouuoyent tous 
blancs & èfdeure^encores y auoit il cela 
^ue fî nous laifsiôs le foir quelques Pou 
les ou autres volailles cuites mal fer- 
rées J ces tArauers les rongeans iufques 
aux os , nous nous pouuions bienatten- 
dre de trouuer le lendemain des Ana- 
tomies. 

LesSauuages fontaufsi perfecutez en 
leurs perfonnes dvne autre petite ver- 
minette qu'ils nomment Tom laquelle fe *f m 
trouuant parmi la terre,& neftat pas ^x vermint 
cômencemét fi grofle qu'vne petite P^ce,^;;f 
fe fichant neantmoins, nommément fous ç QW u s 
les ongles des piedz &des mains,ou tout "*'* 
foudain ainfi qu'vn ciron elle y engendre 
vne demaiaifon,fi on n'eft bien foigneux 
de la tirer, dans peu de temps fe fourrant 
toufiours plus au at elle deuiendra auisi 
groffe qu'vn petit pois & ne la pourra on 
arracher qu'auec grand douleur. Et ne fe 
Tentent pas feulement les Sauuages qui 
"- vont tout nuds & tout defchaux attaints 
& moleftez décela , mais aufsi nousaUr 
très François , quelques bien veftus & 
chauffez que nous fufsions auions. tant 
d'affaire à nous en garder , que pour ma 
part quelque foigneux que ie fuite d'y re 



ani 



.- 






tBz HISTOIRE 

garder fouuet,on m'e a tiré plus de vingt 
pour vn iour. Brief l'ay V eu perfonnagej 
pare/feux de les tirer, eflre tellement en- 
damage* de ces tignes-puce^, que nô feu 
lementilsenauoyentles mains, pieds, & 
orteils gafte2,mais mefmes fousles aifej 
les,& autres parties tendres, ils eftoyent 
tous couuerts de petites boflettes comç 
verruresprouçnantesde cela, Aufsi iç 
çroy pour certain, que c'eft cefte petite 
beftiole que Thiftonen des Indes occidç 
taies appelé i\7/^^, laquelle aufsi corne il 
dit fe trouue enllile Efpagnolk,car voi 
Ci ce qu'il en a efcrit.LaiV/V^eft comme 
vne petite puce qui fautereîïe aime foi t la 
poudre:elle ne mort point finon e's pied$ 
ou elle fe fourre entre k peau & la chair, 
& aufsi toft elle iette des lêtilles en plus 
grande quantité' qu'on n'eftimeroit,atten 
du fa petitefle : lefquelles en engendrent 
d'autres, & fi on les y laifïe fans y mettrç 
ordre,elles multiplient tant qu'on ne les 
çn peu t chaffer ni remédier qu'aucç le feu 
ouïe ferrmais fi on les oftede bonne heu 
re , elles font peu de mal. Aucuns Efpa^ 
gnols en ont perdu les doigts des pieds, 
autres les pieds entiers. 

Or pour y remédier nos Ameriquainf 
fe frottet tant les bouts des orteils,qu'au 
très endroits ou elles fe veulent nicher 
fur eux, d'vne huile rougeâftre & çfpeffç 

faite 



DE t'AMïRIQVï- l8j 

faite d'vn fruit qu'ils nomment ÇouroqM Çm^ 
'«uel eft prefque corne vne chaftaigne en /*»,»«- 

pardela.Outre plus ceftonguét eitii lou ^a 
uerain pour guérir les playes, caflurës ■& ^^ 
Wutres douleurs qui furuiennétau corps B , 5 „. 
humain , que nos Sauuages cognoiflas la ^.^ 
vertuvle tiennêt aufsi precieuxqu on tait huiU de, 
quelque part la fainteWle. Et de. fee le «--^ 
barbier du Nauire , ou nous repaflalmes 
en Frâce, l'ayât experimétee en plulietrrs 
fortes en rapporta io.ou 12. grands po ts 
plains:& autant de graiffe humaine qu il 
auoit recueillie quand les Sauuages cui- 
foyent &roftiffoyét leurs prifonmers de 
guerre à la façon que ie diray en fon lieu. 
Dauantage l'air de cefte terre du Bre- 
fil produit encores vne forte de petits 
mouchillons, que les habitans nomment 
YmWefquels piquent fi ymement,voire Yet in 
à trauers des leeers hàbillemens , qu'on mm w» 
diroit que ce fôt pointes d'efguilles. Rljg- 
tant vous pouuez penfer quel pafletemps 
c'èft , de voir nos Sauuages tous nuds en 
eftrepourfuyuis : carclaquans lors des 
mains fur leurs feiîes,cuiiîes,efpaules,& 
fur tout leurs corps, vous dînez que ce 
font chartiers auec leurs fouets. I'adiou-. 
fteray encores qu'en remuant la terre Se 
dèffous les pierres en noftre terre du Bre 
fil ôntfbiïuedès Scbfpions,iefquels co- 



ï&f HISTOIRE 

Uorpions bien qu'ils fpyent beaucoup plus petit* 

H$ft ^ ue . ceux ? u ' Gn voiî; en Prouehce, néant* 
venimeux moins pour cela ne laifient pas , commç 
iePay expérimente' , d'auoir leurs poin~ 
tures venimeufes & mortelles. 

Gomme ainfi foit doncques que ceft a- 

nimal cerche les chofes nettes , aduint 

qu'vn iour après que i'eu fait blanchir 

. mon lid de coton, l'ayant repêdu en l'air 

Scorpions \ i /» j o ' •• * 

timansies a Ja taço-n des Sauuages, il y eut vn Scor-> 

fbofesmr^ïpn lequel s'eftaiit caché dans le repli, 

ainfiqueie me voulus coucher (fans que 

ie le viffe ) me piqua au grand doigt de la 

main gauche, laquelle fut fi foudainemét 

enflee,quefien diligence ie n'eulleeu re-* 

cours àl-vn de nos Apothicaires , lequel 

en ayant de morts dâs vne phiole auec de 

] huile m'en appliqua vn fur le doigt , il 

n'y a point de doute que le venin ne fe 

Xémede *"** ^ ou ^ n efpanché par tout le corps., 

tonttfU Et de fait nonobftant ce remède, la coma 

Swl g*™*" fi grande que ie fus Tefpace de 

fit». vingtquatre heures en telle deftrefle,quc 

de la vehemence de la douleur que ie fen 

tois ie ne me pouuois contenir. Les San- 

uages aufsi eltans piquez de ces Scorpiôs 

s'ils les peuuent prendre, vfent de la mef 

me recepte , alTauoir , de les tuer & efea- 

$**«àgn cher fur la partie offencee. Au refie cômç 

^!^ , ^ a y^^ c I uclt I ue part,tout ainfi qu'ils font 

Tort vindicatifs, voire forcené* contre 

toutes 




DE L' AMERIQVE. 185 

toutes chofes qui leur nuifent, mefmes 
s'ils s'ahurtent du pied contre vne pierre 
ainfi que Chiens enragez ils la mordront 
à belles dents, aufsi recerchâs autant que 
il leur eft pofsible les belles qui les endo 
magent,ils en defpeuplent leur pays tant 
qu'ils peuuent. 

CHAP. XII. 

& aucuns pijfons flmcomuns entre les San 
ttages de l Amérique : & de leur manière de 
fefchen 

FIN d'obuier aux redites> 
lefquelles i'euite tant que ie 
puis , renuoyant les lecteurs 
,j tantes troifieme,cinquieme 
■% & feptieme chapitres de ce- 
fte hiftoire, qu'e's autres endroits ou i'ay 
ia fait mêtion des Baleines, Monftres ma 
rins,poiffons volans, & autres, ie choih- 
rayprincipalemét en ce chapitre les plus 
frequés entre nos Ameriquains dèfqufclf 
neantmoins il n'a point encore efte parle. 
Premierement,afin de commencer par ^.^ 

le genrcles Sauuages appelent tous poil pujrm ,_ 
fons «Pâmais quant aux efpeces ils ont -^ , 
de deux fortes de Mulets qu'ils nommet^. 
KuremaZc /War * lefquels ■(& encore plus M£v<* 
le dernier que le premier ) fort que vous 




ï8<S HISTOIRE 

les facie* roftir ou bouillir, font excelle- 
mens bons à mâger. Etparce, ainfi qu'oï* 
a vcu par experience depuis quelques an- 
nées tât enLoire qu'autres nuieres deFrâ 
ce ou les Mulets font remôtez de la mer, 
que ces poifTons vont couftumieremené 
par troupes, les Sauuages les voyâs ainfi 
iw, ^P. a 5§ rofles nuees bouillôner dàslamer, 
SauLgè*' tlr * s Soudain- à trauers rencotrent fi bien 
* fie/cher que prcfquc à toutes les fois ils en embro 
j Mulets chent plusieurs de leurs grandes ftefches, 
lefquels ainfi dardez ne pouuans aller en- 
fond, ils vont quérir à nage. Dauantagc 
d auut que la chair de ce poiffon fur tous 
autres eft fort friable quâd ils en prennét 
grande quantité, après qu'ils les ont fait 
feicher fur le 'Boucanais les efmient & en 
font de la farine qui eft fort bonne. 
C îrZtf- & amour ouf ouy ouajfou cft vn bien gran d 
fa 7 grand V°ifi° n ft*> zufsi ouajfou en langue Breiî^ 
?*m» ; lienne veut dire grand ou gros felon Tac- 
cent qu'on luy donne^duquel nos Totiou- 
finambdoultsiom ordinairemet mention 
quand ils chantent difant ainfi: Viraouap 
fou a oueh K amouroupouy ouajfou a oueh &c. 
Ouara & c '& fort bon à manger. 
& Aca ^ cux autres qu'ils nomment Ouara a 
ra-ouaf^ cara - otia jr°^P r ^^^^d^ mefme grâdeur 
f 0H que le precedent mais meilleurs;voiré di 
pQ'ffimsde ray que V Outra n'eft pas moins délicat 
liiats - que noftre Truite. 

Acœ* 



DH l' AME RIQVÏ. 187 

^carafep poiifon plat qui iette vne Ac ^ 
graifleiaune en cuifant laquelle luyiert _ 
de faufle : & en eft la chair merueilleufe- ,,„/„„ p /4« 
pjent bonne. . 

, sicar^boutenpoitton vifqueux de cou- *c*r* 
leur tânecou rougeaftre, qui eft de moin JjjWg 
dre forte que les fufdits , & n a pas le^,„. 
gouft fort agréable au palais. 

Vn autre qu'ils appelent Pira-ypochi, Vira 
qui eft lone comme vne Anguille,& ne&ypocbi, 
pas bon : zuhiypocbi enleur langage veut^»'** 
dire ce[a. 

Touchant les Rayes qui fe pe/chent^f- 
tant en la riuicre de Genevre qu'es mers âece\itU< 
4'enuiron,elles ne font pas feulemet pinsf-r**- 
larges que celles qu'on voit en Norman- 
die , Bretagne & autres endroits depar 
deça,mais outre cela, elles ont deux cor- 
jies affez langues , cinq ou fix fendaffes 
fous le vetmqu'on diroit eftre artificiel- ^ff$g 
Us, 1* queue longue & deflice , voire qui %$W 
pis, eft d dangereufe & venimeufe, que 
comme ie vis vne fois par experience , fi 
toftquVvne que nous auions prife & ti- 
re^ dans vne Barque eut picque la iambe 
d'vn de noftre compagnie -, l'endroit de- 
uint tout foudain rouge & enfle. Voila 
fommairemet & derechef touchât aucuns 
ppiffons de mer de T Ameriq. dcfquels au 
furplus la multitude eft innombrable.. ; . 
Au refte les riuieres d'eau doucç de ce 



î88 HISTOIRE 

pays Iàeftans aufsi remplies d'vnc infini 
te de moyens & petits poiffons > lefquels 
*Pira- en general les Sauuages nomment <Pj r *± 
mm & min & *Acara~miri ( car miri en leur pa- 
uicœ- tois veut dire petit) ïen deferiray feule- 
rnirt ment encores deux merueilleufement dif 
*™*H formes. 

foni. 

Le premier que les Sauuages appe- 
Tamou lent Tamou-ata , eft communément long 
ata de demi pied, a la tefte fort grofle , voire 
^ff^ tm *& au Pris du refte , deux bar- 
«rm,'. oillos fous la gorge , les dêts plus aiguës 
que celles dvn brochet,les areftes piqua- 
tcs,& tout le corps armé d'efcaiiles fibie 
a l'efpreuue, que comme i'ay dit ailleurs 
du Tatou befte terreftre , ie ne croy pas 
qu'vn coup d v efpecluy fit rien :1a chair 
en eft fort tendre bonne & fauoureufe. 
cPdna- j^utre poiflbt! que les Sauuages nom 
fana m< \ c 7/*^*ra*ieft de moyenne grandeur: 
fàjfc**- m *is quant a fa forme, ayant le corps 
jZ^ uçuë & P eau femblablc & ainfi afpre 
tufi. que celle d > vn Requien de mer,il a du re- 
fte vne tefte plate fi biiarre,& fi eftrange- 
ment faite,que quand il eft hors de Peau, 
fediuifant& feparanten deux il fembïc 
qu'on luy ait fendue,&nYft pas pofsible 
de voir tefte de poiflbn plus hideufe. 

Quant à la façon de pefcher des Sau- 
nages , faut noter en premier lieu fur ce 
que i'ay défia dit,qu ils prennent les mu- 
lets à 



DE l'AME R.I-OyE. 189 

lets a coups de flefches (ce qui fe doit auf 
fi entendre de toutes autres efpeces de 
ppiffons quails pçuuët choifir dans Peau) 
que non feulemtft les hommes & les fem- 
mes de l'Amérique 5 comme chiens bar- 
bets afin d'aller quérir leur gibier Scieur 
pefche dans l'eau..» feauent tous nager» r1ommff 
niais qu'aufsiles petits enfans dés qu'ils f^T s& 
commencent à cheminer fe mettans dans l ^ eri 
les riuieres,& fur le bord de la merrgre-f^^ 
nouïllét défia dedâs corne petits Canars. 
Pour exemple dequoy ie reciteray brie- 
nemét qu' ainfi qu'vn dimanche matin en 
nous pourmenant fur vnc plate forme de 
noiVre fort nous vifmes renuerfer en mer 
vne barque d'efeorce., dans laquelle il y 
auoit plus de trente peifonnes Sauuages 
grands &: petits qui nous venoyent voir: 
comme en grande diligence auec vftde 
nos bateaux pour les penfer febourir, 
nous fufmes aufsi toft vers eux,îes ayanè 
tous trouuez iiageans & rians fur l'eau, 
il y en eut vnqui nous dit : & ou allez 
vous .ainfi a figrand hafte vous autres 
zJMairï (ainfi appelent ils les François) 
Nous venons pour vous fauuer &rerirer 
de l'eau > difmes nous . Vrayement dit il 
nous vous enfeauonsbongre: mais au 
relie auez vous opinion quenous nous 
puifskms noyer? Pluftoft fans aborde? 
terre demeurerions nous huit ioursfur 







I$0 HISTOIRE 

l'eau de cefte façon : tellement que ndui 
craignons beaucoup plus que quelque 
grand poiflbn ne nous traifne en fond* 
que d'enfoncer de nous mefraes. Partant 
les autres qui tous nageoyent aufsi aifé- 
ment que poifibns,eftas aduertis par leur 
compagnon de la caufe de noftle venue û 
foudaine vers eux , en s'en moquant s'en 
pnndrent "fort à rire, que comme vne 
troupe de Marfouins nous les voyons & 
entendions foufler & ronfler fur l'eau.Et 
de fait.combien que nous fufsions enco- 
res à plus d'vn quart de lieuë de noftre '} 
Fort, fi n'y en eut-il q quatre ou cinq qui 
le voulurent mettre dans noftre batteau, 
& encores plus pour caufer auec no s que 
de crainte qu'ils euffent. I'obferuay que 
»on .feulement les autres , quelques fois 
en nous deuançans nageoyent tant roide 
&fi bellement qu'ils vouIoyét,mais aufsi 
fc repofoyent fur l'eau quand bon leur 
fembloit.Et quant à leur Barque d'efeor- 
fe, quelques licts de couton& viuresqui 
eftoyent dedans lefqucls ils nous appor- 
toyentqui furent perdus, ils ne s'en fou;. ' 
cioyent certes non plus que vous feriez 
d'auoir perdu vnepomme: car difoyent 
ils n'en y a-il pas d'autres au pays? tt* 

Au furplusiene veux pas aufsi ob-^ 
mettre fur cefte matière de la pefcherie ; 
des Samiages,auoir ouïdire à vnd'iccuxr 

que 



Dfi l'a mer iay E. 19* 
due comme auec d'autres il eftoitvnefois q*rçi 
en temps de calme dans vne de leurs Bar- *«*^ 
ques d'efeoi Ce affez auant en mer,il y eut, Mha „ t 
ïngros poiflon lequel la prenant parle£.£& 
hord auec la patte 5 à fon aduis,ou la vou- £. ,^j« 
loit renuerfer ou fe letter dedans Ce que ££*- 
voyant , difoit-il , ie luy coupay foudai- 
l^ement la main auec vne Serpe , laquelle 
main eftant tombée & demeurée dedans 
noftre Barque, non feulement nous vif- 
mes qu'elle auoit cinq doigts, comme 
celle d'vn homme, mais aufsi de la dou- 
leur que ce poiflbn fentit , monftrât hors 
de l'eau vne teftequi auoit femblable- 
ment forme humaine,il ictta vn petit cri* 
Sur lequel wcit affez eftrange.de ceft A- 
meriquain ie laifleray à philofopher au 
le&eur fifuyuant la commune opinion . 
qu'il y a dans la mer de toutes les efpeces 
d'animaux qui fe voyent en terre,& nom 
mément qu'aucuns ont efent des Tri- 
tons & des Sereines-.aflauoir fi s'en eftoifc 
point vn ou vne, ou bien vn Marmot 
ou Singe marin auquel ce Sauuage af- 
fermoit auoir coupé la main. Toutesfois 
fans condamner ce qui pourroit eftre de 
telles chofes ie diray que tât durât l'efpa 
ce de 9. mois que i'ay efté en pleine mer 
fâs mettre pied en terre qu'vne fois.qu'en 
toutes les nauigatiôs § i'ay fouuet faites 
fur les riuages ie n'ay riéapexceu deeek, 



- 



l$Z Ht S TO I It H . 

ni veu poîflbn qui approchait fi fort de te 
femblance humaine. 

Pour doncques continuer à parle*- de 
la pefcherie de nos Tomupinambaotdts^ 
outre celle premiere façon de flefcher 
les poiflbns dont i'ay fait mention, enco 
res à leur ancienne mode VQnt ils couftiz 
miercmét fur l'eau douce ou faleejdeflus 
certains radeaux , compoiez feulement 
de cinq ou fix pieces de bols rond plus 
grofles que le bras liées enfemble, qu'ils 
. . appelent ^Pvperis , fur lefquels ils font afi- 

TiperiS£ s i esca iff QS & les ïambes cftêdues & pef 

furUfcfueb chetainii (auisi bieque du bord de Peau) 
auec certaines efpines qu'ils accommo- 
dent en façon d hameçon: & mefmequâd 
ils nous voyoy et pefcher auec des haims 

p .* ou rets(qu'eux appelent 'Tuijfaouafîou) ou 
*f, *Ml nous fcauoyêt bien aider, ou pefcher 

**,<!Lr $<*** bien tous fieuls auec icelles fi on leur 

Tels £1 P*J~ t ^ 

cher, en bailloit . Mais fui: tout nos Sauuages 

depuis que les François trafiquent par 

Hameçon* dela,trou uans fort propres les hameçons 

trmuex^ qu'ils leur portent pou r fai re ce mcftier 

flXsïZ de pefchene,faifas leurs lignes d'vne cer 

uagestr taine herbe qu'ils appel etTcwa?;? laquelle 

anoyii/' fe tillecome chaure,& eft beaucoup plus 

font leurs forte 5 louent grandement ceux qui leur 

f*fïhtr. cîî ont baillé premièrement l'inuention. 

Aufsi comme Pay dit ailleurs, font bié 

apprins les petits garçons de ce pays là, 

à dire 



Us Sauua- 
ges pefch'ét 



DE L'AME R I Oy V. JPJ 

à dire aux efti angers qui vont par delà. F *« n to 
De agatorem amabï pinda,ce& à dire, tu es ff^ 
bon donne moy des haims: car agatorem com s** 
en leur langage veut dire bon:<m^/don ««£"• 
nemoy:&/W*eftvnhain. Q^e (i on ne 
leur en baille, la canaille -tournant fubi- 
tement la telle de defpit , ne faudra pas 
de dire de-engaipa-aïoHca,c'cPi à dire:tu ne 
vaux rien,il"te faut tuer. 

Sur lequel propos ie diray que fa on 
veut eftrc coufin, comme nous parlons 
communément, tant des grands que des 
petis,qu'il ne leur faut rien refufer.Vray 
eft qu'ils ne font point ingrats: car prin- 
cipalement les vieillards fe refouuenans 
du donqu'ils auront receu de vous , voi- 
re mefmelors que vous n'y penferez pas, 
en le recognoiifant vous dôneront quel- U; ^ 
ques chofesen recompenfe. Mais quoy ™ ? **««f 
qu'il en foit i'ay obferué entr'eux quecô ££££ 
me ils aimét les hommes gays.ioyeux, & & i,b<- 
liberaux,par le contraire ils haiflent fort ™*; nt 
les taciturnes, chichcs,& mélancoliques, auxd'hu. 
Partâtque les limes fourdes,fongecreux, %££*. 
taquins, & ceux qui comme on dit , man- 
gent leur pain en leur fac,ne facent pas e- 
ftat d'eftre les bien-venus parmi nos Ton 
^ipambaoults: car de leur naturel ils dé- 
tellent telle manière de gens. 

N 



i94 H I s T ° l R E 

CHAP. .X III. 




Des Arbres •> H 'erbaf , & Fruits exqui$ 
que produit la terre du ifrejih 

î$\ Y A NT difcouru ci deffus 
^ des animaux a quatre pieds* 
^,enfembledesOyfeaux,Poif- 
^ïfons , Reptiles , & chofes 
Mayans vie.mouuement &(en- 
tîment, qui fe voyenten l'Amérique : a- 
uant encores que parler de Ja Religion, 
Guerre, Police, & autres manières de 
faire qui refte à dire de nos Saunages , ie 
pourfuyuray à défaire les Arbres , Her- 
bes, Plantes, Fruits & en fomme ce qu'on 
dit communément auoir ame vegetatiue 
qui fe trouuent aufsi en ce pays là. 
Premièrement entre les arbres les plus 
' célébrez & cogneus maintenant entre 
nous, le bois dê'Brefil (duquel cefte terre 
a prihs fon nom a noftre efgard ) à eaufc 
delà teinture qu'on en fait, eft des plus 
eftimez. Ceft arbre dôcques,que les Sau- 
ç/frœ- uages appelent <>/{raboutan -> c roi ft com- 
boutan munement aufsi haut & bianchu que 
bots de J cs Chefnes es foreftsdc ce pays: & sen 

brefti é-U « r ' 

fatondt trouue qui ont le tronc 11 gros , que 
tétrbre. trois hommes ne fcauroyent embrailer 
vn feul pied . Quant à la fueille , die eft 
comme le buys: toutesfois de couleur ti- 
rant 



Î>E L'A ME RIQVE. 195 

rant plus furlevertgay, & ne porte au- 
cun fruit. 

Mais touchant la manière d'en charger 

les Natures , dequoy ie veux faire men- 
tion en ce heu , notez que tant à caufede 
la dureté , & par confèrent de la dirn- 
culté qu'il y a de couper ce bois,que par- ^ ^ 
ce que n'y ayant cheuaux ,afnes, ni autres uauxni 
belles pout porter, charrier, ou traifner-™ 
les fardeaux en cepaysla,il fautneceiiai-, Wmrra 
rement que ce foyent les hommes qui fa- **** 
centeemeftienn'eftoit que les eftrangers 
qui voyagent par dela,font aidez des Sau 
uages,ils ne feau royent charger vnmoyé 
Nauire en vn an.Les Sauuages doneques 
moyennant quelques robes de frizes,che 
mifes de toiles , chapeaux, coufteaux, Se 
autres marchandées qu'on leur, baille, 
non feulementiauecles coignees, coings 
de fer , & autres ferremens que les Fran- 
çois & autres de par deçà leur donnent) 
coupent,fcient,fendent,mettent parquar «*(£ 
tiers,;&arrôdiffent ce bois de Brehl,mais ,„,,,,„,,, 
aufsi le portent fur leurs efpaules toutes Wg : 
nues, voire le plus fouuent , d vne oipde tSfMtln 
deux Heuës loin, par des montagne, &,. ; ^- 
lieux affez fafcheux lufques fur le bord de*, m . 
la mer près desvaifleaux qui font à l'acre, 
ou les Mariniers le reçoyuet.Ie di exprel 
fément 6 lesSauuages,defpuis que lesHa 
çois ÔcPortugais frequentet en leur pays 
. ■ Ni 



Ï9^ HISTOIRE 

coupent leur bois de BrefihcarauparauJt 
a*™» 7 ainil ^ UC la 7 ^"tendu des vkfilaids , ils 
^^/^ ,aao 7 cnt P rc ^ ues aùt.einduflrie pour 
qxawsd'a- abbatre vu ai bre, linon que de mettre ]<» 
arbreejhn * eu au pied. ht parce a ufn (]u û y a des per 
mntreie fonnages pardeca,qui penient que les bu 

feu au pied 1 < j , x l . ,. I *•* ^m. 

ches rondes, qu on voit ordinairement 
chez les ; marchans>foit la grolTeur des ar 
brcs;pdur môftrer que tels sabufcnt^ou- 
tre que i'ayia dit qu'il s'en trouuedefbrt 
gros, fay encores adioufté que ks Sauua- 
ges,tât afin qu'il leur foit plus aife' à por 
ter qu aifé à manier dans le Nauire, l'ar- 
rondiffent&accouftrerttde cefte façon. 
Aufurplus,p'arce que durât le temps que 
nous auons cftéen ce pays là,nous auons 
fait de beaux feux de ce bois de Brefîl: 
i'ay obferu^ que n'eftant point humide 
^^. comme les autres arbres, ains comme na 
llVreiïi turellement fée, qu'il ne fait que bicpeu, 

Lf w &pîe ^ lleS P °* nt du tout de furnte en 
JaûS fumce bï\\i\am. le diray d'auantage , qu'ainil 
Cendre de qu'vn iour vn de noftre copaçnic fe vou 
flf "• lant méfier de blachir nos ebemifes, fane 

gnatenrou # v,uvni J ■ *-*1 1<111S 

get**»?* le douter de rien, mit des cendres de Brc 

t?£t ûl dans la leffiue > V u ' au Jl ™ de les faire 
bUnchirdu. blanches, il les fit fi routes \ que quoy 
Un l'; qu-on ks fcciift lauer puis après il n'y 
eutiordrede leur faire perdre cefte cou- 
leur: de façon qu'il nous les fallut aipfi 
veftir & vfer. 

Au refte 



D E L'A ME RI OVÏ. 197 

Au refte , parce que nos .TouoHpittam- 
baoults font fort «bahis de voir prendre 
tant de peine aux Franço.s, & autres de 

lointains pays, d'aller quérir leur «g* 
L^c-eftàdireBrefil-.ilyeutvnefois 

vn vieillard d'entr'eux qui lur cela »«*« ■ 

lelledem.nde. Que veut .d.re qjie _vous «•£* 

autres &l&r & ■?«' ^' eft a dl e J""?* <^» s *"" 
çois &Portugai.)veni« quérir de fi *»£~p A 
du bois pour vous chautfcr | n Ipn y a il „ e/w 
point envoftre pays? A quoy l*y ayant «*«- 
refpondu qu'ouy & en grande quantité, 

mais non pas de telle forte .que <« \**f 
n imefmes"duboisdeBrefil, lequel les 

noftresnemmenoyent pas pour bruller 
comme il penfoit, ains icomme eux mêl- 
ées en vfoyent pour rougir leurs cor- 
dons de Cotons,plumes &autres chofes) 
pour faire de la teinture , il me répliqua 
Soudain. Voire mais vous en faut il tant? 
Ouy luy di-ie car ( en luy faifant trouuer 
bon > y ayant tel marchant en noftre pays 
quia plus de frifes & de draps rouges: 
voire mefmes m'accommodant a luy par 
1er de chofes qui luy fuffent cogneues) 
de coufteaux cifeaux, mirouers,& autres 
«narchandifes que vous n'en auez «mai. 
veupardeca,ilacheteraluyfeultoutle 

bois P deBrefil,dontplufieursNauire 
s'en retournent chargezde ton pays . Ha 
ha! dit mon Sauuage, tu me contes mer- 

V* S 



*9% HIST OIRE 

ueilles. Puis ayant bien retenu ce que ie 
lay venais de dire , m'interroguant plus 
auantdit. Mais ceft homme tant riche 
donttumeparJes,nemeurtil point? Si 
fait,fi fait luydiie,aufsi bien que les au- 
tres. Surquoj (comme ils font grands dif 
eoureurs.&pourfuyuc-t fort bien vn pro 
pos lufques au bout ) il me demanda de- 
rechef : & quand doneques il eft mort à 
qui eft tout Je bien qu'il Jaifie ? A fes en- 
fans s'il en a , & au défaut d'iceux à fes 
frères, feurs, ou plus prochains parens. 
Vraiment, me du lors mon vieillard 
(nullement -Jourdain) à celle heure co- 
gnoisieque vous autres ^Matr, c'eftà 
dire François, eftes de grands fols : car 
vous faut il tant trauailler à paffer lamer 
jur laquelle (comme vous nous dites e- 
ftans arriuez par deçai vous endurez tant 
de maux , pour amaffer des riçheffes ou à 
vos enfans, ou à ceux qui furuiuenta- 
presvous? La terre qui vous a nourris 
Smmc, " efteilepas aufsi fufh'fate pourles nour 

;:;t & T N r s a , u r ns( f dioufta il)des p are " s ^ 

Pbijofipk* dcs enrans,Ielquels, comme tu vois,nouc 

JÊSS 127 f Chenfl0n , s:ma ' s P"« que nous 
r4««i». nous apurons qu'après noftre mort, la 
terre qui nous a nourris les nourrira, 
/ans nous en foucier autrement , nous 
nous repofons fur cela.Voila fommaire- 
ment &auvrayle difeours quei'ay en- 
tendu 



PE r l'AMERIQVÏ. Ï0$ 

tendu de la bouche dvn panure Saunage 
Ameriquain. Partant outre que celte n ' /e 

tion, que nous eft.mons tant barbare, fe 
So^l bonne grace de ceux qu," ^Z 
eer de leur vie paflent la mer poui aUr, 
ge, aetui A Rre fii a fin de s'enrichir,- ?«»«" 
auerir du bois aenreiuduii u>- Jm . atm _ 

" a1h.«p -meuble qu'elle foit attri- tws< pto 

encores qlquc aueu & »c u , A&ë*uf«t* 
buant plus à nature & a la fertilité de la ^ 

terre que nous ne faifons a la puiffanceSc 
tene qae f j en i U _ «/«./^ 

crouidencede iJieu, ieicuv.i v ,„uproM- 

Lment contre les rapineurs, portans le /e 
fkre de chreftiés, dot la terre de par deçà ft» 
eft aufsiréplie,que leur pays en eft vuide 
quant a fes naturels habitans. Et peuft a 

Dicu,fuyuât ce que .'ay dit que nos T «- 
L«; w /. ^,haiftent morte^mentles 

a/ancieux,qu afin qu'ils fermffetdeua de 
Demons &de furies pour tourmeter nos 
gouffres infatiables tqui n'ayas ïama.s af 
fezdebiés , ne fonticique fuccerlefang 
des autres ils fuffent tous cofinez parmi 
eux. Il falloit qu'a noftre grande honte, 
& pour iuftmer nos Saunages du peu de 
foin qu'ils ontdes chofes de ce modeie hf 
feceftedigrefsiCenleurraueur.Aquoyce ^ 

me féblefencor bië a propos, le pourrav ft< - 
adionfter ce que lhiftorié des Indes a ef ^Ind. 
critd'vne certaine natiô de Saunages du h 4 -ch. 
Peru.Carcômeil dit voyas ducomecemet irf 
les Efpaenols roder en ce pays la : ne les 
youlâs receuoir (tant parce qu'ils eftoyet 

N 4 



_ 



SOO HISTOIRE 

barbus,queles voyâs ainfi fi bragards & 
mignons ils craignoyent qu'ils ne les cor 
H,,„i, rom P lfl «" &changcaffent leurs ancien, 
«,$*H* nes coultumesj Içs appeloyent efcume de 
ï2Zr h *f'»f»M ûai pères , hommes fans re- 
pos qu, ne fe peuueht arrêter en aucun 
lieu pourculduer la terre afin d'auoirà 
manger. 

«9*»»» , Pou f%«ant donçques à parler des 
pfiru, arbres de celle terre d'Amérique, ilsy 
»»er, en tfouu ^dc quatre ou cinq fortes de Pali 
fimri,. miers,dont entre les plus communs font 
vn nomme' par les Sauuages gérai, & vn 
r« *rbr f autr e Yr * : mais comme ni aux vns ni aux 
Vfifrm autres ie nay iamais vcu de Dattes,aùfsi 
croy Ie qu'ils n'en produifentpomt. Biâ 
eft vray que /Tri porte vn froït rôd com 
me petites prunes ferrées & arreneees 
• cnfemble , ainfi que vous diriez vn bien 
gros raifinrtellemem que ceft tant qu'v« 

homepeutleuerd'vnemainrmaisilnya 

que Je noyau, qui n'eftpas plus.gros que 

celuy d vne cerne , qui en fort bon. Da- 

jw™, uantage il y a aufsi vn tendron blanc cn- 

deshZs trclesfu eiJJesdelacime des icunes Pal- 

tjm*, miers, lequel nous coupions pour man- 

bons cent, , __ a. 1 : r' • , r i' " V "UIl- 

«»*«■*. p Ci - & dl 'oitle fieurduPont. quieftoit 
mMk, fuiet aux hémorroïdes que cela y eftoit 
bon : dequoyieme rapporte aux Méde- 
cins. 

Vn autre arbre que les Sauuages appe- : 

ient 



DE i'AMERTOVE. iOl " 

lent Jïri, lequel, biea qu'il ait les fueil- ^ 
IL corne le Palmier, qu'il torglf g*£ 
à lentour d'efpines , aufsi deilices & pic- ^^<àr 
quantes qu'efguilles, qu' il porte iuisi »n;„/»*. , 
fruit de .Moyenne grofleùr dans lequel fe 
trouue vn noyau blanc comme neigc.qui 
toutesfois n'eftpas bon à mâger,eit «eat- 
moins à mon aduis vne efpcce dhebene: 
car outre ce qu'il eft noir, & que les Sau- 
nages àcaufe de fa durté en tont leurs ef- 
pees & maffues de bois : voire vne partie 
Se leurs flefehes , lefquelles iedefcriray 
quand ie parleray de leurs guerres,eitant 
fort poli & luyfant quâd il eft mis en be- 
fongne , encores eft il fi pefant que li on 
le met en l'eau, il ira au fond. 

Au relfe , & auant que palier plus ou- 
tre, il fe trouue de beaucoup de fortes de 
bois de couleur en cefte terre d'Ameri- 
que,dont ie ne fcay pas tous les noms des 
arbres.Entre les autres,i'en ay veu d auf- **££ 
fi îaunes que Buis, de naturellement vio- blancs& 
lets , dont i'auois apporté quelques rei- «w». 
gles en France, de blancs comme papier: 
d'autres fortes de rouges que le Brefil, 
dequoy les Sauuages font aufsi des ci-, 
pees de bois & des arcs . Vn autre qu'ils 
nomment Copa-u, lequel outre que fur le q^ 
piedilrefemble aucunement au Noyer, «£«*P 
fins porter noix toutesfois, encores les £*,£'£ 
jtis comme i'ay veu , en eftant mis en be- 



2oa HISTOIRE 

fongneen meuble de bois , ont Ja mefme 
5::f"^ Veinc - ^mblablemcntils'ei, trouueau 
Kiftfeur cu "s oui ont les fueilJes plus efpeffesque 
îfZTJf J e *° n! d'«trcs lesayan. larges de 
/«« %,. P If d & demi: & deplufieurs autres efpe- 

ces qui feroyent longues a reciter par Je 

menu. 



moi, ^ Mais fut tout ie diray qu'il y a vn ar- 

& àt r rC C " Ct ?*P ,à ' ,cq . uel auec » beauté Cet 
il mei ueilleulement bon , que quand les 
menuifierslechapotoyent ou rabotcyëc 
fi nous en prenions des coupeaux ou des 
buchilles en Ja main* nous auiôs Ja.vraye 
lenteur d'vne franche rofe. D'autre au 
contraire que les Sauuages appelent a^_ 
Muai ou- a i qui put & fent fi forties aulx , que 
SK flon Ic co ^ > ou qu'on en mette au féu, 
w««. on ne peut durer auprès . Ce dernier a 
prefquesles fueilJes comme celles d'vn 
pommier: mais au refte fon fruit ( lequel 
eft aucunement de la forme d'vne cha- 
ftaigne d'eau) & encores plus le noyau 
qui eft dedans, font fi venimeux , que qui 
enmangeroit ilfentiroit foudain l'effet 
dVn vray poifon . Toutesfois parce que 
ceft celuy, dont ïay dit ailleurs que nos 
Amenquains font des fonnettes pour 
mettre a lentour de leurs iambes ils 
l'ont en grande eftime a caufe de cela. Et 
faut noter en ceft endroit , qu'encore* 

(comme 



DE L'AMERIQJB* 20J 

{come nous verrons en ce chapitre ) que 

celte terre du Brcfil produife beaucoup 

de bons & excellens fruits, neantmoins 

il s'y trouue plufieurs arbres qui por- ^, lu/!tart 

tent fruits beaux a merueilles, lé^g&J 

toutcsfois.nefont pas bons a manger. 

Et nommément furie riuage de la mer £££ 

il y a force arbrifleaux qui portentles ^^ 

leurs relfemblans prefquesanos poires 

yurees.maistresdâgereuxàmanger.Aut 

fi les Sauuages voyans les François , ou 
autres eftrangers approcher de ces ar- 
bres pour cueillir le fruit, leur difant 
en leur langage ypochi , c'eft a dire il n eft 
pas bon , les aduertiffant de s'en donner 
garde. 

Hiuourae (comme ie l'ay ouy affermer tf im fr 
àdcuxieuncs appôticaires qui auoyènt raue ' 
paffé lamer auec nous) ayant l^.?*? '<££** 
de demi doigt d'efpais , & affez p^aifan- Snmx _ 
te à manger, principalement venant frail ^fm» 
chement de deffus l'arbre , eft vne efpe- <%%? 
cede Gaiat. Et défailles Sauuages en *„>»*»« 
vfent contre vne maladie qu'ils nom- Vum» 
ment T^w,laquelle,comme ie diray ail- 
ieurs,eft aufsi dangereufe qu'eft la grofte 
vérole par deçà. 

L'arbre que les Sauuages appeler Çho~ 
yns eft de moyenne grâdeur, a les fueilles 



2°4 HISTOIRE 

Choyne approchantes de forme de celle d'vn Lan 
*rbr,e„ : ner,& ainfi vertes:& porte vn fruit eros 

»«» frm, comme Ja telle d vn enfin* Air A i *.- 

gmsïomme ^ «vu lisant, rait de la fa- 

u,.-. çondvn ceuf d'Auftruche , lequel n eft 
£7^1'^ s ; bo » * ""nger.Neantmoin* nos Ton- 
S^uagc, oupinambaoults en referuans de tous en- 

£i;Jr; ners f nfo ^Jeurinftrumentnommé^^ 
«jw w«idont iay ia fait& feray encores men 
~*~- uoncomme aufsi ta „ t pour faire I„ raf- 
les ou ,1s bojuen^.qu'autres vantaux ils 
en creufent & fendent par le milieu 

Continuant a parler des arb'res, il s'en 
trouuevn que les Sauuages notmnentS*- 
Sabau- hiverne- portant fon fnur plus eros que 
taie les deux poingts , f ait en feçô / vn \ 

tlt Jct ' dans Jc< î^l H y a certains petits no- 
/*»«.£ y aux comme amendes , & prefques de 

Stfte mefmes |N* L V cfte a ^«oirrefcorce 
^./i w ° u coquille de ce fruit, eft fort propre à 
*VW. fa.re vafes , & penfe q„ e ce foit ce que 
nous appelons noix d'indes , lefquelles 
après qu'elles font tournées & appro- 
priées de telle façon qu'on veut , on fait 
couftumierement enchafler en argentpar 
deçà. Aufsmous eftansen ce pays nar 
Vil. , Ja : n nom "ié Pierre Bourdon , excel- 



■ ^ntTourneur^yantVakpiTrrbra; 1 ; 



excellent 



uurneur vaics & autres vaifleaux , tant de ces 

mal ream. f rA iît< Ar> C / »• ,♦ . 

fenfide XrU1 t ts de b *boucate que d'autres bois de 

ViUe £ a g . couleur, il en fit prefent à VilWaenon 

lequel les pnfoit grandement : toutef- 

foi* 



BE t'A M BRIQUE. 205 

fois le pauure homme en fut fi mal re~ 
compenfé parluy que (comme ledjray 
en fon. lieu ) ce fut l'vn de ceux qu'il fait ( 
noyer & fuffoquer en mer àcaufedel'E- 

uangile. x 1 

11 y a au furplus vn arbre en ce pays la 
lequel croifthaut efleuécomme les cor- , 
miers,& porte fon fruit nomme Acaiou } ^ ^ ;j 
de la grofleur & figure d vn œuf de pou- ammt vit 
le. Ce fruit eftant venu à maturité eft «f£ + 
plus iaune qu vn coing, & au relie il eft ranger. 
non feulement bon à manger, mais aufsi 
ayant vn iùs vn peu . ai.gret , & néant- 
moins agreableà la bouche , quand on a 
chaut, ceftéliqueurrefrefchit fortplai- 
famment: touteifois eftant affez malaife 
d'abatrededeffusecs grâds arbres: nous 
n'en pouuiôus.gueres auoir autrement 
finonque les Guenons montans deflus 
pour en manger nous en faifoyent tom- 
ber en grande quantité. 

rpaco-aireeftvn arbrifleau qui croift ep ac £ 
communément dedix ou douze pieds de aire 
haut, & quât a fa tige,ebmbien qu'il s'en **,$** 
trouue qui l'ont prefques aufsi greffe "«<"• 
que la cuifle d'vn homme,tanty a qu'elle 
eft fi tendre qu'auee vne cfpee bien tran- <? acos 
chante d'vn feu! coup vous en abattrez gjjgp 
vn. Quant a fon fruit que les Sauuagcsp^' 
* nommenttP^iif efli déplus de demipied H um. 






20<? HISTOIRE 

de long \ de forme aflez reifemblant à vfl 
Coucombie>& ainfi iaune quand il eft 
ineuntoutesfois croifîans vingr ou vingt 
cinq ferrez tous enfemble en vne feule 
branche, nos Ameriquains les cueillans 
par gros fioquets tant qu'ils peuuentle- 
uer dvnemain jes emportant ainfi eri 
leurs maifons. : 

Touchant la bonté de ce Fruit, quand 
il eft venu à fa iufte maturité , & que 
Ja peau, laquelle feleuetout anifi que 
d'vne figue frefche , en eft oftee , vn peu 
«Paco fembIabiement grumeleux qu'il eft,vous 
fr u«aya»t àlri !: z ** Je- mangeant que c'eft aufsi y- 
goujtàeji-toe ngue : & de fait à caufedecela nous 
gu», autres François nommions ces P***/ Fi- 
gues : vray eft qu'ayant encores legouft 
plus doux & fauoureux que hs meil- 
leures Figues de Marfeilie qui fepuif- 
fent trouuer , il doit eftre tenu pour Vvn 
des beaux & bons fruits de cefte terre 
du Brefil . Les hiftoires racontent bien 
que Caton retournant de Carthage, ra- 
porta à Rome des Figues de merueil- 
leufe groffeur, mais parce que les an- 
ciens n'ont fait aucune mention de cel- 
les dont ie parle, il eft vray femblablc 
que ce n'en eftoyent pas. 

Au furplus les fueiiles du Paco-aire 

font 



D E L'AMERIQJ^ *°7 

font de figures allez femblables à cel- 
les de LaLthum aquaticum, mais au 
iefte C flan P s de fi excefsiue grandeur , 
que chac T a co.-ne.enr gJ^U~* 
fix pieds de long , & pi"* d %£ cux " \ tlKtt fim 
la ge, 16 ne croy pas qu'en 1 Europe, ' 
A'?e,ni Affriquc: il le trouue de $«*«£ 
tandc"&lVlaV S ^ le ^:^q U0 7. 
lue ^ve ouy affeurer à Apoticaire auoir 
Jeu vJefueaiç.dePetafites ivne lne 

ïvn quart de large,qui eft à d ,re,ce fim- 
pie eftant tout rold, trou aulnes & «roi. 

Laus de ^W^^MfS 
ce pas approcher de celles de noitre 

%2ouJ. il & m m ^ ftan :,s s 

efpefles à la proportion JMj^g 
deur v ains au contraire fort mmce.SC 

toutesfois fe tenans toujours toute, 
droites , quand le vent eft vn peu im- 
petùeux (comme ce pays d Amérique y 
îft fort te > n'y ayant quela t.« ? da 
milieu de la fueille qui ouiue refifter, 
to le refte alentour fe découpe -de te U 
le façon, que les voyans vn peu de loin 
iL lUre vous ingériez que.ee feroyent 
plumes d'Auftruches. 

Quant aux arbres portans le cou- <Atin ^ tt 
ton kfquels croiffent en moyenne hau-^.. 
trar il V en a en abondance en ce cmmtMii 
fie terre du Brefil: la fe»* vient cy* 



•io8 HI STOIRl" 

petite clbchette iaune comme celle des 
corgels ou citrouilles de par deçà >mai$ 
quand lé fruit eft Formé non feulement it 
a la " figure approchante de la feine des 
fôfteaux de nos foi efts > mais aufsiquand 
il eftmeur , fé fendant ainfi en quatre, le 
Àmeni coton ^i u ^ ' es Americjuains -appelët^w 
ni-iou) enfôrt par tourTeaux ou floquets* 
fiww , gros corne eiteiir: lequel les femmes Sau- 
nages fauehthien amafier & filler pour 
faire des lifts à h faço que le les defpein,- 
dray ailleurs. 

Dauantâgè^cbmbien (ainfi que i'ay en- 
tendu) qu^ncierînement il n'y euftni O- 
rangiers , ni .Citronniers) en celte terre 
, , d Amerique,'tant y a néant m oins que fur 
«i«r^o/ le rhiage de la mer ou les Portugois ont 
fes ora» fréquenté , yen âyans planté & édifié , ils 

ges & ci- \ , J 'r \ J 

iroienisA n y lont pas ieùlement grandement mul- 
nertftte. tipliez , mais anfsi ils portent Oranges 
(que les Sàuùages nomrtxçrït'çJW wgouia) 
douces & grofies corne les deux poings, 
& des Citrons encores plus gros & en 
plus grand nombre. 

Touchant les Cannés de fuccre 5 il en 

croift grande quantité en ce pays la : tou- 

defuccre tesfois nous autres François n'ayans pas 

éJi'efil' encores 5 c ] ua ^ iy r ^ ols f l cs g ens propres 
ni les cho Ces neceffaires pour en tirer le 
fuccre (comme ont les Portugaises lieux 
qu'ils pofîedent par delà) ainfi que i'ay 

ditci 



Cjifanit 

quantité 
de Cannes 



'annes 
S mere. 



be l'amer i ay e. ^09 
ditcideffus au chapitre neufiemcfurle 
propos du bruuage des Sauuages , nous 
lesfaifions feulement infufer pour faire 
de l'eau fucree : ou bien qui vouloit en 
fucçoit & mangeoit la moelle.Sur lequel 
propos ie diray vne chofe qui en fera pof 
fible efmerueiller plufieurs . Cefl que cô-> vinaigre 
tre la qualité du Sucre, laquelle comme * £"" 
chacun fcait , eft fi douce que rien plus, 
nous auons neantmoins fouuent expref- 
fémentlaiflfé enuieillir & moifir des Can- 
nes de Sucre, lefquelles laiflans ainfi 
quelque temps tremper dans l'eau elle 
s'aigrifîoit puis après de telle façon qu'el 
le nous feruoit de vinaigre. 

Semblablement il y a des endroits par ^.. 
les bois ou il croift forceRofeaux &>\ïfc fiauxdont 
nés aufsi greffes que la iambe dVn hom- ^ s -^; 
me: mais bien ( comme i'ay dit du l^aco- y 9ut de 
aire) qu'elles foyent fi tendres fur le pied: %» Pfi 
que d'vn coup d'efpee on en coupera ai- 
fément vne, fi eft-ce neantmoins qu'eftâs 
feiches elles font fi dures, que les Sauua- 
o-es les fendans par quartiers & les acco- 
modate en manière de lancette ou de lâ~ 
«me de ferpent , en font le bout de leurs 
flefehes dequoy ils arrefteront vne befte 
Sauuage du premier coup. 

Le Maftic y vient aufsi par petis buif- 
fons:lequel aue.c vne infinité d'autres her 
bes & rieurs odoriférantes rend la terre 

O 












2-ÏO HISTOIRE 

de tresbonne & fouefue fenteur. 

Finalemét parce qu'à l'endroit ou nous 
eftions aflauoir fous le Capricorne, bien 
qifilyaitdegrâds tonnerres, que les Sau 
uages nôment Toupa^pluyes vehemetes 
& de grands vents, tant y a que ni gelant, 



Terre < 

tréfile- . «-' . ~ ~ n ~ ' J ~ 1~ w *** 5^a«t 

*»W« * neigeant,ni greilant iamais,&par confe 



tArhres 

l ou fi ours 
rdojtam 

r^Ame- 



'£$? ^ UCiU lcs arbrcs n > eftans P oin t affaillis 
ru gaftez du froid & des orages (comme 
font les noftrespardeça) vous les verrez 
toufiours, nô feulemét fis eftre defpouil 
lez & defgarnis de leurs fueilles, mais 
aufsi tout le 16g de l'ânee les forelîs font 
aufsi verdoyantes qu'eft le Laurier en-no 
r/XT- ftre France - Aufsi puis que ie fuis fur ce 
propos , quant au mois de Decêbre nous 
auô* ici nô feulemét les plus petits iours 
mais aufsi que tranciffans de froid nous 
foufflôs en nos doigts, & auos ks glaçôs 
pendus au nez, c'eft lors que nos Ameri- 
*piusi.n V q u ^ins,ayâs Us ieursplusl6gs,ont fîgr.âd 
tours & chaud en leur pays que corne mes compa 
*JbiïZf° § nôs du voyage & moy auos expérimente' 
aumois de nous nous y baignios à Nfo cl. Toutes fois 
fnTJrl c5me ccux q ui entendent la Sphere peu- 
rit/ue. uét comprédre, ks iours n'eftâs iamais fi 
Saif^re- lon S snc fi colI ^s fous lesTropiqucs que 
perces fous nous les auons, en noftre climat, ceux 
' *>.,i.j qui y habitêt les ont non feulement plus l 
efgaux , mais aufsi ( quoy que les an- 
ciens ayent autrement eftimé (les faifons . 

y font 



yues. 



d e5x'ame ri qve in 

y font beaucoup & fans ' comparator* 
plus tempérées.. Ceft ce que l'au^is, à 
dire fur lepiopos des arbres de la terre 

duBrcfil. ? .- 

Quant aux plantes &, herbes donne 
veux aufsi faire mention , ie .commence* 
ray par celle*; lesquelles à caufe de kurs 
fruits >& effets me femblent les plus.ex^ 
ceîlentes. Premièrement la plante qui 
produit le fruit nomme' par ks Sauuagês rp Untes 
lAnanaseb défigure femblable aux glai, #fi*ju* 
euls,& encores , ayant les .fueiljes vnpeu ^ 
courbées & canelées tput alentour y pins 
approchatesde celles d^Alpes. Elle croift » 
aufsi non feulement emmonctke com- 
me vn grand Chardon', niais âufsitfon 
fruit, qui eft de la groîleur d'vn moyen 
Melôi&de façon comméies Pommesde 
pins 5 fans pendre ny pancher d'vn çofté 
m d'autre ,vtét de la propre forte de nos 
Artichaux. > ^ " ' À j{ m ~ 

Ces ananas au furplus , eltans r Y e- ^ 
bus à leur maturité' v font de couleur ; : de pluseXfeL 
iauneazuré, &ontvne telleodeux de -fr^A** 
framboife que non feulement aîlan t ^ 
par les bois on les fent de loin , mais À m 
aufsi quanti leur gouft fondans , en la 
bouche, '&eftans naturellement .- fi doux - ^ 
qu'il nyaconfitures de cep^ys qui lés fur 
patfe, ie tiês que ceille plus excell et fruit 
de r Amérique . Etdefaitmoy-'niefnieen 



2K - HI'S-TOIRE 

ayant antresfoisprefTc'teJ , dont i'ay fei t 
r toi tir pies d>n verre de fuc , celle li- 
queur ne me fembloit pas moindre que 
la maluaifie.Cependant les femmes Sau- 
nages nous enapportoyentdegrands pa 
mers quelles nomment Traçons, auec 
accès <iWdont i'ay ia fait mention, & 
autres fruits Iefquels nousauions d'ellç* 
pour vn peigne ou pour vn mirouer 

■ Povr l'efgard des Simples. que cefte ter 
re du Brefil produit, il y en a vn entre les 
Tetm aut resque nosTou-oupnambaoults nom- 
fimfk de menti 9 f««,lequel croift vn peu plus haut 
££» que noftre grade o 2 cilIe,a ks fueilles af- 
içz;femblables, mais encores plus appro 
chantes de celles de Côfolidamaiorf Ce- 
tte herbe , a caûfe de la finguliere vertu 
que vous entendrez qu'elle a, eft en gran 
de eftime entre les Sauuages:& voici cô 
met ,1s en vfent. Apres qu'ils l'ont cueil- 
. ; ie& fan fâcher par petites poignée* en 
, leurs maifons, ils en prennent quatre ou 
cinq fueilles , lefquelies ils enuelopent 
; dans vne autre grand fueille d'arbre en 
?( . ... façon de cornet d'efpice. Cela faitmettas 
TslL Je ( T V*£ P« " ^ >P" le mettans 

>. . ■-. iiniwn won « „^/ J 1 t 



amii vn peu allume dans leur bouche, ils 



d\hÀ 

mer la f h 
mee de 
c Teùun. 



en tirent la fumee>la(jiielle, combien que 
elle leur refTorte par les narines & par 
leurs Ieures percées j ne JaiflTe pas néant- 
moins de tellement les fubftanter , que 
• princi- 



DE L'AMERIQUE. 2IJ 

principalement s'ils vont. en guerre, & 
Le la oteefsitc les prefix, ils feront ftffta 
ou qoatie lours fans fe nourri d ****. FtmMjll 
chofe II eft vray qu'ils en vient .encoi es :n > ttu „ fHT 
pour vn âutrd efgard : ear parce quexela ^ 
leur fait diftiller les humeurs fuperftue» 
du cerueau , vous ne verriez gueres nos 
Brefiliés fans auoir chacun v n cornet de 
cette herbe pendu au col : mefmes a tou- 
tes les minutes& en pariant a vous ycete 
leur feruant aufsi décontenance., -ils en 
hument la fumeclaquelle, comme l'ayu : 
dit (eux reffertas foudain la bduche) leur. 

refforr parles nez, & .p« lesievres.,.tei^ 
dues,comme d> v n enceafoir. Neâtmoins 

ie n'en ay point veu vferaux femmes v«5 
ne fcay la raifon pourquoy : mais; bien 
diray-re , qu'ayant rjioy méfmes . expert 
menti cefte fumee,de<7>«M^i'ayknuque 
elle .raffafie & gârdetbien d'auoir faim. 
Au refte quoy qu'on. a f -pek maintenant 
par deçà la Necocknnc ,ou herbe »»l*^ 
Boyne <?««»>. tant s?en taut toutestois ^ mtint 
que ce foitde céluy dont ie parle , qu'au £*£$£ 
contraire 5 outreque:cesd«ux plantes n'ot 
rien de commun ni en forme m en pro- 
priété , encores quelque recherche que 
i-aye faite en pluueufs tardins ou Ion ie 
vantoitd'auoir dufl«*s itrfques a p relent 
ie n'en ay point vëu en noftre France . tx 
afin que celuy qui; nous à Élit Me de ion 



t/j tut de 
choux 



rf-iKPifort 
uonnti & 
f » grande 
abondanie 
cni'^4mt 



2I 4 HISTOIRE 

Abgoumoife, qu'il ditcftrevray Return 
ne penfepas qae ^ fc fl 7 TjJJJ 

Am . fi k «n»! du fimple L.nt ,1 S 

famfare,! en dr autât que « J a Necocié- 
ne.teliement qu'en ce cas iémefuy conce- 
de pas eetqu "il. pretend : aflàuoirqu'il ait 
Wrteiepremxerdelagrainede Penm 
enlace, ou a canfe du froit ,'effime que 

mak^eraent cefrmplepourroit croiftre. 
«?* fcy *«f„ ; iKeu . par . a e a * ae manière de 

Uxoux 5 ue ks, Sauqages nomment. À* 
™-a,dotals font qudquefbisdu potage, 

ierqueJsontJesfoei^saursiJarçes&pfef 
ques de mefme forte q celles SSLSftB 
qw croift furies mara,s C n ce pays deçà. 
rçjfd qo.ant aux racines outre celles de 
gffiP*?* 1 ^-%'Vdefquelles comme 
Mjduau neufieme chapure les Sauua* 
gesfont.ide Ja farine ; ils c « ont encores 
d autres qu'ilsappeJlent Hmch, lefquek 
ks .non feulement «raflent en aufsiWan 
de abondance enleur. terre; que font Je/ 
raws en Ljmofin , ou en Sauoyé s mais 
auisi il sfeh treuue communément d'auf- 
« grofles-que-les deuxporngts & lon- 
gues d-v-n pied & dem 7 plus" ou moins; 
±t combien.que les voyant arrachées 
hors de terre on iugeàrt de prime face 
a la fembJance, ■ qu'elles fufient toute 
dvne forte: tant y a . néanmoins 

d'au- 



DS l'AMERIQVE. 2»5 

d'autant qu'en cuifant les vnes dene- 
nans viollettes comme certaines Pafte- 
ZTcs de ce pays , les autres «ones 
comme Coins ,& les troiiemes ban- 
cheaftres^ayopimonquilyen a de 
trois efpeces. Mais quoy qu il en m 
evous P puis afleurer que quand el es 
font cuites aux cendres , jj****** 
ment celles qui iauniffent , qu elles ne 
font pas mohrs bonnes à manger que 
les meilleures Poires que nous puii- 
fionsauoir. Quant à leurs fiieillc, les- 
quelles traifnent fur terre comme He- 
Sera terrcftris , elles font fort fcmbja- 
bîé à celles de Cocômbrç.,ou des plus 
laïïes Efpinars qui fe puinenttrouuer 
paf deçà f non pas toutes fois quelles 
g*7« vertes' car quant à a couleur 
eîks tirent plus à celles de Vins Alba. 

Au refte parce qu'elles ne portent point 
de graines , les femmes Sauuages , q ^ 

font foigneufes au pofsible deles mul- s 

tiplier , pour ce faire ne font autre £** 
chofe (ϕnrc merueilleufe en l'Agricul- 
ture) finoft d'en couper par petites pie- 
re comme on fait icy les Carotes poui 
f r 'efXdes: & femâsc y e!a par les champs 
elles ont au bout de quelques temps au- 
tdegro^sracines^H^q^ :: - 
feme de petits morceaux . Touus.ois 
parce que c'eft la plus grande manne de 



efyece de 

not f et te 

dans terre. 



£16 H I ^ T ft T B 

celte terre du Brefil,& ^ïhns par pays 
on ne vouprefquc, autVe chofef leS^ 
quelles vannent aufsi pourJa plufpart 
fans main mettre. popart 

■v fort C H S r UUageS ' 0ntfcmb]ab Wntvne 
^ ° r rte i e fnm * ' H*™* nomment ^««fc, 

Si " aUt " ******* fiJ ^ens,ne 

S font H S T ^ Ue , n ° ifettes feWSw! 
ITS ?I 7 aU d . en,rfm «gouft. Néant, 
moins ils font de couleur grifaftre & 

Sue °" tfoc / ,es &grain*s,combie» 

que i aye mange beaucoup de fois de ce 
£nt , ie confefle ne fauofrpas yj^ 
ierue & ne m'en fouuienr pas. 

II 7 a aufsi quantité' de Poyure Ion* 
duquel es marchans de par deçà fefe? 
uent feulement à la tein Je: mal oua„ c 
anosSauuages 5 lepiilant & broyant q a l e C 
du iel,& appelans cemeflange LquetAh 
en vfcnt côme nous faifons 3c fclZ 1 
ble.-nopastoutesfoisqu'ainnouenous 
Ton en chair, poiffon, ïu autre] viande,' 
ils falent leurs morceaux auant que les 
mettre en la bouche rear eux prenansl 
morceau le premier & à part.pincêt "ri. 



Sciure log 



loquet 

feldes S au 
uagvs & U 
façon r orne 
ils envfent 



DE L'AMERIQVE. 21? 

Finalement il croi.ft en ce pays là vne c - mm 
forte daufsi greffes & largesFebves que da _ om f 
le pouce, lefquelles les Sauuages appe-^ 
lent CommarJa-omfoW. comme aufsi de fts 
petits Pois blancs & gris qu'ils nop^ ^ 
lommanàa-rmn . Semblablement certai- t£ 
nés Citrouilles rondes nommées par m petitei 
Maurongans fort douces à manger. ) /,<,*«. 
Voila, non pas tout ce qui fe pourroit Ma» 
dire des arbres , Herbes, & fruits de celle rongan 
terre duBrefil,mais ce que i'en ay remar- Or"»"** 
que durant enuiron vn an que i'y ay de- 
meuré.Surquoy ie diray pour concluhon 
que tout ainfi que i'ay dit ci deuant,qu'll 
n'y a belles à quatre pieds, Oyfeaux,poif 
fons, ni Animaux en l'Amérique, qui en 
tout &par tout foyent femblables à ceux 
que nous auons en Europe, qu'aufsi, fe- 
lon que i'ayfoigneufement obferue al- 
lant & venant par les bois & par les 
champs de ce pays là, exceptées £°*^ 
herbes:affauoir du Pourpier , du banne, herlM& 
& de la Fougiere ; qui viennent en quel-f-^ 
ques endroits , ie n'y ay veu arbres, ner- excefté 
bes,ni fruits qui ne fuffent différents des ;„*£»■ 
noftres. Partant toutes les fois quel ^ desM f, tl . 
mage de ce nouueau môdeque Dieu m'a 
fait voir, fe prefentedeuant mes yeux: 
& que ie'confidere la ferenité de l'air, 
la diuerfité des Animaux , la variété des 
oyfeaux , la beauté des arbres & plantes-, 



2l8 HISTOIRE 

l'excellence des fruits :& brief en general 
les ncheffes dont cefte terre du Brefij eft 
decorecincontine't cefte exclamation du 
Prophète au Pfeau. 104. me vient en mé- 
moire. 

O Seigneur Dieu quêtes œimresdiuers 
JontmerueiJleuxparie monde vniuers, 
O que tu as tout fait par grand façefte 
Bref,Ja terre eft pleine de ta large/Je. 
Ainfi donques heureux les peuples qui 

y habitent s'ils cognoiftoy et l'A u&eur & 
Créateur de toutes ces chofes : maisaii 

lieu de cela ie vay entrer en des matières 

qui monftrcront combien ils en font 

efloignez. 

GHAP. XIII I. 

De la guerre, combats , hardieffe & armes 
des Saunages. 

O M B I E N que nosTmou-pi 
« nambaoults ToupinenquiH fuyuât 
> la couftume de tous les autres 
J Sauuages habitas cefte qua trie 
me partie du môdclaquelle en 
latitude .depuis ledeftroit de- Maeellan 
qui demeure parles cinquante deere* 
tirant au Pole Autarcique iufques^aux 
terres Neuues , qui font enuiron Us foi- 
xanteau deçà du cofte' de noftre Arfli- 

que 




MB 



£uer 



DE t'AMBRÏQVÏ. 219 

. ,'. i • L - Amérique 

que , contient plus de deux milie lieues, rMrtepar 
ayent guerre mortelle contre pluhéurs £*£• 
nations de ce pays la : tant y a que leurs fo ,, 
plus prochains & capitaux ennemis font f^'h 
tant ceux qu'ils nomraente^^ que 
les Portugais qu'ils appelentTtfW leurs 
alliez.-comme au réciproque leldits Mar 
jrat** n'en veulent pas feulement aux f** 
t« P ;»a^W^,maîs aufsi aux François 
leurs contederez. Non pas quant a ces 
Barbares. qu'ils fe facentla guerre pour B M fii«»t 
conquérir les pays & terres les vns des £*JJ£ 
autres , car chacun en a plus qu'il ne lu/ „. 
en faut: moins que les vainqueurs preten 
dent^'enrichirdesdefpouilles, rançons, 
& armes des veincus > te n'eft pas di-ie 
tout cela qui les meine. Car comme eux 
mefmes confefient n'eftans pouhez d'au- 
ti-eaffeaioneine de végef, chacun de Ton 
cofté,fesparés&amisquiparlepafleont 
efte prins & magez, à la façô que ie diray 
au chap.fuyuant,ils font tellemet achar- 
nez les vns à lencôtre des autres,que qui 
conque tombe en la main de fon ennemi, 
fans autre compolicion^ ilfaiït qu'il s'até 
de d'eftre ttaitté de mefme:c'eft àMire a(- 
fommé & mangé; Qui plus eft,{itofi que 
la guerre eft vne fois déclarée ë'ntre quel- 
ques vhes de ces natiôs ,tous'al!egSs qu'a 
têdu que l'ennemi qui a receu l'iniure s'ert 
reffentira à iamais , c'eft trop lafchemem; 



220 



HI STpIR e 



it tien ffe - f hap ^ v* n4 ° nk ** 

a fa meilleurs haines font tellement in- 
SSS " etefCes < ï u ' lls 1 ^meurent perperuele- 
mus. nmmemnciliibks, Surquo/on peut 

n tf , m********* Marine chrefèiçune pratiquât 
w«»^/*&enfeignentauAio«^i f ^ «*T»W 

*"•"" ufe, „fj «ftw« nouueaux fer- 

^ % ^!!-n"-' yilemiama ^^^e Oublier Je* 



tes. 



.... . . / ■ •-■*" -~***«. + o> sialic VUDIl 

ces A.heiAes vn courage de Tigre,ih fôt 

en ce point vrais imitateurs des barbares. 

Ox feon que i'ay veu, J a manière que 

SSL'S ^*JW ^ " Cnnent PO'Ws'aflcni- 

Wei afin d aller en guerre eft telle : e'eft, 

Bnfiu m combien qu'ils n'ayent entre eux &,j s n j 

*,■** P IC '? U « aufsi grands Seigneurs l cs vns 
***» que les autres,. neantmoins- nature leur 
££"* ayantappris queles vieillards (quîfon 
appelé, -Veoreroupkheh) à caufe de l'expé- 
rience du pane, doyuenteftre refpecfe* 
eftans en chacun village affez bien obéis! 
quand i'occailon feprefente, eux fepou, 
menans ,-ou eftans zÇs ls en leurs lias de 

coutonpendus en l'air,e X hortentle S au- 
tres dé telle ou femblable façon. 

»ir«p. • E ^omment,diront-il5 parlans l'vn a- 

tr l - S"" \ ^ m ^ S ^'interrompre, nos pre- 

*•*• decefïeurs, Jelquels non llulement ont fi 

vaillamment combatu, mais aufsi fubiu- 

gue tue &i 3 ulgét a nt.d'ennemis J nous ont 

ils 



DE L'AMERIQUE. MI 

ils laiffé l'exemple que comme efféminée 
& lafches de cœur nous demeurions touf 
jours àla maifon? Faudra il qu'à noftrc 
grand hôte,au lieu que noftre nation par 
fe pafle a efté tellement craint & redou- 
tée de toutes les autres, quelles n'ont peu 
fubfîfter deuant elle , nos ennemis ayent 
maintenant l'honneur de nous venir cer- 
cher iufques au foyer ? Noftre couardife 
donera-elle occafion auxMargaias & aux 
Veros~en?aipaic£& à di re,à ces deux natiôs 
alliez qui ne valet rie ) de fe ruer les pre- 
miers fur nous?Puis celuy qui parle ainU 
claquant des mains fur tes efpaules& fur 
fes feflcstauecexclamatiô adiouftera. Eri 
mai grima ToHouPinabaoults Çonomi ouafm 
Tan T^:&c.c*eft à dire,noii non gens de 
ma nationvpuifsâs & tresforts ieunes ho 
mes,ce n'eft pas ainfi qu'il nous faut faire* 
pluftoft nous difpofans de les aller trou- 
ver faut-il que nons-nous facions tous 
tuer & manger , ou que nous^ ayons ven- 
geance des noftres. 

Apres que ces harâgues des vieillards 
(lefqlles durerôt quelquefois plus de fix 
heure$)font finies,chaçun des auditeurs, 
qui en efeoutant attentiuement n'en au- 
ra pas perdu vn mot , fe fentant accoura- 
«i & auoir, comme on dit,le cœur auven 
tre , en s'aduertiffans de village en villa- 
ges , ne faudront point en diligence de 



222, HISTOIRE 

safîernbler en grand nombre, & fe trou- 
uer au lieu qui leur aura efté afsigné. 
Mais auant que faire marcher J armée il 
faut fauoir quelles font ks armes de nos 
Tou-cupinambaoults. 
é I Ils ont premieremft leur Tacapé, c'eft 

fùdtbou. Gitans de bois rouge,& ks autres de bois 
i noir ordinairement longues de cinq à fix 
pieds: & quant à leur façon, elles ont vn 
rond, ou oval au bout , d enuiron deux 
paulmes de main de largeur, lequel cfp^is 
qu'il eft de plus dvn pouce par le milieu, 
eft fi bien apprimé par les bords,qu C cela 
(eftatde bois dur & pefant comme Buis) 
S a uu ag es tran chant prefque comme vne coignee, 
furieux l'ay opinion que deux des plus accor ts 
Spadafsins de par deçà fe trouueroyent 
biê empefehez d'auoir affaire à vn de nos 
Tornupinambaouîts eftant en furie s'il en 
auoit vne au poing. 

Secondement ils ont leurs Arcs (qu'ils 
*<W nomment Or apats) faits des fufdits bois 
noir & rouge,lefquels font tellemét plus 
longs & plus forts que ceux que nous a- 
uons par deça^que tât s'en faut qu'Vn ho- 
me Centre nous les peuft enfôcer, moins 
en tirer, qu'au contraire ce feroit tout, ce 
qu'il pourroit faire dVn de ceux des gar- 
çons de 9. ou io.ans de ce pais la. Les cor- 
des de ces Arcs font faites d'vne herbe 

que 



DE l'A M E R I Qj E. 



11$ 



que les Sauuages appelent %«**&£ Z%: 
les combien qu'elles foyet fortdeihees) tade[her 
font neantmoins fi fortes qu'vn cheual y h *«*, 
tireroit. Quant à leurs flefches,elles ont «^ 
près d'vnebraffe de longueur,& font lai- /^««. 
tes de trois pieces , affauoir le milieu de 
Rofcau,&les deux autres parties de bois 
noir.lefquellcs pieces font fi bien rapor- 
teesjiointes & liées auec des petites pelu 
res d'Arbres , qu'il n'eft paspofsible de 
mieux. Au refte elles n'ont que deux em- 
pennons chacun d'vn pied de long, lef- 
quelsCparce qu'ils n'vfent point de colle) 
font aufsi fort proprement liez auec du 
fil de couton. Au bout d'icelles ils met- 
tent aux vnes, des os pointus, aux autres 
la longueur de demi pied de quelque bois 
de Cannes fait en façon de lancette Se pi- 
quant de mefme : & quelquesfois le bout 
d'vne queue de Raye laquelle ( comme 
i'ay dit quelque part) eft fortvenimeu- 
fc-mefmes depuis que les François & 
Portugais ont fréquenté ce pays la, les 
Sauuages à leur imitation commencent 
d*y mettre, finon vn fer de flefehes , pour 
le moins vne pointe de clou. 

I'ay défia dit comment ils manient 
leurs Efpees-.mais quant à l'Arc, ceux 
qui les ont veus en befongne diront 
auec moy, que, fans brafiards , ains 




224 HISTOIRE 

tous nuds qu'ils font , ils les enfoncent 

amtri- tellement , tirent li droit & fi foudaine- 

çMtnsex- ment,qae n'en defplaife aux Anglois(efti 

"ktn. "*' mcz neantr noins fi bonsArchersjnos Sau 

uages tenans leurs troufleaux deflefehes 

en la main dequoy ils tiennentl'Arc , en 

auront pluftofï enuoyé vue douzaine que 

eux fix. 

Finalement ils ont leurs rondelles, fai 
tes du dos du cuir fee & efpais deceft a- 
faLal* nimal qu'ils nôment Tapiroujfou (duquel 
mtrfec. i'ay parle ci deffusj& de façon larges^ron 
des & plates comme le fond d'vn tabou- 
rin d'Alemand. Vray eft que quand ils 
viennent aux mains, ils ne s'en couurent 
pas comme font les foldats de par deçà 
des leursrmais elles leur feruet pour fou 
ftenir les coups de flefehes de leurs enne- 
mis. C'eft en fomme ce que nos Ameri- 
quains ont pour toutes armes: car au de- 
meurant tant s'en faut qu'ils fe couurent 
le corps de chofe quelle qu'elle foit , que 
au contraire(horsmis leurs bonnets, bra- 
celets & courts habillemens de plumes 
dont ils fe parent) s'ils auoyent feulemêt 
les Sau- veftu vnechemife quand ils vont au com 

uages com , „. * . r 1 • 

bAtitnuds. bat., eftimans que cela les empefchcroit 

de fe bien manier,ils la defpouilleroyét. 

Et afin queie paracheue ce que i'ayà 

dire fur ce propos, fi nous leur baillions 

des cfpees trenchantes(comme ie fis pre- 

fent 






DE l'AMEKIQVE. 225 

Tent dVne des miennes à vn bô vieillard) ES p eea rri 
iettans incontinent qu'ils les auoyent chaut pen. 
les fourreaux r comme ils font auisi les des Saum 
gaines des coufteaux qu'on leur baille, gespourie 

V, '1 i ■ L * .'•?/* \ 1 : combat» 

ils prenoyent plus deplailir a les voir 
treiluire du commencement, ou d'en cou 
per des brâches de bois,qu'iIs ne les efti- 
moyent propres pour combatre . Et à la 
venté aufsi, felon ce que i'ay dit qu'ils fa 
uent tant bien manier les leurs,elles font 
plus dangereufes. 

Au furplus nous autres , ayans aufsi 
porté par delà quelque nombre d harque 
buzes de léger pris pour -trafiquer auec ^^ 
euxti'en ay veu qui s'en fcauoyent fi bien de trots 
aider , qu'eftans trois à en tirer, vne, i'vn s**»*g" 
la tenoit, l'autre prenoit vilee, & 1 autre haqucbuu. 
mettoit le feu: & au refte parce qu'ils 
chargeoyent le canon iufquesau bout, 
n'euft efté qu'aulieu de poudre fine,nou$ 
leur baillions moitié de charbon broyé, 
il eft certain qu'en danger de fe tuer, tout 
fuft creué entre leurs mains. A quoy il 
faut que i'adioufte qu'encôres que du cu- 
mencement qu'ils oyoyent les fons de^gf 
noftre Artillerie , & les harquebuzades du fin d» 
que nous tirions ils s'en eftonnaflent au^ c ^ e n JrT 
cunement : mefmes que voyans fouuent/w*w^ 
en leur prefence aucuns d'entre nous ab- 
batre vn oifeau de deflus vn arbre , ou 
vne befte fauuage , fans qu'ils viffent la 

P 



Sauuages 
defcochans 

roulement 
leurs arcs. 



Iftofques a 
quel nom- 
bre s^ajfem 
blent les 
Saunages 
& pour 
yunyleurs 
femmes 
mâchent 
en guerre. 



Zl6 . HISTOIRE 

balle ils s'en esbahifient bien fort, tant j 
a neantmoins, qu'ayans cogneu l'artifice 
& difans(comme il eft vrayjqu auec leurs 
arcs ils auront pluftoft delafché cinq ou 
fixflefches qu'on n'aura chargé & tirévn 
Coup d harquebuze , ils commençoyent 
de s'affeurer à l'encontre. Que fi on dit la 
delîus: voire mais l'harquebuze fait bien 
plus grande faucee:ie refpond contre ce- 
tte obicâ:ion,que quelques colets de buf- 
fles , voire cotte de maille , ou autres ar- 
mes (finon qu'elles foyent à Pefpreuue) 
qu'on puiffe auoir, que nos Sauuages 
forts & îobuftes qu'ils font,tirent fi roi- 
dement qu'ils tranfperceront aufsi bien 
le corps d'vn homme d'vn coupdeflef- 
che , qu'vn autre fera d'vne harquebuza- 
de. Mais par ce qu'il euftefté plus apro- 
pos de toucher ce point , quant cy âpres 
le parleray deleurs côbats,afïn de ne con 
fondre les matières plus auât ie vay met- 
tre nos Tououpinambaoults en campagne 
pour marcher contre leurs ennemis. 

Eftans doques, par le moyen que vous 
auez entendu, aflembles en nombre quel- 
ques fois de huit ou dix mille hommes: 
& mefmes que beaucoup de fcmmes,non 
pas pourcombatre ains feulement pour 
porter les lias de couton , farines & aur 
tres viures , fc trouuet auecles hommes, 
après que les vieillards qui par le pafle 

ont 



DE L'A ME RIQJZ £• lZf 

©nt le plus tué & mangé des ennemis* 

ont efté créez conducteurs par les autres, vieillards 

i * " f* 1 crPtZ con-* 

tous fe mettent en chemin fous leur con- ^^ 
duiâe. Et quoy qu'ils ne tiennent ni râg, 
ni ordre en marchant, -fi eft-ce toutesfois 
que s'ils vôt parterre, outre que les plus 
vaillans font toufiours la pointe, &qu'ils 
marchent tous ferrez , encore eft-ce vne £^ 
chofe incroyable de voir vne telle mul- fans ordre 
titude laquelle, fans Marefchal de camp fj° f "f~ 
ni autre qui ordonne des logis pourle c«»A?«». 
general, fe feait fijbien accoirunoder,qué 
fans confufion vous les verrez toufiours 
prefts à marcher* 

Au furplus tant au defloger de leurs 
pays qu'au départir de chacun lieu ou ils 
feiournent: afin d'aduertir & tenir les 
autres en ceruelle,il y en a toufiours quel 
«nues vns qui auec des Cornets qu'ils no- 
ment Inubia , de la groffeur & longueur lm y u 
d'vne demie pique,mais par le bout dem gra ,M 
bas large d'enuiron demi pied comme va <•"**" 
Haubois,fonnent au milieu des troupes: 
mefmes aucuns ont des Fifres & fleutes vïgruf* 
faites des os , des bras & des cuiffes 4*£ïï** 
ceux qui ont efté par eux mâgez, defqueî 
les pour s'inciter d'auâtage d'en faire au- 
tant à ceux contre lefquels ils marchent» 
ils ne ceffent de flageoler par les che- 
mins. Q^ue s'ils fe metttent par eau'com- 
me ils fontfouuent)coftoyans toufiours 

P » 



Y (rat 

deforce. 



ZZ§ HI.STOIR 8 

la terre & ne fe iettans gueres en mer* ils 
ferengerôtdans leurs Barques, qu'ils ap- 
pellent Ygat , lefquelles faites chafeune 
■ d' vile feule efcqrfe d'Arbre , qu'ils pellet 
du haut en bas,font neantmoins fi gran- 
des que quarante ou cinquante perfon- 
nés pcuuent tenir dans vne d'icelles. Ain 
■fi- vogans tout débouta leur mode,auec 
vn auiron plat par les deux bouts, lequel 
ils tiennent par le milieu, ces Barques 
(plates qu'elles font) n'enfonfas pas dans 
l'eau plus auant que feroit vn ais , font 
fort aifces a manier & à conduire. Vray 
eft qu'elles ne feauroyet endurer la mer 
vn peu haute & cfmeue , moins la tour- 
mente, mais en temps calme vous en ver- 
rez des fois, quand nosSauuages vont en 
guerre pi 9 de do. tout d'vne flote lefquel- 
les fe fuyuâs près âpres vôtfi vifte qu'on 
hs a incontinent perdues de veue. Voila 
donc les armées terreftres & Nauales de 
nos 'Toufinenquins aux champs & en mer. 
Or allans ainfi ordinairementeercher 
leurs ennemis vingt & cinq où trente 
lieues loin, quand ils approchent de leur 
pays, voici les premieres rufes & frrata- 
gemes de guerre dont ils vfent . Les plus 
jtratageme habiles & pl us vaiîlâs , laiffansles autres 

cfr guerre % r : i i 

entretes allec * cs Kmmes vne îoumce ou deuxdcr 

sAmnu yiere eux , approchas le plus fecrettemét 

qu'ils peuuet pour s'cmbufquer dans les 

bois 



Tve*n?er 



"^dle viU 



p E L'A M E R I QV E. "9" 

bois.d'affecuon qu'ils ont de furprendrc 
leurs ennemis,ilsy demeurerot tapis tel, 
le fois fera, plus de vingt quatre heures. 
Tellement que files autres font pnns au 
defpouruçu,tout ce qui fera attrape loit. 

hommes , femmes ou enfans , non ieu^ 

lementfeça emmené 5 mais aùfsi quant Us 

feront de retour en leur pays, tuez , mis- 

par pieces roftis, Se 'Boptcane^. h-tiem- 

font telles furprifes tant plus aifces aiai 

re,quoutre que les villages (car de *&****££ 

iis n'en ont point) ne ferment pas,enco- ?M 

res n'Ôt ils autre porte aux huys de leurs; 

maifons (longues cependant pour la plul 

part de quatre vingt a cent pas* Se peicees. te „ umr 

en p-lufieurs endroits) fmô que lque s hrâ-^ ;^ ; 

ches de Palmier ou d'viie grande^ >hetWT s s ^ 

qu ; iïs appellent Vpndo . • Bien eft a vra T ' r „ 
qu'alétourde quelques villages frotiers^^^^ 

des çnnemi S ,lesmieu X aguerris y^piantet ww.«fe 
des pauxde Palmier de cinqiou fix pieds i* J> - 
de haut:& encores,fur les aduenues des- 
chemins en tournoyât,des chenilles poin' 
tues à Heur de terré : tellement que h les 
affaillans penfent entrer de mut i comme 
ceft leur couftui*) ceux de dedans qui la 
uent les deftroits où ils peuuêt aller fans 

s'offenfer,fortans deffus eux, fort qu'ils 
veullentcombatre ou fuirtparee qu'ils le 
piquent bien fort les pieds vil en demeu- 
re ordinairement fur la place» 

P * 



£futrvson- 
thf furieu 

ft Oltl'^Au 

Uur ejttit 



Cris &■ 

burttmehs 

apperce- 

uaKsVenne 

rm. 

Ge/tes <(y 

cts afprt- 
thanr i'en- 
mmy. 



Mtnffre 

Jtnts àts 
prifonttrs 
rtlxngi \. 



2 3° »ISTOl RE 

Que s'il aduientgueles ennemis foyé*t 
aduerus les vns des aur.ee 1,, A yçt 
«,,,„/•„„„ - aes aunes, Jes deux ar- 
mées ierencotrans,on ne pourroitcroi 
re cobien le combat eft cruel , dec" oy . 

S^^P^teuriepuispaSàla'v; 
me. Car come vn autre François & moy 
au danger Û „ ous cu fsions efte' nrins 
outue, fur le champ deftre mfng7 Z d 
f^ M ^f6f mes vne fois par cunofite' 
jeeopagner nos Saunages, lors en note 
à enuiron quatre mil! Aômc«,en vne ef! 
«touche oui f e fi t r ur Je riu age delà 
-ex nous vrfoes ces Barbares fôb'ttre 

fens ne S"* *"' ë * S Wne2 & h °" * 
iensne/cauroyent pis faire. 

_Prem,eremét quad nosTououpinU.i^n 

eTc^ , , 9 î art ^J ieUea P erwu ' ft ] ™ 
ennemis ils fepnndrent à hurler de telle 

fiçon,que nô feuWt ceux qui vont à la 

çhafle aux loups par deçàfan?c<Spa£ fon 

cenain r P -°ÏÏ td J brU "' M "^ pou" 
certain,! a, r fedat de leurs cris &deJeurs 

p V a°s eS d f^*«« ne feu^ 
pas entedu.fct au refteà mefure qu'ils ap- 

fa M - " CtS '^ endâs ks *»*& menaf 
de spnfonniers qu, auoye'tefte' mandez, 

iÛtv e nt UXSra ï CSptîc3ucak>UrcoJ 'C'e 
itoit yn horreur de yoir leurs côtenâces. 



2 3 2 HlSTOI RE 

Mais auioindre,cc fut bft encore le pis- 
«r Û toft q u >i] s f urent j d £*#«• 

hes vo eufsie yeu yne . P fin . t , £ 

ratceîft efcarmouche voler en lair aufft 

S T ^, drues que mouches. Q^e fi quelques insj 

* "»-/7 P „:c "' comm e furent plu- 

""•**'* rs ' , a P rcs <F auec vn merueilleux cou 

-«** rage ,1s les auoyent arrachées de SfJ 
co lp s,v 01 reles rompans & comme chies 
fis n g rr rdanS Jes P— s à belles de s 
.Is ne k ]% étpas pour cela tous navre, 
de m me combat.Surquoy faut no. 
ter que ces Amériques font û achar- 

ron, " ? UCrrcs >a ue «nt cu'ih pour 

ront remuer bras& ïambes fans reculer 
ni tourner le dos.ils combatront incef- 
famn,ent.Finalcmft quand ils furet mef- 
£*.*ce fut auec leurs efpees de bois à 
grands coups & a deux mLs à ft dur 
fa^cft^ r^ "' que ^ Ui renc5 «o,t ft r 
Pas ftuf COm P a g" 5 i'nel'enuoyoit 

pas feulementpar terrcmaisl'affoaloit 
comme vn bœuf. "mou 

le ne touche point icy s'ils e/Wt biê 
ou mal monte 2 ,car prefluppofant f parce 
W l'ay dit cy derîus,que chacû ft J fôu" 
rendra qu'ils n'ont chenaux ni Vu très 
monture, : en leur pays, tous eftoyen & 
vonttounoursàbcauxpiedsfansince 
Partatcob^nqu'eftatpardelai'ayefo" 

went 



DE i'AMERIQVE. 9f%«Atf« 

uétdefi*éque nos Saunages viffét des che «£-« 
u a ux,fieft-ce que lors plus qu auparauat fc *, 
£?o*haïtois Jcn auoiï vn bô entre jjgj^*, 
iàbes.Etdefaitiecroyques'ilsvoyo^et 

V n de nos Gédarmes bien monte & arme 
auec la piftole au poing fiufant bondir & 
paffader fon chenal, qu'en voyant form 
le feu dvn cofté & la fume de l'homme & 
du cheual de l'autrcde prime face ils pe- 
feroyent que ce fut Jygnan,ctk a dire le 
diable en leur langage. Toutefois quel- 
qu'vn a efcrit vne chofe notable a ce pro- 
poser combien qu'A ttabalipa ce grand^ 
Roy du Peru,qui de noftre aage fut f**j«*£ 
iugué parPizane,n eut iamais veu de che 4 -du 
uaux,tantyaquoyqu'vn Capitaine tf- î 
pagnol allant contre luy, par gentilefle & 
pour donner esbahiffement aux Indiens, 

■ïttoufiours voltiger le fien iufques a ce 
qu'il fut près la perfonne d'Attabahpa, 
il fut fi aiTeuré qu'encores qu'il fautait vn 
peu d'efeume du cheual fur Ion vlfage il 
ne fit figne aucun de changeme't: mais ht 
commandement de tuer ceux qui s en e- 
ftoyent fuis dedeuant le cheual: choie 
(ditl'hiftorien-qui fit eftonnerles fiens& 
efmerueiUer les noftres. Ainfi pour re- 
tourner à mon propos, fi vous demandez » 
maintenante toy & toncompagnon que 
faifiez vous duràntcefte efcarmouche,ne 
combatte* vous pas auec les Sauuages? 



2J4 histoire' 

ierefpond, pour n'en rien defguifer, 
qu'en nous contentans d'auoir faitcefte 
premiere folie de nous eftre ainfi ha- 
2ardez auec fes Barbares , que nous te- 
nafis à l'arriére garde nous anions feu- 
lement lepafletemps deiuger des coups, 
Surquoy cependant ie diray qu'encorcs 
que iaye fouuentesfois veu des armées 
&dela gendarmerie tant de pied que 
de chenal en ces pays par deçà , que 
neantmoins ie n'ay iamais eu tant de 
contentement en mon efprit devoirles 
compagnies de gens de pied auec leurs 
rnorrions dorez & armes luifantès y que 
l'eu lors deplaifirde voir combatre ces 
Sauuages . Car outre le paffe-temps 
qu'il y auoit de les voir fauter fiffler & 
fe manier fi dextremet & diligêment,en- 
cores faifoit il merueilleufemêt bô voir, 

non feulement tant de flefehes auec leurs 
cam& g ran ds empennons de plumes rouges 
fiëfchesdes bleues, incarnates, vertes & autres, voler 
dZTelde CU rair P armi ,cs rayons du Soleil qui les. 
fames, 'feifoit'eftincellenmais aufsi tantderob- 

bes, bonnets , bracelets & autres baga-. 

ges faits aufsi de ces plumes de couleurs 

naitucs dont les Sauuages citoyen t. 

veflus. 

Or en fin après que cefte efearmou- 

checut duré cnuiron trois heures , & 

que d'vnc part & d'autre il y en eut 

beau- 



DE L'A ME RI QVE. *35 

Wucoup de bieiïez, voire aucuns |M 
mourez fur la place, nos 1 omufinam- 
faults, ayans pnns plus de trente Mar- 
rams hommes & femmes prifonniers eu- 
rent la victoire .. Partant encores que 
nous deux François n'eufsions lait au- 
tre chofe finon tenans nos efpees nues 
en la main & tirans quelques coups de 
puftoiles en l'air, donner courage a nos 
«ns.fi-eft-ce toutesfois,neleur pouuans 
faire plus grand plaifir que d'aller a la' 
guerre auec eux , qu'ils ne laifloyent 
de tellement nous eftimer pour cela que 
du depuis les vieillards des villages ou 
nous fréquentions nous en ont touliours 
aimez davantage. 

Les prifonniers doneques mis au 
milieu & près de ceux qui les auoycnt 
prins,, voire aucuns hommes des plus 
forts pour s'en mieux alTeurer liez & gar 
rotez , nous nous en retournaimes con- \ itip . g „ 
tre noftre riuiere de Genevre , aux enui- ,.„*. 
rons de laquelle habitoyent nos Sauua- 
ges. Mais encores , parce que nous en 
pouuios eftre à douze ou quinze lieues, 
ne demandez pas fi en panant par les vil- 
lages de nos alliez , venans au deuant f ^f 
nous,difans & fautâs,auecclaquemes de-^^, 
mains,& autres aplaudiifemens ils nous 
çarefToyét.Pour côclufion deques quand 
nous fufmes arriuez àl'édroit de noltrc 



2 3 5 HI S TOI RE 

Me mon compagnon & moy nous nïmes' 
pafler dans vne Barque ennoftre Fort, & 
les Saunages s'en allèrent en terre ferme,, 
chacun en Ton village. 

Cependant quelques Jours après que i 
aucuns de nos Tououpmœmbœouks, qui z- 
uoyent de ces prifonniers en leurs mai-* 
ions nous vindrent voir en noftre Me,, 
rrfaun f ri . eZ "3 u ' lJs furent far Villegagnon,&fo 
«b,t^ iicitez par les Truchemens que nous a-." 
f :t Fr " mons > de W«" en vendre, il y en eut vne. 
partie recouffe par nous d'entre leurs 
mains . Toutefois ainfi queiecoenu en 
" achetant vne femme & V n fien petit gar- 
çon qui n'auoitpas deux ans, lefqueJs me 
coûtèrent pour enuiron trois francs de 
marchandife, c'eftoit affez maugré. eux- 
car difoit celuy qui les me vendoit .le ne 
icay d'orefenauant que s'en fera,car def- 
puis que Tai-colas ( entendant Villega- 
gnon) eft venu par deçà , nous ne man- 
geons pas la moitié de nos ennemis. I© 
penfois bien garderie petit garçon pour 
moy , mais outre que Villegagnon en me 
tailant rendre ma marchandife , voulut 
tout auoir pour luy,encorcs y auoit-il ce 
laquequadiedifois àla mere quelors que 
ie repafferois la mer, ie le ramenerois 
par deçà: elle refpondoit (tant cefte na- 
tion a la vengeance enracinée en fon 
cœur) qu'à caufe de l'efperance qu'elle 

auoit 



DE L'A ME R I Oy E. 237 

auoit qu'eftant deuenu grand il pour roit 
efchaper & fe retirer auec les Margate 
pour les venger-, qu'elle euft mieux aimé 
qu'il euft efté mangé par les Tououpinam- 
bMoului<{M de l'efloigner fi loin d'elle. 
Neantmoins ( comme i'ay dit ci deuant) 
cnuiron quatre mois après que nous fuf- 
mes arriuez en ce pays là, d'entré qua- 
rante ou cinquante efclaues quitrauail- 
loyent en noftre Fort (que nous anions 
aufsi achetez des Sauuages nos allier) 
nous choififmes dix ieunes garçons, les- 
quels dans les Nauires qui reuindrent, 
nous enuoyafmes en Frâcc au Roy Hen~ 
ri fécond lors regnant. 

C H A P. XV. 

Pomment les A meriquains traitent leurs 
prifonniers prws en guerre, & les ceremonies 
qu'ils ob j[cr uent tant a les tuer qu'a les magtr. 

! L refte maintenant de fça- 
I uoir commet les prifonniers 
5 prins en guerre font traitez 
)au pais de leurs ennemis. In- 
_i continent doneques qu'ils 
font arriuez,non feulemët ils font nour- TraitmU 
tis des meilleures viandes qu'on peut^jg^ 
trouuer, mais aufsi on baille des femmes gunr ^ 
aux hommes ( & non des maris aux fern- 





f£§ H I $ ■£ o I ft fi 

mes, mefmes celuy qui aura vn prifW 

K le n ne An ntp °> ^dtfficultldeluy 
ba.ller fa fille ou fa feur en mariage, ce £ 
Wd retiendra le traitera &luy admi- 
mftrera tout ce qui luy fera ne/dfaire. 
Bref , combien que fans aucun terme prc 

fix,felonqui S cognoiftrontJeshomme S 
ou bons chafleurs, ou bons pefcheurs, & 
les femmes propres à faire les lardins ou 

a aller quenr des Huîtres, ils les gardent 
plus ou moins de temps, tant y a que fi- 
nalement après ks auoir engraiife* com 

mepourceauxenrauge,aueciesceremo 
mes fuy uates ils font affômez &mang e2 . 
Premièrement après que tous ks viiU 
UtimiU, gcs d alentour de celuy ou fera le orifr,» 
/«„ du ' ni " amont elle sduertis du iour de l'exe 
,»/,»*,,. cution,homes,fémes & enfans y cftâs ar 
" Uez de toutes Pars,c'eft à dâfer,boire& 
C*» toute la matinee . Mefmes celuy 
Tr ifm „ ilr qui n ignore pas q telle afse'blee fe faifât 
VST* a/on occaf IO n,il Joit dire dds peu d ïeu 
*»/?«^ realfommcempIumalTéqu'iJ fera.tâtsen 

fautât & buuat il fera des plus ioyeux.Or 
cependant après qu'auec les autres il au- 
ra ainfi nble & chanté 6. ou 7 .heures du- 
rant:deu X ou trois des plus eftimez delà 
troupe 1 empoignans & J e lians par le mi- 
lieu du corps auec des cordes de cotô,ou 
autres faites de l'efeorce d>„ arbre que 

ils 



DE L'AME RI QV.E. i& 

ils appellent Y«/ W laquelle eft corne celle 
du TU de par deçà, fans qf il face aucune 
refiftâce, comblé qu'on luy laifle les deux pAfu ^ 
br asàdeliure,il fera ainfi quelque peu^ r 
de temps pourmené en trophée parmi le ffe ^ 
villa-e.Mais pétez yousqu'encores pour 
cela (ainfi que feroyent les criminels par 
deçà ) il en baiffe la tefte ? rien moins: car 
aucôtraire auec vne audace & affeurance 
incroyable^ vantant de fes proueffesdu 
oaflé, il dira à ceux qui le tiennet lie: 1 ay uamat% 
rnoy mefme,vaillant que ic fuis, prenne- «gw. 
rement lié & garroté vos parens : puis en f*~ 
s'exaltant toufiours de plus en plus,auec 
Y ne contenace de mefme, fe tournant de 
eofté & d'autre il dira à i'vri^ay mage de 
to père: à l'autre i'ay aflbmme & "Bmca/té 
tes frcres:bi ef,dira-il, i'ay en general tat 
mangé d'hommes &de femmes,voiredes 
cnfans,de vous autres Tououfmambaoults 
que i'ay prins en guerre que le n'en lay le 
nombre:& au refte ne doutez pas que les 
Marrai* de la nation dont ie fuis pour 
veneer ma mort n'en mangét encores cy . 
après autant qu'ils en pourront attra- 

P Finalemê't après qu'il aura çfté ainfi ex 
pofé à la veue d'vn chacÛ, les deux Sauua 
ses qui le tiénet lié s'efloignâtde luy 1 va 
! dextre & l'autreà feneftre d'éuirÔ trois 
braffes,tenàs neltmoinsvn chacu le bouc 



240 HISTOIRE 

de fa corde qui eft de mefme longueur» 
tirent lors fi fer m émet queleprifonnier 
faificôrneTay dit,par le milieu du corps, 
eftanrarrefté tout court , nepeut aller ni 
*prif6nier venir de collé ni d'autre. La deflus on luy 
tourtje apporte des pierres & des teclz de vieux 
vegeanat p Qts cafTez , ou de tous les deux enfem- 
3 bie: pins les deux tenans les cordes, de 

peur d'eflrebleffez, s'eftans couuerts cha 
. cund'vne de ces rondelles de la peau du - 
Tapiroujfou dont i'ay parle ailleurs, luy di 
fent : venge toy auant que mourir: telle- 
ment que iettant & ruant fort & ferme 
contre ceux qui font aflemblez alentour 
de luy , quelquesfois en nombre de trois 
ou quatre mille perfonnes , ne demandez 
pas s'il y en a de marquez : & de fait ie vi 
vn iour en vn village nomme Sarigoy, vn 
prifonnier qui de celle façon donna iî 
grand coup de pierre contre la iambe d'v 
ne femme que iepenfois qu'il luy euftrô 
pue. Or les pierres, & tout ce qu'en fe 
baiffantila peu ramafler auprès de foy, 
iufques aux mottes déterre eftans fail* 
lies , celuy qui doit faire le coup ne s 'e~ 
liant point monftré tout ce iour là , for* 
tant d'vne maifon auec vne de ces gran- 
des efpees de bois au poing, richement 
decoree,de beaux & cxccllens plumages, 
comme aufsi luy en a vn bonnet , & au- 
tres paremens fur fon corps, s'approchât 

lors 




DE L^AMERiaV^ H X 

ïorsduprifonnier il luy vfe ordinaire- ^^ 
ment de telles paroles . Nés tu pas de la rf« ag- 
nation nommée ^drgatas qui nous^eft^^ 
ennemie? & iras tu pas toy mefme tue & V 'Udoit 
mâgé de nos parens & arnis?Luy plus a£ a & m7ner ° 
feuré que iarnais refpond en fbn langage 
{tzï\z$dMœrgMœs& les TvnpznèmqMns 
s'entendent) Pa y chetan tan^aioHcaatoupa^ 
«/• c'efta dire ouyie fuis tresfort & en 
ay voirement tué plùfieurs.Puis auec ex- 
clamatiô & pour faire plus de defpit à fes 
ennemis mettatfes mains far fa tefk ils'ef 
crie: ô que iene m 7 y fuis pas feint ô com 
bien i^y cfté haïdy à aiTaillir & àprendre 
de vos gens, dequoy^aj tant & tant de 
fois mangéyà autres propos femblables 
^u'il àdioufte. Pour eefte caufe aufsr 5 luy 
eir^l'autre^nous te te dans mainteeanten 
noftre puirîancé tu leras preferitenient 
tué par moy,puis mangé de tous nous au 
tres»Ëtbien refpond M encoretaùftirefo Jfg 
lu d'eftreaiTommépour fa nation que Ke fe dH fHlk 
gulus fut cpnftât a endurer la mort pour £>££* 
fa république Romaine) mes parens me n uiem S nn 
vengerorit àufsi.Sùrquojr pour monftret 6 *»*. 
qu'encores que-ces nations barbares crai 
gnent fort la mort naturelle , néant* 
moins tels prifbnniers Veftimans heu- 
reux de mourir ainfi publiquement au 
milieu deleurs ennemis ne Ven foucient 
lîuliemét, i'alegueray ceft exemple. M' e* 



■ k lJçZ HI STOIRE 

fiant vn iour trouué inopinément en vn 

village de la grande Ifie nommé Tiraui* 

- 4qh pu il y auon vne femme prifonniere 

toute pi efte deftre tuee^en m'approchât 

Exemple 4 e M c "&P°i? r m'aecômoder àfon jangage 

d'vnepri. J^y, difant ^qu'eiie fe recommâdaft à TW- 

^mefpri}^^ ne.yempas di-j 

m mon. jrq : X3ieu r ^ihs ie tonerre) ci qu'elle le priaû 

^nftque ieluy errleignerois: pour toute 

a-efpoiîcehoçb^ntla tefte & ie moquant 

; dè moy me dit: que,me bailleras-tu & ie 

^feray ainfi quetu 4|^rr A'9? o y ^ u ï £Ç]?}&5 
: q\*ar(t ; poure mi [érable il ne te faudra 
«ta^toft plus rien en ce monde ? & par^ 
4ân*tpuis que * tu crois l'ame immor tellç 
£çe qu'eux tous comme ie diray au cha- 
pitre fuyuant confeilen.tfpenfe que c eût 
qu'elle deuiendra après ta mort ; marg 
elle s'ea riant derechef mourut & futak- 
j^m^^c^eceftefaçon.. r 
*V\ ■■■';" .?A|^>pp^^ continuer ce propos f 
* n ;~ après k es ,c ont e fta tio n s , & le pi us fq u-» 
tient parlansencorcs X'vn à Tautre , çe~ 
luy qui eft la tout preft pour faire ce maf 
facile vleuant fa maifue de bo^s à deux 
rnarins, donne du rondeau qui eft au bout 
défi grande force-fur la telle du pourç 
prifonnier,lque toutainfi que les bou- 
tué fétr chers .adornment les bœufs par deçà i en 
terrée a y, V eu du premier coup tomber tout 
premier roxde ;ô>ort , fans, remuer puis après ne 
t9U t- bras 



DE L* A M E It I QJ E* 1^3 

bras rie iambe. Vray eft qu eftant eften- 
du par terre à caufe des nerfs & du fang 
qui fe retire on les voit vn peu formil- 
1er & trembler: mais neantmoins ceux 
qui font l'exécution frappent ordinai- 
rement fi droit fur le teét de la telle , 
voire fauent fi bien choifir derrière l'o- 
reille , que ( fans qu'il en forte gtieres 
de fang) pour leur ofter la vie ils n'y re- 
tournent pas deux fois. Aufsi eft-ce la 
façon de parler de ce pays là, laquelle^ ^ 
nos François auoyentdefia en la bouche, 'Barbares 
qu'au lieu que les foldats & autres en ™^J s es 
querellant pardeçà difent maintenant 
Tvn à l'autre ie te creuerray , de dire à 
celuy auquel on en veut ie te câfleray 
la teftç, 

Or fi toft que le prifonnier aura 
cfté ainfi tué , s'il auoit vne femme, 
(comme i'aydit qu'on endonne à quel- 
ques vns ) elle fe mettra auprès du 
corps mort &fera quelque petit dueik 
ie di nommément petit dueil 5 carfuy liant 
vrayement ce qu'on dit que fait le Cro- f r ^ ly / e °p d 
codille: aflauoir qu'ayant tué vn hom-f &mme ^ 
me il pleure auprès auant que de le prtfonnùr. 

r I c\ r mort. 

manger, aufsi après que celte remme 
aura fait quelques tels quels regrets, & 
ietté quelques feniteslarmes fur fonmari 
mort, fi elle peut ce fera la premiere qui 
en mangera. 



244 HISTOIRE 

Cela fait les autres fernmesj&principale- 

corpsmort ment les vieillesdefquelles plus conuoi- 

d ni!r$hau teu & s demâger delà chair humaine que 

dé coramtles ieunes, feruent de foliciteurs enuers 

vncouchon tQUS ccux ^ U1 om j cs p rl f nniers pour 

les faire viftem et defpefcher)fe prefentâs 

auec de l'eau chaude,qu' elles ont toute 

prefte,frottent & efchaudent de telle fav 

çon le corps mort , qu'en ayât leué la pre 

miere peau elles le font aufsi blanc quei 

les cuiîiniers par deçà Font vn couchon 

dclaidpreftà roftir. 

Apres cela celuy duquel il efloit pri- 
fonnier auec d'autres, tels, & autant qu'il 
corps du ] U y plaira, prenans ce poure corps le kn 
dront ce mettront h ioudainemet en pie- 
ces, qu'il n'y a boucher en ce pays icy qui 
puifle p'luftoft defmembrer vn Mouton. 
Mais outre celatcruaute' plus queprodigi 
eufe) tout ainfi que les Veneurs par deçà 
après qu'ils ont pris vn Cerf en baillét la 
curée aux chiés courâs,aufsicesBarbàres 
afin d'inciter & acharner dauantage leurs 
£»/*»*#« en fa ns,'l es prenans l'vn après l'autre leur 
^-"du frotent le corps , bras 3 cuiiTes &iambes 
flag dé* du fang de leurs ennemis. Aurcfte depuis 
que les Chreftiens ont fr Tuente ce pays 
là, les Sauuages découpent tant les corps 
de leurs prifonniers que les Animaux ce 
autres viandes auec les coufteaUx & fer- 
remens qu'on leur baille : Mais aupara- 

uant 



prif enter 
fov.daint- 
ment par 
pteces 



prifinnUri 



DE ÏAMERIQVE. 245 

uantjcomme i'ay entendu des vieillards, Twrr«/ïr 
ils rfauoycnt autre moyen de ce faire,fi-^£ 
nonaueedes pierres tranchantes qu ils ^»im- 
accommodoyentàceftvfage. ^" 5 ' 

Or toutes les pieces du corps, mefmes 
lès trippes après eftre bien nettoyées, Chair du 
font incontinent miles fur le Boucan' l f J le ^ 0U 
auprès duquel , pendant que le tout m». 
cuit ainfi à leur mode, les vieilles fem- 
mes (lefquel les comme Tay dit appetans 
merueilleufement de manger de la chair 
humaine) eftans toutes affemblees pour 
recueillir la graifle qui defgoute le long 
des baftons de cefte haute grille de bois, 
exhortans les hommes qu'ils facent en 
forte qu elles ayent toufiours de telle 
viande, en lefchans leurs doigts difent 
Yguatou: c'eft à dire ileft bon. Voila don- vitiUesur 
ques,ainfi que Tay veu, comment les Sau f^Jplg. 
ua^es Ameriquains font cuire la chair maint. 
de leurs prifonniers prins en guerreraffa 
uoir Boucaner. 

Parquoy,d'autât que bien au log ci def 
fus au chap, des Animaux, parlant du Ta p a g. 153. 
■piroujfou i'ay mefme déclaré la façon du 
"Boucan , pour obuier aux redites, priant 
les lecteurs afin de fe le mieux reprefëter 
d'y auoir recours, ie refuteray iciPerreur 
de ceux qui , eôme on peut voir en leurs 
Cartes vniuerfelles, nous ont nôfeuîemët 
marqué &: peintlesSauua^esdelâterredu 

<0 



24^ HISTOIRE 

erreurés Brefil , qui font ceux dont ie parle a pre- 
Ca-tesmo f en t , roftiffans la chair des hommes cm- 

prans les v 1 1 /•••/» 

«s*****g<*ï brochée comme nous faifons les mem- 
rf^i-ii bres de moutons & autres viandes, mais 

ebatr hu- p • r . 

»«»« ci» aulsi ont feint qu auec de grands Cou- 
^^perctsde fer ils Jes coupoyent fur des 

jons nos f . L J , 

\i«nâ es . oancs , ôc en pendoyent & mettoyent les 
pieces en monftre , comme font par deçà 
les Bouchers la chair de beuf. Tellement 
que ces chofes n'eftans nonplus vrayes 
que le conte de Rabelais touchant fon 
Panurge qui efchapa delà broche tout 
lardé & à demi cuit , il eft aiféà voir par 
l'ignorance de ceux qui font telles Car- 
tes, qu'ils n'ont iamais eu cognoifîance 
des chofes qu'ils mettent en auant. Pour 
confirmation dequoy i'adiôufteray , que 
outre la façon que i'ay dit que les Brefi- 
liens ont de cuire la chair de leurs prifon 
niers^encorcs quand feftois en leurpays 
ignoroyent-ils tellement noftre façon de 
roftir.que comme vn iour quelques mies 
compagnons & moy en vn village ral- 
lions tourner dans vnc broche de bois vi 
ne Poule d'Inde, auec d'autres volailles: 
$4*mge^ eux ferians & moquansdenous ne vou- 

fe moquas \ • • • , 

ite noftre Jurent ïamais croire , les voyans remuer 
wffiriç. ainfi incefîamment, qu'elles puiffent cui- 
re, uifqucs à ce que l'expérience leurmÔ 
lira du contraire. 

Reprenant donc mon propos , quand 

la chair 



DE L'AMER I QVE. .M7 

U'chaird'vn prifonnier , ou dephnleurs 
(car £ en tuïnt quelques fois deux ou 
\l6is en vn iour>eft ainii cuire , tous ceux 
quiontafsiftéàvoirh.relemaiTaae^e- 
ftans derechef refiouys a l'entour dcsBou 
Ait auelqneerand qu'en foit le nombie, 
s'il eft pofsible chacun en aura fon tto.- ^J i:e 
ceau Et defeit.Horsmis.ee quei'ay dit wor , 
part éuheremcntaes vieilles femmes, co^, 
Eicn que tous eonfeffcnt que cefte chair 
humaine foitmerueilleufement bonne SC 
delicate,tant y a neantmoins, qu excepte 
la ceruclle, & plus par vengeance que 
pour le gouft &la nourriture , ils man- 
gent erttieremét tout ce qui fe peut trou- 
er depuis les extremitez des orteilsaui- 

ques aux ncz.oreilles & Commet de la te- ^^ 
fte Et au furplus nos T ou-oupwambaoults & dents 
referuans les tedz par môceaux en leurs %*£ 
villages , comme on voit par deçà les te- ^ reJir 
ftes de morts es cimetières , la premiere ^ 
chofe qu'ils font quand les Fiançois les 
vont voir, c'eft en recitant leurs vaillan- 
ces, & en leur ir.onftrant par trophée ces 
teftz ainfidefcharnez,dire qu'ils feront 
de mefme à tous leurs ennemis. Sembla- 
blement ils ferrent fort foigneufemenj 
tant les plus gros os des cuifles & des 
bras , pour (comme i'ay dit au chapitre 
precedenrfeire des fleures, que les dents 
lefquelles ils arrachent & enfilent en ta- 



H§ HISTOIRE 

çon de patenoftre les portans rourtîIIe.cs 

a l'entour de leur col De mefme J hi- 

ftonen des Indes, parlât de ceux de 1 lûç 

h^gen. de^/^dit qu'eux attachant aux porter 

des In d 9 de leurs maifons les teftes de ceux qu'ils 

liu. ». tuent & facrifîent , en portent aufsi les 

c f 7 J - dents pendues au col pour plus grandes 

brauades. 

Quant à çeïuy ou ceux qui ont commis 

ces meurtres, reputans cela à grand gloi- 

Çorptiu re > de ' 5 * e m <;foe iour qu'ils auront fait le 

t»ajr a r yeHr coup, fe retirons àparr ils fe feront non 

SX"? Clement incifo iufques au fang,la poi- 

çtrine,les brasses cuiffefc,le gras des iam 

bes,& autres parties du corps: mais auf- 

fi afin que cela paroitfe toute leur vie ils 

frotter ces taillades de certaines mixtios 

& poudre noire qui ne fepeut iamais 

effacer: tellement que tant plus qu'ils 

font ainfi déchiquetez, tantplus cognoift 

on qu'ils ont beaucoup tué de prifon- 

piers: & par confequet font eftimez plus 

vaïllans par les autres/Ce que pour vcps 

mieux faire entendre.encores que ci def- 

fus au chapitre delà guerre ï?yeiami$ 

celle figure du Sauuage déchiqueté, ie 

ypusje rep refente ky derechef. 



250 



HIST O.I R E 



horrible 
& nompa 
Veils cru 
Mité. 



Pour la fin de cefte tant eftrange'TiW 
die.s'il adulent que les femmes qu'on a- 
uoit baillées aux prisonniers demeu- 
rent grofïcs d'eux 5 le$ Sauuages qui |nd 
tue les pères allegaans que tels enfinsî 
font prouenus de la femence de leurs cnJ 
Demis (chofe horrible à ouyr , & encoresj 
plus à voir) mangeront les vns incontii 
net après qu'ils feront naiz, où felon que? 
bôleurfemblera auant que d en venir W 
Jeslaifleront deucnir vn peu grandets.Et 
non feulement ces Barbares fe dele&ent,; 
plus qu en toute autre cho/e, dextermiJ 
ner ainfi autant; qu'il leur eft pofsible la 
race de ceux contre lefquels ils ont guer- 
*e(car les dJ^l/argaias font le mefme trai-? 
tementaux ToHOHpw*mboultsc{vi&ndils les; 
tiennent) mais aufsi ils prennent vn fin- 
gulierplaifir de voir les eftrangers qui 
leur font alliez faire le femblable. Telle- 
ment que quand ils nous prefentoyent 
de cefte chair humaine de leurs prifon- 
niers pour manger, & que nous en fai- 
fions refus ( ainfi que moy & beaucoup 
d'autres des noftres ne noua eftans point 
Dieu merci tant oubliez aucins tqufiours 
tnul fait) il leur fembloit par cela que nousne 
^orman leurs fufsions point/ affez loyaux. Sur- 

dis menas «.ïa.» « tv, AM ^ J r • «. 

*,W\x- q iï °y a m ^n grand regret le fuis cotraint 

thajhs de reciter,quc quelques Truchem ens de 

Normandie, qui auoyent demeuré long 

temps 



Truth 
mens 



D E L'AMERIQVE. ^5 T 

temps en ce pays là, pour s'accommoder 
ITuCnan^vLvJd'Athe^es^ee 

Wluoyent pas feulement entoures foi- 
ïesde P a 1 'lard.res& vilenies parmy les 

femme, & les filles,dont yn entre autres 
de mon temps auoit vn garçon aage d en 
uuon trois ans,mais aufsi furpaflant les 
Sauuaees en inhumanité, l'en ayouy qui 
fevantoyentd'auoir tué & mange des 

«rifonniers. . , , 

P Ainfi continuant à defcrire la cruauté 
de nos romupnamboults enuers leurs en- 
ne mis:aduint pendan que nous eftions 
par delà,qu'eux s'eftans aduifez qu il y a 
Soit vn village en la grande Me, dot i ay 
parlé cy deuât,lequel eftoit habite de cet 
tains ^fargataslevrs ennemis qui neat- 
moins s'eftoyent rédus à eux dés que leur 
çuerrecôméça: affauoirily auoitenuiro 
vingt ans: combien di-ic que depuis ce 
temps- là ils les euffent toufiours laiflez 
' viureenpaix parmi eux , tant y a qu vn 
iour en beuuant & Caomnant-, s'accoura- 
geansl'vn l'autre & alieguans,cÔme i ay 
?antoftdit,que c'eftoyent gens iflus de 
leurs ennemis mortels ils dehbcreret de Df[oU tim 
tout fac^ager. Et de fait s'eftans mipue^J 
nuit à la pratique de leurs resolutions,, ,„ 
prenans fes poures gens au defpourueu, ^ 
ils en fire-t vn tel carnage & vne telle bon 
«herie que c'eftoit vJïepitie nopareille de 









2 5 2 Histoire 

ouir crier. Plusieurs de nos F rançois en 
eftam aduertis , e „ u i r orx mi3mit ^ nk& 
bien armez & s'en aJJere't dâs vne Barque 
en grande diligence contre ce village qui 
n eftoit qu'a quatre ou cinq lieues de no- 
ttre tort. Mais auant qu'ils y fuffent arri- 
2"? Sauuages enragez & acharnez 
, qu ils eftoyet après la proye,ayans mis le 

ieuauxmaifons pour faire fortir les per 
Joi : nes,il s en auoye'tia tant tuez quec'e- 
itoit prefquesfait.Mefmes i'ouy affermer 
a quelques vns des noftres eftâs de retour, 
que non feulcmêt ils auoyent veus en pie 
ces & en carbônades plufieurs homes & 
Extrme Ienim « fur tesBoucans,mzis aufsi que les 
««** petits enfans à la mamelle y furent roftis 
tous entiers II y en eut neantmoins quel 
que petit nôbre des grands qui s'eftâs iet 

tez en mer, &en faneur des ténèbres de la 
nuit fauuez à nage, fe vmdrê"t re'dre à no 9 
ennoftrc Me:dôt cependât nos Sauuages 
quelques lours après eftâs aduertis,erô- 
das entre leurs dens de ce que nous I« re 
tenions n'en eftoyet gueres conte's.Tou- 
tesfois après qu'ils furent appaifez par 
quelques marchâdifes qu'on leur donna, 
moitié de force & moitié de gré, ils les 
laifferent pour efclaues à Villegagnon 

Vneautresfois que quatre ou cinq Fr£ 
çois & moy eftiôs en vn village delà mef 
me grande Me nommé Tiraui-io» ou il y 

auoit 



DE L'A M E R I Q_V E. 2-53 

auoitvnprifonnier beau &pui(Tantieu- 
ne homme , enferre' de , quelques fers que 
nos Sauuages auoyét reeouurez des Cnre 
ûiens , s'accoftant de nous, il nous dit en 
langage SomigalquX car deux de noftre jj^ 
compagnie parlans bon Lfpagnol 1 ente- ^.^ 
direntbi^nô qu'il auoitetee» Portugal: j**» 
qu'il eftoit chreftiane : auoit eite. baptize \ êulufme , 
&fe nommoit Antoni.Partant quoy qu'il [*»*«. 
fut Marrai* de nation , ayant toutesfois 
par cefte fréquentation en autre pays au- 
cunement defpouillé fa barbarie , jl nous 
fit entendre qu'il euft bié voulu eftre de- 
liuré d'entre les mains de fe s ennemis. 
Parquoy, outre noftre deuoir d'en re- 
tirer autant que nous pouuions, ayans 
par ces mots de Creftiane&d'Antoni efte 
plus efmeus de compafsion en fon en- 
droit*, l'vn de ceux de noftre compagnie 
qui entédoit l'Efpagnol, ferruner de fon 
eftat, luy dit qu'il luy apporterait des te 
lédemain vne lime pour limer fesiers;S£ 
partant qu'incontinent qu'il (croit a deil 
ureCn'eftât point autremet tenu de court) 
pendâtque nous amuferions les autresde 
paroles il Yallaft cacher furie riuage de 
la mer dans certains bofcages que nous 
luymÔftrafmes-.efquels en nousenretour 
nas nous nefaudriôs point de l'aller qué- 
rir d'as noftre Barque: mefmes luy difmes 
quefi nous le pouuions tenir en noltre 






254 HIST 01 R fi 

Fort, nous acorderions bien aueccetix 
defquels il cûoitprifonnicr. Lepauur© 
homme bien aife du moyen que nous lu y 
prefentions, en nous remerciant, promit 
qu'il feroit tout ainfi que nous luy auios 
confeiilé. Mais quoy que la canaille de 
Saunages n'euft point entendu ce collo- 
que Je doutas bien ncantrnoins que nous 
leur voulions enleuer d'entre ks mains, 
déslemefrneiour que nous fufmes for- 
tis deleur village , eux ayans feulement 
en diligence appelé leurs plus prochains 
voiiins pour eftre fpeerateurs de la mort 
de leur prifonnier , il fut incontinent af- 
fommé. Tellement que dés le lendemain 
qu'auec la lime,feignâs d'aller quérir des 
farines & autres viuïtes , nous fufmes re- 
tournez en ce village -.comme nous de- 
mandions aux Sauuages du lieu ou eftoit 
le prifonnier quenous auions veu Je iour 
precedent, quelques vns nous menèrent 
en,vnemaifon ou nous viimes lepauure 
Àntoni par pieces fur le "Boucan: mefmes 
parce qu'ils cogneurent bien qu'ils nous 
auoyent trompez, en nous monftrantla 
telle ils en firent vne grande rifee., 
ri*,?» Scmbl r abJemen t n °s Sauuages avans 
tugms * iour furpris deux Portugalois dans 
frim& vne petite maifonnette de terre , ou ils 
wSauu* eltoyent dans les boispres leur Fort ap* 
*«■ pelé Morpion , quoy qu'ils fc defendif- 

fent 



D E L'A- ME RIQJfE. 255 

fentyaillammét depuis le matin iufques 
*u foir, mcfmes qu après que leur muni- 
tion d harquebuzes & traits d arbaieftes 
furent faillis , ils fortifient aueC chacun 
yne efpee a deux mains, dequoy ils firent 
vn tel efchec fur les alfaillans que beau- 
coup furent tuez & autres bleffez, tant y 
iineantmoins, sopiniaftrans de plus en 
plusauec refolution de fe faire piuftoft 
tous hacher en pieces que de fe retirer 
fW vaincre,qu'en rin ils prindrét & em- 
rnenerét priionniers les deux Portugais: 
de la defpouille defquels vn Sauuage me 
vendit quelques habits de buffles : com- 
jneaufsi vnde nos Truchemens eutvn 
plat d'argent, qu'ils auoyent pille' aueç 
d'autres chofes dans la maifon qui fut 
forcée, lequel-, eux^ignoransla valeur,ne 
tuycoufta que deux coufteaux.Ainfi eftâs 
"de retour en leurs villages après que par 
ignominie ils crurent arradbé la barbe à 
ces deux Portugais ils les firent non feu- 
lement mourir cruellement, mais aufsi 
parce que les pauures gens ainfi affligez, 
fentans la douleur s'en plaignoyent, les 
Sauuages fe moquas d'eux leur difoyent. 
Et cornent? fera-il amfi que vous-vous 
îoyez fi brauementdefendus & que main 
tenant qu'il falloit mourir auec honneur 
vous monftriez que vous n'auez pas tant 
de courage que desfemmes? & de cefte 



*5 5 histoire' 

façon forent tuez & mâg e2 à leur mode. 

•le pourrois encores amener quelques 
autres femblables exemples touchant la 
cruauté des Sauuages enuers leurs enne- 
mis , neftoit qu'il me femble que ce que 
i en ay dit eft alfez pour faire auoir hor- 
reur & drefferles cheueuxen la telle à vn 
chacu. Neatmoins afin que ceux qui lirôt 
ces choies tant horribles exercées Jour- 
nellement entre les nations Barbares de 
la terre du Brefil,penfent aufsi vn peu de 
près à ce qui fefait-par deçà parmi nous: 

îediray en premier lieu,fur ceflematiere' 
MM», que fi on confidere à bon efeient ce qui 

fe,'» ?***& S ros vfuriers , ( fueçans le fan? 

H»t*itu, & ia moelle,& par confequent mangeans 

t"- tous en vie tant de vefoes , orphelins & 
autres pauures pérfonnes aufquels il vau 
droit mieux' couper la gorge tout d'vn 
coup que de les faire ainfi larigu m qu 05 
dira qu'ils font encores plus Cruels que 
les Sauuages dont ie parle. Voila auVsj 
pourquoy le Prophète dit , que telles gés 

JKieL* e . h f nt J a P eau ' m ^ngent la chair, rô- 
fi pent & bnfent les os du peuple de Dieu 

comme s'ils les faifoyent bouillir dans h 
chaudiere.Dauantagefionveut venir à 
l'aâion brutale de mâcher & mâger réel- 
lement comme on parler la chair humai- 
ne ne s'ê cft-il point trouuéen ces reeioj 
de par deçà,voire mefmes entre ceux qui 

por- 



DE l'A M| R1QVÉ. tyj 

f ortët le titre'de Chreftiens, tât en Italie 
ou ailleurs , iefqueis ne seftans pa's con- 
tentez d^auoir fan cruellement mourir 
leurs ennemis, nôt peu raffaiîer leur cou 
rage felon finô en mangeant de leur iay e 
& de leur coeur? le m'en rapporte aux hi- 
ftones.Et fans aller plus loin en la Han-^;,; u 
ce quoy ? ( ie fuis faiché dele dire car ie trusté 
Ans François) durant Jafanglante trage- \ r A jj f / e§ 
die qu^i commença à Paris le 24. d Aou&rB«rb*ris. 
i^dont ie.n'aççufe point ceux qui n'en 
font pas caufe V entre autres aâes hori 1- 
bles à raconter qui ie perpétrèrent lors 
par tout le Royaume 5 dans Lionla graif- 
fe des corps humains qu^ furent mafia- 
crez d'vne façô plus-barbare & plus cruel 
le que celle des Sauuages v apres élire re- 
tirez delà rimere de5aone,nefut elle pas 
publiquement vendue au plus offrant ÔC 
dernier, ericherilTeur> Les foyes, cœurs &: 
autres parties des corps de quelques vns 
ne furent-iîs pas mangez par les furieux 
meurtriers dont les enfers ont. horreur? 
Semblablement après qu'vn nome Cœur 
de Roy faifant profefsiondela ReUgion 
reformée dans la ville d' Auxerre fut rni- 
ferablement maflacré , ceux qui commi- 
rent ce meurtre ne découpèrent ils pas 
fon cœur en pieces, Texpoferent en ven- 
te à fes haineux y & finalement le firent 
griller fur les charbons -, puis en mange- 
* s R 



I. 






2<8 HISTOIRE 

rent pour affouuir leur rage? H y a enco- 
res des milliers de perfomies en vie qui 
tefmoignerontdeces chofes non iamais: 
ouyes auparauant entre peuples quels 
reyeti'Û qu'ils foyent: & les hures qui en font ia 
jtwt de imprimez dés long temps en feront foy à 
luvïï'*" lapofterité.Parquoy qu 6 n'haborre plus 
çag^xi. tant la Barbarie des Sauuages Anthro- 
pophages, ceft à dire mangeurs d'hom- 
mes : car puis qu'il y en a de tels , voire 
doutât plus dcteftables&pires au milieu 
de nous qu'eux, comme il aeftéveu^nefe 
ruent que fur les autres nations qui leur 
font ennemies , & ceux- ci fe font plôges 
au fang de leurs parens , voifins,& com- 
patrioteSj il ne faut pas aller fi loin qu'en 
l'Amérique ni qu'en leur pays pour voir 
chofes fi monftrueufes & prodigieufes. 



C H A P. 



XVI. 



Ce qu'on peut appeler Religion entre les 
Saunages zAmeriquains: des erreurs > ou cer- 
tains abufeurs qu'ils ont entre eux nomme7 
Caraïbes les détiennent ; & de la grande 
ignorance de Dieu ou ils font plonge!^. 

Ombif.n que le dire de Ci- 
ceron, alTauoir qu'il n'y a peu- 
ple fi brutal, ni nation fi Bar- 
bare & SauiiQge,qui n'ait fen- 

timent 




de l'ameriqvè. 259 

timent qu'il ya quelque diuinite', foitre- 
ceu& tenu d'vnchafcun pour vue maxi- 
me indubitable: tant y a ncâtmoins quâd 
ieeonlideie de pies nos 'Tomupinamboults 
de l' Amcriqucque ie me trouue aucune- 
ment empefchc touchât l'application de 
celle fentéce en leur endroit . Car en pre 
mierlieu outre qu'ils n'ont nulle conoif- T.umpin. 
fance du feul & vray Dieu , encores en W£~ " 
font ils làCnonobftat la couftume de tous /„ ft«* 
les Anciéspayés lefquels ont eu la plura*'"*- 
lité de dieux,& ce que lot encores les ido 
latres d'amourd'luii, voire cotre la façon 
des Indiens du Tern terre continente à la 
leurenuiron cinq ces lieues au deçà, lef- 
quels facrifiét au Soleil & à la Lune) que . 
ils ne côfcflent.ni n'adorct aucuns dieux 
ccleftes ni terreftres : & par çonfequent. 
n'ayans aucun formulaire ni lieu député 
pour s'affembler,afin défaire quelque fer 
uice ordinaire, ils ne prient parformeae 
Religion ni en public ni en particulier 
chofe qu'elle quelle foit.Semblablement 
ignoras la creatiô du môde,fans qu'ilsnô 
met ni diftinguct les iours par noms, ils 
n'ontpointd'acceptiôdel'vnplusquede 
l'autre-. côme aufsi ils ne côtct fcmaines, 
mois,niannees,ains feulemét nombrent .^^ 
& retiennent les temps par les Lunçs^ n «rt»»^ 
Quandàl'efcriture foit fainfte ou pro-.*^« 
phane,nÔ feulemét,aufsi ils ne fauét que 






Z&Ô HïSTOUl 

guette •/>» ce ft> ma * s ^ P* us eftn'ayans nul cara&e 
mon om re pour (ignitier quelque chofe quand du 
de refcn- comme ncemcnt que îe fus en leur pays, 
pour apprendre leur langage 1 eicriuois 
quelques fentence$,leur lifant puis après 
deuant eux, en eftimans que cela fut v ne 
forcelerie ilsdifoyentl'vn à l'autre: Neft 
ce pas merueiile que ceftui ci qui n'euft 
fçeu dire hier vn mot en noftre lâguc , en 
vertu de ce papier qu'il tient qui le fait 
parIer,foit maintenant entendu de nous? 
Qui cft la mefme opinion que les Sauua- 
ges habitans en Fille Efpagnole auoyent 
des Efpagnoîs qui y furent les premiers* 
circeluy qui en a efcritl hifloiredit ainfi. 
ILi c 34. ^ cs ^ n diës cognoifias quelçs Efpagnoîs 
fansfe voir ni fans parler l'vn à l'autre, 
neantmoins en enuoyant des lettres de 
lieu en lieu y s'entendoyent ainfi, croy- 
oyent où qu'ils auoyent Tefprit de pro- 
phétie, ou que les miffiues parloyent : de 
façon que les Sauuages craignans d'eftre 
defcouuerts & furprins en faute, par ce 
moyen furent fi bien retenus en leur de- 
uoir, qu'ils n'ofoyent plus mentir ni def- 
rober les Efpagnoîs. Partant ie di que 
qui voudroit ici amplifier celîe matière 
il fe p refente vn beau champ pour mon- 
ftrer qu'elle grace Dieu a faite aux natios 
quihabitentles trois parties du monde, 
aizauoir Europe, Afie,& Afrique,par def 

fus 



DE L'A ME R'iaVT.. 2(ÏI 

fus les Sauuages de c'efte quatrième par- tfir^r. 
tie dite Ametique:car au heu qu eux ne ^ ^ 
fe peuuent rien communiquer que verba cttl ,« t 
lement, nous aucontrairc auons ; ccft ad- 
'uantage que fans nous bouger d vn heu 
par le miyen de refcnture& des lettres 

Le nous enuoyons,nous pouuons decla 
?er nos fecrets à ceux qu'il nous plaift,& 
fartent ils efioignez iufques au bout <la 
monde.Amfi outre les fciencesque nous 
apprenons parles Hures dont ces Sauua- 
ges font du tout deftituez , encores cefte 
Ttîuention d'efcrhe que nourauos, dont 
ils font aufsipriuez,doit eftre mife au 
rang des dons fingnliers que les hommes 
de par deçà ont receu de Dieu. 

Poùrdonques retourner a nos 7 otf 
cupimmbacults: quand en deuifant auec 
eux,nous leur diiions que nous croyons 
en vn feul Dieu fouuerain/ créateur du 
monde,lequelcommeilafaitlecieI & la 
terre auec toutes les creatures qui ylont f/ ^_ 
contenues: eouuerne aufsi 8c diipote du mlnt dt , 
tout comme il lay plaift : eux di-ie nous Jjjjg- 
oyans reciter ceft artidccn fe regardans L „ d 
l'ïnt'autre , vfans de cefte intenecïion «*»» 
desbahiflernent Teh /.qui leur eft accou- 
ftumee -, demeuroyent tous eftonnez. Ht 
parce,comme ie dlray plus au long , que ^ 

quand ils entendent le.Tonnerre qu ils To*pa> 
nomment Toupan, ils font grandement — 

fi 3 



2<$Z DE l'àMERI QVE. 

effrayez, fi nous accommodans à leur ru~ 
derTe prenions particulièrement occafion 
delà de leur dire que c'eftoit le Dieu dot 
nous leur parlions qui,pour monftrcr fa 
grandepuiflance,faifoit ainfi trébler ciel 
&terre:lcursrefoiutions & refponces à 
cela eftoyëtq puisqu'il les efpouuâtoit 
de cette façô,il ne valoit dont rien. Voila 
chofes deplôrables,au en font ces poures 
gens, Comment donques, dira mainte- 
nant quelqu'vn,f c peut il faire que com- 
me bettes brutes cesAmeriquains viuent 
fans aucune Religion? Certes comme 
fay la dit peu s'en faut, & nepenfepas 
qu'il y ait nation fur la terre qui en foit 
plus efloignee. Toutefois pour commen 
c'er à declarer ce qui leur relie delumie- 
re,ie diray en premier lieu: qu'au milieu 
^Anuri- de ces efpefles ténèbres d'ignorace où ils 

monuiné l'immortalitédes âmes, mais aufsi ils tie- 
4cs «»us.- ncnt f ermcmcm g U » aprcs J a mon dcs 

corps celles de ceux qui ont vertueufe- 
ment vefeu , ceft à dire felon eux qui fe 
font bien venge* & ont beaucoup man- 
ge* de leurs ennemisjs'en vont derrière 
les hautes montagnes ou elles danfent 
dis de beaux iardins auec celles de kurs 
grands pères (ce font leschamps Elifiens 
des Poètes) & au contraire que ccllesdcs 
cftemine* & gens de néant qui n'ont te- 
nu 



! ) 



HISTOIRE 



l6% 



„» conte de défendre la patrie vont au« 

*°??lJL,nr afflieez de ce malin ef- --;- ^ 



t rit tottr* 



poures gens oui*" ■---.- , 

Lfsi tellement affligez de ce malin et 
or t (lequel autrement ils nomment **-' 
2 r que comme i'ay veu par pluficur, ^ 
S meLesainfi qu'ils parloyet a nous, 

fe fentans tormentez & crians tout fon- 
da n comme enragez , nous dUoycnt* 
he as défendez nous d'Ayg»*»^ ™«> 
IZ. voue difoyent que ytiiblemcnt il.- 
le voyoyent tantoft en gnife de befte, 
d'ovf«ux,oa d'autres formes eftranges 
Et parce qu'ils s'efmerueiHoyent bien 
|rt P e*oiî que nous n'en eftion. point 
Saillis, quand nous leur difions. que tel- 
le exép ion venoit du Dieu duquel nous- 
eur parliôs fi fouuent lequel eftat fas co 
paraifô pi» fort^'^^gardoit qu il M 
LuspouuoitnimoleftermmaHaire,! 

eft aduenu quelque fois qu'eux fe voyans 
p eflez promettoyent d'y Croire comme 
Sou,: m P ais fuyuantle prouerbe quidit,, 
^ue le danger paiïé on fe moque du fa nt 
ï toft qu'ils eftoyent deliurez , ils ne 

fe foudoyent plus de leurs promettes. 
Toutesfoïs, P o P urmonftrerqueceneft. 

pa$ ieu , ie leur ay yen fouuent tehe- 
Lnt appréhender cette furie internale, 



î<5"4 *■ HI S TO I RE 

que quand its ft refiomienoyent de ce 
qu'ils auôyent enduré par le paffé frap- 
pans dcsmàinS fur leurs cuifïés, voire de 
deftrefle aya nH;Pfueur au front, en fe cô- 
plaignant à moy ou à'àtitre deHoftieco, 
pagnie,ils difoyêt.M^r ^hou-^f,» A~ 
(equetey Aygmhatcupaue',Ct{kz due Fran 
■- pis mô anii.oùmô parfait allié, ieerain 
le drabie,ou J'efprit malin,plusque toute 
autre chofe. Q^e/Î au contrai! e-celuy au^ 
quel ils s'adieïToyentkurdifoif-:; Wace- 
qmey Aygnan. ;' Véft à dire ie heleerain 
point moy: en defplofânt leur condition 
ils refpondoyentîliclas que nous ferions 
heureux fi nou^efiions comme vous au- 
tres . IJ faudroit croire & vous afiurer 
comme nous faifôrts encelùy qui cftplus 
puiffantqueluy,rep]iquions nous : mai* 
^Y^'Xv dit quelques proteftations 
qu il,hflent d'arnfi Je faire, tout cela s'ef- 
tfan^uiiToitinContinent de leur cêrbeau. 
Or auant^ue pafler plus outre i'ad^ 
Wùfteray fur lëpropds qwïzy touché 
de nos Ameriquains qui' croyept i'airië 
immortelle ('honjobftant Jâ maxime qui 
atîfsi a toufipOrs éfté communément te- 
nu> p f ar JesTn'e'ô'îogiés.-afiauoir que tous 
les P;nîofophes,Payés,& 3ntresGêrrl.s& 
barbares auoyént ignoré & nié Jarefurre 
«ion de'Jacliairîquerhiftoriendc'sIndeS 
Occidentales ditque non feulement les 

Sau- 



D£ 



t'A M B R î QJE- 



z<?5 



SaHuages 



Sauuageshabitâs delaville deCu^co prin «£. 
cioale au Peru & ceux des enuirons con- ^ 
S ntâuisrles âmes eft.eimr.orte g**.**. 
mais quipius eft croyent la refurrediou 

Tes coU & voici I" exemple qu'il en a e- ^ - 
Îue.Leï Indiens dk-il voyans que les^md. 
IfLgnols en ouurâs les fepulchres pour lu 4- 
fuïifi'or & les nchefles qm eftoyent de 4. 

dans iettoye-nt lès ofîemens .des mor s 
deçà & delà, lespnoyent qu ann que ce 
lanelesempefchaftdereftufcherrlsneles 

efeartaffent pas de cefte façon. car adjou- 
fte.iUparlantdeslauuagesdecepaysla, 

ilscroyent la refurredion -.aie. corps* 

ment quelque autre auteur propnaneic- Magmrrl 
crnelaïermequau temps iadis vue certai <„„,„. 
ne nation Payenne:en eftott aufsrpaflee 
iufques 11 de croire ceft article. Ce que 
Pay bien voulu narrer expreffement en 
ceft endroit afin que chafeunentende que ^ ^ 
fi les p'us au endiablez Atheiites dont la ^ thei ^. 
terre eft maintenant toute couuerre par 
deçà ont cela de commun aiiecles T^ 
pt namb*oulu de Te vouloir faire acroire, 
Voire encores d'vne façon plus eftrage & 
plus beftiate Bofctas'l qu'il ^y a point de 
bieu 3 oue'pour le moins en p renue* heu, 
ils leur aprennent qu'il y a des diables 
pour to-rmente? , mefme en M monde 
ceux^ui nient Dieu & fa puiffance.Q^e 



; 



mm 



266 HISTOIRE 

s'ils répliquent la deflus que c'eft vne fol 
le opinion que ces Sauuages ont de cho- 
ies qui ne font point , & qu'ainfi qu'au- 
cuns d'eux ont voulu maintenir , il n'y a 
autres diables que ks mauuaifes afFe- 
<5Hons des hommes. Icrefpond que tant 
pareeque i'ay dit & qui eft très vray,aiTa- 
uoir que les Amenquains font extreme- 
nient voire vifiblement & a&uellement 
tormentez des malins efprits, que parce 
que chacun peut iuger que les affections 
quelques violentes qu'elles puiffenteftre. 
nepourroyentafîiigerles hommes de tel 
le façon qu'il fera aifé deles rembarrer 
par ce moyen. 

Secondement parce que cçs Athée* 
nians les principes font indignes qu'on 
leur allègue ce que les Efcritures fain- 
des difent de l'immortalité de Tame, 
ie leurpropoferay encores nospauures 
aueugles Brefiliens , lefquels leur enfei- 
gneront qu'il y a vn efprit en l'homme 
qui ne mourant point auec le corps 
eft fuiet à félicité ou infelicité perpé- 
tuelle. r r 

Etpourle troifieme touchant la refur- 
reftiondela chairrd'autant que comme 
chiens ils fe font aufsi accroire que quâd 
le corps eft mort il iïen relcucra iamais, 
îe leur oppofe les Indiens du Peru , lef- 
quels au milieu deleurfaufle Religion, 

&n y a- 







•DE X'AMERIOVE. là? 

& n'ayans prefques autre cognoiflance 
Tue le 7 fcntimcnt de nature, en fc leuans 
i iugement defmcntiront ces exécra- 
bles. Mais d'autant comme l'ay dit , que 
eftans pires que les diables mefmes.lef- 
quels comme dit faint Iacques croyent^^ 
Lil y a vn Dieu & en tremblent, le leur 
?ais encores trop d'bôneur de leur bailler 

ces Barbares pour Doûeur. : fans plus . 
parler pour le préfet de leurs deteftables 
erreurs ie les 1 éuoye tout droit en enfer. 
Ainfi p our. retourner a mon principal 
fuiet, qui eft de pourfuyure a declarer ce 
qu'on 1 eut appeler Religion entre les 
Luages de Y Amenque:ie di en premier 
Heu, San examine de près ce que 1 ay a 
touché d'eux , affauoir , qu'au heu qu il, 
defireroyent bien de demeurer en re- 
posais font ncantmoins contraints quad 
L entendent le Tonnerre de trembler 
fousvne Puiffance à laquelle ils ne peu- 
uent refifter, qu'on pourra recueillirde 
la, que non feulement la fentence de Ci- 
ceron, que i'ay alléguée du commence- 
ment /contenLt qu'il n'y a peuple ym 

naît fentiment ^T-Ç^^£! 
vérifiée en eux , maisaufs! cefte ciamte 
qu'ils ontdeceluy qu'ils ne veuiet point 
cognoiftre , les rendra du tout mexcma- . 

blés. Et de fait quand il eft dit par 1 A- A& . ÏA . 
poftre que nonobftant que Dieu es temps r 7 . 



2<*8 «ISTOIRe 

pafTez ait laisse tous les Gentils chemi- 
ner en leurs %es, que cependàt en bien 
taifant a tous,& en enuoyant Ja pluye du 
ciei& les faifons fertiles , il ne s'eft Ja- 
mais aiffe fans tefmoignage:c.ela mon- 
tre allez quand les hommes ne cognoif- 
fentpas leur Créateur ,.qu e cela procède 
de leur mahee. Comme aufsi pour les co 
K0.1.W uaincredauanrage il eft dit ailleurs , que 
ce qui eft in.uifible.en Dieu, fevoit par ia 
creation du monde. 

Prcfuppofantdoncquesquenos Ame 
riquains, quoy qu'ils ne le confeffent, 
eitans conueincus en eux mefmes qu'il y 
a quelque Diuinité ne pourront préten- 
dre caufe d ignorance : outre ce que l'ay 
ia dit touchant l'immortalité dei'a m e,la- 
quelle ils croyent : le Tonnerre dont ils 
font efpouuantez , & ks diables qui ks 
tourmentent, ie mohftrèray encores en 
quatrième lieu, nonobftant ks grandes 
& obfcures ténèbres ou ils font plongez, 
comme cefte femencede Religion(fi tou- 
tesfois ce qu'ils font mérite ce titreibour 
ionne& ne peut efttecfteint en eux. 
Pourdoncque-s entrer en cefte matie- 
Carai- rG ' faut rcai3oi r qu'Us ont entre eux cer- 
tes c f™V™ faux Prophètes & abufeurs que 
f«« x r„. ils nomment C^rdihsiYeÇcmeis allans & 
tfrf>J venans,de,vill a geen; V iil 3 ge,:commele,s 
porteurs de Rogaton en la Papauté, leur 

font 






DE l'aMERIQJ^ *®9 

font accroire -, que ■communiquans aiiec 
les efpritsjhon feulement ils peuuent do 
ncr force à qui il leur piaift pour vemere 
& furmonter les ennemis , mais qu'aufsi 
ce font eux qui font croiftre les grolTes 
racines & les fluids, tels que ïay dit ail- 
leurs que cefte terre duBrefil les produit. 
Dauantage ainfi que i'ay feeu des Tru- 
chemens de Normandie qui auoyent lôg 
temps demeure en ce pais la, nos 1 o%ou~ 
pinambaoults ont cefte couftume que de 
trois en trois, ou de quatreen quatreans, 
ils font vne grande folennité de laquelle 
comme vous entendrez pour m'y eftre 
trouué fans y penfer , ie peux parler à la 
vérité. Comme doneques vn autre Fran- 
çois nommé lacques RoufTeau & moy a- 
uec vn Frucriemét allions par pays , ayâs 
couché vne nuift en vn village nommé 
Totiua, le lendemain de grand matin que 
^ous penfions paffer outre nous vifmes 
en premier lieu tes Sauuages qui vetians^^ 
des lieux plus-proches, & mefmes jbrtâs-;^ 
des maifons de ce village s afkmblerent ^ grdiM 
en vne place en nombre de cinq ou f«£^ 
cents. Parquoy nous arreftans pôurla-^ 
-uoir àquelle fin cefte affembleefe faifoit, 
ainfi que nous-nous en entrerions nous 
les vifmes foudain feparer en trois ban- 
des: aflauoir, tous les hommes qui fe re- 
tirèrent en vne maifon à parties femmes 



X 



17» Hi STOIRfi 

en vn autre, & les enfans demefme. Or 
parce que ie vis dix ou douze de ces mef- 
iieurs Jes Caraïbes , qui s'eftoyent rangez 
auecies 'hommes, me doutant bien ou ils 
vouloyent faire quelque chofe d extraor 
dinaire ie pnay inftamment mes compa- 
gnons que nous demeurifiions là pour 
voirce niiftere , ce qui me fut accordé. 
Ainfi après que Jes Çtraibcs auant que fe 
départir dauec les femmes& enfans leur 
eurent eftroitement défendu de ne for- 
tir des maifons ou ils eftoyent, ains que 
de la, ils efeoutaflent àttentiuement 
quand ils les orroyent chanter : aduint 
que nous ayans.aufsi commande' de nous 
tenir enclos dans le logis ou eftoyent les 
femmes, ainiî que nous defieunions,fans 
feauoir encores ce qu'ils vouloyët faire, 
nouscommençafmes d'ouir en la maifon 
ou eftoyent les hommes(laquelle n-eftoit 
pasà trentepas de celle ou nous eftions) 
vn bruit fort bas , comme vous diriez 
le murmure de ceux qui barbotent 
leurs heures:ce qu'entendans les femmes 
Jefquelles eftoyent aufsi en nombre d'en 
uiron deux cens , routes fe leuerent de- 
bout^ en preftantl'aureille fe ferrèrent 
enfemble. Mais après que les hommes 
peu à peu eurent efleué leurs voix, & que 
nousles entendifmes fort diftindement 
chanter tous enfemble, & repeter fou- 

uent 



PE l'AMlKlQJÏ' 27* 

„e«t cefte intension découragement £ ^ 
*WWfc»M»>« ; fufmes tous es bahis que 
cl es de leur cofté leur refpondant & réi- 
térant, auecvac voix tremblante r , cefte 
nveftnc interieftion, heM,he,he,h prin- 
drent à crier de telle façon i'efpace de 

plus d'vn quart d'heure, qu'en les regar- 
dât nous ne fcaumns quelle contenan- 
ce tenir . £t de fait parce que non içuttr Hurlt „h 
ment elles hurloyent ainfi, mais ******$% 
auec cela en fautans en l'air de la grande > d „ ftmmti 
violence faifoyent branfler leurs mam-s^ 
me lies,efcumoyent par la bouche, voire 
aucunes ( côme ceux qui ont le haut mal 
pardeça ) tomboycnt toutes «f uanoul «> 
ie ne croy pas autrement que le diable 
neleur entraftdans le corps , & cm elles 
ne dcuinfe-t foudain enragées. Bret nous 
ovans fcmblablement les enfans de leur 
part brafler & fe tourmenter demelme 
au logis ou ils cftoycnt feparcz , qui c- 
ftoit tout auprès de nous: combien di 
ic qu'il y eut ia lors plus de demi an que 
ie frequentois les Sauuages , & que le 
fufle défia autrement accouftume par- 
mi eux , tant y a, pour n'en rien defgui- 
fer , qu'ayant eu quelque frayeur & ne 
feachant qu'elle feroit l'iflue du W«f 
fe bien voulu eftre en noftre tort 
Toutesfois , quand ces bruits & hur- 
ïemens confus furent finis , & après 



%*]& *<* <H ISTOIRH; 

vne petite pofe (les femmes & les énfang 

ie taifans-tout court) nous eaieiidiimes 
derechef lés hommes lefquels chantans 
& ta i fans relouer leurs voix d vn accord 
merueiîieux, m'eftant vn peu raficu.é en 
oyat ces doux & plus gracieux ibns,ii ne 
faut pas demâder fi ie defiroisde les voir 
de près: mais parce que quand ie vouloîs 
i far-tir pour m'en approcher, nô feulemcfc 
les femmesrne reti rodent, nia is aufsi no- 
ft^TrucKemêt difoit que-depuis 6.ou 7* 
aiiS 5 qril«yaUoit quil cftoit enxe pays 1% 
ïi «e s'eftbit iamais ofé trouuer parmi les 
Kommes en- telle fefte: de façon , adiou- 
ftoit-il^que fi ïy allois iene ferois par fa- 
gemenn craignant de;me mettre en dan- 
ger ie demeuray vn peu en fufpens. Neât 
moinsparce que l'ayant fonde plus auat, 
il me icmblbit qu'il ne me donnoitpas 
^râècte *iufen de ion dire , ioint que ie 
m'affoifois* de i'amitiéde certains bons 
vieillards qui demeuroyent en ce village 
auquel danois efté quatre ou cinq fois au 
parauât 5 moîtie / de force,^ moitié de gré, 
ie mhazarday de fortir . M'approchant 
doneques du lieu ou i oyoye cefte chan- 
Maifms trerie, comme ainfi foit que les maifons 
des Sauua dés Sauuaçcs Jonques qu'elles font & de 

vas <!e quel C ^ J- ^ , . . 

fcjW ia Ç° n ron des corne vous diriez vne treil- 
le denos iardms de par deçà) foyent baf- 
fes & couuertes d herbes iufques contre 

terrej 




terre,afinqueiepeuffe mieux voiràmô 
plaiiîr , le fis auec les mains vn petit per- 
tuis en la couucrture. Apres cela faifant 
figne du doigt aux deux François qui me 
rcçardoyent, eux à mon exemple s'çitan* 
aufsi enhardis &approchez,fans nul cm- 
pefchement ni difficulté, nous entraimes 
tous trois dans cefte maifon . Ainfi les 
Sauuages continuans toufiours leurs chà 
fons & tenans leur rang & leur ordre d'v 
ne façon admirable, nous tout coyement 
& pour les contempler tout noftre faoul 
nous retirafmes en vn coin. Mais fuyuât 
ee que i'ay promis ci deflus ,. quand l'ay 
parlé de leurs danfes en leur Çaouinage* 
que ie dirois aufsi l'autre façon qu'ils 
ont de danfer: afin de les mieu* reprefen 
ter^voici les morgues, geftes, & contenan- 
ces qu'ils tenoyent.Tous près âpres l'vn 
de l'autre, fans fe tenir par la main, ni 
fans fe bouger d'vne place, ains eftans ar 
rengezenrond, courbez furie deuant, 
guindans vn peu le corps , remuans feu- 
lement la iambe & le pied droit , chacun c%nunieé 
ayât aufsi la main dextre fur Ces fefïcs, & £g£ 
le bras & la main gauche pendant , dan- enr onâ. 
foyent & chantoyent de cefte façon . Au 
fur-plus parce qu'à caufe de la multitude 
il y auoit trois rondeaux, y ayant tout au 
milieu d'vn chacû trois ou quatre de ces 
Caraïbes richemêt parez de robes , bon- 



274 HISTOIRE 

nets ^bracelets de belles plumes naîfues 
f*ara~ naturelles & de diuerfes couleurs:tenans 
au refte en chacune de leurs mains vn de 



es 



dedans Us ces Maracaii c'eft à dire fonnettes faites 
M*rai«f. c j» vn f rl iit plus gros qu'vn œufd'Auftru- 
chejdont i'ay parle ailleurs, afin difoyent 
ils., que Tefprit parlaft puis api es dans i- 
celles pour les dédier àceftvfage ils les 
faifoyêt foner à toute refte: & ne vous ies 
feaurois mieux comparer en Teftat qu'ils 
eftoyentlors , qu'aux fonneurs^de cam- 
panes de ces Caphars , qui en abufant le 
pauure monde par deçà portent de lieu 
en lieu les chaffes de faint Anthoine,de 
Bernard & autres tels inftramens d ido- 
lâtrie. Ce qu'outrela fufdite dcfciiption 
ievous a y bien voulu encores reprefen- 
ter par la figure fuyuante, du Danfcur & 
du Sonneur de zJUaraeai 



2j6 ~ HISTOIRE 

- Outre plus ces Caraïbes en s*auançâs& 
fautans en deuant, puis reculans en ar- 
rière ne fe tenoyentpas toufiours en v+ 
ne place comme faifoyent les autres: 
inefrnes i'obferuay qu'eux prenans fou- 
uent vne canne de bois,longue de quatre 
à cinq pieds au bout de laquelle il y auoit 
de Pherbe de Vetun (dont i'ay fait mentio 
autrepart)feiche& allumee,en fe tournas 
Card" & foufflans de toutes parts la fumée d'i- 
ïbes celle fur les autresSauuagesleur difoyét: 
fifinlu- aj ^ n <i ile vous Surmontiez vos ennemis, 
tretSauuét receliez tous Te/prit de force : &ainfî 
gu - firent par plusieurs fois ces mzx&resÇara 
ïbes . Or ces ceremonies ayant ainfi duré 
près de deux heures , ces cinq ou fix cens 
hommes Sauuages ne ceffans toufiours 
merleiUa. de chanter il y eut vne telle mélodie qu'à 
biedesSm tendu qu'ils ne feauent quec'eftde mufi-i 

waves. i ■ ■'■'« 

* que, ceux qui ne les ont ouïs ne croiroyet 
iamais qu'ils s'accordaflent fi bien. Et de 
fait au lieu qu'au commencement de ce 
fabbat(eftant commei'ay dit en la maifon 
ou eftoyentles femmes ) i'auois eu quel- 
que crainte , i'eu lors en recompenfe vne 
telle ioyeque non feulement oyant les 
accords d'vne telle multitude fi bien me- 
furez,& fur tout pour la cadance & re- 
frain delà balade à chacun couplet tous 
traifnans leurs voix difant . heu>heuanre, 
beura, heuraure y héura^bevir^ oueh. i'en de- 

meuray 



DE L'AMER I QJÏ. *77 

mcuraytoutraui: mais aufsi toutes les 
Sis qu'il m'en fouuient,le cœur men 
treffaillantxlmefembîeque^iesayeen- 
cores à mes oreilles. Quand Us vouluiet 
finir, frappas du pied droit contre terre, ; 
pSort^auparauant, après que cha- 
cun eut craché deuant foy,tousvnanime~ 
me nt d'vne voix rauque , pronon«««t 
deux ou trois fois hë^uaybkihkmi & « ml 
ceiïerent.Et parce que n'entendat pasen- 
cores lors parfaitement tout leur langage 
ils auoyent dit plufieurs chofes que tena 
U oispeucomprendre,ayant P ne cTia- 
chement qu'il les me déclarait : il me de 
en premier lieu qu'ils auoyet fort incilte 
à regretter leurs grands pères décédez 
qui eftoyentfi vaillans : toutesfois qu en 
fin ils s'eftoyent confolez en ce qu après 
leur mort ils les iroyéttrouuer derrière 
les hautes mÔtagnesou ils daferoye. &ie 
refiouyroyét auec eux.Se'blablement qu a 
toute outrance ils auoyent menaffez les 
Ouëmcas ( nation de Saunages , laquelle 
comme i"ay dit ailleurs leur eft tellemet 

ennemie qu'ils ne l'ont iamais peu dop- 
ter) d'eftre bien toft prins & mangez par 
euiainfiqueleur auoyent promis leurs o^ 
Caraïbes . Au furplus qu'ils auoyent en- Muge vni 
tremeflé & fait mentiô en leurs chanfons.,^ 
que les eaux s'eftâsvne fois tellement del ^^ 
bordées qu'elles auoyét couuert toute la 

S 5 . 



2? 8 HISTOIRE 

terre tous les homes .du.monde>exceptez 
leurs grands pères qui fe fauueret fur tes 
plus hauts Arbres de leur pays, furent 
noyez : lequel dernier point qui eft, ce 
qu'ils ; tiennent entre eux plus approchât 
de PEfcriturefaintc,ic leur ay d'autrefois 
depuis ouy réitérer • Et défait eftantvray 
f cmblable que de père ep fils ils ayet ente 
du quelque chofe du deluge vniuerfel, 
qui aduin.t du temps de Noe ; fuyuant la. 
couftume des hommes qui ont touftburs 
corrompu & tourné la vérité en nienfon- 
ges:ioirit comme il a cfté veu ci deffus 
qu'eftans.priuez de toutes fortes d'eferi- 
tures il leur eft malaifé de retenir les cho 
fes en leur pureté, ils ont adioufté celte 
fablccomme les Poétes 3 que leurs grands 
percs fe fauuerentfur les Arbres, 
Pour retourner à nos Caraïbes, ils' furent 
nô feulemet bié receus ce iour là de tous 
Us autres Sauuages qui les traitas ma^ni 
fquement des meilleures viandes quails 
peurent trouuer, n'oublièrent pas aufs* 
felon leur couftume ordinaire, de £V 
outner&c boire d'autant , mais aufsi mes 
deux compagnons François & moy qui 
comme i'ay dit nous cftions trou-, 
nez inopinément à cefte confrairie des? 
Bacchanales , à caufe de cela,fifmes bon- 
ne chère aliec nos iJM ouJfacats,ct& à dire 
bons pères de famille qui donnent à mart 



D E L'A ME RI QVE* 2 7? 

«r aux paffans.Et au furplus de tout ce 

Le vous auez entendues fe tont entre 
quelques fois auparauant,les Caratb al 

chacune i , ou erofles fonnet- 

moins,deles hochets ou b 
tes qu'ils nomment AfrfW"W : lciqut e > 
Snl parées fichant le plus grand out d« 
7 a « «ni eft à trauers dans terrenes ai 

ba ,i out le ôg & au milieu des mai 
rengeanstoutieiog 

fons, ils commandent puis ap n n> 

1/.H1- baille à boire & à mangei. 1 eUcmetr 
ï c , Iffrontcur, faifans -croire aux 
autres poures xdiots^ueces fruits & ef- 
Teces de courges ainficrefez pare, & de 
l ? mangent I bovuent la nuit, chacun 
chef d'hoftel adiouftant foy a ccla.ne ^feut 
foVnt de mettre auprès des fiens non fa 

lement de La farine auec de la chair U £tt 
Sô.mais aufsi de leur ^bruuaged :C* 
P °L Voire les laiffâs ainfi ordinairement 
X« c" equinze iours outroisfemai 
P es touuo-sfemis,de mefmeils otapres 

cela vue opinio fi eftrâge de ces Maracas 
\%adJs ont prévue touûou» en la 



z %° HISTOIRE 

er»,., main qu'en y attribu a t quelque faintcté* 
F*-* Us d.fent que fouuétesfois en ks Es 
vn efpnt parle à eux. Q^ fi au refte no US 
autres paifas parmi leurs maifôs&loeues 
loges voyons quelques bonnes viandes 
prcfenteeaces Mœracas & q Ue nous les 
Prinfsions &mangifsions (commenou* 
*«ons fouuent fait ) nos Ameriquains,e- 
ihmans que cela nous cauferoit quelque 
maiheur.n'en eftoyét pas moins offence* 
quelles fuperfticieux&fucceffcurs des 
.preftres de Baal devoir prendre ks of- 
frandes qu'on porte à leurs Marmofets, 
dequoy cependant eux &leurs putains f e 
nournlTent.^ui plus eft fi delà nous pre! 
nions occafionde leur remonftrer leurs 
erreurs, &mefmes que nous leurs dif- 
fcons que ks Caraïbes non feulement leur 
taiiant accroire que leurs Maracasvnzn- 
geoyent & buuoyft.les trôpoye't en cela 
nui. qu'aufsi ce n'eftoit pas eux,côme iï 
levantoyent, ainsle Dieu en qui nous 
croyons & que bous leur annoncions qili 
faifou croiftre leurs fruits & leurs *rof 
fes racines: cela eftoit autant en leur en 
droit, q U ed ep arler pard eça contre le 

Ppe,oudedircàPansquelacIiafiede 
SSwTftSS CCS P ' peUrS */>*** "e nous 



cfctfw* h.rïAc ^ J C UI5 TC ;^*** ne nous 
**«. 5 Ji ; ias Pas moins que les faux prophètes 

rieurs gras 

morceaux 



ténèbres. , ^-«.v*.,^^^ raux prophet 

de lesabel, craigne de perdre leurs gras 



DE L'A ME RI QV?. *&t 

morceaux, faifoyentle vray feruiteur de 
Dieu Elie, qui femblablement deicou- 
uroit leurs abus,commençans àfe cacher 
de nous craignoyent mefmes devenirou 
de coucher es villages ou ils fcauoyent 

que nous eftipns. 

Orquoyqucnos TomupinambaoultSy 
fuyuant ce que i'ay du au convmencemêt 
de ce chapitr'e,& nonobftant i« ceremo- 
nies qu'ils font n'adorent par fieichiile- 
ment de genoux ou autres façôs externes 
leurs Caraïbes,™ leurs Maracas, m crea- 
tures quelles qu'elles foyent, moins les 
prient &inuoquent: pour continuer tou- 
tesfois à dire ce que i'ay apperceu en eux 
en matière de Religion , i alleguerav en- 
cores ceft exemple . Mettant trouue vne 
autre fois auec quelqucs-vns.de noftre 
nation en vn village nommé OKarentin-, 
diftant deux lieues de Cotitta dont i'ay 
tantoftfait mention: comme nous fou- 
pions au milieu d'vne placcJesSauuages 
de ce lieu (non pas pour manger, car s ils 
veullent Faire honneur à vn perfonnage 
ils ne prendront pas leur repas auec luy) 
s'eftans affemblez pour nous cô temp 1er: rW*£ 
& mefmes les vie illards bie hers de nous cheriffans 
voir en leur village nous monftrans tous IhFtacw 
les fignes d'amitié qu'il leureftoit pofsi- 
ble, ainfi qu'Archers de nos corps , auec 
chacun en la main vn os du nez d'vn poii 






l2z HISTOIRE 

fon long de deux ou trois pieds faite» 
façon de fciccftans alctour de nous pour 
chaffer les enfans, aufquêls ils difoyét en 
leur lâgagerpetites canailles retirer vous 
car vous n^eftes pas dignes de vous apro 
cher de ceè gens ici : après di-ie que tout 
ce peuple fans nous interrompre vnfeul 
mot de nos deuisnous eutlaiffé fouper 
en paix, il y eut vn vieillard lequel ayant 
obferuc , que nous auions prié Dieu à la 
fin & au commencement du repas nous 
demanda. Que veut dire cefte manière de 
fairedont vousauez tantoft vfé 5 ayans 
tous par detrx fois oftez vos chapeaux & 
f s dire rr>ot 5 exceptévn qui parloit,vous 
eftes tenus cois? A qui s'adreffoit ce qu'il 
à d:"t> eft ce à vous qui eftes prefens, ou à 
quelques autres abfens?Surquoy empoi- 
gnas cefte occafion qu'il nous prefentoit 
Salua «* rt a P ro P os pour leur parler de la vraye 
Relieion : ioint qu'outre que ce village 
d O K 'arentin eft des plus grands & pins 
peuplez.de ce pays là , ie voyois encores 
ce me femhloit les Saunages mieux difpo 
fez & attétifs à nous tfeouter que de cou 
ftumc,ie priay noftre Truchcmet de m*ai 
der* à lcui donner à entedre ce que ic leur 
dirois,.Apres donc que pour refpondreà 
la queftion du vieillard ie luy eu dit que 
c'eftoit à Dieu auquel nons auions adref- 
{é nos prières: & qucquoy qu'il ne le vit 

pas il 



à* &n*ionitr 

ie Vïay 



t,E l'AMERIQJÏ- 285 

• as il nous auoit non feulement bien en- 
Fédus 3 mais qu'aufsi il fauoit ce que nous 
penfions & anions au cœur , 1e commet 
çay à leur parler dé la creation du mode: 
Sur touï i'inliftayfur «point de leur 
bien faire entedre que ce que Dieu auoit 
fait l'hôme excellent par defius les autres 
creatures eftoit afin qu'il glonfiaft tant 
plus fô créateur: adiouftat par ce q nous 
leferuiôs^u'ilnouspreferuoitentrauer 

fat la mer pour les aller voir,fur laquelle 
nous demeurions ordinairement 4. ou 5. 
Lis fâs mettre pied à terre.Séblableme 
qu'à cefteoccafiô nous necraignosj>oint 
come eux d'eftre tormetez d Jtgna.m^ 
cefte vie ni en l'autre-.de faço leur difoi ie 
que s'ils fe vouloyét côuertir des erreurs 
ou leurs Caraibes méteurs les detenoyet.» 
«nfemble delaifler leur barbarie pour ne 
plus mâger la ebair de leurs ennemis que 
ils auroyentles mefmes graces qu ils co- 
noiffovét par effectue nous amons.Bref 
afin que leur ayât fait entedre la perdmo 
de l'homme nous les préparions a rece 
uoir Iefus Chrift,leur baillant toujours 
des côparaifôs de chofes qui leur eftoyet 
co^nuesnous fufmesplus de : z.heurei *«•*££» 
cefte matière de iacreation,do t pour brie -(- 
«été iene feray ici plus 15g **«««• P? £££ 
tous preftans l'oreille,auec grade admira {^ 
tion efcoutoye-tattétiueme-t de manière 



a8 4 HISTOIRE 

qu'eftans entrez en esbahifTemcntde ce 
quils auoyent ouy , il y cut vn vidl , aR , 
qui prenant la parole dit: Certainement 
vous nous auez dit merueilles , & chofes 
très bonnes que nous n'auiôs iamais en- 
tendues: toutes/bis, dit-il, voftre haren- 
gue m a fait remémorer ce que nous auôs 
I?!™* ° Uy rCC " Cr beauco "P de fois à nos grâds 
&£. f cres: f cirque dés long temps I dés 
le nombre de tât de Lunes que nous n'en 
auons peu retenir le conte, vn Mair,c'è& 
a dire François ou eftranger veftu & bar- 
bu comme aucuns de vous autres , vint 
en ce pays ici, lequel pour les penfer ren 
ger a 1 obeiflànce de voftre Dieu , leur 
tint le mefme lâgage que vous nous auez 
maintenant tenu : mais comme nous te 
nons aufsi de pères en fils , ils ne le vou- 
lurent pas croire: & partant il en vint vn 
autre qui en ligne de malediâion leur 
bailla 1 efpee , dequoy depu.s nous-nous 
lommes toufiours tuez l* V n l'autre-telle- 
ment qu'en eftans entrez fi auant en pof- 

lefs 3 on,fimaintenantlaiiransnofrrecou- 
Itume nous defiftions , toutes les nations 
qui nous font voifines fe moquerovent 
de nous. Nous repliquafmes la deffus a- 
uec grande vehemence, que tant s'en fal- 
lut qu'ils fe deufTent foncier delà gau- 
diffene des autres , qu'au contraire s'ils 
vouloyent adorer & feruir comme nous 

le fcul 



de l'a m e m oy e. »B| 

le feul & grâd Dieu du ciel & de la terre 
oue nous leur annôciôsyfi leurs ennemis 
pour ceft occafion les venoyet puis après 
attaquerais les furmonteroyent & vam- 
croyent tous. Somme par l'efficace que 
Dieu donna lors à nos paroles,nos Ton- 
cHPinambaottlts furent tellement efmeus, 
que non feulement pluneurs promirent ^^ 
d'orefenauant de viure comme nous leur prmetur 
anions enfeigné, & qu'ils ne mangeroyet*™*^ 
plus la chair humaine de leurs ennemis: deVù» 
mais aufsi après ce colloque (lequel corn gjgj* 
me i'ay dit dura fort long temps ) eux fc 
mettans à genoux auec nous > l'vn de no- 
ftre compagnie 5 en rendit graces à Dieu, 
fit la prière à haute voix au milieu de ce 
peuple, laquelle en après leur fut expo- 
fee par le Truchement. Cela fait ils nous 
firent coucher à leur mode dans des lids; 
de couton pendus en Pair : mais auât que 
nous fufsions endormis nous les ouif- 
mes chanter tous enfemble , que pour fe 
venger de leurs ennemis il en falloit plus 
prédre&pP mâger qu'ils n'auoyét iamais 
Fait. Voila l'incôftace de ce poure peuple* 
bel exëple de la nature corrôpue de Tho- 
me. Toutesfois i'ay opinion que fi Ville- 
gagnon ne fe fuft reuolté de la Religion 
rcformeej& que nous fufsions demeurez 
plus long temps en ce pays là , qu'on ea 
euft attiré & gagné quelques vns à lefus 
Chrift. 



; 



iSS Histoire 

Or i'aypenfé depuis à ce qu'ils nous 
auoyent dit tenir de le ur deuancicrs,quc 
ily auoit beaucoup de centeincs d'an- 
nées qu'vn Mair 9 ce& à dire(fans m'arre- 
fter,s'il eftoit François ou Al em and) ho m 
me de noftre nation ayant efté en leur 
terre leur auoit annoncé le vray Dieu, 
affauoirfiç'auroit point elle l'vndes A- 
poftres.Etdefait,fans approuuer les ii- 
Ures fabuleux qu'outre ce que quela pa- 
role de Dieu nous en dit,on aeferit de 
H.**. 4 i leurs voyages &peregrinations,Nicepho 
re recitant l'hiftoire de faint Matthieu, 
dit -expreffément qu'il a prefché l'Euan- 
gile au pays des Cannibales qui mâgent 
les hommes , peuple non trop eflongné 
de nos Amcriquains. Mais me fondant 
pfalM? beaucoup plus fur le paflagede faint Paul 
Ro.xo.i8 tire du Pfçaume:aflauoir 5 Leur fon eft al- 
lé par toute la terre & leurs paroles iuf- 
ques au bout du monde, qu'aucuns bons 
expofiteurs rapportent aux Apoftresrat- 
tendu di-ie que pour certain ils ont efté 
en beaucoup de pays lointains à nous in 
€ogneus,quel inconuenient y auroit-il 
de croire que Tvn ou plufieurs ayentefté 
en Ja terre de ces Barbares ? Cela mefmc 
feruiroit de l'ample expofition que quel- 
ques vns requieret à la fentencc'de Iefus 
Bfiât. 14. Chriftlcquel a prononcé que l'Euangile 
ï 4 . feroit prefché par tout le monde vnuier 

fe! 



DE l'aUIRI^ 2^7 

fcl Ce que cependant ne voulant point 
autrement affermer pour fefgard dute'ps 
des Apoftres.i-affeurerayneâtmoins, que 
ainfi que i ay môftré ci deffus en celte • hi- 



qu'outre que i'obiecuo qu .... „,. - 

ce paffage fera foluepar ce moye, encores ^ 
y a il cela que les Sauuages en ferôt redus 
plus inexcufables au dernier lOur.Q^ant 
àPautre propos de nos Amenquains tou - 
chant ce qu'ils croyent que leurs p rede- 
cefleurs n'ayâs pas voulucroire celuy qui 
les voulut enfeigner en la droite voye , il 
en vint vn autre .qui.à caufe de ce refusles 
maudit,& leur dôna l'efpee dequoy ils le 
tuét encores tousles lours.Nousliloscn 
1» ApocaplifcQtfà celuy qui eftoit afsis 
fur le chenal Rolix lequel, felon l'expo- Ap^.v. 
fmon daucuns , fignifie perfection par 
feu & par guerre , fut donne pouuoir 
d'ofter la paix de la terre & qu'on fe tuaft 
l*vn l'autre , & luy fut donne vne gran- 
de efpee. Voila le texte lequel quanta 
la lettre approche fort du dire & de ce 
que pratiquent nos rouoMptnamhultst 
toutefois craignant d'en deftourner le 
vray fens, & qu'on n'eftime- que le 
recerche les chofes de trop loin , i en 
laifferay faire l'application a d au- 
tres. 



288 HIS TO Ï RE 

Or me reflbuuenat encores dVnexepIe* 
qui feruira aucunement pour monftrer 
que fi on prenoi t la peine d^enfeigner ces 
natiôs desSauuages habitas en la terredu 
Brefil, elles font aflez dociles riour eftre 
attirées à la cognoiifarxe de Dieu , iele 
mettrayici enauant. Comme doncquex 
;pour aller quérir des viures & autres cho 
{es neceflaires 5 iepaflay vn iour denoftrc 
fort & de noftre Iflcen terre fej me, fuyui 
que l'eftois de deux de nosSauuages7V#- 
pnemquins->§L d vn autre de Ja nation nom 
iîiee Oit'êanen tqui leur eft alliee)lequel a- 
auec fa femme eftât venu vifiter Çqs amis 
s x en retournoiten fon pays:ainfi qu'auee 
eux ie palfois à trauers d'vnë grade foreiî* 
cotêplant tant de diuers arbres 3 herbes&: 
fleurs verdoyantes & odoriférantes : en- 
femble oyant le chant de tant d'oyfeaujc 
rofsignollants parmi ce bois ou le foleii 

donoit 5 mevoyâtdi-iecomecôuiéàlouër 
Dieu par toutes fes chofes , ayant d'ail- 
leurs le cœur gay ie me prins à chanter à 
haute voix le Pfeaume 104 JSus fus mon 
zme il te faut dire bien &c. lequel ayant 
pourfuyui tout au long: mes trois Sauua 
ges 66 la femme qui marchoyent derrière 
moyyprindrentfi grand plaifir (c'eftà 
dire au fon , car au demeurant ils n y cn- 
tendoyent rien) quequandi'eu acheue, 
Vouçanen tout efmeu de ioye auec vne fa 

ce riante 



de l'ameuoje- *39 
te riante s'aduançant me dit . Vrayement 
tu as mcrueillculement bien chanté: mef- *g£ <• 
mes ton chant efclatant rn ayant fait tef- <&deman~ 
fouucnir de celuy d 'vue nation qui nous %££ 
eft voifine & alliée , i'aty cfté bien loyeux 
de t'ouir. Mais me dit-il, nous entendons 
bien fon langage U non pas le tien » par- 
quoyietepriedenous direcedequoy ilà 
efté queftion en ta châfon. Ainli luydecla 
rant le mieux que le peus(car i'cftoislors 
feul François & en deuois trouucr deux 
corne ie fis au lieu ou i'allay coucher)que 
i'auois nô feulemet en general loué mou 
Dieu en la beauté & gouuernemét de ces 
créatures: mais qu'au ffi en particulier ie 
luyauois- attribué cela, quec'eftoit luy 
feul qui nourriffoittoiis les hommes -& 
tous les Animaux : voire faifoit croiftre 
les arbres, fruits & plantes quieftoyenc 
par toutle monde vniuerfel:& au furplu* 
queceftechanfon que ie venois de dire 
ayant eftédi&ee par l'efprit de ce Dieu 
magnifique duquel i'auois celebréle nom 
auoit efté premièrement chàtee il y auoit 
plus de. dix mille Lunes par vn de nos 
errands Prophètes, lequel Pauoitlaiflee à 
h pofterité pour en vfer à mefme fin. 
Bref comme ie réitéré encores, que fans 
couper le propos, ils font meriieilleiife- 
ment attentifs à ce qu'on leur dit 3 après 
qu'en cheminantTefpace de plus de de- 

T 



z 9° HISTOIRE 

mie heure luy& les autres eurent ouy ce 
difeours vfansde leur interie&ion desba- 
hiffement Tehl ils dirent. O que vous au- 
tres Maïrse&cs heureux de icauoir tant 
ct^fl dc fecrets q«i font cachez à nous chetifs 
fc«r *««- & poures miferabies.Tellemét que pour 
*'^* w '' m* congratuler en me difant,voila pour- 
ce que tu as bien chanté, il me fit prefent 
d Vn Agoti qu'il portoit ) cell à dire d Vu 
petit Animal lequel i'ay deferit cy deffus. 
Afin doneques de tât mieux prouuer que 
ces nations de l'Amérique quelques Bar 
bares & cruelles qu'elles foyent enuers 
leurs ennemis,nc font pas fi farouches, 
qu'elles ne confiderct bien tout ce qu'on 
leur dit auee bonne raifon , i'ay bien en- 
cores voulu faire cefte digrefsion. Et de 
fait quant au natiwelde rhomme,iemain 
tien qu'ils difeourêt mieux que ne fontla 
plufpart des pay fâs,voire que d'autres de 
par deçà qui penfent eftre bien habiles. 

Rcfte maintenant pour la fin que ie 

touche la queftion qu'on pourroit faire 

fur cefte matière que ie traite : affauoir, 

$*ejix d '° U P cu " c ï n cft ^ defeendus ces Sauna- 

do» peu . ges. Il eft bien certain en premier lieu 

7"nt e ^ s{ont ^ s dc l'vndes trois fils de 

Us 6«hu* Noe,mais d affermer duquel, d'autftt que 

*"■ cela ne fe pourroit prouuer parrEfcritu- 

re faîntei'ni mcfmes ie croy par les hiftoi 

res prophanes,il eft bien malaifé. Vray 

eft 




DE L'aMERïOVE, -29Ï 

éftque Moyfefaifant mêtion des enfans 
de Iaphet,dit que d'iceux furent habitées 
les Iiles:rnais parcel comme tous expo- 
fent)qif il eft iu parlé des pays de Grèce 
Gaule,Itahc,& autres regions de par de- 
cà,lefqueiies d'autant que la mer k$ fepa 
rede lu dec ou eiloit Moyfe, font appel- 
lees I!les,il n yauroitpas grade raifon de 
l'entendre^! de lAmerique 3 nides terres 
continentes à iceHe. De dire aufsi qu'ils 
foyent venus- de Sem 5 dont eft iflue la fe- 
mence benite 5 ie eroy pourplulieurs eau- 
fes que nul ne Taduouera. Doutât donc- 
ques que quant à ce qui concerne la vie 
future c'eftvn peuple maudit & deJaiflé 
de Dieujs'il y en a vn autre fous le ciel, il 
femble qu'il y a plus d'apparëce de côcîu 
re qu'ils foyent defeendus de Cham : & 
voicia mon aduis la conie&ure plusvray 
femblable qu'on pourroit amener. Ceft 
lors que lofué, felon les promefïes que 
Dieu auoit faites aux Patriarche^ corne 
ça d'entrer & prêdre poffcfsio.de la terre 
âe Chanaâjl'Efcriture tefmoignatqueîes 
peuples qui y habitoyët furet tellemët ef 
pouuantez que le cœur défaillit à tous:il 
pourroit eftre(ce que iedi fous corrediô) 
que les Maieurs & Anceftres de nos A- 
meriquainseftanscliaffez par les enfans 
d'Ifrael de certaines côtreesde cefteterre 
deChanaajS'eftasmisdasquelcjSvairTeaux 

T z 



1,1.: 



2>9 X HISTOIRE 

à la merci de la mer auroyent efté iette^ 
& feroyent aborder en celle terre du Bre 
fil.Etde faitrEfpagnolautheur de llii- 
ftoire générale des Indes (homme bien 
verfe'aux bonnes feiences quel qu'il foit) 
eft d opinion que ks Indiens du Peru, 
terre continente de l'Amérique font des- 
cendus de Cham, & ont fucc edé à la ma- 
li.f. cha. ledidion que Dieuluy donna.Chofe auf 
ZT 7- fï,comme ie vien de dire, que i'auois pen 
fee & eferite es mémoires que ie fis de 
la prefente hiftoire plus de feue ans au- 
parauant que i'eufie veu fon liure . Tou- 
tefois par ce qu'on pourroit faire beau- 
coup d'obie&ions là deffus,n'en voulant 
affermer autre chofe,i'en lairïeray croire 
à vn chacû ce qu'il luy plaira. Mais quoy 
que s'en foit tenant pour tout refolu que 
ce font pouresgens venus de la race cor 
rompue d'Adam, tant s'en faut que les 
[ ayant confidere* ainfi defpourueus de 

tous bons fentimens de Dicu.ma foy(Ja- 
quelle Dieu merci eft apuyee d'ailleurs) 
ait efté pour cela csbranlee: moins qu'a- 
uec les Atheiftcs & Epicuriens i'aye con- 
clude qu'il n'y a point de Dieu?, ou bie 
qu'il ne fe meflç point deshommes,qu'au 
contraire ayant fort clairement cogneu 
en leurs perfonnes la difference qu'il y a 
entre ceux qui font illuminez par le S. 
Efprit & parl'Efcriture fainte, &ceux 

qui . 



D E L'AME RIQJE- 2 95 

qui font abandonne z à leurfens & laifîez 
en leur aueuglemcnt ,ïay eftc beaucoup 
plus conformé en l'affeurance de la vente 
de Dieu. 




CHAP. XVII. 

Tin <jMariage J 'olygamie: & degrade an 
fangmnité obferue\far les Saunages : & du 
traitt ement de leurs petis enfans. 

O v c H a n T le mariage de 
nos Ameriquains, ils obfor- 
uent feulement ces degrez 
„, de confanguinité:que nul ne 
MM prend fa mere , ni fa fœur,ni nité. 
fa fille à femme : mais quant à l'oncie il 
prend fa niece,& autrement en tous les 
autres degrez ils n'y regarder rien. Pour 
i'efgard des ceremonies , ils n'en iront 
point d'autres , finon que ccluy qui vou- 
dra auoir femme ou fiîle,apres auoir iccu 
fa volonté , s'adreffant au pere,& au dé- 
faut d'iceluy aux plus proches parens d i 
celle, demandera fi on luy veut bailler v- 
ne telle en mariage. Que fi on refpond 
au'ouy,dés lors , fans pafler autre con- 
trau.car les notaires n'y gagnent rien , il 
Fa tiendra auec foy comme fa femme. Si 
on luy refufe fans s'en formaliser autre- 

T 3 



Degyezjle 
confangut 






z î>4 Histoire 

ment il f e déportera. Mais note* que 

«./ï m en auoi.t huit.Et ce oui P fl,./£ ,, ?? 

**»*«/■ entre fpft*»m,,i • ? J ^«merueillable 
*!""«** nnï cc?fle . n,u, t»«dc de femmes.encores 

Ueeatr» 9 U " 7 en ai t tOlïfion r-e „„„ ' jV . ure S 

fc/™*,du mar,' fai \ tcu,ÎOlus ™e mieux aimée 

■W, J"n f!" > 7a *** P ° Ur Cela 'vautres 
n en feront po^txaloufes, ni n'en mur- 

aucun ri?" moin «* , « «nobftrcront 
aucun femblant, teJJemêt qu'elles s'occu 
pan S toutes à f aire leur JfnJ e l£? c 
couton^llerauxnrdins^pSf;^ 
«ci„e.,eII M viuetenfemble en v," "L 

fd"X; e T Surguoyielaiffe ^-- 

«aeieravn cbacun.quandmefmes il n* 
£roit point défendu par la P TroJe d" 
^'eudeprendreplusd'vne femn ° sï 

S accorr/ SibJe ^ Ue Cdics de P" deçà 
* accordaient de celte façon. pi ufto >! 

me au. Y Ga , de ^ 

te grabuge de „oifes & de Hottes qu\ 
ieioit: tefmoin ce qui aduint à Iacob 

ss prins Lea & Rad -i. sâ 

*?, r ^^Pourroyent elles endurer 

plufieursenfemblcveu que bien fou 
«entaa lieu que celle fc«?c q Ue Dieu I 

ordonné 



DE l'aMERIQJE. 295 

ordonné à l'homme pour luy eftre en ai- 
de & pourlerefiouirluy eft comme vu 
diable familier en la maifonîPour donc 
ques retourner au mariage de nos Amé- 
ricains l'adultere,du coite des femmes r^«;« 
leur eft en tel horreur, que fans qu Us , ntrt - 
ayét autredoy que celle de nature, fi quel i^miq, 
qu'vne mariée s'abandonne à vn autre 
qu'àfonmary, ila puhîance de la tuer: 
ou pour le moins de la répudier Se reu- 
uoyer auec honte. Il eft vray que les 
pères & parens auantque marier leurs 
Elles ne font pas grande difficulté de 
les proftituer au premier venule ma- 
nière qu'ainli que i'ay la touche autre- 
part , encores que les Truchemens ae 
Normandie auant que nous faisions 
en ce pays là en euffent abufez en plu- 
fieurs villages, pour cela elles ne rece- 
uoyent point note d'infamie; toutestois 
eftans' mariées, à peine comme i'ay dit, 
d'eftre affommees ou honteufement ren- 
uoyees,qu'elîes fe gardent bien de trel- 

bucher. 

le diray dauantage que veu la region 
chaude ou ils habitent, & nonobftant 
ce qu'on dit des Orientaux, que les.. 
ieunes gens à marier tant fils quefilles de 
cefte terre ne font pas tant adôncz apail- 
lardife qu'on pourroitbtê p.éfer:& pleuit 
à Dieu qu'elle ne regnaftnô pluspardeça. 

* 4 






*9 6 HISTOIRE 

itt felZÏnr r e , fcm,nC j ft g rofl ' e ^'enfant, 
^'«" 6&V„ fc r ulemenr Reporter quelques 
««.„„.. fardeaux pefans , elle ne laitfera pa? au 
'*■"*■ ^eurant ^ faire fa befongneoSoa? 
renomme de fanjes ftmm«° de no , r« 
^«^W^trauaiJIàs fans oôpajfot 
pus que Jes homes IefqaeIs,cxccK ue ? 
2"" """««C& non au chaut lu iour 
qu ils coupent & eflertent du bois pou^ 
faire les iardûis , ne font »,,! P 

cHofequ'alIeràiaguertTàf;; ^"f! 

feVo'ue ,v r meS , dep,UmCS & autr " cho 
les que i ay fpecinees ailleurs, dont ils fe 

parentlecorps.Touchantrenfanîement 
voie» ce que fen puis dire pour ïZTr 
veu.fcftant vne fois couche' en vn vi lZ e 
auec vn autre François : comme enutfn 

«ansdeSa Sffn „ JL«^ 7 «tans loudamemet 

«. **,. ««""isnous trouuafmes q UC ce n'efeoit 
p s cela: mais que Je trauail d'enfan o 
^^ftouhfixfoit crier de cefte façon 
Tellement que le vis moy-mefme le « 
lequel après auoir receu/enfant ent/efes 

brasUuyayanrpremieremétnoue'iepedt 
bovau du nôOnl , il le coupa puis an? 2 
bellesdents. En fecôdlieu^uâ d ?S 4 
fcmme 5 a„lieu que celles depar deçà poK 




DE L'aMERIQJ E. 297 

plus grande beauté tirent le nez aux en- 
fans usuellement naisjuy au contraire ^. £ 
(parce qu'ils les trouuentplus îohs <$xzûp mtf „„ 
ils font camus) enfonfa & efcrafa auec \tfit, 
pouce celuy de fon hlsrce qui fe pratique 
enuers tous les autres. Comme aufsi h 
toft que le petit en fant eft forti du ventre 
delamere,eftantlaué bien net, il eft tout 
incontinent après peinture de couleurs 
noires & rouges par le pere.lequel au I ur 
pIus,fansl'emmail!oter,lecouchantdans j 

va lid de coton pe'du en l'air,luy fera vne £*Jg 
petite cfpee de bois,vn petit arc & de pe^, 
tites flefehes empênees de plumes de Per 
roquets: ce que mettât auprès de Ion en- 
fant , en le baifant auec vne face loyeuie 
luy dira.Eftant venu en aage , ahn que tu 
te venges de tesennemis,fois adextre aux 
armes,fort vaillant 5 & bien aguerri. Tou- 
chant les noms , le père de celuy que le 
vis naiftre le nomma Orapacen, Celt a di- 
re l'arc & la cordercar ce mot eft compo- 
fé iOrapat qui eft l'arc , & de Ce» qui il- ^ nh 
unifie la corde d'iceluy. Et voila comme wte i 
fis en fôt enuers tous les autres aufquels, Vm /- 
tout ainfi que nous faifons aux chiens & 
autres belles de par deçà , ils baillent in- 
diferemment tels noms des chofes qui 
leur font cognues: comme Sangoyqm elt 
vn Animal à quatre pieds : Arignm vne 
poule : jirahutenl'itbte deBrefii: <P*»^ 



2 9 8 HISTOIRE 

bhb e L vne grande herbc ' & autres <***- 

Pour l'efgardde la nourriture ce fe- 
ra quelques faunes mafchees & autres 
~T£ I""?" f ?, U te i res au « Je laid de la me 
fil r f. > la 1 ueli e au furplus ne demeurant or- 
dinairement qu'vn jour ou deux en la 
coucne prenant fon petit enfant pendu 
a fon col dans vneefcharpe de coufon fai 
te exprès pour cela,s'en ira au Jardin ou à 
. quelques autres affaires. Ce que iedi fans 
defrogera la couftWdes dames de par 
dcça,lefqueiles outre qu'elles demeurent 

icplusfouuent quinze iours ou trois fe- 
maines dans Je liée , encores pour la plus 

part fontellesfi délicates queVansauoï 
aucun mal qui les peut empefchcr,au lieu 
de nourrir leurs enfans comme font les 
tanmesSauuagesCou pour leur faire plus 
de honte ainû que les petits oifelets & 
belles brutes font leurs engeances! dies 
eur iont fi inhumaines, que il toft qu'el- 
les en f ont ae li urees , olh cl]es ]es cni j 

filoiu que s'ils ne meurent ieunes fan s 

rut r c A^ chcntricn 'P ouriemoi ^ 

xaut-iJ q^ils foyent grands pour Jeur do- 
ner du paffetemps auât qu'eiies les vucil- 
ient lourmr auprès d'elles. 

Or retournant à mon propos , quo y 
qu on tienne communément par deçà que 

files 



;det 



DE l'asvieriqve. ÏP9 

fi les enfans en leur tcndreur& premie 
xe ieunefle n'eftoyent bien ferrez & em- 
maillotez ils feroyentcontieraits & au- 
royent les ïambes corbees,iedi qu enco- 
res que cela nefoit nullement pratique £nfms( 
à l'endroit de ceux des AmeriquainsTlef -s^^ 
quels ainfi que i'ay ta touche des leur nail ^ 
fance font tenus & couchez fans eftre en 
uelopez)que neantmoins il n'eft pas poi- 
fiblede voir enfâs cheminer ni aller plus 
droit qu'ils font.Surquoy concédât bien 
que l'air doux & bonne téperatute de ce 
Jays la en eft caufe en partie, i'accorde 
qu'il eft bon en yuer de tenir par de- 
çà les enfans enueloppez , couuerts Se 
bien ferrez dâs les berceaux,parce cju'au- 
tremét ils ne pourroyent refifter au froit: 
mais en Efté, voire es faifons tempérées, 
principalement quand il ne gelé point, il 
me femble ( fous correction toutesfois) 
par l'expérience que i'eri ay veué qu'il 
vaudroit mieux laiiTer au large gambader 
les petits enfans tout à leur aife parmi 
quelque façon de lift qu'on pourroit hu- 
re dont ils ne fauroyent tomber , que de 
" les tenir ainfi tantde court.Et de fait i'ay 
opinion que cela nuit beaucoup a ces po 
u'res petites & tendres creatures , d'eitre 
ainfiprefquesàdemie cuites durant les 
grandes chaleurs dans ces maillots ou on 
fes tient comme en la géhenne- Toutes 



300 HISTOIRE 

fois afin qu'on ne dife que ie me méfie de 
trop de chofes,lairTant ks pères , mères, 
& nourriffes de par deçà gouuerner leurs 
enfas,ie retourneray à parler de ceux des 
femmes Ameriquaines . Ainfi outre ce 
que l'en ay dit,i'adioufte que combien 
qu'elles n ayent aucuns linges pour tor- 
cher de derrière de leurs enfans , mef- 
mes qu'elles ne fe feruent non plus à cela 
des fueilles d'arbres & d , herbes,dont el- 
les ont cependant grande' abondance, 
neâtmoins elles en font fifoigneufes,que 
ieulemét auec de petis bois qu'elles rom 
pent comme petites cheuilles', elles les 
nettoyent fi bien que vous ne les verriez 
ïamais breneux . Ce cju'aufsi font les, 
E&rsu g ra »ds, lefquels combien qu'ils piffent 
vus nm*. P armi leurs maifons(fans toutefois à eau 
IZ fated™ feus qu'ils font en plufieurs en- 
«' droits, & qu'elles font comme fable/es 
que cela fente mal) vont cependant 
fort loin faire leurs excremens . Dauari- 
tage encores queles Sauuaees ayent foin 
de tous leurs enfans, defquels il ont corn 
taedesformilicresjfi cft-ce neantmoins 
qu'a eau fe delà guerre en laquelle entre 
eux il n'y a que ks hommes qui combat- 
tent, & qu'ils ont fur tout la vengeance 
contre leurs ennemis en recommâdation 
les malles font plus aimez queles iemd- 
ks. Que fi on demande maintenant plus 

outre 



loi 



DE L'A M E R I QJ E* 3 

outre : affauoir quelle erudition ils leur 
baillent, & que c'eft qu'ils leur appren- 
nent quand il font grands: ie refpon à ce- 
la que corne on a peu recueillir ci deflus, 
tantes huitième, quatorzième & quinzie 
me chapitres, qu'ailleurs en cefte hiftoire 
ou partent de leur naturel , guerre & fa- 
çons démanger leurs ennemis>i'ay mon- 
ftré à quoy ils s'appliquent qu'il fera aifé 
à iu^er (n'ayans entr'eux colleges ni au- 
tre moyen pour apprendre les feiences 
bonnettes , moins en particulier les arts 
liberaux)que comme vrais fucceffeurs de 
Lamech,deNimrod,& d'Efau qu'ils font gM-*3* 
leur meftier ordinaire eft (tant grand que ; " 
petit ) d'eftre non feulement chaffeurs & GcC u$ A tii 
guerriers, mais aufsi tueurs & mangeurs binaire 

5 D des UuuM, 

d'hommes. g€U 

Au furplus pourfuyuant à parler du 
mariage des ToHoupinam^aoubs autant 
que la vergongne le pourra porter,i'affer 
me^contre ce qu'aucuns ont imaginé,que 
les hommes d'entr'eux gardans Thonne- 
fteté de nature, 8c nayans iamais publi- 
quement la compagnie de leurs femmes, 
font non feulement en cela à préférera 
ce vilain Philofophe Cinique, qui trou-^?«^ 
uéfur le fait au lieud'auoir hôte dit qu'il deeésma- 
plantoit vn homme, mais qu'aufsi ces^J^ 3 
boucs puans q\i'on a veus par deçà de 
noftre temps , ne fe point cacher pour 






J02, HISTOIRE 

cômcttre leurs vilenies font plus infâmes 
qu'eux. U y a d'auantage qu'en tout l'ef- 
pace (Tenuiron vn an que nous demeuraf 
mes en ce pays la,frequentans parmi eux» 
nous n'auons iamais veu les femmes a- 
uoir leurs ordes fleurs. Vray eftquei'a'y 
irf^rir °pi nlon qu'en Jes diuertiiîant elles ont 
renames, vne autre façon âe le purger que n'ont 
celîes de par deçà: car fay veu des ieunes 
filles en f aage de douze à quatorze ans 
lefquelles les mères ou parêtes faîfantte 
nir toute deboutpieds. ioints fur vne pier 
re de gray leur incifoyêt iufques au fang 
auec vne dent d'animal trenchante com- 
me vn coufleau, depuis le delTous def aif- 
felle tout le long de Tvn des codez & de 
la cuifle iufques au genouil : tellement 
que ces filles auec grandes douleurs en 
grinçant les dents faignoyent ainil vne 
efpace de temps:& penfe,comme i'ay dit 
que desle^commencement elles vfent de 
ce remède pour obuier qu'on ne voye 
leurs pourctez.Que fi on réplique la del- 
fus^ainfi que les Médecins & autres plus 
feauans que moy en telles matières pour- 
royent bien fairercomment fe pourra ac- 
corder 5 qu'elles eftans mariées Coyent il 
fertiles en enfans,veu que cela celTant 
aux femmes elles ne peuuent conceuoir, 
ni engendrer : fi on allègue di-ic que ces 
chofes ne peuuent conuenir ïvnç auec 

l'autre, 



DE l'aMERIQJE. 303 

l'autre , ie rc'fpond que mon intention 
n'eftpasni.de foudre celle queition , nî 
d'en dire dauantage. < 

Au refte i'ay refute ci deilus,a la hn du 
huitième chapitre , ce que quelques vns 
ont cfcrit & d'autres penfé,que la nudité 
des femmes & filles Sauuages,incite plus 
les hommes à paillardife que fi elles e- 
ftoyent habillées : comme aufsi ayant la 
déclaré quelques autres poinds concer- 
nans la nourriture, meurs & façons de 
viure des enfans Ameriquains , afin de 
fuppleer à vne plus ample dedu&ion 
que le Ledeur pourroit requérir en ce 
lieu touchant celle matière , il faudra s'il 
luyplaiilqu'il y ait recours. 



CHAP- XVIII- 

Ce cjvion peut appeler Loix & Police ci- 
uile entre les Saunages: Comment ils traitent 
& recoymnt humainement leurs amis qui les 
vont vifîter:& desgrands pleurs que les fem- 
mes font a leur arnuee & bien venue. 

V ant à la Police de nos 
Sauuages,c'eft vne cîîofe in 
croyable , & qui ne fe peut 
dire fans faire honte à ceux 
qui ont les loix diuines & 




itinans en 
Vnion. 



304 HISTOIRE 

humaines comme eftans feulement con- 
Saunas duits par leur naturel j quelque corrom- 
pu qu'il foit , s'entretiennent & viuent fi 
bien en paix les vus auec les autres. I'en- 
ten chacune nation entre elle mefme> 
ou celles qui font alliées par enfemble: 
car quant aux ennemis, il a efté veu com- 
ment ils font traitez. C^ue fi toutesfois il 
aduient que quelques vns querellent ( ce 
qui fe fait &fcu fouuent que durant près 
d'vn an que i'ay eftx auec curt ie ne les ay 
veuiamais debatre que deux fois) tant 
s'en faut que les autres tachent de les fe- 
parer ni d'y mettre 1a paix^qu'aucontrai- 
re quant les conteftans fe deuroyentere 
lier les yeux Ivn l'autre, fans leur rien di 
re,ils les laifleront faire. Toutefbis,fiau 
i cun eft blerTc par fon prochain, & que ce- 
luy qui à fait le coup foit aprehendé il en 
receui a autant au mefme endroit de fon 
corps par les prochains parens de Poffen 
ce : & mefmes û la mort s'en enfuit ou 
qu'il foit tué fur le champ , les parens du 
deffund feront femblablement perdre la 
*nïn P dês vie au meurtrier . Bref pour le dire en vn 
h e miàdes mo t,vie pour vie,œil pourœil,dent pour 

entre les • * . ., j • i r 

Umages dent,&o mais comme 1 ay ditcela ie voit 
fort rarement entre eux. 

Touchant les immeubles de ce peuple 
confiftans en maifons (& comme fay dit 
ailleurs) en beaucoup plus de tresbon- 

nes ter- 



vu l'aMerïqje. 305 
>lîc terre qu'il n en faudroit pour les nour 
xir: quant au premier, fc trouuant; tel y.il 
îage entr'eux ou il y a de cinq à fix cents 
perionnes,encore*que piufieurs habuqt^f^ 
en vne meime mâ.ifon , tant y d. que cha- s nuages 
que famille ( fans Reparation toutefois <^J 
de chofequi puiffe empefchcr qu'on ne 
voye d>n bout à l'autre de ces baftirnens 
ordinairement longs de plus de foixante 
pas } ayant fon rang à part : le mari a ûs 
femmes & enfans feparez . Surquoy faut 
noter (ce qui eft aufsi eftrange entre ce 
peuple) que les Ameriquains ne demeu- 
rais ordinairement que cinq ou fix mois 
en vn îieu,emportans puis après les grof 
fçs pieces de bois & grades herbes dcTm r^mumh 
do dont leurs maifons font faites & cou- d \ s J f ^ 
uertes , changent ainfi fouuent de place menq . 
leurs villages, îefquels cependant retien- 
nent toufiours leurs noms anciens : de 
maniefe que nous en auons quelque fois 
trouuez d'efioîgnez des lieux ou nous a- 
uios efté au parauant d'vn quart ou demi 
lieuë.Ce qui peut faire iuger à vn chacun 
puis que leurs tabernacles fontfiaifezà 
tranfporter, que non feulement ils n'ont hi&.gen: 
point de grands Palais eileuez (comme des Ind« 
quelquVn a eferit qu'il y a des Indiens au l ^ ch ** 
Peru qui ont leurs maifons de bois fi biê °* 
bafties qu'il y a des Sales longues de 150. 
pas,5c larges'de 80.) mais qui plus eft que 



$q6 HISTOIRE 

que nul de cefte nation de Tououpinam^ 
baoultsàont ieparlé,necommcnce logis, 
ni baftiment qu'il nepuifTe voir acheuer* 
voire faire & refaire > plus de vingt fois* 
en fa vie, Que fi vous leur denrâde* pour- 
quoy ils remuent fi fouuent mefnage: ils 
n'ont autre refponce, finon dire qu'en 
changeât ainfidair,ils s'en portêtmieux* 
& que s'ils faifoyent autremét que leurs 
grands pcres,ils mourroyent foudainc- 
ment. Pour Pefgard des champs& des ter 
frr *j^"Tes:chacun père de famille en aura bien 
pofedet en aufsi quelques arpens à part qu'il choi- 
P arttcultcr fit ou il veut à fa commodité' pour faire 
fon iardin & planter ces racines, mais an 
reftede fe tant foncier de partager leurs 
heritages moins plaider pour planter des 
bornes , afin de faire les feparations, ils 
laiflet faire cela aux enterrez, auaricieu* 
& chiquancurs de par deçà. 

Quant à leurs meubles , i'ay ia dit en 
plufieurs endroits de cefte hiftoire quels 
ils font : afiauoir (pour en faire vn fom- 
maire)des lits de coto, qu'ils zppclctlnâ) 
faits les vns en manière de R ets ou filets 
à pcfcher,& les autres tiflus comme gros 
caneuats ; mais cftans pour la plufpart 
longs de quatre, cinq ou fix pieds, & d'v- 
ne braffe de large,plus oumoins,tous ont 
deux boucles aux deux bouts faites aufsi 
de couton, aufquclles les Sauuages lient 

des 



B E L' A M E R 1 QJ Ï." 3°7 

«tes cordes pour les attacher Rendre en £■£ 
l'air à quelques pieces de bois miles en SmMl „ 
trauers expreffément pour ceft effet en 
leurs maifons . Que fi aufsi ils vont a la 
euerre , ou qu'ils couchent par les bois a 
la chaffe, ou fur le bord de la mer, ou des 
riuieres à la pefcherie.ils les pendét lors 
entre deux arbres. 

Au demeurant les femmes qui ont tou 

te la charge dumefnage, font force Can- 
nés & grands vaiffeaux de terre pour tai- v ^, MKt 
rc & tenir le'bruuage dit Ç«m\ fcmbla- ;«<; 
blement des pots à mettre cuire , tant de^^,,,, 
façon ronde qu'ouale: des pefles moyen- t-i»fim 
Hes & petites , plats & autre vaiflellc de 
terre,laquelle côbien qu'elle ne foit guè- 
re vnic par le dehors , eft neantmoins fi 
bien polie & comme plombée par le de- 
dans de certaine liqueur blanche qui s'en 
durcit,qu'ii n'eft pofsiblc aux potiers de 
par deçà de mieux accouftrer leurs pote- 
ries de terre. Mefmcs ces femmes, fa ifant 
quelques couleurs grifaftres propre à ce 
la,auec des pinceaux font mille petites 
gentileffes, comme guilochis, lacs d'a- 
mours, & autres drôleries au dedans de 
ces xaiffelles de terre, principalement en 
celles ou Ion tient la farine & les autres 
viâdes:defaço qu'on eftferui aflez hône 
ftemêttvoire diray plus que ne font ceux- 
oui fefcruét de vaifîelle de bois par deçà, 



?o8 



H ï S T O I ft H 



Vrafeft qu'il y a cela de défaut en ces 
pcintrèffes : c'eft qu'ayans fait auec leurs 
pinceaux ce qui leur fera Venu en la fanta 
Bçi fi vous les priez puis apresd'en faire 
de la niefme forte , parce qu'elles n'ont 
point d'autre proiet ? pourtrait,ni crayon 
que la quinte effence de leur ceruelle qui 
trote,elles ne fauroyét cotrefaire le pre-* 
mier . ouuragé : tellement que vous n'en 
Verrez iamais deux dç mefrne façon. 

Au furpius, corne i'ay touche ailleurs., 1 
.nos' Sauuages ont des Courges & autres 
t^P & 'gros fruicls mipartis & creufez , decjuoy 
frfrjfâ'ifë font tant leurs ta fies à boire qu'ils ap 
pHëht'^Wï, qu'autres petits vafes dot ils 
le feruent à autre vfage. Sembîablement 
certaines fortes de grads & petits coffins 
flmcrs & & paniers faits & tiflus fort propremét, 
les vns de Iocs 5 & les autres d'herbes iau- 
nes comme glï ou paille de froment , lef- 
. quels ils nomment Tanacon? & tienne t la 
farine & ce qiiiîeur plaiftcledans. Tou- 
chant leurs armes 5 habits de plumes, l'en- 
gin home par eux Mœraca>Sc autresleiîrrs 
vtenciles, parce que i'en ay ia faiéi la de- 
feription en autre lieu,àcaufe de brictie- 
té ie n'en ferày ici autre mention . Voila 
donc les màifons de nos Sauuages faites 
& meublees:& partant il eft temps de les 
aller voir au logis. 
Pour donc prédre cefte matière vn peu 

de haut 



Dfi l'a M E R. I CLV b. 5°9 

dehaut,côbien que nos Tonoup.teqoyuet 
fort humaineme't les cftrangers anus qui £~*. 
les vont vifiter>fi eft « neâtmôms que les h ^ im . 
François & autres de par deçà qui n'ente «,«/» 
dent pas leur langage fe trouuent du c<v *"* r 
mcnccment merueilleufement eftonnez 
parmi eux.Et de fait la premiere fois que 
ie les frequentay , qui fut trois femames 
après que nous fufmcs arriuez en l'Iile 
de Villegagnô quvn Truchemét me me- 
na auec luy en terre ferme en 4. ou 5. vil- 
lages: quand nous fufmes arriuez.au pre- 
mier nomme' Yœbouracicn lâgage du pais, 
& par les Frâçois Pepin(à caufe a'vn Na- 
uire qui y chargea vne fois dont ie mai, 
ftre s'appeloit ainfi ) lequel n'eftoit qu a jui/à» 
deux lieues de noftre Fortune voyattout^.^ 

incontinent enuironnédes Sauuages,qui^«,w^ 
me demandoyét <jMarape-derertt,isl>fara- *™£ n 
p»-derere,c°eû. à dire comment as tu nom, fiuquaf* 
commentas tu nomfàquoy pour lors &%££. 
n'entendois que lchaut Alcmand) & au 
refte l'vn prenât mô chapeau qu'ilrnit fur 
fa tefte, l'autre mon efpee & ma ceinture 
qu'il ceignit fur fou corps tout nud.,1' au- 
tre ma cazaque qu'il veftit: eux , di-ie, 
m'efiourdiffans de leurs crieries, courans 
de cefte façon parmi leur village aueemes 
hardes,nô feulemét ie penfois auoir tout 
perdu,mais aufsiie ne fauois ou i'éeftois . 
Mais comme l'experkncè memôftra plu- 



3IO HISTOIRE 

plufieurs fois dcpuis 5 ce n'eftoitque faute 
de fauoir leur manière défaire: carfaifât 
de mefmeà tû> ceux qui les vifitêt,& prin 
cipalemet à ceux qu'ils n'ont point encor 
reus,apres qu'ils fe fot vn peu ainfi iouefc 
des befongnes qu'ils ontprinfes,ils rap- 
portât & rendéc le tout à ceux à qui elles 
appartiennent, La deffîis le Truchement 
m'ayant aduerti qu'ils defiroy et fur tout 
de fauoir mon nom,mais que de leur dire 
Pierre>Guillaumeou Ican,eux ne le pou 
uans pronocer ni retenir(come de fait au 
lieu de dire Iea il difoyét Nim)\\ me fal- 
lait accommoder de leur nommer quel- 
que chofe qui leur fut cogneuercela (co- 
rne il me dit)eftant fi bien venu apropos 
quemonfurnom Lery fignifie vneHui- 
mm ^ trecnleu Hangage,ieleurdi que ie m'ap 
£*«w peîois Lery-cnffou: c'eft à dire, vne grofle 
7J?f £ T Huytrc. Dequoy eux fe tenans bien faits 
faiâs, auee leur admiration Teh! fepre- 
nans à rire 5 dirent i vrayement voik vn 
beau nom, & n'auions point encores veu 
de Afaîr y c y eû; à dire,de François qui $*%& 
pelaft ainfi.Et de fait iepuis dire queia- 
mais Circe'ne metamorphofa homme en 
vne fi belle huytrc,ne qui difeourut fi bié 
auecVJyfles que i'ay depuis ce téps la fait 
aucenos Sauuagcs . Surquoyfaut noter 
qu'ils ont la mémoire fi bône , que fi tort 
que quejcûleur a vne fois dit fô nô quâd 

par 



DE l'AMERlÔyï' 2 9S 

par manière de dire Us feroyent cent ans 
fpre, fans le rcuoir, ils ne l'oublieront 

ia P ma.s: ie diray tantoft les autres ce. emo 
nies qu'Us obferuét à la reccpt.o de leurs 

amis qui les vont voir.Mais pour e ^pre- 
fent pourfuyuat à reciter vne partie des 
ebofes notables qui nVaduinrent en mon 
premier voyage parmi les Tououp.lc Tiu 
Lmét &moy,qui des ce mefinc rour p f 
fans plus outre fufmes coucher en vn au- 
tre village nommé EuramîriOes Fraçois 
>pelent Gofet à caufe dVnTruchemet 
ainfr nommé qui s'y eftoit tenuurouuans 
fur le foleil couchât q nous y arnuaim. , 
les Saunages dâfas&acheu s de boire le 

Caouin d'v°n pvifonnier qu'ils auoyet tue 
n'y auoit pas fix hcures.duquel nous vif- 
mes les pieces qui cuifoyët fur le Boucan, 
ne demâdez pas fr a ce cômencemet :e fus 
eftônéde voir telle tragedieitoutefoi. co 
me vous entendrez cela ne fut ne au prix 
de la peur que feu bien toft apres.Come 
dôc nous fufmes entrez en vne ma.fo de 
ce villase,& felô la modedu pa^nous e_ 
4 afsfs chacun dâs vn lid de coto pedu 
en rair: après que les fémes (a la manie, e 
que ie diray ci apresieurent pJo«,& que 
le vieillard Maiftre de la marfo eut fait fa 

faarâgueànoftre bien venue, le l ruene- 
métlquinôfeulemêt ces façons de aire 

des Sauuagcs n'eftoyét point nouuelles, 

Y 4 



\£fn d 

icirpeur 



5 U HISTOIRE 

mais qui au refteaimoitaufsi bien à boi- 
re & Caomnerqu eux,fans me dire vn f cui 

^"'ni'aduertir de rien s'en allât vers 
la gro/Tc troupe de ces danfeurs, mc Jair _ 
ia la auec quelques vus : tellement que 
g. X - moy q U1 eftant Jas ne demandois qu'àTe- 
poier,apresauoir mange' vnpeu de farine 
derate* d'autres vendes qu'on Zl 
auo.tprefentees, me rêuér% & couchay 
das Jehct de cotô fur lequel ,'eftois afsi/ 
I outesfo.s outre qu'à caufe du bruit 
«3'acles Sauuagcs.danfans & fiffi ans tou _ 
te la nun en mangeant ce prifonmer , fi- 
renta mes ornlJes ie fus bl en reueilié:en 
çoies 1 vn d'entre eux auec vn pied d'ice- 
% cuit & WWqu'il tenoit en fa main, 
s approchant de moy me demandant (co- 
rne ie feeu depuis car ie ne J'entêdois p as 
-lors) fil en voulois mangerrpar celte con 
tenance me donna vne telle frayeur, que 
line faurpas demander fi i'en perd ^ tou- 
te enuie de dormir.Et de fait penfantque 
ventablemen t par ce fignal & monftre de 
celte chair humaine qu'il mangeoit, me 
fflenaffant il me din & voulull faire éc- 
rire que ie ferois ainfi accommode- ioiit 
comme vn doute en engendre vn autre, 
quejefoupçonnaytoutaufsi toftque le 
Trucbement m'ayât trahi de propos de- 
iberem'auoit abandonne' & liure entre 
les mains de ces Barbares, fii'euiîe veu 

cjucJcjue 



V E 



l^AMUIQVE. 



quelque overture pour pouuoir fortir 
de là & m^enfumie ne m'y folie pas feint. 
Mais me voyant enuirôné de toutes pars 
deceuxdefquels ignorant Tintêtion (car 
ils ne penfoyent rien moins qu'a me mal 
faire)ie croyoysfermemét & m'attendois 
dcuoireftre mangé: en muoquant Dieu 
en mô cœur,toute cefte nuit là, ie laifle a 
péfer à ceux qui cÔprendrôt bien ce que 
fe di, & oui fe mettrot en ma place,u elle 
mefe-bla'lôgue.Orlematinvenuquemo 

Truchemét,iequcl en d'autres maifos du 
village auoit riblé toute la nuit auec les 
fnponniers de Sauuages,mevint retrou- 

uer,me voyant,comme il me dit, non ieu 
lementblefme & fort deffait de vifage, 
mais aufsi prefque en lafieure,medema- 
dant fi ie me trouuois mal,& fi ie n'auois 
pas bien repofé : après qu'encorcs tout 
efperdu que ieftois ieluy eu refpodu en 
colère qu'on m'auoit voirement bien gai- 
dé de dormir, & qu'il eftoitvn mauuais 
homme de m'auoir laifle de cefte façon 
parmi ces gens que ie n'entendois point: 
ne me pouuât r'afleurer,ie le pria y qu'en 
diligence nous nous oftifsions de là. Luy 
ladeflus m'ayant dit que ie n'euffe point 
de crainte, & que ce n'eftoit pas à nous 
qu'on en vouloir, après qu'il eut le tout 
recité aux Sauuages,lefquels s'efiovuiisns 
de ma venue mepenfans carefler n'auoyêt 






'4*4 HISTOIRE 

bougé d'auprès de moy toute la nuit,eux 
ayans dit aufsi qu'ils s'eftoyent aucune- 
met apperceus que i'auois eu peur d'eux 
& qu'ils en eftoyent bien marris, ma con- 
foiation fut ( felon qu'ils font grids gauf 
ieurs) vne rifee qu'ils firet de ce que fans 
y penfer Us me l'anoyent baillée fi belle. 
Le Truchement & moy fufmes encores 
delà en quelques autres villages , mais 
me contentant d'auoir recité ce que def- 
fus pour efchantillon de ce qui m'aduint 
en mon premier voyage parmi les Sauua 
ges,iepourfuyuray àla généralité. 

Pour dôcques declarer les cérémonie» 
que les Tououpinamhoults , obferuentàla 
reception de leurs amis qui les vont vifi- 
ter. Il faut en premier lieu , fi toft que le 
voyager cft arriué en la maifon du Mouf 
f*CMt,ceû à dire bô père de famille qui dô 
ne à manger aux patTans qu'il aura choifi 
pour Ton hofie(ce qu'il faut faire en cha- 
cun village ou Ton frequente ? & fur peine 
de le fâcher quand on y arriue n'aller pas 
premieremét ailleurs) que s'aiïeât dâs vn 
h& de coton pendu en l'air il y demeure 
quelque peu de teps fans dire mot.Apres 
cela les femmes venâs à retour du lid, fa 
tZ's'ph fmë$&^ les fciîes cotre terre, & tenas 
rtniUbun les deux mains fur leurs yeux,en plorans 

venne Je cc fl e £ çon Ja ^j^ venug j c ceJujr dôt 

fera qu'eftion, elles diront milles chofes 
a fa louange. 



■i 



S lS HISTOIRE 

dcpe°HeT POllreXem P Ie:mas Pri» tant 
«^Jl5t:&fic-cftvnFra n S o",o» autre 
t« nous as apporté tant de belies befon 

erorf' T meiaydit ' e,J " e " iettant dJ 
greffes larmes tiendront plufieurs tels 

'— ET* d >P^diflc««& LterTes.Qu 

*-. dans le hclleur veut agréer: en faifant 
b °nne mine de foncofl^c'îln . 

£ r tout a feu,(commc i'en ay veu de no- 
ftrenaaon qui oyant la brayerie d L 
femmes auprès d'eux eftoyent fi veau* 

ieur refpondant tettât quelques fouf D i rs 
faut ,1 qu',1 en face femLnr . CefcJ" 
miere faiuution faite ainfi de bonn/éra 

ceparçes fenies Ameriquaines,Ie^r- 
^,ceft à dire vieillira maiftre de k 
«i«fon,lequeIauf s ide fa part aura cM 

vous voirCcareffe fort contraire à nos em 

b , ra ^:men s ,accollades,bai 1 emens&toù- 
J/ w /_ chenres a la mam à Parrinee de nos amis) 
uat. venant lors a vous: vous dira, première- 
ment Er^oubé^^ à dire es tu ïenu>pui s 
comment te portes tu? que demandestu> 
&c.aquûyil faut refpondre felon que 
verrez ci après an colloque de leur 

langage 



recevant 

on bèfi 






DE L'A ME RI QJE. JI/ 

langage. Cela fait il vous demandera fi 
vous voulez manger :que fi vous rcfpon- 
dez qu'ouy,ilvous fera foudain» appre- 
fter êc apporter dans de belle vaifïelîe de 
terre tât de la farine qu'ils mâgét au lieu 
de pain, que des vcnaiîbns, volailles, poif 
fons>& autres viandes qu'il aura : mais 
parce qu'ils n'ont tables, bancs, ni fcabel- 
les,le feruice fe fera à belle terre deuant 
vos pieds: quant au bruuage fi vous vou- 
lez "d]X-faef4fa'& qu'il en ait de fait il 
vous eh bâîlîëfa aufsj . Semblablement 
après que les femmes ont pleure auprès 
du paffatvifin d'auoir deluy des peignes» 
rnirouers,ou petites patenoftres de ver- 
re qu'on leur porte pour mettre à Vcti- 
tour de leur, bras , elles luy apporteront: 
dés fruits, ou autre petit prefent des cho 
£es de leur pays. 

Que fi au furplus on veut coucher au 

village ou on eft arriué,le vieillard non 

feulement fera tendre vn beau lia: blanc* 

mais encore outre cela (combien 

qu'il ne face pas froid en leur pays, > 

à caufe de l'humidité de la nuit & à leur 

mode.il fera faire trois ou quatre petis 

feus àTentour du lift, lefquels feront 

fouuent ralumez la nuit auec certains pe 

tis ventaux qu'ils appellent Tatapecoua 9 

faits de la façon des contenances que les 

Dames de par deçà tiennent deu&téllts 



3 l8 HISTOIRE 

auprès du feu de peur qu'il ne leur gaft* 
. fàccMais puis qu'en traitant de la p"! 
JicedesSauuages iefuis tomba parta 
du f^iequej xJs appellent 7^, A g 
^«w x « * ce y «**tin>it veux aufsi dedârer fS«„2 
C£» "-f nulle & incognue par d^à S S 
f^' °1 U d enfalle g«5d il leur plaift.D'autant 
rLZZ d ? c ^esqu'aymâs fort le feu ilsne demeu 
i ,,. re gueres en vn lieu fans en auoir,princi 
?r:,f al ^ e ! ,a , n f qu'ils craignét m£ud 
A.A*. ieufemet d'eftre furprins iAjpum, c "ft 

dit ailleurs ta bat & l cs tourmente fou 
chai f0I T'i\%e„t par les bois àt 
chafTe ou fur le bord des eaux à la pefebe 
ne,ou ailleurs par les ebapsrau lieu que 
«ous nous feruons à cela ? de la pierre 
du fufil dont ilsignorentrvfagefavan^n 
«compenç e en le urs pays de L/Tc ai 
«es efpeces de bois,dôtlVn prefoue auf 
fi tendre gue s'il eftoit à deiipourri & 
J autre au contraire aufsi dur que celuy 
dequoy nos cuifiniers font des lardofrêT 
quant ils yeulét allumer du fcu,il« ta?* * 
commodent de celle forte . Premtacme- C 
après qu'ils ont aprimé &re-du aufsi po in 
tu qu'vn fufeau par fvn des bouts vn Ca- 
rton de ce dernier,de la longueur d'enul 
">n vnp le d,plantantcefte Joini au m ? 
heu d'vne piece de l'autre, q F ue i'ay dui 
%c fort tcndrclaquelleiis couchét ton! 

àpiat 






©E l'AMERIQJE. 50J 

1 plat contre terre, ou la tiennent fur vn 
troncou grpffe bufche,en façon de pote- 
ce renuerfee:tournâtpuis après fort fou 
dainement ce bafton entre les deux pau- 
mes de leurs mains,commc s'ils vouloyet 
forer & percer la piece de deflbus de part 
en part , il aduient que de celle , roide a- 
citation de ces deux bois qui font ain- 
(\ comme entrefichez l'vn dans l'autre , il 
fort non feulement de la fumée, mais auf 
fi vne telle chaleur qu'ayans du coton, ou 
desfueilles d'arbres bien feches toutes 
preftes(ainfi qu'il faut auoir par deçà le 
drapeau bruilé ou autre efmorce auprès 
du fufil}le feu fi emprend fi bien queTaf- 
feure ceux qui m'en voudront croire, en 
auoir moy mefme fait de cefte façon: No 
pas cependant que pour cela ie vueille di 
re moins croire ou faire acroire ce que 
quelqu'vn amis en fes eferits : aifauoir 
que les Sauuages del'Ameriqueiqui fontT'ieuet , 
ceux dont ie parle àprefent)auant cefte in ^j 1 ^ 
uention de faire feu feichafient leurs via- c# ^ 
des à la fumée: car tout ainfi que ie tien 
cefte maxime de Philofophie tournée 
en prouerbe eftre très vray, afîauoir 
qu'il n'y a point de feu fans fumée: auf- 
fi par le contraire eftime-ie celuy n'e- 
ftrepas bon naturaîifte qui nous veut 
faire accroire qu'il y a de la fumée 
fens feu. Tentendl de la fumée laquelle 




320 HISTOIRE 

comme celuy dont ic parle veut donnera 
entendre 5 puiffe cuire les viandes : telle- 
ment que fi pour foiution il vouloit ale^ 
guer qu'il a entendu parler des vapeurs 
3c exhalations , la refponce fera, attendu 
que tant s'en faut qu'elles les puiiîent fei- 
cher, qu'au contraire, fuft chair ou poif- 
fon,ellcs les rendroy et pluftofl moites & 
humides, que c'eft fe moquer du monde. 
Partit puis q ceftau&eur- tant en fa Gof- 
mog. qu'ailleurs î feplaind fi fouuent de 
ceuxlèfquels, ne parlas pas à fon gré des 
matières qu'il a touchées , il dit n'auoir 
pas biëleu Ces eferits , ie prie les ledeurs 
d'y biê noter le paffage ferial que i'ay co- 
té de fanotiuelle & chaude fumee,laqucl~ 
le ie Iuy renuoye en fon cerucau de vent, 
î s Retournât doc à parler du traitement 
que les Sauuages font à ceux qui les vont 
vifiten après qu'êla manière que i'ay dit 
leurs hoftes ont beu & mangé,fe font re- 
smnde P°^ ez ^ ont couche' en leurs maifôs, s'ils 
tonnnter font honneftes,ils baillent ordinairement 
^umrT ^ coufteaux , des cizeaux, ou pincettes 
à arracher la barbe aux hommes: aux fem 
mes des peignes & des miroirs: & enco- 
res aux petits garçons des haims à pef- 
cher.Que fi au refte on a afaire de viures 
ou autres chofes de ce qu'ils ont, ayant 
demandé qnec'eft qu'ils veulct pour ce- 
la,quâd on leur a baillé ce dequoy on fe- 
ra con- 



de l'ameriqve» ju 

râcôuenujonîe pcutemporter&s'ê aller. 
Au furpius parce (corne i'ay dit ailleurs) 
que n'ayans cheuaux,Afhcs,oi autres be- 
lles qui portent ou qui charrient en leur 
pays la façon ordinaire eft qu'il y faut al- 
ler à beaux pieds farts lace,toutefois fi les 
paflans eftrâgers fetrouuét las,en prefen 
tans vn couûeau ou autres chofe's. aux 
Sauuages,prompts qu'ils font à faire plai 
fit à leurs amis , ils s'offriront pour les s p ^ffl 
porter.Etdefait il y en a eu tels qui nous f aire ^i- 
ayans mis la tefte entre les cuifles , nos A ^£<« 
iambes pendantes fur leurs ventres, nous e g s erî / ur 
ont ainfi portez fur leurs efpaules plus i<*r rf, 
d'vne grade lieue fans fe repofer:de faço 
que fi pour les foulager nous les vouliôs 
quelques fois faire arreftcr, eux fe moc- 
quans de nousdifoyent en leur langages 
& comment penfez vous que nous foyôs 
femmes , ou fi lafches de cœur, que 
nous puissions défaillir fous le faix ?Plu 
ftoftmeditvne fois vn qui m'auoit fui* 
foncol,iete porterois toutvn iour fans 
ceffe? d'aller.-tellemét que nous autres de 
noftrecofterians à gorge defployee fur 
ces Traquenards à deux pieds-, les voyâs Trmë z 
fi bien deliberez>en leur applaudiflans & »**b * . 

■ ' j* j deux pieds 

mettans encores, comme on dit 3 dauanta- 
ge le cœur au ventre, leurs diiîons: allons 
doneques toufiours. 

Quanta leur charité natureîle,fediftri ; 



J22, &ÎSTOI&JE 

s*wMga buans & faifans journellement prefens 

naturelle. ] es yns aux aUtres d cs venaifonS,POlfïÔS, 

went chart r . . -T 7 

tahte*. fruits, & autres biens qu'ils ont en leur 
pay s, ils l'exercent de telle façon, que no 
feulement vn Sauuage,par manière de di 
re,mourroit de honte s'il voyoit auprès 
de foy fon prochain, ou fon voifin auoir 
faute de ce qu'il a en fa puiffance, mais 
aufsi, comme ie I'ay expérimenté, ils v- 
fent delamefme libéralité enuers les e- 
ftrangcrs leurs alliez . Pour exemple de- 
quoy ie diray que cefte fois(ainfi que i'ay 
ia touché au dixiemç chapitre) que deux 
Frâçois & moy nous eftâs efgarez parles 
bois,cuidafmes eftre deuorcz d'vn gros 
& efpouuâtable Lézard? ayans outre ce- 
la l'efpacede deux iours & d' vne nuit que 
nous demeurafmes perdus enduré grand 
faim, nous eftans finalement retrouuez 
en vn village nommé Tauo^ou nousauios* 
efté d'autres fois, il n'eft pas pofsible d'e~ 
lire mieux receu que nousfufmcs des San 
uages de ce lieu là. Car en premier lieu, 
nous ayans ouy raconter les maux que 
nousauions endurezrmcfme le danger ou 
nous auions efté deftre nonfeulement de 
norez des beftes cruelles, mais aufsi d'e- 
ftre prins & mâgez des Margaias-> nos en 
nemis & les leurs , de la terre defquels 
(fans y penfer) nous nous eftions appro- 
thé bien près: parce di ie qu'outre cela 

pafTans 



t)E L'AMÈRïdVE. J2j 

paffans par lcs.deferts , les efpines nous 
àuoyentbien fort efgratinez , eux nous 
voyansenteleftaten prindrent fi grand 
pitié, qu'il faut qu'il m'efchape de dire 
que les receptiôs hipocritiques de ceux 
de par deçà qui n'vfent que du plat de la 
langue pour la confolation des affligez, 
eft bien efloignee de l'humanité de ces 
gens.lefquelsneantnioins nous appelles 
barbares. Pour dôcques venir à l'effet^a- 
pres qu'avec de belle eau claire qu'ils fu- € n ™$' ic 
rent quérir exprès > ils eurent commen- i'éww^» 
céparlà(quimefit refouuenir de la fa-*;*" 1 " 
çon des Anciens) de lauer les pieds & 
les iambes de nous trois François qui e- 
ftionsafsis chacun en vn lia: àpart , les 
vieillards qui dés noftre arriuee auoyenç 
donné ordre qu'on nous appreftaft à man 
ger,mefmes ayans commandé aux fem- 
mes qu'en diligence elles nous fiflent de 
la farine tendre (de laquelle comme i'ay 
dit ailleurs > i'aimerois autant manger 
quedumolet de pain blanc tout chaut) 
nous voyasvnpeurefraifchis nous firent 
aufsi toft feruir à leur mode de force 
bonnes viandes > comme de venaifons, 
volailles , poiflfons , & fruits exquis 
dont ils ne manquent iamais. 

Dauâtagelefoiryenu,afinquenous re 
poftfsions plus à noftre aife > le vieillard 
noftre hofte ? ayant fait ofter tons les en- 



3 2 4 HISTOIRE 

fans d'auprès de nous, le matin à noftre 
rcfucil nous dit:& bié Atour-ajfœts : (ceft 
à dire parfaits alliezjaue* vous bien dor- 
mi eefte nuit? A quoyluy cflant fait rçf~ 
ponce que fort bien,il nous dit : repofez 
vous encores mes enfans , car ie vis bien 
hier au foir que vous efties fort las. Bief 
il m'eft malaife d'exprimer la bonne 
chère qui nous fut faite lors par ces Sau~ 
ttages ? lefqucls à la verite,pour ledire en 
vnmotjfirent en noftre endroit ce que 
acU8. i. faint Luc dit aux A des des Apoftres,oue 
les Barbares de rifle de Malte pratique» 
rent enuers faint Paul, & ceux qui e~ 
ftoyentauecluy après qu'ils eurent ef- 
chappe le naufrage dont il eft la fait mé- 
tion.Gr parce que nous n'allions point 
par pays que nous n'eufsions chacun va 
fac de cuir plein de mercerie,qui nous fer 
uoitau lieu d'argent pour conuerfer par 
nu cepeuple,au départir de là, nous bail 
lafmes cequ'il nous pleut: aflauoir com- 
me Tay tantoft dit que c'eft lacouftume, 
des coufteaux , ciseaux , & pincettes aux 
bons vieillardsrdes peignes mirouers & 
bracelets de boutons de verre aux fem- 
mes: & des hameçons à pefcher aux petis 
garçons, 

Surquoy aufsi afin que ie face 
mieux entendre combien ils font cas 
de ces chofeszie récitera/ que moy eftant 

vu 






DE L^MERIQJE. 325 

vn îourcn vn village,mo Moujfacat^çk 
adiré celuy qui m'auoitreceu chez foy, 
m'ayant prié de luy monftrer tout ce que 
i'auois dans mon Qararnento 5 c eft a dire 
dans mon fac de cuir , après qu'il m'eut 
fait apporter vac belle grande vaiffeîle de W^- 
terredans laquelle i'arengeay tout mon htenîlsej u 
casrluy s'efmerueillant devoir cela ' a P'^j^ 
pelant foudain tous les autres Sauuages c £\ Htrts 
leur dit: ie vous prie mes amis de con-^Wi- 
fidererquel perfonnage Pay en ma mai-'" 
fon: car puis qu'il a tant de richeffes ne 
faut il pas bien dire qu'il foit quelque 
grand Seigneur ? Et cependant comme ie 
dis enriàt cotre vn miencôpagnon qui e- 
ftoit auec moy,tout ce que ce Saunage e~ 
ftimoit tant,qui eftoit en fomme cinq ou 
fix coufteaux emmanchez de diuef fes fa- 
ços,autât de peignes, deux ou trois grâds 
mirouers, & autres petites befongnes, 
n'euft pas vallu deux teftons dans Paris, 
Partant fuyuant ce que i'ay dit ailleurs, 
qu'ils arment ceux qui font libéraux, me 
voulant encores moy mefme plus exalter 
qu'il n'auoit fait, ie luy baillay gratmte- 
mét &publiquement deuant tous le plus 
grad&plusbeau de mescoufteaux, duquel 
de fait il fit autant de cote que feroit quel 
qu'vn en noftre France, auquel on auroit 
fait prefent d'vne chained'or de la v aîeur 

decentefeus* 

X 3 



Sauvages 
loyaux à 
tfari amis 



S 1 ^ HI S T O I R E 

Que û vous demandez maintenat plus 
outre, fur la fréquentation des SauuLs 
de j Amérique dont ietraitemaintenant- 
auauoir h nous nous tenions bien afteu 
au'R B f rcf P°"de«e tout ainfi 
qu ilshaiffentfi mortellement leurs en 
nemis,que comme vous auez entendu ci 
deuant,quand ils les tiennent, fans a utre 
compofition ils les aflbmmct & mangéV 
par le contraire ils aiment tant eftroitel 
mentleurs amis & confédérée teh que 
nous eftions de cefte nation nômee rl- 
^WWAf,quepIuftoft pour les a Ztë 
tir 5 &auant qu'ils receulfent aucun def- 
Plaifir ils fe feroyent mettre en cent mil- 
e pieces, ainfi qu'on parlettellement que 
les ayant expérimentez, iemefierois , & 
me tenois lors plus à feurte entre ce peu 
pie que nous appelions Sauuages,que ie 
ne ferois maintenant en quelques en- 
droits de noftre France auec les François 
defloyaux & dégénérez : ie parle de ceux 

gm font teis.-car quant aux gens de bien, 
dontp arJa d Dicu Je R > 

n eft pas vmde, leferois bien marry de 
toucher a ieur honneur. 

Toutesfois , afin q„ e i e dife le pro 
& Je contra de ce que i'ay congneu eftant 
parmi nos Ameriquains.ie récitera? en! 
cores vn fait contenante plus grande 

apparence 



DË L' AMERIQUE. $*7 

apparence de danger ou ie me fois Jamais Difl 
/eu entre eux . Nous eftans doneques vn 
jour inopinéme-t rencontrez fix rraneois 
en cebeau g, and village V'oKaranttn du- 
quel i'ay u plufieurs fois fait mention ci 
deflus,diftantdedix ou douze lieues de 
noftreFort,ayansrefôlus d'y coucher, 
nous fifmes partie à l'arc, trois contre 
trois pourauoir tant des poulies d In- 
des qu'autre chofe pour noftre fouper. 
Tellement qu'eftant aduenu que le tus 
desaerdans,commeie cerchois des vo- 
lailles à acheter parmi le village,il y eut 
vn de fes petis garçons Françômquci ay 
dit du commencement que nous auions 
menezdâs le Nauire deRofee pourappre 
dre la laneuejlequel fe tenoit en ce villa- 
ge qui me dit: voila vne belle & grafle ca- 
ne d'Inde,tuez la vous en ferez quitte en 
la payanf.ee que (parce que nous auions 
fouuent ainfi tué des poulies en d autres 
villages dont les Sauuages enlescotentas 
ne s'eftoyent point fachez)n'ayant point 
fait difficulté de faire,apres que i eu celte 
Cane morte en ma main ie m'en allay en 
vne maifon,ou prefques tous es Sauua- 
ges de ce lieu eftoyent affemblez pour 

Ainii ayant la demande a qui 
eftoit la Cane afin que ie luy payaf- 
fe , il y eut vn vieillard , lequel 

X 4 



wan 



S 28 HISTOIRE 

fe prefentant auec vne affe* mauuaife 
trongne,me dit,c'eft àmoy. Que veux ^ 
que,e ten donne luy di-ie? vlTcoufteau, 
refpondit-xhauguel fur Je champ en avâ 
voulu bailler vn,quand il l'eut / e u U /;, 
» en veux vn plus beaurce que fans repli! 
quer luy ayat prefenté,il dit qu'il ne vou- 
oitp 01 nt encores de ceftuy là. Que veux 
tu donc.Iuy di-ieque ie te donnée fer 
pe dit-il. Mais p arC e qu'outre que cela 
eftoit vn p„s du tout excefsif en ce pays 
la, de donner vne ferpepour vne cane, ie 
"<^oispointpourlors,ieluy dis qu'il 
fe contentait s'il vouloit du fécond cou- 
fteau que !e luy prefentois , & qu'il n'en 
auroit autre chofe.Mais la deflus le Tru- 
chement qui cognoifîoit mieux leur f ac 5 
de faire (combien qu'en ce fait là il fuft 
au/si bien trompe que moy ) me dit,il eft 
bie rache, & quoy que s'en foit il luv f aut 
trouuer vne ferpe.Parquoy en ayant em- 
prunte vne du garfon dot i'ay parlé.quâd 
ie la voulu bailler à ce Saunage il m 2 
derechef plus de refus qu'il f'auoi fa 
auparavant des coufteaux : de façon que 
mefachant de cela,pour la troifiemc fois, 
le luy dis : que veux tu donc de moy > £ 
quoy furieufement il répliqua , qu'il me 

rd o ;:r' commei ' au ° istue '^ca"e 

car d It _i, e q U>eJJeaefta 

irereqm eft mort, ie l',i mo is plus que 

çhofe 



DE l'AMERIQJE. 329 

diofe que i'euffe. Et de fait de ce pas mô 
homme s'en alla quérir vne efpee,ou plu 
ftoftgroffe maffuc de bois, de cinq à fix 
pieds de long, & s'en reiicnant tout fou- 
dain vers moy , il continuoit toufiours 
de dire qu'il me vouloit tuer.Quj fut doc 
bienesbahi ce fut moy: & toutcsfois,cô- 
„me il ne faut pas faire le chien couchant, 
(comme on parlc)ni le craintif entre cefte 
nation, il ne falloit pas que i'en Me fem- 
blànt. La deffus le Truchement qui eftant 
afsis dans vn lift de couton pendu entre 
le querelleur & moy , m'aduertiffant de 
ce que ie n'entêdois pas, me dit: dites luy 
tenant voftre efpee au poing 5 & luy mon- 
ftrant voftre arc & vos flefehes , à qui il 
penfe auoir affaire? car quit à vous,vous 
eftes fort & vaillant, & ne vous lairrez 
pas tuer fi aife'ment qu'il penfe . Somme 
faifant bonne mine & mauuais ieu , ainfi 
qu'on dit , après plufieurs autres propos 
que nous eufmes ce Sauuage & moy(fans 
fuyuant ce que i'ay dit au commencemêt 
de ce chapitre que les autres fiflent au- 
cun fembîant de nous accorder) yure que 
il eftoit du Caomn qu'il auoit beu tout le 
long du iour, s'en alla dormir & cuuer 
fon vin:& moy & le Truchement fouper 
& manger fa Cane auec nos compagnons 
qui nous attendans auhaut du viîlage,ne 
fauoyent rien de noftre querelle. Orce- 



v- • 



H° HISTOIRE 

Die icroit tellement -déclarée entre eux 
(eftansxa ennemi, des Portugal, ql J£ 

cn r aX F ; Ue2 ' lama,S d ' a -' de Ja'm 
fait n H "'" V e mÔ lo ^ d ^ auoit 

i tant rcfueille enuirô trois heures après 

.non :fa,t, n eftoitque pour nfcfprouuer, 
S l a ma con ^nance fiie ferois bien 
fi guerre aux Portugais & au-, m 
leurs ennemis mIW , Mtrg**, 

™A' " in ^ m , ls ' ft,ais cependant demon 
cofte afin de Iu 7 ofter foccafion d en fi? 
« autant vne autre fois, ou à mov ou at 

fcn? "r ftreS : 10int 1 ue teIi « rifee, ne 
[ont pas fort plaifante, , non feulement 

eJuy m anda 7q ueien'auo,s q uefaTre de 
i«7>&. que ,ene vouJois point de oer» 

qmm-efprouuaftauecvneerpeeaupS 
«aïs aufsi ie lendemain entrant en fa ma! 

«des haims a pefcher aux autres tout 
auprès de Juy , qui n'eut rien . On P eu 
donc recueillir tant de ceft exemple /Z 
de 1 autre que i'a 7 récité ci deflA de mô 
premier voyage parmi le, Sauuage, /ou 
Pour l'ignorâce de leur couftumewûe™ 

noftre 



D E L'AMER ÏQVE. 3JÏ 

noftrc natiofi ie cuidois eftre en danger, 
que ce que i'ay dit de leur loyauté enuers 
leurs amis demeure toufiours vray & ter 
metaiïauoir, qu'ils feroyent bien marris 
de leur faire defplaifir. Surquoy pour co 
clufion de ce poinMadioufleray que fur 
tout les vieillards, qui par le pafle ont eu 
faute de coignees , fêrpes & coufteaux 
(qu'ils trouuent maintenât tant propies 
pour couper leur bois & faire leurs arcs 
& leurs flefehes ) non feulement traitent 
fort bien les François, mais aufsi exhor- 
tent les ieunes gens d'entre eux de faire 
le femblableàl'aduenir» 



CHAP. XIX. 

Comment les Saunages fe traitent en leurs 
rnaladiesienfemble de leurs Cultures & funé- 
railles: & des grands pleurs quits fint après 
leurs morts* 

! O v K donques mettre fin à 
I parler de nos Sauuages de 
| l'Amérique, il faut fauoir 
\ comment ils fe gouuernent 
,J tant en leurs maladies qu'à 
la fin de leurs iours: c'eft à dire quand ils 
font prochains de la mort naturelle . S'il 
aduient donc qu'aucuns d'eux tombe œa~ 




3j2 



HISTOIRE 






Jade après qu'il aura monftré & fait ente 
die ou il fent le mal,foit aux bras ïambes 
ou autres parties du corps , ceft endroit 
là fera fuccé auccla bouche parl'vnde 
fcs amis: & quelques fois par vne manie- 
ur/, re d ' abufeurs qu'ils ont entre eux nom- 
dJ>"d™ mcz Cage's, qui eft à dire Barbier ou Mc- 
*««*«. decin( autres que les Cry*»* dont i'ay 
parlé traitant de leur religion ) lefquels 
non feulement leur font accroire qu'ils 
leur arrachent la maladie mais aufsi que 
ils leur prolongent la vie. Cependât ou- 
tre les fièvres & maladies communes de 
nos Ameriquains, à quoy corne i ay tou- 
ché ci deuant àcaufe de leur pays bien 
tempéré, ils ne font fi fuiets que nous 
fommes par deçà, ils ont vne maladie in- 

™ZZ7a ClUâ i k qU ^ S noi » m ™* *'***> laquelle 
gtmfi. combien qu'ordinairement elle prouien- 
ne & fe prenne de paillardife, i'ay néant- 
moins veu auoir à deieunes enfans lef- 
quels en eftoyent aufsi couuerts qu'on 
en voit par deçà eftre de la petite vérole. 
Mais au refte cefte contagion fe conuer- 
tiffanten puftules plus larges que le pou 
cejefquelles s'efpadét par tout le corps, 
voire îufqu'au vifage , ceux qui en font 
entachez en portent aufsi bien les mar- 
ques toute leur vie , que font les vero- 
lez & chancreux de par deçà de leur tur 
pitude & vilenie. Et de fait i'ayveu en 

ce pays 



<Ameri~ 
quoins com 



D E L'-£ MERI Qjr E. $$$ 

ce pays-là vnTruchemcnt,natif de Rou- 
en , lequel s eftant veautre en toutes for- 
tes de paillardifes parmi les femmes & 
filles Sauuages>en auoit fi bien receu fori 
falaire,que fon corps & fon vifage eftans 
aufsicouuerts & desfiguresdeccsT^/, 
que s'il euft efté vray ladre , les places y 
eftoyent tellement imprimées qu'impôt 
fible luy fut de les iamais effacer : aufsi 
eft cefte maladie la plus dangereufe en 
cefte terre du Brefil. Àinfi pour repren- 
dre mô premier proposées Ameriquains 
ont cefte coùftume,que quant au traite- 
ment de ia bouche de leurs malades : fi 
celuy quieft detenu au hâdeuoit demeu ment trai- 
ter vn mois fans manger on ne luy en do e * nt . l eurf 
nera iamais qu il n en demande : melmes 
quelque grieue que foit la maladie,les au 
très qui font en faute , fuyuant leur cou- 
fiume,ne laifferont pas pour cela,buuan$ 
fautas &chantâs>de faire bruit autour da 
poure patiéttlequel aufsi de fon cofté lâ- 
chant bien qu'il ne gagneroit rien de s'en 
fafcher,aime mieux auoir les oreilles r5 
pues que d'en dire mot. Toutesfois s'il 
aduient qu'il meure, & fur tout fi c'eft 
quelque bon père de famille 5 la chantre- 
rie eftant foudain tournée en pleurs , ils 
lamétent de telle façon que fi nous-nous 
trouuions en quelque village ou il y eut 
yn mort^ouil ne falloitpas faire eftatd'y 



334 HISTOIRE 

coucher* ou ne fe pas attendre de dormir 
la nuit. Mais principalement c'eft merueil- 
le d'ouyr les femmes lefquelles braillans 
fifort & fi haut que vous diriez que ce 
font hurlemés de chiens & de loups font 
communément tels regrets & tels dialo- 
gues. Il eft mort, diront les vnes en trai- 
iiant leur voix, celuy qui eftoit fi vaillât, 
& qui nous a tant fait manger de prifon- 
niers. Puis les autres en efclatant de mef 
me refpondront. Ô que c'eftoit vn bon 
chalïeur & vn excellent pefcheur : Ha le 
braue afîbmmeur de Portugais & de 
Margaias-) defquels il nous a fi bien ven- 
gez, dira quelquVne entre les autres. tel 
lement que parmi ces grands pleurs com 
me vous voyez en la prefente figure,s'em 
braflans les bras & les eipaules Tvne de 
l'autre s'incitans à qui fera le plus grand 
dueil: iufquesà ce que le corps foit ofté 
de deuant elles , elles ne cefleront en de- 
; chifrant & recitant ainfi par le menu tout 
ce qu'il aura fait & dit en fa vie , de faire 
de longues xirielles de fes louanges. 



$$6 HISTOIRE 

Bref, à la mdniere que les femes de Beam 
aiafi qu'on dit , faifans de vice vertu en 
vne partie des pleurs qu'elles font fur 
leurs maris décédez, chantët Lamiamouy 
La mi amon:£ara rident^oeildefplendou\ Ca 
ma leugébet danfadow. Lo mebalen^ Lo m'e- 
fburbat : matt depes : fort tard au Iheit 
C'eft à dire mon amour: Mon amour vi- 
fage riant, œil de fplendeur,tambe lege 
re,beau danfeurje mien vaillant, le mien 
efueillé, matin debout forttard au liéhvoi 
re corne aucûs difentqueles femmes en 
quelques endroits de Gafcongne adiou- 
ftent , Y ere , yere , o le bet rene^adou ô le 
bet iougadou qtthere : c'eft à dire , helas 
helas., ô le beau renieur,ô le beau ioueur 
qu'il eftoitrainfi en font nos poures Ame 
rîquaines:lefquelles au furpl 9 au refrein 
de chacune pofe adiouftant toufiours , il 
eft mort., il eft mort celuy duquel nous 
faifions maintenant le dueil, les hommes 
leur refpondant difent : Helas il eft vray 
nous ne le verrons plus iufques à ce que 
Fofes& nous foyons dçrriere les montagnes, ou, 
/*<*»<*'*»- ainfi que nous enfeignent nos Caraïbes-* 

terrer let \ r i a 

morts en nous damerons auec Juy & autres pro- 
ummque p OS femblables qu'ils adiouftent . Or ces 
querimonies durant ordinairement de- 
my iour(car ils ne gardent gueres leurs 
corps morts dauantage)apres que la fof- 
fe aura efté faite, non pas longue à noftre 

fe 



de l'amuiqje. 337 

mode,ains ronde & profonde comme vn 
grand tonneau à tenir le vin,le corps qui 
aufsi incontinent après auoir efté expiré 
aura efté plié, les bras & les iambcs liez 
a lenteur ,fcraainfi enterré prefques tout/«-^- 
debout : mefme (comme i'ay dit) fi ^^ mPOrtsen 
quelque bon vieillard qui foit decedé , il ^™»** 
fera enfepulturédansfa maifon enuelop- 
pé de fon lia de couton,voirc on enter- 
rera auec luy quelques coliers, plumaffe- 
riesv& autres bcfonçnes qu'il fouloitpor J<7*«* ™ 
ter^quand il eftoit en vie.Sur lequel pro- tew y,," 
pos on pourroit alléguer beaucoup d'e- 
xemples des Anciens qui en vfoyent de 
cefte faconreomme ccque dit lofephe qui 
fut mis au fep.ulchre de Dauid : & ce que 
les Kiftoriens prophanes tefmoignentde 
tant de-grads perfonnages qui après leur 
mort ayans efté ainfi parez de ioy aux fort 
précieux le tout eft pourri auec leurs 
corps:& pour n'aller plus loin de nos A- 
meriquains, comme nous auons ia allé- 
gué ailleurs , les Indiens du Peru terre 
continente à la leur enteri ans auec leurs 
Rois & Caciques grande quantité d'or Se 
de pierres precieufes , plusieurs Efpa- 
gnols de ceux qui furent les premiers en 
cefte contrée recerchans les defpouiîles 
de fes corps morts iufquesaux tombeaux 
& crotes ouils fcauoyet les trouuer,enfu 
rent prandcmëtenrichis.Tou-tefois pour 

Y 



338 HISTOIRE 

retourner à no sTououpi?iambaoults,der>m$ 
que les François ont hanté parmi eux ils 
n enterrent pas fi couftumierement les 
chofes de valeur auec leurs morts, qu'ils 
faifoyent auparauât:mais ce qui cft beau- 
coup pire oyez la plus grande fuperfti- 
tion qui fe pourroit imaginer en laquel- 
le ces poures gens font detenus . Dés la 
premiere nuit d'après qu'vn corps, àla 
façon que vous auez entendu, a efté enter 
Érr& r f îCUX cr °y ans fermemet que fi Aygnan, 
•orayement c^eft a dire le diable en leur lâgue ne trou 
nabobs uoit d'autres viandes toutes preftes au- 
près, qu'il le deterreroit & mangeroit,nô 
feulement ils mettent de grands plats de 
terre pleins de farines, volailles,poifTons 
& autres viandes bien cuites auec de leur 
bruuagedit Caouinfus h fofïedu deffûd:, 
mais aufsiiufqu'àce qu'ils penfent que 
le corps fôit entièrement pourri, ils con- 
tinuent à faire tels feruic.es , vrayement 
diaboliques. Duquel erreur ilnous eftoit 
tant plus malaifé de les diuertir , que lçs 
Truchemens de Normandie qui nous a- 
uoyét précédez en ce pays là, à l'imitatiô 
despreftres de Bel prenans de nuit ces 
bonnes viandes pour les manger, les y a- 
uoyent tellement entretenus, voire con- 
firmez, que quoy que par lexperiéce nous 
leur môftrifsiôs que ce qu'ils y mettoyét 
le foir s'y retrouuoit le lendemain, à pei- 
ne peu- 



De l'a m e r i oy e. $59 
èc peufmes nous perfuader le contraire 
à quelques vns.Teliemét qu'on peut dire 
cefte refueric des Sauuages n'eftre pas 
fort différente dé celle des Rabins Do- 
ûcurs Iudaiques: ni de celle de Paufa- 
masXarles Rabins tiennét que le corps ^u 
morteftlaiiîéen lapuiflanced vn diable Mtde de 
qu'il nommét Zazel ou azazel, lequel ils ^ w 
difeiît eftre appelé prince du defert i&*rêi*jëme 
Leuitique: & mefme pour confirmera **• 
leur erreur ils deftourrient ces partages 
derEfcritureouil eft dit au feipent tu Gsn. 3* 
. mangeras la terre tout le temps de ta vie: 14 
car puis difetit ils que noftie càsps eft 
créé du limon & delà poudré de la ter- w-*f«*4- 
re,qui eft la viande du Serpent il luy eft kuii ^ 
fuiet iufques a ce qu il foit tranfmué en 
nature fpirituelle . Paufanias femblable- 
ment raconte d'vn autre diable nommé 
Eunnomus.duquelles interpréteurs des 
Delphiens ont dit,qu'il deuoroitlachair 
des morts, & n'y laitfoit rien que les os 9 
qui eft en fomme,ainfi que i'ay dit ? îe rrief 
me erreur de nos Àmeriquairis. 

Finalement quand les Sauuages, à îâ * 
manière que nous auons monftré au cha- 
pitre precedent, - renouuellent & tranf- Forme de 
portent leur village en autre lieu 5 rnettâs^^ 
deffus les foiTes des trefpafîez de petites Sm^t 
couuerturesdeleur grande herbe nom* 

Y z 




34° HISTOIRE 

mee Pindbmon feulement le s pafTans y ré 
cognoiflent forme de Cimiriere, mais 
aufsi quand Jes femmes s'y rencontrent, 
ouautremët quâd elles font par les bois 
utiles fe reflouuiennet de leurs feus ma 
Tis,cefera à faire les regrets accouftu- 
me*,& à hurler de telle forte qu'elles fe 
font ouyr de demie lieue. Parquoy les 
lai/Tant pleurer tout leur faoul, puis que 
i'ay pourfuyui les Sauuages iufques 
à la fotfe , iemettray ici fin à difeou- 
rirdeleur manière de faire: toutesfois 
les le&eurs en pourrot encore voirqucl- 
que chofe au Colloque fuyuant lequel 
fut fait au temps que i'eftois en FAme- 
rique à l'aide d'vn Truchement, qui non 
feulement ? poury auoir demeuré fept ou 
huit ans entendoit parfaitement le lan- 
gage des gens dupays, mais aufsiparce 
qu'il auoit bien eftudié mefmc en la lan- 
gue Grecque , dont(ainfi que ceux qui 
l'entendent ont ia peu voir ci deflus) ce^ 
fte nation des Tououpnamhoults , a quel- 
ques mots, il le pouuoit mieux expli- 
quer. 



CHAP. 



XX. 



Colloque de Ventrée ou arriuee en U terre 
du Brc fil entre les gens du pays nommez Tou- 

oupinam- 



î>i l'a m e rïqv^ 54* 

oupinambaouks , & 1 oupinenquin en 

langage Saunage & Francois. 

T *> uonpinam bacult 

E%JL-ioube? Es tu venu? 

François 
Pa^aiouh Ouy ie fuis venu? 
T 

Teh ! auge-ny-Po-t Voila bien dit, 

T 
Mara-pe'-dèrere? Comment te nom- 
mes tu? c , eJi u 
F 
Lery-ouffoti, Vne grofle Huitre 

T 
Ere-iacajfo fieno> As-tu laifle ton pays 
pour venir demeurer ici? 
r F 

Fa. Ouy 

T 
ILoYi-deretani cuani repiac. Vien donc- 
ques voir le lieu ou tu demeureras. 
F 
<pAu?e~be\ Voila bien dit. 

T 
Jenderepiac? aàut lenderépiac aonle ehe- 
raire T'eh! concrete Kénoii Lsry-oujfoH 
yméen! 

Voila doncques il èft venu par deçà mon 
fils nous ayant en fa mémoire helas/ 

Y y 



nom de 
l'aȔ heure 

en Un gag- 






34* HISTOIRE 

T 
Erervu de caramémo} As tu apporté" te* 
coffres ? lis entendent aufsi tous autres 
vaiffeauxàtenir bardes que l'home peat 
auoir. 

F 
'Paarout. Ouy ie les ay apportez. 

T 
Mobouyï Combien? 
Autant que Ton en aura on leur pourra 
iiôbrer par paroles iufques au nobre de 
cinq, en les nommant ainfi , ^Augê-pêi. 
mocoueinjUmoJfaptityijiOioicoudic-i^jecoinho^ 
Si tu en asdeux 5 tu n'as que faire d'en nô- 
mer quatre ou cinq. Il te fuffira dédire 
ffiocouein de trois &quatrc.Semblablernet 
s'il y en a quatre tu diras oioicoudicJiLx. ain- 
û des autres. Mais s'ils ont paflfé le nom- 
bre de cinq il faut que tu monftres par 
tes doigts & par les doigts de ceux qui 
font auprès de toy, pour accomplir le 
nombre que tu leur voudras donner à 
entendre. Et de toute autre chofe fem- 
blablement. Car ils n'ont autre manière 
4e conter* 

T 
ajfyfœe pér iront 9 de caramemo ponpc? 
Cruelle cnofe eft-ce que tu as apportée 
dedans tes coffres. 

F 
<zA-wb. des veftemens. 



de l' a m e r i oy fi.' 545 
T 
Mara vai> De quelle forte ou cou- 
leur? 

Sobouj-etci De bleu: 

Pircnc* Rouge, 

loup. Iaune. 

Son> Noir. 

Sobouy^maffoit. VercL 

tpirienc De plufieurs couleurs. 

<Pega/foti~atte, Couleur de ramier, 

Ti». Blanc. Et eft entéJu de chcmifes. 



Maépâmo? Qupy encores? 

F 
Acan£auhi-roupê, ïDes chapeaux; 

T 
Seta-pé> Beau-coup? 

F 
Ivatoupauê,. Tant qu'on ne les peut 
nombrer. 

T 
zAipogno* Efi-cetout? 

F 
Erimen. Non, ou Nerrny. 

T 
Effenoubat. Nomme tout. 

F 
Coromo. Attend vn peu* 

T 
ÏÏFetm Orfusdoncques. 

Y 4 



54+ HISTOIRE. 

[Artil- Moeapou, mororoatp. Artillerie à feu, 
leriehar comme harquebuze grade ou petite: car 
qaebu- Mocap lignifie toute manière d' A rtille- 
ze & "e a feu, tant de grofles pieces de Naui- 
Viftoles res>qu'autres.Ii iembleaucunefois qu'ils 
prononcent "Secap. par B. & feroitbon 
enefcnuantce mot d'entremefler. m. b. 
enfernbîequipourroit. 
Tondre Mocap-coui, De Ja poudre à Canon,ou 
<* Cam poudre à feu 

Mocap-couioureu-, Pourmettre la pou 
dre à feu,comme flafques , cornes, & au- 
tres. 

T 
çjnfarAVaè> Quels font ils? 
, F 
, Tapiroujfou-ah, De corne de bœuf 
T 
lAugé-gatou-tégué. Voila tresbien ditz 
Mae fi fepouyt rem? Qu;eft-ce qu'on 
baillera pource? , 

F 
Arouri. le ne les ay qu'apportées com 
medifant,ienaypointdehalîe de m'en 
deffaire en leur faifant fembler bon. 
T 
Inerte He 'L C '<; ft ™e interietfiort qu'ils ont 
ction a « ouf J u me défaire quand ils pêTent à ce 
qu on leur dit,voulans répliquer volon- 

tiers.Neantmoinsfetaifent afin qu'ils ne 
foyentveus importuns. 

F. 



I* 



F 

^4rrou4ta ygapen. I'ay apporté des ef- 
pees de fer. 

T 

TsÇaeepiac-icho />/»*? Ne les verray-ie 
point? F 

2?^0//w#. Quelque iour à loifif. 

T^eréroupe guya-pat? N'as tu point ap- Serpes* 
porté de ferpes à neufes? 
F 
t^rrout,! 9 en ay apporté. 

T 
Igatou-pé? S ont- elles belles? ï 

Guiapar-êtè Ce font ferpes excellétes* 

T 
jluapomoquem 7 - Qui les a faites. 

Page-ouajfon remymognen.C 'a efté celuy- 
que cognoiiïez 5 ouife nomme ainfi> qui 
les afaiâes. 

T 
<*Auge'-terah .Voila qui va bien. 

T 
Acépiah mo-men. Helas ie le$ verrob 
volontiers. 

F 
Karamoupe, Quelque autre fois, 

T 
Tacepiah tauge% Qu£ ie les voyeprefefô 
tement. 



34<£ «ï S TO Ï RB 

EémberelnguetAtien encore 
T 

/ Ereroupèitaxéamo,As tu point appor- 
te de coufteaux? r - 

F 

. eArrouretad'cn ay apporte' en abôdâce 
T 
Secoaarantinvaéïsom-ce des coufteaux 
gui ont le manche fourchu. 

F s 
^ En-en non ivetin A manche blanc Ivepep 
a demi raffe Taxe miri des petits cou- 
ïteruix. 

J>wd* Des haims Moutemoton des amines 
Arrcuaàts miroirs Kuap des peignes 
Mcurobouy été des colliers ou bracelets 
bleus ifepiab yponyéum que Ion n'a point 
accQuftume d'en voir. Ce font les plas 
beaux que Ion pourroit voir depuis que 
on a commence à venir depar deçà. 

-E^/S w-w£ «fe caramemo t'acepiah de mae 
Ouure ton cofre afin que ie voye tes blés 
F 
Aimojfaénen le fuis empefche 
Acépiah-oucairendefue le la moftreray 
quelque îour que ieviendray à toy. 

T{ârourkhofIremmœe detue f Ne t'ap 
porteray-ie point des biens quelques 
lours? * ■■* 

*JM/tt 



de l'ameriqj/e. 347 

MaelpereroHpotatïQiic veux-tu appor- 
ter. 

T 
Scebdeïc ne fcay mais toy Maeperéipo- 
***?Que veux-tu. 

F 
5«7,Des heftes,0»r*,des oifeaux,P*V* 
du poi(ïbn,Ofcy,de la farine yew, des na- 
tieaux Commenda-ouaftudcs grandes teb- 
ues , Commenta miri des petites febves, 
morgouiamafoudes oranges, & des citros 
maetirotùn* de toutes ou pliifieiirs chofes 
T 
hUra-vaéfoo ereiufceh? de quelle forte de 
befte as-tu appétit de manger? 
F 
Nacepiah quevon-gouaaire le ne veux de 
celles de ce pays. 

T 
Aàjfenondefm Que ie te les nomme. 
F 

Nein Or la 

T 

TapiroufottVntbc&c qu'ils nomment 
5unfi,demi afne & demi vache. 
Se-ouafou efpece de Cerf 6c Biche? 
Taiafou Sanglier du pays, 
^go*** vne befte roufle grande comme 
vn petit couchon de trois femaines. 

Vague c'eft vne befte grande comme vn 
petit couchon d'vn mois rayée de blanc 
gcnoir. 




54 S HISTOIRE 

Taphi Efpece de Heure, 
Ejpe non ooca ychejke. Nomme moy des 
oyfeaux. 

T 
oifeaux \acou>€& vn oifeau grand comme vn 
chapon , fait comme vne petite poule de 
guinec,dont il y en a de trois fortes c'eft 
affauoir, lacoutin, Iacoupem & lacoH-ovajZ 
fiux & font de fort bonne faneur, autant 
qu'on pourroit eftimer autres oifeaux, 

nJûtouton Paon Saunage dont en y a de 
deux fortes,de noirs & gris ayâs le corps 
de la grandeur d'vn Paon de noftre pays 
(oifeau rare; 

zJMocacmà c'eft vne grande forte àe per- 
drix ayat le corps plus gros qu'vn chapô. 
■YnamboM-ouaJfouyC 'eft vne perdrix delà 
grande forte prefque aufsi grande com- 
me l'autre ci deflus nommée. 

Ynambou c'eft vne perdrix prefque co- 
me cdlcs de ce pays de France. 
'Pegaffm Tortc relie du pays. 
Taicacm autre efpece de tourterelle 
plus petite. 

F 
Seta pe^pira fepiaé E^ïl beaucoup de 
bons poifTon^. 

T 
^V^Uy en a autant. 
Kurerna Le mulet. 
Tœrati Vn franc mulet 

A card- 



de l'ameRiqve. 342 

Acara-pep Poiffon plat encores plus 
délicat qui le nomme ainfi. 

jic*rs-otisJfou Vri autre grand poitfon 
qui fe nomme ainfi. 

Acara-boutcn Vn autre de couleur tan 
née qui £ft de moindre forte, 

oStcara-wiri de très petit qui eft en eau 
douce de bonne faneur. 

Ouara^Vvx giand poiiîon de bon gouft. 

Kd?miiroupoiiy-Qut<[fou^Jn grad poiflfon* 

Mamo-ps drretam? Ou eft ta demeure. 

Maintenait il nomme le lieu de fa 

denu'ure 

Xarmuby Ora~ouajfou-ouée faueu-ur kffic? 

<T ira-cdn ï Q-j>en,EiraU-iîtûmeny Taracouir- 

œpœn>> SarapQ-u> 

Ce font les villages du long du riuage 
entrant en la riuiere de Çenevre du cofte 
de la main feneftre nommez en leurs pro 
près noms : & ne fâche qu'ils puiflent a- 
uoir interpretation felon la fighificatioa 
d'iceux. 

Ke-ri-u->Acara~u Kouroumoure\ï ta-auc* 
Icirârouenj qui font les villages en ladite 
riuiere du eofté de la main dextre. 

Les plus grands villages de deffus 
les terres tant d'vn cofte' que d'autrcj 
font. 

Sacouarr-ouJfon-tme)Ocarenrin> Sapoperis, 
T^ouroucHue > oArafa-twie , Vfu-potuue Se 
plufieurs autres dont auecl.es gens de la 



35° 



HISTOIRE 



terre > ayant communication on pourra 
auoir plus ample cognoiffance & des pè- 
res de familles quefruftrement on appe- 
lé Rois qui demeurent au/dits villages* 
& en ks cognoifTant on en pourra iuger* 
F 

Wlikouy-petoupichagàtou hemu Combien 
y a-il de grands par deçà. 
T 
Seta-gue II y en a beaucoup. 

■ Effenon auge pequoube ychefue , Nomme 
m'en quelqu vn. 

T 
Nân C'eftvn mot pour rendre atten- 
tif celuy à qui on veut dire qlque propos 
Eapirau i ioup c'eft le nom d vn homme 
qui eft interprété , tefte à demi pelée , ott 
il n'y a guère de poil. 
F 
nJlfamo-pefetamFQvi eft fa demeure. 

• T 
Kariauh-be En ce village ainfi dit ou 

nommé qui eft le nom d'vne petite riuie- 
re dont le village prend le nom à raifon 
qu'il eft afsis pres.Eteftinterprete'la mai 
fon des-RT^r/wcompofe'de ce motKarios 
& Xaùq qui fignifie maifon & en oftât os 
.8ç y adiouftât auq fera KariauhSc be c'eft: 
l'article de l'ablatif qui fignifielelieu que 
on demande ou là ou on veut aller. 
/ Moffcn 



S>E L'AME RÏQVE. 351 

T 

lAejfcny gerre Qui eft interprété garde 
de médecines ou à qui ..médecine appar- 
tient, & en vfent proprement quand ils 
veulent appeler vne femme forciere , ou 
qui eft polfcdee dvn mauuais efprit : car 
Mojfcn c'eft medecine,&£*rr* c'eft appar 
tenance. 1 

Qnrauh-cn/fon au arentin 5 La grande 
plume de ce village nommé des eftorts. 

Tœu~coHar-oufoH-tuue-jrouare&t en ce vil- 
lage nommé le lieu ou 00 prend des can- 
nes comme de grands rofeaux. 
T 
Ouacan le principal de ce lieu la qui eft 
à dire leur tefte. 

T 
Soouétn+ujfm C eft la fueille qui eft torn 
beed vnaibre. 

T 
lAorgouia-êuaJfw Vn gros citron ou ©~ 

range, il fe nomme ainfi. 

b T 

Use du Qui eft flâbe de feu de quelque 
cliofe. T 

Maraca-ouafon Vne groffe fonnette ou 
vne cloche. 

T 

Mae-uocep Vne chofe à demi fortie foit 
delà terre ou dVn autre lieu. 




35^ ai s to i Its 

T 

Karian-parre 5 Le chemin pour aller 
aux Karics* 

Ce font les noms des principaux delà 
duiere de Genevre,& à l'enuiron. 



Che-rorHp-gœtou,der0ur-dri. le fuis fort 
ïoyeux de ce que tu es venu. 

<tAinjî no- ~-t . / /• • -AT' i • •x • 

moycm-iis JJ\*tn teretcoyfat Nicolas tron^Ov tien toy 
r*Ueg*- doncaueciefeigneurNicoks. 

ysQreroupederemiceco? N'as tu point 
amené ta femme. 

F 
jirrout ira'n-chlreco augernie. le Pamene- 
ïay quand mes affaires feront faites. 
T 
sJMarapeiïerecoran* Qu^eft-ce que tu as 
affaire? 



Cher auc-ouarn.yiz maifonpour demeu 



rer. 



Mstra-vae~auc? Quelle forte de maifon 

F 
Sethidae ebereco-rem eouap rewrie . le ne 
fcay encore comme ie dois faire. 
T 
jS[eîn tereieouap derecorem. Or la donc 
penfe ce que" tu auras affaire. 

Père- 



i>E l'ameriqvè, 355 

F 
*]>eretan repiac-irei Apres que i'auray 
veu voftre pays & demeure. 
T 
Tstjreico-icho-pe-deauem a irom? Ne te 
tiendras tu point auec les gens?c'eft à di- 
re auec ceux de ton pays. 

F 
M*raamope?Vourc{Uoy t'en enquiers-tu 
T 
Aipo-guê. le le di pour caufé. 
£he~poMtoupa-'guederhVen fuis ainfi en 
malaife: comme difant ie le voudiois bié 
fauoir. 

F 
Nen pi amotareum pe orenuhichehï'Ne Trindpd 
hamez vous point noltre principal > c elt 
à dire noftre vieillard? 
T 
Erymen. Nenny* 

S ère cogaton pony-mm-étè mof Sî ce n'e~ 
ftoit vne chofe qu'on doit bien garder^ 
ondeuroitdire. 

Secouai apoau-e engatourefme^yporéré cogâ 
ton, Ceftlacouftume d'vn bon père qui 
garde bien ce qu'il aime» 
T 
l^erefco kho pirem-otmriui 7 - N'iras-tu 
point à la guerre au temps aduenir? 

F 

AjfoirinueWïïQLj quelque iour Q 



35.4 HISTOIRE 

<tJMara-pé perouagêrre-rere> Comment 



ennemis. 



eit-cc que vos ennemis ont nom> 

T 

T ouatât ou Margamt^ Ceft v N ne nation 
qui parle comme eui , auec lefquelsles; 



Çonformi- 



Portugais fe tiennent. 

Ouétaca, Ce font vrais Sauuages qui 
font entre Ja riuiere de Mac-he & de Parai 

OueauemyCefont Sauuages qui font en 
cores plus Sauuages , fe tenans parmi les 
bois & montagnes. 

Caram, Ce font gens dVne plus noble 
façon, & plus abondans en biens tant vi- 
ures qu'autrement, que non pas ceux ci 
deuant nommer. 

Karios-> Ce font vne autre manière de 
gens demeurans par délaies Touaiaire* 
vers la riuiere de plate qui ont vn mefme 
langage que ks Tououp. Touftnenqmn. 

y La difference des langues, ou langage 
delà terre, eft entre les nations deffus 



té & âif- nommées. 

ulgL 4 '* Et premièrement les Tomupinamtaoults 
Touftnenquin.Touaiarey Tenremwon & Ka 
rio, parlent vn mefme langage,ou pour le 
moins y a peu de differ éce entr'eux , tant 
de façon de faire qu'autrement. 

Les Karaiaont vne autre manière de 
faire &de parler. 

LcsOuetaca different tant en langage 
qu'en fait de l'vne & de l'autre partie. V 

Les 



de î/ameriqve* 355 
Les Oueanen aufsi au femblable ont tou 
te autre manière de faire & de parler. 
T 

TehïOioacpaeireatapœau ummikH&Lû 
monde cerchefvn l'autre & pournoftré 
bien . Car ce mot iendcuetk vn dual dont 
les Grecs vfent quand ils parlét d&deux. 
Et toutesfois icy eft prins pour cefte ma- 
nière de parler à nous. 

Ty terohah apoau ari^T enons nous glo- 
rieux du monde qui nous cerche. 

Apoau ae mae gerre 5 iendefue « C'elr le 
mode qui nous eft pour noftre bien.Ceft 
qui nous donne de fes biens. 

Tyreco-gatou iendefue , Gardons le bien 
C'eft que nous le traitions en forte qu'il 
foit content de nous. 

Ipçrenc été- am reco iendefue ? Voila vîîç 
belle chofe s'offrant à nous. 

Ty maran-vatou apoau- apê > Soyons a ce 
peuple icy. 

Ty momourrou^mê *?nae gerre iendefue 3 Ne 
faifons point outrage à ceux qui nous 
donnent de leurs biens, 

T y poich apoaue iendefue -> Donnons leur 
des biens pour viure. 

Ty poeraca apoaué.T y zuzùlons pour pre 
dre de laproye pour eux. Ce motyporraca 
eft fpecialemet pour aller enpefcherie au 
poiffon.Mais ils en vfent en toute autre 
ind'uftrie de prendre befte & oy féaux, 

Z z 



35^ HISTOIRE 

Tyrrout mae tyronam ani ape\ Apportons 
lourde toutes ehofes que nous leur pour 
rons recouurer. 

Tyre comrémoich-mciendê-mae recoujfaue 
Ne traitons point mal ceux gui nous ap- 
portent de leurs biens. 

Pe-poroinc auu-mecharaire-ouèh,'Nç {oyez 
point mauuais mes enfans. 

T 'a père coihmaé,A>&n que vous ayez des 
biens. 

Toerecoihperaife arnoJLt que vos enfans 
enayent. 

^jrecoih lender amouyn mae'pouaire^o 9 
n'auons point de biens de nos grans pè- 
res. 

O pap cheramouyn maepouaire aitih. Tay 
toutiettéeequemô père grand m'auoit 
laifle. 

Apodumae-ry oiierobiahNiç tenant glo 
ï-ieux des biens que le monde nous ap- 
porte. 

Ienderamouyn-remiepyac potateguekou- 
mre, Ce que nos grands pères voudroyét 
auoir veu 5 & toutesfois ne l'ont point 
veu. 

Teh ! oip otarhete tender amouyn recohiare 
ete iendefue^ Or voila qui va bien que l'ef- 
change plus excellent que nos grands pè- 
res nous eft venu. 

lende porrati-oiijfou-vocare, C'eft ce qui 
nous met hors de triftefle. 

lende 



DE L'A ME RIQJÏ. 557 

lende-co ouajfou gerre Qui nous fait a- 
uoir de grands îardins. 

Enfalfipiram.Iendere mernynonape^W ne 
fait plus de mal à noz enfanchonets quâd 
on les tond , i'enten ce diminutif enfan- 
chonets pourles enfansdenosenfans v 

Tyre coih apouau^ienderoua gerre- aru me- 
nons ceux ci auee nous contre nos enne* 
mis. 

Toere coih mocap omae-ae , QVils ayent 
des harquebuzes qui eft leur propre bien 

venu d'eux. 

Mara-tnofemengatou-euin-amo ? Pour- 

quoy ne feront-ils point forts? 

Meme-tae morerobiarern Ceft vne natio 
ne craignant rien. 

Ty fenenc apouau , maram tende ironJtX- 
prouuons leur force eftans auec nous 
autres. 

Menre^tae moreroar roupiare^ Sont ceux 
qui deffont ceux qui emportent les au- 
tres, altauoir les Portugais. 

t/fgne heoueh , Comme difant 5 II eft 
vray tout ce que i'ay dit. 



T^ein-tya moue ta iendere caffarirU Deui- 
fons enfcmblc de ceux qui nous cerchét:^ 
ils entendent parler de nous en la bonne' 
partie^ comme la phrafe le requiert. 

Z x 



35 8 HISTOIRE. 

F 

Nein-che atoun-ajfaire, Or donc mon al 
lie. 

Mais fur ce point il eftà noter que ce mot 
^Atour-ajfap & Cotouajfap different. Car 
lepremier lignifie vne parfaite alliance 
entr'eux,& entr'eux & nous , tant que 
les biens de l'vn font commun à l'autre. 
mmM q u '^s ne peuuent auoir la fille 
ne la feur dudit premier nomme' . Mais i\ 
n'en eftpasainfi du dernier. Car ce n'efr 
qu'vne légère manière de nommer lVn 
l'autre par vn autre nom que le fien pro- 
pre comme ma iam be, m on ceil , mono-' 
reiiie & autres fembiàbies. 



Maérejf étende mouetaf Dequoy parle- 
rons nous? - 

See%maetirouen-reJf ei T)eçlvLÙ.cms & di 
uer fes chofes 



^ftra-piengvah-rere? Comment s'ap- 
peleieciel? r 

F 

Le ciel, 

T 

Cyh-rengne-tatfenouh maetirouen défie. 

Auge~be, C'eft bien dit. 

Mac 



T 

M^Le ciel. Couarafi, le Soleil, Iafce, 
la LxLtïè.iafi tataouatfou.Lz grande eftûi- 
le du matin &du vefpre qu'on appelé c6-< 
munémét Lucifer J > ft tatamir h Ce font 
toutes les autres petites eftoDies . Ybouy 
c'eft la ttxteSParanan la mer, Vh-ete c'eft 
eau douce , Vh-een eau falee. Vh-een buhc 
eaux que les matelots appelent le plus 
fouuent Sommaque. 

T û 

fta> eft proprement pris pour pierre.- 
Aufsi eft prins pbftr toute efpece de me- 
tail 6c fondement d'édifice -J. comme aoh- 
itaM pilHcr de la maifon. 

Yapurr-ytaM &ft e de la maifon. 

luraita^s gros trauerfains de la mai 

fon. 

Igourahoîi y &?«/>**, toute efpece & for 
te de bois. 

Ottrapahvn arc . Et neantmoiris que ce 
foit vn nom côpofe' de ybouyrah qui figni 
fie bois, & */>*> crochujou partie toutes- 
fois ils prononcent Ôrapar par fyncope. 

^rr^Pair^rr^mauuais -air.- 

eX^^ 3 pluye. 

^Ameii poytony l^c temps difpole & 
preft à pleuuoir. .' 

Toupen, tonnerre, Toupen verap 5 c'eft 
î'e fclair qui le preuient. 

Z 4 






V 



3<>o Histoire 

ffjfrpm ^o-ytin, les nuées ou J e brouillard. 
x bueture,Les montagnes. 
CjHHrn Campagnes ou pays plat ou i| 
n'y a nulles montagnes. F 



Village & 



Taue Villages, Auc Mzi{cm,Vh-ecoùaj> 
riviere ou eau courant. T 

Vh-paotiyyne Ifle enclofç d'eau. 

X** C'eft toute forte de bois & forefts 

JCœapaon, Ceft vn bois au milieu d'v- 
ne champagne. 

Kaa-on a „, Qg| e ft nourri j£ j^ 

X** :i errt> C'eft vn efprit malin qui ne 
Jeur ia] t que nuire en leurs affaires? 

Ygat Vne naffelie defeorce qui contint 
trente ou quarate home all.ans en guerre 

Au Ai eft pris pour nauire qu'ils appe- 
lentygwrotifffu, fr 

Thijfa-ouaffçu C'eft vne faine pour pré 
drepoiffon, l '*, 

Inguea, C'eft vne grande naffelie pour 
prendre poison. r 

fytei, diminutif Naffelie qui Ceri- 
quand les eaux font desbordees de leur 
cours. 

^{omognot mae tajfenorn defue,Oxie ie ne 
nomme plus de chofes. 

Emourbeou dentanikbeftuy Parle moy 
de ton pays & de ta demeure. 

yluge- 



>/^V 



f>E L'AMERIQUE. $6t 

F 

z/îugébé derenguéepourendoup. Ceft bien 
ditcnquiers toy premièrement. 
T 
la-eh-marape demmi-rere. le t'accorde 
cela Comment à nom ton pays & ta de- 
meure» 

F 
RovEN,C'eft vne ville ainfi nommée. jy eH i s 
T touchât 

Tau-oufcoH-pe-otii?». Efkce vn grand /^ Fri 

Village. ce. 

Ils ne mettent point de difference en- 
tre ville & village à raifon de leur vfage, 
car ils n'ont point d e ville. 




"Ta. Ouy. 

T 

yiohoii-pe-rcroupichah-gatOH? Combien 
«uez vous de Seigneurs 



Auge-pe. Vn feulement. 

tMarœpe-ferel Comment a-il nom. 

HENRY,Ceftoitdu temps du RoyHen ^ 
ry. 2. que ce voyage fut fait, 

Tere-porrenc. Voila vn beau nom* 






3 fa HISTOIRE 

dMara-pe-peron pkhm-eta-enin? Pour 
guoynauezvouspiufieurs f c ig ne urs> 

P 
^Moroe'rlchih- g ue\ Nous n'en auons no 

Oreramomm-auê> Des Je temps de nos 
grands pères. v 

T 

, . Mara-pi eHC -pee> Et vous autres qu*e~ 

- , - ites vous? i 

'■■ l ' . w : F , ■ 

Oroicêgue. Nous Tommes tontes ainfï 
^mra*** Nous fommes ceux 
qtiiauaiu.dubien. . 

T 

F pe-noere'-coih->peroupichah-mae> Et vo- 
it! e Pnnce à il point de bien. 

F 

0?m^.I!enataht&pius" 

nous auons efta fon commandement * 

T 

Oraiui-pe-oge'pê} Va-il en la guerre? 

Va. Oxxy, 

T 

*%ft Moh ™y-l*ue-pe-ioucanym ae > Comble 
m. *, anez vous de villes ou villages 

villages „ » 

d . W^ /w . Plus que ie ne pourrois 

Nirefce- 



DE L'AMER'IQVE. 363 

Wjrefce-nouih-icho-pene? Ne me les 
nommeras tu point.? 
F 

ypoicopouy. Il feroit trop long ou pro- 
lixe. T 

yporrenc->pe~peretani> Le lieu dont vous 
efiffseftil beauf F 

yporren-gœtou. Il eft fort beau. 

Eugaya-pe-jper-auce. Vos maifons font 
elles ainfi? afiauoir comme les noftres? 

F 

Oicoe-gatou. Il y a grande difference. 

Mara-vaéï Comment font elles? 

F 
Ita-gepe- Elles font toutes de pierre* 

TomouJfoH-pe. Sont elles grandes? 

F 
Touroufou-gaton.Ellcs font fortgrades 

T 
Vate-gatoU'pe. Sont elks fort grandes^ 
afiauoir hautes? 

F 
<tJ\dabYtio. Beaucoup. Ce fnot emporte 
plus quebeaucoup car ils leprénentpour 
chofe efmerueillable. 
T 
Entraya-pe-pet-ancyniml Le dedâs eft il 
ainfiraffauoir comme celles de par deçà? 



V 



•V 



î 6 4 HISTOIRE 

F 

Erymen. Nenny. 

T 
Dàchn Efie-mn-de-rete renomdau eta-icheOte 
fes ap- Nomme moy J es chofes appa«en»£ 
farte- au corps. ÏY lcuaHtei 

natesau E 

<w-/>j Efiendou. Efcoute: 

T 
leh. Me voila p reft. 

T 

C ^-*«». Matefte. i)^ M „. T 

fte. fu m Satefte, ^^. Noftre a *_ 

«e. Peacan, Voftn» f P ft„ , K 

tefte. 4 * *****' ]eur 

Mais pour mieux entendçe ces pronôs 
en partant le declaireray feulement les 
perWestantdufingulfer^^y" 

Premièrement 

ionncsaufsj. ™ r 

G*** Mouchefou mon cheueux, 

^he-voua. Mon vi /age. 
Chè-?te?nfo m Mes oreUles.- 
Chejfhua. Mon front; 



DE L'AMERIQVE. 



îH 



Ché-rejfa. Mes yeux. 

Che-iowoH. Ma bouche. 
Che-retoupauc. Mes ioues. 
Che-redmiua. Mon menton. 
Che-redmina-aue. Ma barbe. 
Ché-ape-cou. Ma langue. 
Chc-ram. Mes dents. 
Ché-aiourê. Mon col ou ma gorge.' 
Che-œpoc. Mongofier. 
Ché-poca. Ma poitrine. 
ChS-rocaph. Mon deuant generaleméf, 
Ché-atoucoupe. Mon derrière. 
Ché pouy-afio. Mon efchine. 
Ché-rowbony. Mes reins. 
Che~remre. Mcskffes. 
Che'-inmnpony . Mes efpaules* 
Ché-inua. Mes bras. 
Che-papouy. Mon poing. 
Che-po. Ma main. 
Che-ponen. Mes doigts. 
Ché~puyac- Mon eftomac ou foye 
Qhè-reguie Mon ventre. 
Ché-pourou-ajfen. Mon nombril. 
Ché-cam. Mes mamelles. 
Che-oHp* Mes cuiffes. 
£hê-roduponam» Mes genoux. 
Che-porace. Mes coudes. y 

Çh\-retemen* Mes iambes. 
£hê-pouy* Mes pieds. 
Ghépujfempé. Les ongles de mes pieds. 



55* 



RI S TOI RE 



Che-pon ampe . Us onglesde mes main* 

<W X . Mon ame,ou ma pLfee 
Che-enc-gouere, Mo.name après quelle 
eft foi tic de mon corps. gueiJe 

Noms des parties du corps oui n^ 
font honncftcs à nommer. P 5 

Qjoe-rencouem* 
^he-rementien. 
Qbe-rapoupit* 

Etpourcaufedebriefucteie nVn G, 
-yautredifFinitiomlieftanotet^o,; 

es tant de celles ci deuant efcrites qu'au 
"ement,fans y adioufter Je prononçait 
Premiere féconde que tierce pcrfon" 
tantenfingulier qu'en pIuiier.E t pour 
mieux ies entendre feparemét & â ^art 

. - / Premièrement. 

Che-moy,Dl toy ^hé.lny. 

Piuricr 
Or^Nous Veh V oas> Au _^ |- ; 

lier Sf"* à k /^' Ce P erfo "«e du fi„ gu . 
neutre Af mafC r J ? n & ^° Ur Jc ft ' mi «<»& 

T« a zf r iVZtlon • ^ au plurier 
Au-ae eft pour JesW P i. v „ furicr 

cuiins Que P fem/n' ns ! & §em ' eS """^ 




de l'amerï qjt e. 367 

Des chofes appartenantes au niefnage 
& cuifine. , j 

Smiredti-Ma. Allume le feu: Dotchf* 

Emo-gocp rata. Eitein le teu. - &t 

EroHt-che-ràta-rcm. Apporte dequoy 
allumer mon feu. 

Emogip-pira. Fay cuire le poiflbn. 
Efefffr. Rofti-le. 
Emouï. Fay le bouillir; 
Fa-vecH-ouy-arno. F ay de la farine. 
Emogip-cœomn-amo.ViLy du vin ou bru- 
uage ainfi dit. 

Coeinvpé. Va à la fontaine. 
Erout-v-ichefde. Apporte moy de Peau. 
\ Ché-renni- ange-pe. Donne moy à boire 
£)uere-me~cbe-remyou-rec0ap* Vie moy 
donner à manger. 

Taie-poeh- Que ie laue mes mains. 
Tae-tonrou-eb. Que ie laue ma bouche* 
Ghê~embouaffi. Fay faim de manger 
Nam>-che-iourou-eh. le iVay point d'ap 
petit de manger. 

£he-vffeh. Fay foif. 
Che-reaic- Fay chaut^ie fue* 
Chç-ron. I'ay froid. 
Che-racoup. Fay la fieure. 
Ché-carouc-affï. le fuis trifte. 
Neantmoins que çarouc fignifie le- 
^efpre pule foir. 



$ 6S Histoire 

tAicoteue. IcfuisenmaJaife de que? 
que affaire q ue ce foit. ™ 

Che-poura-oHfoup. I e fuis traité ma! 
aifement,ou ie fui. fort pouremét traké 

^heroemp. le fuis 107 tux. 

. «"**» Vmbh fuis cheu en moque- 
nejouonfemoquedemoy. ^ 

Mco-gatoH. le fuis en mon pJaifir 
U*-rmiac-0Mffh*. Mon efclaue ' 
^here-miboye. Mon feruiteur 
C^-m^. Ceux qui f ont m oindre 
que tnoy & qui f ont pour me £- £ 

J-he-porracatfare. Mes pefcheurs tant 
en poiffon,qu'autrement. 

aWMonbien & ma marchandi- 
fe,ou meuble & tou.ce qui m'appartient, 
^rmgwwpw». C'eft de ma façon 
^he-rere-couarre. Ma garde 
Che-roubichac. Ceiuyquieftplus grâd 
quemo y ,ce que nou* appelions noftre 
Roy Duc ou Prince. 

qu: eft bon,& donne à repaiftre aux paf- 
fans , tant eftrangers qu'autres. * 

j&erre-mubw. Vn puitfant enlaguer 
re & qui eft vailiât à faire quelque chofe 
J^nten. Qui eft fort fembJance 

ioit en guerre ou autrement. 



Cb}~ 



rout 



Du lignage 
Mon père. 



Ch\- 



receyt. 



*/^ 



DE l'aM E R I QVE. 369 

Ctfe-requeyt. Mon frère aifné. 

Ché-rebure. M o n p u ifné. 

Che-renadire. Ma fœur. 

Ché-rure. Le fils de ma fœur. 

Che-tipet. La fille de ma fœur. 

Chïe-aiché. Matante. 

Au Ma mere. On dit au fsi Ché-fimi 
mere & leplus fouuent en parlant délie» 

Che-feit. La compagne de ma mere qui 
eft femme de mon père comme ma mere. 

Che-raiit. Ma fille. 

Qhérememynou. Les enfans de mes fils 
& de mes filles. 

Il eft à noter qu'on appelé communé- 
ment l'oncle comme le père. Et par fem- 
bîable le père appelé ùs neueux Scnieces 
mon fils & ma fille. 

Ce que les grammariens nomment & 
appelent Verbe peut eftre dit en noftre 
langue parole* & en la langue Brefilien- 
ne gîte ngaue cpii vaut autant à dire que par 
lenient ou manière de dire. Et pour en a- 
uoir quelque intelligence nous en met- 
trons en auant quelque exemple. 

Premièrement. 

Singulier indicatif ou demonftratif. 
A ko. le fuis 9 Ereko, Tu es. Qm» 
Il eft. 

Aa 



37° HISTOIRE 

PI mit:-. 
Oroko, Nous fotnmcs, Peico, Vous eftes 
a/lurae otco, Us /ont. 

La tierce perfonne du fingulier & pIu . 
net Tot fembiables ,«cepteVilfeut ad- 
louftex au plurier «^pronô , oui figni 
tie eux ainfi qu'il appert. 

Au temps pafle imparfait & non du 
tout accompli. Car on peut eftre encores 
ce qu'on eftoit alors. 



quoenie 



. Singulier refout par l'Aduerbei. 
■ceit a djre en ce temps là. 

Mco-aquoéme. I'eftoye alors , Eretco- 
quoemc Tu eftois alors Oie, a 9 wlmi II 
eitoit alors. J 

Plurier imparfait. 
mMmw atjuoênà. Nous eftions alors 
Petco aquoeme Vous eftie* alors Aurae- 
mco-aquoeme. Us eftoyent alors. 

Pour le temps parfaitement palTé & 
du tout accompli. ^ 

Singulier. 
j On reprendra le Verbe Oico comme 
dcuant,&y adiouftera on cell Aduerbe 



y^ 



Î)E l'ameriqve. .371 

v^mUnenh qui vautàdire au temps Ja- 
dis & parfaitement paflé,ians nulle efpe- 
ranccd'eftre plus en la manière que l'on 
eftoitence temps là. 

Exemple. 
J jfavouffoH'gatoH'aquaemené le Pay ay- 
me parfaitement en ce. temps là Qupv- 
inen-gAt&uwgni* Mais maintenant nulle- 
mentïcomme difant, il fe deuoit tenir à 
mon amitié durant le temps que ie luy 
portois amitié. Car an n'y peut reuenir. 

Pour le temps à venir que Ton ap- 
pelle Futur. ; 

Aico-irin,te feray pour l'auenir.Eten 
enfuyuant des autres perfonnnes comme 
deuant,tant aufingulier qu'au plurien 

Pour le commandeur que l'on dit im- 
pératif. 

" Oico. Sois. Toico.Qvtil foit. 
Plurier. 

Toroko. .Que nous foyons Tapeicô» 
Que vous foyez. Aurae-toico >. Qujils 
foyent. Et pour le Futur H ne faut qu'ad 
ioufter ira* ainfi que deuant. Et fi en 
commandant pour le preferit. Il faut di- 
re Tœuge, qui eft adiré tout maintenant. 

Pour le defir & affecKon qu'on a en 
quelque chofe, que nous appelons 
Optatif; 




37* HISTOIRE 

Aica-mo-men. O que ie feroîs volon- 
tiers pourfuyuant femblablement com- 
me deuant. 

Pour la chofe qu'on veut ioindre cn- 
femble'ment que nous appelons Conion- 
dif on le refout par vn A duerbe Iron qui 
fîgnifie auec ce qu'on le veut ioindre. 
Exemple. 

Taico-de-iron. Que ie foye auec toy; 
& ainfi des fernblables. 

Le Participe tire' de ce Verbe 
Che-recoruré. Moy eftant. 

Lequel Participe nepeut bonnement 
eftre entédu feul fans y adioufter le Pro- 
nom de-ahe-et~œe'Et lepiurier femblable 
ment Oree\fec a an*-ae. 

Le terme indéfini de ce Verbe peut c- 
ftreprins pour vn infinitif mais ils n'en 
vfent guère fouuent. 

La declination du Verbe Aient 

^ Exemple dePindicatif ou demonftra- 
tifen temps prefent. Neantmoins qu'il 
fonne en noftrc langue Françoife double 
C'eft qu'il fonne comme pafîe. 

Singulier 



$, e l'amuiqj v.: 573 

Singulier nombre 
't/tbut. le viens,ou ie fuis venu, 
Ereiout. Tu viens, ou es venu. 
Ohw*, Ilvient,oueftvenu. 

Pluvier nombre- 
Ore-iout. Vous venez, ou eftes venus. 
'An-ae-o-ouf. Viennent,ou font venus. 

Pour les autres temps, on doit pren- 
dre feulement les Aduerbes ci après dé- 
clarez. Car nul Verbe n'eft autrement de 
cliné qu'il ne foit refout par vn Aduerbe 
tantaupreterit,prefent imparfait: plui- 
que parfait indéfini que au futur,ou teps 
à venir. 

Exemple du preterit impar fait & n'eft 
àce du toutaccompli* 

Aiout-aguoeme. le venoye alors 

Exemple du preterit pai fait & du tout 
accompli. m 

^ioHt-agnoemcne. le vins ou eitoye 
ou fus venu en ce temps la. 

AiWt-dimM-m. H y a fort long temps 

que îe vins. i' a n 

Lefquels temps peuuenteftre plultolt 

indéfinis qu'autrement tant en celt en- 
droit qu'en parlant. 

Exemple du futur ou temps à venir. ; 

Aioui-Iran-ni. leviendray vn certain 

A a 3 




S/4 histoire; 

iouraùfsionpeutdire/Wfansyadiou 
iter, m, ainfi comme la phraze ou maniè- 
re de parler Je requiert. 

Il efta noter qu'en adiouftantles aduer 
bes,conuient repeter les pcrfonnes tout 

amn que au prefent de l'Indicatif ou de- 
monfrratif. 

Exemple de l'Impératif ou comman- 
deur. 

Singulier nombre. 
Eori. Vien >n 'ayant que la féconde per^ 
ionne. r 

£>/. Car en celle langue on ne peut 
commander à la tierce perfonne qu'on ne 
voit point,mais on peut dire. 
Emo-out. Fay le venir. 
'Pe-ori. Venez. 
Ve-iot. Venez. 

M M S r "' e ^ CritS - ^' &?*-¥• ont fem 
blable fens, Mais lepremier. cm. eftpj„ s 

honnefte a dire entre les hommes. D'au- 
tant que le dernier JV./ W eft commune 
ment pour appeler les beftes & oyfeaux 
qu'ils nourrirent. ' 

Exemplede l'OptatifNeatmoins fem 
ble commander en defir de priant ou en 
commandant. 

Singulier. 
Mout-mo. le voudrois ou ferois venu 
volontiers En pourfuyuât les perfonne* 
comme en la declinaifon de l'Indicatifll 

à vn 



pE l'ameRîQVE. 375 

a vn temps à venir.cn adiouftantTAduer 
be,commedeflus. 

Exemple du Conionttit. 

'fa-iout. Que ie vienne. 

T lSp^r mieux emplir la fienieca, 

tiÔ onadioufte ce mot2V>».qui eft vn Ad 
uerbepour exhorter,cômander, inciter, 

oudeprier. , .i 

le ne cognois point d'indicatif en ce 

Verbe ici,mais ils'enforme vn Participe- 
Tovv me. Venait. 

Exemple- 
Che-rourme-Affoua-niti». 
Cke-remiereco-poue're. 
Comme en venant i'ay rencontre ce 
que i'ay gardé autrefois. 

S«wv*-/w,fang fue. . 

' i»«*y-4. Des cornets de bois dont les 
Sauuages cornent. 

F in du Colloque. 



•r- 



Aufurplusafin que non feulement 
ceux aueclefquels i'ay pafle U rapaffela 
mer.mais aufsi ceux qui m'ot veu en 1 A- 
merique(dÔt pluficurs peuuet encores e- 
ftre envie)tnefmes les mariniers & autres 
qui ont voyagé & quelque peu feiourne 
en la riuiere de Genevre ou Ganabarajom 

A a 4. 




57 s 



HïSToiHj 



le Tropique de Capricorne iugemiW 

i ay tait ci defius touchant le* cU^r ^ 
IV remarquées en ce pays là i° ^ 

-uluenco^panicuLLnJn e 7 nW 
faueur après ce Colloque adioufter W 
le Catalogue de vW.- \. A ,. P rt 

i'av eft/ «fr vingr& deux villages ou 
ia 7 cfle & fréquenté familièrement par! 
«" Jes Saunas Ameriquains. P 

e au c r h? lerementCeUX 1 ui fontducofté 

gauche quant on entre en ladite riuiere! 

*fW». ï.yaboracu z. Les Franr«?« 

«PPcIentcc fécond Pépin à auTfvn 

maiitiesappeioitainfi. * v 

Euramyry s. Les François l'appelent 
Goffet a caufe dVn Truchement a^nfia" 
pelle qui s'y eftoit tenu. ntainlI ap- 

/n appelé k pierre par les Françoi "à 
jaufe dVn petit Rocher prelqS la 
%on d'vne meule de MoJîn, ?eq„ e ? r ! 

^arquoitle chemin en entrant au Bol 
F°ur y aller. 12. 

Vn autre appelé'^, p ar JesFrai 

ZLt ; iJ ^ Uoltfo -e Canes d'Inde 
9jejeç Sauuages nomment ainfi. x>. 

la n ' r Chemin du ^ UcI <*« *« bois 

^PrenuerefoisqueiWy f ufmcspour 

le 




DE L'AME RI OJE. 377 

le mieux retrouuer puis après, ayans ti- 
ré force flefches au haut d'vn fort grand 
& gros arbre pourri,lefquelles y demeu- 
rcrent toufiours fichées , nous nommaf- 
mes le.village aux flefches. 14. 
Ceuxducoftédextre. 
Keriru. i^vécara-t*. 16. t&orgoui*- 
ouajjou. 17. 
Ceux de la grande Ifle. 
<Pindo-oHfoH.iS. Corouque. 19. Virauitcu 
zo.Et vn autre duquel le nom m'eft efcna 
pé entre Tindo-oupu & Tirauiiouj auquel 
i'aiday vne fois à acheter quelques pri~ 

fonniers.xt. * 

Puis vn autre entre Corouque oc 1 tndo- 
oupH duquel l'ayaufsi oublié le nom 22* 
Fay dit ailleurs quels font ces villages 
& la façon des maifqns. 

CHAP. XXI. 

De noftre département delà terre du Ure- 
01, dite ^Amérique: ensemble des naufrages & 
autres premiers perils que nom efchapafmes 
fur mer a nofire retour > 

Ovr bien comprendre Toc 
cafion de noftre departemët 
de l'a terre du Brefil , il faut 
réduire en mémoire ce que 
Tayditci deuantàla fin du 







57 b histoid 

fixieme chapitre : affauoir qu'après que 
nous eufmes demeuré huit mois en l'Ifl e 
ou fe tenoit Villegagnon , luy à caufe de 
fa reuoltcdeJa Religion , fe fichant de 
nous, ne nous pouuant dompter par for- 
ce, nous contraignit d'en fortir: tellemët 
que nous-nous retirafmes enterre fer- 
me à cofîé gauche en entrant en la riuie- 
re de Gcneyre , feulement à demie lieue 
clu Fort deColigny fi tué en icelle,au lieu 
£<«*£quc nous appelions la Briqueterie: au- 
fuetcrùen quel dâs certaines telles quelles maifons 
i^mnq. que les manouuriers François pour fe 
mettre à couuert quand ils alloyent la 
nuit a la pefcherie ou autres affaires de 
ce cofté-lày auoyent bafties,nous demeu 
Les fitu rs rafmes enuiron deux mois . Durant ce 
iti b Z Z / m P s les fleurs dclaChapcJle Se deBoif- 
Sùppour « 3 lefqu^ls nous anions laifle* auec Vil- 
^^r Ie S a g non > I'-abandonnans pour la mef- 
A me caufe que nous auions fait : aflauoir, 
parce qu'il auoit tourné le dos à i'Euan- 
gîle , s'eftans venus renger & ioindre en 
noflre compagnie furent compris au mar 
che de fix cents liurcs tournois & viures 
du pays, que nous auions promis payer 
& fournir au maiftre du Nauire dans le- 
quel nous rapafîafmes la mer. 

Mais fuyuât ce que i!ay promis ailleurs 
auant que pafler plus outre,il faut icy de- 
clarer comment Villegagnon fe porta 

enuers 



DE L'A M E R I 0_V E. SJ9 

cnuers nous à noftre département de l'A 

merique. ... 

D'autant donc que faifant le Vice- 
Roy en ce pays-là , tous les mariniers 
François qui y voyageoyent n'eurent ne 
ofé entreprendre contre fa volonté: pen- 
dant que ce vaifleau ou nous rapaflaimes 
eftoit à l'acre & à la rade en la riuiere de 
Genevre ou il chargeoit pour s'en reue- 
nir,non feulement il nous enuoya vn co- 
s é fiené de fa main , mais aufsi il efcnmt 
vne lettre au maiftre duditNauire , par 
laquelle il luy mandoit qu'il ne fift point 
de difficulté de nous rapaffer pour fon 
efrard : car difoit-il tout ainfi que le lus 
ioyeux de leur venue penfant auoir ren- 
contré ce que ie cerchois, aufsi, puis que 
ils ne s'accordent pas auecmoy y fuis ie 
content qu'ils s'en retournent . Toutei- 
fois, fous ce beau prétexte, il nous auoit 
bratfé cette trahifon: qu'ayant donne a ce 
maiftre dudit Nauire vn petit coffret en- 
uelopé de toile cirée ( à la mode de la 
men plein de lettres qu'il enuoyoït par 
deca à planeurs perfonnes , il y auoit A^ 
aufsi mis vn procès , qu'il auoit fait & vaifw 
formé contre nous à noftre defeeu, a-^~ 
uec mandement exprès au premier luge 
à qui onlebailleroit en France, qu en 
vertu d'iceluy il nous retînft&faftbruf- 

ler comme hérétiques qu'il difoit q«e 



3%° HISTOIRE 

nous eftions.tellement qu'en recompen- 
se des fermées que nous Juy auions faits 
il auoit comme fccllé & cacheté noftre 
congé decefte defloyauté,iaquelieneant- 
fflomsicomme il fera ycu en fon l,eu) 
■Oieu par ù prouidence admirable fit rc- 
donder a noftre fouiagement & à façon- 
ruiion. 

Or après que ce Nauire,qu'ô appeloit 
h Iacques, fut chargé de bois de ■ Brefil, 

PoiureJong,Cotons,GuenÔs,Sagouins, 
Perroquets & autres ebofes rares par de 
ça, dont Ja pluf par t d'entre nous s'eftoit 
fournrau araua l e q Uatrieme de lan- 
cer 1558-pnnsalanatiuitenousnous 
embarquafmes pour noftre retour. Mais 
auant que nous mettre en mer ie ne veux 
oubjier a dire que nous auions pour Ca- 

pitameencevaifïeau,vnnomméFaribau 
de Kouen, lequel à la requefte de plu_ 
fieurs „o taW „ perfonnag.es fa Hans p ro - 
fefsiondela Religion reformée au Ro- 
yaume de France,ayant expreffe'ment fait 
ce voyage pour explorer la terre , voire 
choifirpromptement lieu pour habiter, 
*«**A nous dit,quen'cuft eftéla reuoJte de Vil 
SRI? tfP a °A de ' s ! ? m <^ne année , on auoic 
^ délibère de palier feptouhuit cens per- 
^ W '" ? nncs dan * de grandes Hourques de FÏÏ 
dies pour commécer dépeupler adroit 
ou nous eftions en cefte terre d'Améri- 
que 



© E L'A M E R I QVE. 3^1 

que. Comme de fait ie croy fermement G. 
cela ne fuft interuenu qu'U y auroit a pre 
fent plus de dix mille François ,lefquels 
outre la bône garde qu'ils euffent fait de 
nofhe Iile & de noftre Fort (contre les 
Portugais qui ne l'euflent iamais feeu 
prendre comme ils ont fait)poffederoyet 
maintenant fous l'obeiffancedu Roy vft 
grand pays en la terre du Brefil , lequel a 
bon droit oneuftpeu côtinuer d'appeler 
la France Antardique. 

Ainfi pour reprendre mon propos par 
ce que ce n'eftoit qu'vn moyen Nauue de 
marchant ou nous rapaffafmes^e maiitre 
dont i'ay parlé nomme' Martin Baudouin 
du Havre de grace n'ayant qu'enuirott 
vingteinq Matelots , & quinze que nous 
eftions de noftre compagnie^pouuans e- 
ftre en tout quarante cinq perfonnes-.des 
le mefmeiour quatrième de Ianuier,ayat Uu , g t 
leué l'ancre nous-nous mettans en la pro *£•£- 
tectionde Dieu nous mifmes derechef a fiAw ^ 
nauiger fur cefte grande & impetueufe 
mer Occeane ci du Ponent.Non pas tou- 
tesfois fans grandes craintes & apprehe- 
fions: car à caufe des trauaux que nous a- 
uions endurez en allât.n'euft cfté le mar- 
nais tour que nous ioua Villegagnon, 
plufieurs d'entre nous ayant lànon feu- 
lement moyen de feruir à Dieu , comme 
nous defirions, mais aufsi goufté la bon- 



$%z histoire 

té & fertilité du pays,n'auoyent pas déli- 
béré de retourner en France, ou tes diffi- 
culté* font fans comparaifon voirement 
beaucoup plus grandes, tant pour le fait 
delà Reilgion, que pour les chofes con- 
cernantes cefte vie : tellement que pour 
dire ici Adieu à l'Amérique , ie confeffe 
en particulier, combien que i'aye touf- 
iours aymé &ayme encores ma patrie, 
que neantmoins voyant non feulement 
le peu &prefques point du tout de cha- 
rité qui y refte , mais aufsi les defïoyau- 
te* dont onyvfelesyns enuers les au- 
tres i & brief que tout noftre cas ne con- 
fifre maintenant qu'en difsimulations & 
paroles fans effets , ie regrette fouuent 
que iene fuis parmi ks Sauuages auf- 
<juels( ainfi que i'ay amplement monftré 
en cefte hiftoircji'ay cogneu plus de ron- 
deur qu'en plufieurs de par deçà quià 
leur condânat ion portent titre de Chre- 
ftiens . Or du commencement de noftre 
nauigation qu il nous falloit doubler les 
Les ^m». -grandes baffes , c'eft à dire vne pointe de 
*' ^fables & de rochers entremêliez fe iettâs 
enuiron trente lieues en mer que les ma- 
riniers craignent fort, ayans vent affe* 
mal propre pour abandonner la terre 
fans la coftoyerafin d'euiterce danger, 
nous fufmcs prefques contraints de re- 
lafcher, 

Toutef- 




'de ïameriqje 383 
Toutesfois après que par l'efpace de 
fcptouhuitiours nouseufmcs hotte ce 
fuîmes agitez de collez & d'autres de ce 
mauuais vent qui ne nous auoit gueres 
auatacez : aduintenuiron minuit (ineoa- 
anient beaucoup pue que les precedes) 
que les matelots qui felon la couftume 
faifoyent leur quart , en tirans l'eau a la 
pompe y demeurèrent fi long temps, que 
mioy qu'ils en contaffent plus de quatre 
mille baftonnees (ceux qui ont fréquente 
la mer entendent bien ce terme)impofsi- 
ble leur fut de la pouuoir franchir m 
efpuifer : après ainfi qu'ils furent bien 
las de tirer ,1e Contremaiftrcpour voir 
d'où cela procedoit,eftantdefcendu dans 
le vaiffeau, non feulement le trouuaen- 
tr'ouuert en quelques endroits maisauf- 
fidefia fi plein d'eau ( laquelle y entroit 
toufiours à force)que de la pefanteur, au 
lieu de fe lailfër gouuerner, on le fentoit 
peu à peu enfoncer. De façon qu'il ne 
faut pas demader,quand tous furent ref- 
ueillez , cognoiflans le danger ou nous 
eftions , fi cela engendra vn meruedieux 
eftonnement entre nous : & de vray l'ap- ^ ^ 
parence eftoit fi grande , que tout a l'in- dmgerJu 
ftant nous deufsions eftre fubmergez, t*^-v 
que plufieurs perdans foudain toutes 
efperances d'en refchaper , faifoyent ia 
eftat de la mort & couler en fond. 



384 HISTOIRE 

Toutesfois comme Dieu voulut quel 
ques vns dôt l'eftois du nombre, seftana 
refolus de prolonger la vie autant qu'ils 
pourroyent , pnndrent tel courage qu'a- 
uec deux pompes ils fouftindrent le Na 
uire iiifques à rmdy : Cell a dire près de" 
douzeheures, durant iefquelies 1 eau en- 
tra en aufsi grande abondance dans no 
«re Vaifieau,que fans cefl'er vne feule mi 
nute , nous l'en peufmes tirer auec lefdi- 
tes deux pompes:mefme ayant furmonte' 
JeBrefil dont il eftoit charge',elle en for- 
toit par les canaux aufsi rouge que fane 
de beuf.Pendant donc qu'en telle diligé- 
ce que la necefsite'requeroit, nous-nous 
y employons de toutes nos forces aynat 
vent propice pour retourner contre la 
terre des Sauuages , laquelle n'ayant pas 
tort elloignee ,.nous vifmes de's enuiron 
les vnze heures du mefme iour , en deli- 
beration de nous y fauuer fi nous pou- 
uions,nous mifmes le cap deflus. Cepen- 
dant les mariniers & le charpentier qui 
eftoyent fous le TiUac, recerchans les 
trous & fentes par ou cette eau entroit 
& nous aiTailloit fi fort, firent tant qu'a- 
uec du lard, du plomb, des draps , ^au- 
tres chofes qu'on n'eftoit pas chiche de 
leur bailler, ils eftouperent les plus dan- 
gereuxitellemêt qu'au befoin, voire lors 
que nous n'en pouuions plus , nous euf- 

mes 



DE i'AMERIOVE. 385 

mes vn peu relafche de noftre trauail. 
Toutesfois après que le charpentier eut 
bienvifitécevaiiîeau, ayant dit, parce 
qu il eftoit trop vieux & tout rongé de 
Vers qu'il ne valoit rie pour faire levoya- 
ge q nous entrcprcniôs,fon aduis fut que 
nousretournifsions d'où nous venions,, 
& la attendre qu'il vint vn autre Nauire 
de France , ou bien que nous en fifisions 
vn neuf, & fut cela fort debatu • Neant- 
moins le maiftre ayant mis en auant que 
il voyoit bien s'il retournoit en terreque 
{es matelots l'abandonneroyent , & qu'il 
aimoit mieux hasarder fa vie que de per- 
dre ainfi fon Nauire & fa marchâdife, cô 
clud à tout peril de pourfuyure fa route. 
Bien dit-il que fi monfieur du Pont & les 
paflagers qui eftoyent fous fa conduite 
vouloyent rebrofler vers la terre du Bre- 
fil qu'il leur baillerok vne Barque t mais 
du Pont refpoïidant foudain que comme 
il eftoit refolu de tirer du cofté de Fran- 
ce^qu'aufisiconfeilloit-il à tous les fiens 
de faire le femblable . le Contrernaiftre 
remôftrantlà defîus ? qu'outre la nauiga- 
tîon dangereufe,preuoyant biê que nous 
ferions long temps fur mer , il n'y auoit 
pas affez dkviure au Nauire pour rappaf* 
fer tousceux qui y eftoyent, nous fufmes 
fix qui fur cela confiderans le naufrage 
d'vn cofté & la famine qui fe preparoil 

Bb 






l%6 



HISTOIRE 



de f autre * deliberafmes de retourner 
en la terre des Sauuages * de laquelle 
nous n'eftions qu'à neuf ou dix lieues. 
Et de fait pour effectuer noftre de£- 
fein ayans mis nos hardes dans la Éar- 
quequi nous fut donnée, auec quelque 
peu de farine & de bruuage* ainfi que 
nous prenions congé de nos compa- 
gnons î'vn d'iceuxdu regret qu'il auoit 
de mon depart 3 pouffé de finguliere 
affeétion qu'il me portoit,me tendant 
la main dans la Barque ou i eftois deiîa 
me dit:ie vous prie de demeurer àuec 
nous , car quoy que s'en foitfinousne 
pouuons aborder en France , encores y 
a-il plus d'efperance de noui fauuer, 
ou du cofié du Peru^ou en quelque Ifle 
que nous pourrons rencontrer , que de 
retourner vers Vilîegagon , lequel com- 
me vous pouues iuger,ne vous lair^a 
iamais en repos par deçà. 

Sur lefquelles remonftrances , parce 
que le temps ne permettoit pas de fai- 
re plus long difcours, quittant vne*par~ 
fie de mes befongnes , que ie laiflay dans 
la Barque , rentrant en grand hafte dans 
le Nauire) ie fus par ce moyen pre- 
ferué du danger que vous orrez ci a- 
pres , lequel ce mien ami auoit bien pre- 
ueu. 

Toutcsfois les cinq autres , defquels 

pour 



BE ÙMERIQJ É. 387 

hour caufe ié fpecifie ici les noms : affa- 
uoir, Pierre Bordon > lean du Bordel, 
Matthieu Vernueil , André la Fon & la- 
ques le Bailcur: auec pleurs prenans con 
<*é de nous , s'en retournèrent en la ter- 
re du Brefil : en laquelle (comme ie djray 
à la fin de ceftehiftoire)eftans abordez 
à grandes difficultés 5 retournez qu'ils 
furent auec Villegagnon,il fit mourir les 
trois premiers pour la confefsion de f E~ 
uangile. 

Ainfi nous autres ayans appareillé Si 
mjs voiles au yent 3 nous reiettafmes de- 
rechef en mer dans ce vieil & mefchant 
Vaiffeau ? auquel comme en vn fepul- 
chre, nous-nous attendions pkiftoft de 
mourir que de viure. Et de fait outre 
que nous paflafmes les fufdites Baffes à. 
grandes difficulté* > non feulement tout 
le mois de lanuier nous eufmes conti- 
nuelles tourmentes » mais aufsi noftre 
Nauire ne cetfan't.de faire grand quan- 
tité d'eau , fi nous n'eufsions efté incef- 
famment après à la tirer aux pompes, 
nous fufsions (par manière de dire) péris 
cent fois le iour: & nauigafmes long tëps 
en telle peine* 

Eftans doncques efloignez de terre fer-> 
me de plu$ de deux cents lieues 9 nom 

Bb z 



7^ 



388 HïSTO IRK 

cufmes lavcuc dVne Ifie inhabitable,r<P 

fût tuba , in 

'liable rem àe comme vne tour , laquelle peutauoir 
fhed>^r- demie lieue de circuit. Mais au refte cô- 
J'oyfeau*. nie nous la coftoyons & laifsions à main 
gauche,ie vis qu'elle cftoit non feulemêc 
remplie d'arbres tous verdoyans en ^e 
mois de Ianvier : mais aufsi il en fortoit 
tant d'oifeaux qui fe vcnoyent rcpofer 
fur les mats de noftre Nauire, mefmes fe 
laiflbyêt prëdre à la main, que vous euf- 
fiez dit îa voyant ainfi vn peu de loin que 
c'eftoit vn Colombier, Il y en auoit de 
noirs, de gris,de blanchaftres,& d'autres 
couleurs, qui tous en volans paroiffoyet 
fort grositoutesfois quâd ceux que nous 
prifmes furent plumez , il n'y auoit gue- 
res plus de chair en chacun qu'en vn paf- 
fereau . Semblablement enuiron deux 
lieues à main dextre nous vifmes des ro- 
chers fortans de la mer aufsi pointus que 
clochers:ce qui nous donna grande crain 
te qu'il n'y en eut à fleur d'eau contre les- 
quels noftre vaifleau fe fuft peu froiffer, 
éc nous quittes d'en tirer l'eau. En tout 
noftre voyagea noftre retour, durant 
près de cinq mois que nous fufmes fur 
mer , nous ne vifmes autre terre que ces 
I{lettes:lefqueîles nos maiftres &Pilotes 
ne trouuerent pas encores marquees en 
leurs Cartes marines , & pofsible aufsi 
fi'auoyent elles iamais efté defcouuertes. 

Sur 



'f: 



j|E L'AMERIQUE* 385. 

Sur la fin du mois de Février eftans 
paruenus à trois degrez de la ligne Equi 
noâiale,parce que près defept femaines 
s'eftoyent paflees fans auoir fait la tierce 
partie de noftre route, nos viures cepen- 
dant diminuans fort,nous fufmes en de-^^^ 
liberation de relafcher au Cap faint Roc t^ ç . 
habité de certains Saunages defquels, 
comme aucuns des noftres difoyent,ii 
yauoitmoyen d'auoir des rafraifehifle- 
mens. Toutesfois la plufpart furent d'à- 
uis que piuftoft pour efpârgner les vi- 
ures , on tuaft vne partie des Guenons & 
des Perroquets que nous apportions , Se 
que nous pafsifsions outre : ee qui fut 
fait. Ainfi ( comme i'ay déclaré ailleurs) 
àcaufede l'inconftance des vents en ces 
endroits là , approchans peu à peu ôc à 
grandes difficultés de FÊquator: com- 
me noftre Pilote quelques iours après 
eut prins hauteur aucc fon Aftrolabe 3 
il obferua &nous affeura que nous eftios 
droit fous cefte Zone & Centre du mon- n 9 *%/J M 2 
delemefme iour Equinoâial que le So-?"' 1 *»** 
leil y eftoit : afiauoir 1 vnzieme de Mars: /^^,. r , 
ce qu'il nous dit par fingularité, & pour 
chofe aduenue à bien peu d'autres Na- 
uires, • 

Parquoy fans faire plus long dif- 
cours là defTus , ayans ainfi en ccft en- 
droit là le Soleil pour Zenith, & e n la îi~ 

Bb 3 




39° HISTOIRg 

gne directe far la telle , ie Jaifie à Juger l 
vn chacun de l'extrême & véhémente cha 
leur quenous endurions lors. Mais outre 
cela , quoy qu'en autres faifons le folcil* 
tirant d'vn cofté de d'autre vers les Tro 
piques, s'efgaye &: s'efloigne de cefte li- 
gne, puis qu'impofsible eft d'aucunemét 
fe trouuer en part du mode, foit fur mer 
ou fur terre, ou il face plus chaut que 
fous TEquator, ie fuis par manière de di- 
ra plus qu'efmerueillodeceque quelcun 
Hift. ee. ^ e i,e ^ ime digne de foy , a eferit de cer- 
cles Ind. tains Espagnols: kfquels, dit-il, paffans 
Iia. 4 . en vne region du Peru, ne furent pas feu- 
çh,2i6. lement eftonnez de voir neigtr fous l'E- 
quinoftiahmais aufsi auec grade peine 3c 
trauail trauerferent fous iceluy des mon 
tagnes toutes couuertes de neige ; voire 
y experimenterentvn froid fi violent que 
plusieurs d'entr'eux en furenTgelez. Car 
d'alléguer la commune opinion des Phi- 
lofophes , affauoir que la neige fe fait en 
la moyenne region dcl'air: attendu di-ïe 
que le foleil donnant perpétuellement 
comme à plomb en ceft ligne Equinoctia 
le , & que par confequent l'air toufiours 
chaud ne peut naturellement fouffrir, 
moins congeler de la neige, quelques hau 
teurs de montagnes, ni frigidité delà lu- 
ne qu'on me puiffe mettre en auant, pour 
l'efgardde ce climat là ( fous corredion 

des fea- 



DE L'AMERIQUE 39 1 

des fcauâs)ie n'y voy point de fondemct. 
Partant concluant de ma part que cela 
eft vn extraordinaire & exception en la 
reiale de Philofophie , ie croy q#il n y a 
point de folution plus certaine a cette 
queftion ûnon celle que Dieu luy mefme 
aleeue à Iob-.quat entre autre choie pour 
luy monftrer que ks hommes quelques 
fubtils qu'ils foyent ne feauroyènt attein 
dre à côprédre toutes fes œuures magm- 
fiques,moins la perfection d'icelles illuy 
dit.Es tu entré es threfors de de la neige? !<*,&» 
& as tu veu aufsi les threfors de la grelle? 
Comme fi l'Eternel ce grand & tresçxcel 
let ouurier difoit à fon feruiteur lob: en 
quel «renier tien-ie ces chofes à tô aduis? 
■ en donneras tu bien la raifon? nenni il ne 
t'eft oas pofsible, tu n'es pas allez feauat. 
AÎnfi retournant à mon propos.apres 
que le vent de Suroueft nous eut pouffez 
& tirez de ces grades chaleurs, au milieu 
defquelles nous fufsions pluftoft roftis 
qu'en purgatoire, auançans au deçà nous 

commençafmes à ircùoir noftre Pole Ar- 
dique , duquel nous auions perdu 1 cle- 
uation ily auoitplus d'vnan. Mais au re- 
lie pour euiter prolixité,réuoyant les Ie- 
dteurs es difeours que i'ay fait ci douant 
traitât des chofes remarquables que no _ 
vifmes en allât , ie ne reitereray point ici 
ceque i'ay la distant des poiflons volans 

Bb 4 



■r 



39* insTOïRfi 

qu'autres monftrueux & bigerres dedi- 
uerfcs cfpeces qui fe voyent fous celle 
Zone Toi ride. 

Pourdonques pourfuyure la narra- 
tion des extremes dangers d'où Dieu 
nous deliura fur mer a noftre retour, co- 
me ainfi fuit qu'il y euft querelle entre 
noftre Contremaiftre &noftre Pilote (à 
caufe dequoy & par defpit lVn del'autre 
ils ne faifoyent pas leur deuoir en leur 
charge) ainfi que le vingtfixieme de Mars 
ledit Pillotc faifant fon quart >c 'eft à dire 
conduifant trois heures, faifoit tenir tou 
tes voiles hautes & defployees , ne s'e- 
ftant point pris garde d'vn grain , c'eft à 
dire, tourbillon de vent qui fe peparoit, 
il le laifTa venir donner & frapper de tel- 
le impetuofite' dans les voiles ( lefquelles 
auparauant felon fon deuoir il deuoit 
faire abbaiffer) que renuerfant le Nauire 
plus que fur le coite iufques à faire plon- 
ger les Hunes & bouts des mats d'êhaut, 
voire renuerfer en mer ks Cables, Cages 
d'oifeaux & toutes autres bardes qui 
n'efloyent bien amarees lefquelles furent 
perdues, peu s'en fallut que nous ne fuf - 
fions virez ce deflus defïbus. 

Toutesfois après qu'en grande dili- 
gence on eut coupe les cordages & k$ 
efeoutes de la grand voile, le Vaifleau 
fe redreffa peu à peu: mais quoy qu'il 

en foi t 



r 



DE L'A M ËRIQVE. 595 

en fait, nous la pcufmes bien coter pour 
vne, & dire que nous Tauions efchapee 
belle . Cependant tant s'en fallut queles 
deux qui auoyent efte' caufe du mal, com 
me ils furent priez à l'inftât, fufïent pour 
cela preftsà fe reconcilier, qu'au contrai- 
re fi tort que le peril fut pafTé,leur adion Mt 
de graces fut de s'empoigner Se batre de r$ mme 
telle façon.que nous penfions qu'ils deuf^^ 
fent tuer Tvn l'autre. kfongn^ 

Dauantage, rentrans en nouueau dan- 
ger, comme quelques iours après nous 
cufmes la mer calme,le charpentier & au "*' 
très mariniers , durant cefte tranquilite, 
nous penfans foulager & reieuer de la 
peine ou nous eftions iour& nuifl: à ti- 
rer aux pompes:cerchans au fond du Na- 
uire les trous par ou l'eau entroit , il ad- 
uint qu'ainfi qu'en charpentans alentour 
d'vn qu'ils penfoyent racouftrer tout au 
fond du Vaifîeau près la quille, il fêle- /wW# 
uavne piece de bois d'enuiron vn pied^»,/ 
en quarré, par ou l'eau entra fi roide & fi »™<f/ 
vifte, que faiiant quitter la place aux ma-/Mw«rx«L 
riniers, qui abandôneretîe charpentier, 
quand ils furent remontez vers nous fur 
leTilac, fans nous pouuoir autrement 
declarer le fait, crioyent nous femmes 
perdus* nous femmes perdus. 

Surquoy les Capitaine, Maiftre,& Pi- 
lote voyans le peril eminent , afin de de- 



594 HISTOIRE 

ftrapcr & mettre hors la Barque en toute 
diligence fai&ns ietter en merles part, 
neaux du Nauire qui la couuroyent auec 
grande quantité' de bois de Brcfil & au- 
tres marchandées iufques à la valeur de 
plus de mille francs, deliberans de quitcr 
le vaifTeau fe vouloyent fauuer darîs icel 
Ie:mefme le Pilote craignant que pour le 
grand nombre des personnes qui fe fuf~ 
fent voulu ietter,elle ne fut trop chargée 
y eftant entré auec vn grand couftelas au 
poing dit,qu'il couperoit les bras au pre 
mier qui feroit femblant d'y entrer- Tel- 
lement que nous voyans défia, ce nous 
fembloit , delairTe* à la merci de la mer, 
nous reffbuuenans du premier naufrage 
d'où Dieu nous auoit deliurez , autant 
refolus à la mort qu'à la vie 3 & neant- 
moins pour fouftenir & empefeher le Na 
pire d'aller en fod,nous employas de tou 
tes nos forces d'en tirer l'eau nous fifmes 
tant qu'elle ne nous furmonta pas • Non 
toutesfois que tous fuiTent fi coura- 
geux , car la plufpart des mariniers s'at- 
tendans boire plus que leur faoul , tous 
efperdus apprehendoyent tellement la 
mort qu'ils ne tenoyent conte de rien. Et 
défait corne ie m'aflure que fi les Rabe- 
liftes mocqueurs & contepteurs de Dieu 
q[ui iafans & fç moquans fur terre les 

pieds 



'/* 



DE L'AME RIQVE. 395 

pieJs fous la tabîe,des naufrages&perils 
ou fe trouucnt ordinairement ceux qui 
vont fur mer y euffent efléjeur gaudiffe- 
rie fut changée en horribles efpouuante- 
mens , aufsi ne doutay-ie point que plu- 
fieurs de ceux qui liront ceci ( & les au- 
tres dangers dont i'ay ia fait & feray en- 
cores mention que nous experimentaf- 
îTiesen ce voyage) felon le prouerbe ne 
difent. Ha/ qu'il fa ft bon planter des 
ehoux, & beaucoup meilleur ouyr deui- 
fer de la mer & des Sauuages,- que d'y al- 
ler voir. 

Cependant ce n'eft pas encores^ fait, 
car lors que cela nous auint eftans à plus 
de mille lieues du port ou nous préten- 
dions, il nous en fallut bien endurer d'au 
très : mefmes comme vous entendrez ci 
après , il nous fallut paffer par la griefue 
famine qui en emportai!: pluficurs : mais 
en attendit voici corne nous fufmes deh 
lirez du danger prefent. Noftre charpen- 
tier , qui eftoit vn petit ieune homme de 
bon cœur,n ayant pas abandonné le fond 
du nauire comme les autres , ains au 
contraire ayant mis fon caban à la ma- 
telote fur le grand pertuis qui s'y eftoit 
fait , fe tenant à deux pieds deiius 
pour rcfiftcr à l'eau (laquelle comme il 
nous dit depuis de fon impetuofiiç îm* 



39^ HI S TOI RE i 

Ieuaplufieurs fois)crianten tel e/lattant 
qu'il pouuoit à ceux qui eftoyent en ef- 
froy fur le Tilac, qu'on luy portaft des ha 
billemens, li<fts de cotons & autres cho- 
fes propres pour,pendant qu'il racouftre 
roit 1 a piece qui s'eftoit enleuee , empef- 
cher tant qu'ils pourroyet f eau:eftant di 
ie ainfi fecouru , nous fufmes preferuez 
par fon moyen. 

Apres cela nous eufmes les vents tant 
inconftans,que noftre vaiffeau pouffe & 
deriuant tantoft à l'Eft, & tantoft à 1' Ou«- 
eft ( qui n'eftoitpas noftre chemin car 
nous auions affaire au Su) noftre Pillote 
qui au refte n'entendant pas fortbien fon 
meftier,ne feeut plus obferuer fa route, 
nous nauigafmesainfi en incertitude iuf~ 
ques fous le Tropique de Cancer, 

Dauâtage nous fufmes en ces endroits 
là l'elpace d'enuiron 15, iours entre des 
Mer ber^ cr ^ cs quiflotoyent fur mer fi efpefTes & 
***. en t elle quantite^que fi afin de faire voye 
au Nauire qui auoit peine à les rompre, 
nous ne les eufsions coupées auec des 
coignees, iecroy que nous fufsions de- 
meurez tout court.Et parce que ces her- 
bages rendoyent la mer aucunemet trou- 
ble,nous eftant aduisque nous fufsions 
dans des marefeages fangeux , nous con- 
iedurafmes que nous deuions eftre près 
de quelques Ifles:mais encores qu'on iet- 

taft 



taft la fonde auec plus de cinquante braf 
fes de cordes, (1 ne trouua on fond niri- 
ue, moins dcfcouurifmes nous aucune 
terre: furquoy ie reciteray aufsi ce que 
Thifto riêlndois à eferit à ce propos. Chri Hi ft a ^ 
ftofte Colomb, dit-il au premier voyage des ind. 
qu'il fit au defcouurement des Indes, qui î-i«» *• 
fut l'an, 1492. ayant prins refraichifle- cl1,1 ^ 
mens en vne des Ifles des Canaries, après 
auoir finglé pïuficurs iournees rencon- 
tra tant d'herbes qu'il fembloit que ce 
fuft vn pré: ce qui luy donna vne peur, 
encores qu'il n'y euft aucun danger. Sem- 
blablemcnt pour faire defeription de ces 
fîerbes marines dont i'ay fait mentionr 
s'entretenant Yvnc l'autre par longs fila- 
mens, ainfi que Hederaterreftris,flottans 
fur mer fans aucunes racines , ayant les? 
fueiiles aiTez femblables à celles de Rue 
delardins, la graine ronde & nonplus p trme & 
grofïe que celle de Genevre,elles font feces herbes 
couleur blafarde ou blanchaftre comme™ 4 
foin fené:mais au refte , comme nous ap- 
perceufmes aucunement dangereufes à 
manier.Comme aufsi i'ay veu plufieurs 
fois nager fur mer certaines immodiciter 
rouges faites de mefme façon que la cre- 
fte d'vncoq, fi venimeufes & contagieu-^^ 
fes,quefitoft que nous les touchions Iz geans fur ^ 
main deuenoit rouge Se enflée. mr ' 

Eftans doneques forti$ de cefte mer 



r 



j^S HI ST OIRfi 

herbue , parce que nous craignions d'ê- 
ftre la rencontrez de quelques Pirates* 
non feulement nous braquafmes quatre 
ou cinq pieces de telle quelle artillerie 
defer qui eftoyent dans noltie Nauirc, 
mais aufsi pour nous défendre à la neeef- 
iite , nous preparafmes les lances à feu 
& autres munitions de guerre, 

Toutesfois àcaufe de cela, derechef 
voici venir vn autre inconuénient qui 
nous aduint : car comme noftre canônier 
faifant feicher fa poudre dans vnpotde 
fer , le laiiTa fi long temps fur le feu qu'il 
rougit, la poudre s'eftant emprife la flam 
be donna de telle façon d'vn bout en au- 
tre du Vaifïeau: mefmes gafta quelques 
voiles & cordages , que peu s'en fallut, 
qifà eau fe delà graille & du Brait* dont 
le Nauire eftoit frotté & gôdronné , que 
le feu ne s'ymiftjen danger d'eftre tous 
brûliez au milieu des eaux. Et de fait Vvn 
des pages & deux autres mariniers furet 
tellement gaftez de bruflures que Vvn en 
mourut quelques iours après : comme 
aufsi pour ma part , fi foudainement ic 
n'euffë mis mon bonnet à la mattelote 
deuât mon vifage^i'euiTe eu la face gaftee 
ou pis : mais m'eftant ainfi couuert i'en 
fus quitte pour auoir le bout des oreil- ) 
les Scies cheueux grillezrcela nous auint 
enuiron le quinzième d'Apuril • Ainli 

pour 



DE L'A M E R I GLV E. 59 J> 

pour reprendre vn peu haleine en ceft en 
droit nous voici iufques à prefcnt par la 
«race de Dieu non feulement efchapez 
des naufrages & de Peau dont , comme 
vous aucz entendu,nous auons plufieurs 
fois cuidez eftre engloutis, mais aufsi du 
feu qui n'agueres nous a penfé côfumer. 

CHAP. XXII, 

De T extreme famine , tourmentes , & au- 
tre? dangers d'où Dieu nous preferua en *#- 
pajfanten France* 

R après que toutes les cho- 
! fcs fufdites nous furent ad 
uenues , rentras de fiebvrçs 
[ en chaud mal ( comme on 
_ J dit) d'autant que nous eftios 
encores à plus de cinq cens lieues loin, 
de France , noftre ordinaire tant de 
bifcuit que d'autres viures & bruua- 
ges £ qui n'eftoit ia que trop petit , fut 
tout à coup retranché de la moitié . Et 
ne nous aduint pas feulement ceretar- 
dement du mauuais temps & vents con- 
traires que nous eufmes : car outre cela* 
corne i'ay dit ailleurs, le Pilote pour n # a«* 
uoir bien obferué fa route, fe trouua 
tellement deceu , que quand il nous dit 
que nous approchions du cap de fine, ter 






; 4 o HISTOIRE 

re) qui eft fur la cofte d'Efpagne) nous e- 
fiions encores a la hauteur des Ifles des 
Eilbres qui en font à plus de trois cens 
lieues. Ccft erreur doneques en matière 
denauigation fut caufeque de'slafindu 
mois d'Auril eftans entièrement def- 
pourueus de tous viures, ce fat , pour lé 
dernier mets 5 à nettoyer & ballierla Sou- 
te,ceftàdire la chambrette blanchie & 
plaftree ou Ton tient le bifeuit dans les 
Natures , en laquelle ayant trouue' plus de 
vers & de crottes de Rats que de miettes 
Vm& depain.partiffansneantmoins cela auec 
èftètde d cs cuilliers,nous en faifions delà bouil- 
A%££ lie, laquelle cftant aufsi noire Se amerc 
mietm. que fuye, vous pouuez penfer fi c'eftoit 
vn plaifant manger . Sur cela ceux qui a- 
uoyent encores des Guenons & des Per- 
roquets (car de's long temps plufieurs a- 
uoyêt ia mangez les leurs ) pour leur ap- 
prendre vn langage qu'ils ne fcauoyent 
passes mettâs au -cabinet de leur mémoi- 
re les firent feruir de nourriture: bref 
des le commencement du moys de May* 
que tous viures ordinaires défaillirent 
Btuxna- entre nous ,cl eU x mariniers eftans morts 
ZTn/de de malle faim, furent à la façon de la 
/*«. mcr i et te2 & enfepulturez hors le bord. 
Outre plus durant cefte famine la tor^ 
mente continuant iour & nuifl: lefpacc 
de trois femaines , nous ne fufmes pas 

feule- 



,J^ 



feulement contraints àcaufe de la mer 
merueilleufement haute & çfmeue , de 
plier toutes voiles &lier le gouuernail, 
pour ne pouuans plus conduire autre- 
ment, laifler aller le Vaiffeau au gré des 
ondes , mais aufsi cela empefcha que du- 
rant tout ce temps & à noftre grande ne- 
cefsité nous nepeufmes pefcher vn feul 
poiflfanrfomme nous voila derechef tout 
à coup en la famine iufques aux dents, a£- 
faillis de feau au dedans ,& tourmen- 
tez des vagues au dehors. Parquoypuis 
que ceux qui n'ont point elle fur mer 
en telle efpreuue n'ont veu que la moitié 
du monde , i\ faut que ie répète ici qu'à 
bon droit le Pfalmifte dit, que fiottans 
tnontans & defeendans ainfi fur ce tant Pf * *°7* 
terrible Elemét fublfftans au milieu de la % ^ tM " 
mort,c r cft vrayement voir les merueilles 
de l'Eternel. Cepedant ne demâdez pas iî 
nos matelots papiftes fevoyans réduite 
à telle extrémité, promettons s'ils pou- 
uoyent paruenir en terre , d'offrir à faint 
Nicolas vne image de cire de la ^rôffeur 
d'vn homme, faifoyent au refte de mer- 
ueilleux vœuz : mais cela cftoit crier au- 
près Baal qui n'y entendoit riçn. Partant 
nous autres nous trouuans bien mieux 
d'auoir recours àceluy, duquel nous a- 
nions ia tant de fois expérimenté l'a fsi<- 
ftance 5 &qui feul aufsi,en nous fouftenâi 



j^ Ql HISTOIRE 

extraordinairemêt en nôftre famîne,pott 
uoit commander à la mer & appaifer l'o- 
ra<*e>c'eftoità-luy Stnô à autres quenous 
nous adrefsions. 

Or eftans ia fi maigres & affoiblis,que 
à peine nous pouuiôs nous tenir debout 
pour faire les manœuures du Nauire , la 
necefsité toutesfois,au milieu de cefte a- 
pre famine,fuggerât à vn chacun de pen- 
fer & repenferà bon efcient dequoy il 
pourroit remplir fon ventre: quelques 
vos s'aduifans de couper des pieces de 
certaines rondelles faites de la peau de 
ranimai noméTapiroupUyduquelVzyhit 
métiô en cefte hiftoire,les firent bouilli* 
dansde l'eau pour les cuider ainfi mâger, 
mais cefte recepte n'eftant pas trouuee 
bonne , d'autres qui de leur cofté cer- 
choyent aufsi toutes les inuentions dont 
ils fepouuoyent aduiferpour remédier 
à leur faim, ayâs mis de ces pieces de ron 
^ndfdes d jj j e cuir f ur l cs charbons, après que 

de cu.tr ro- \ n • t î f\ r *.\Â 

pes & elles furçt vn peurofties , Je brulle racle 
auecvn coufteau,cela fucceda fi bienqu'ê 
les mangeâsdc cefte façô nous eftat acïuis 
que ce fuflct carbonades de coines de por 
ccau:ce fut,ce,ft effay fair, à qui auoit des 
rondelles de les tenir fi de court, que par 
ce qu'elles eftoyent aufsi dures que cuir 
debeuffee, après qu'auec des ferpes & 
autres ferremens elles furent toutes dé- 
coupées 



maugtes. 



r 



DE t'A M E It I Oy E. 403 

Coupees,ceux qui enauoyent portans le* 
morceaux dans leurs manches en de pe- 
titsfacs de toille^nYn faifoyët pas moins 
de conte , que font par deçà fur terre les 
gros vfuriers de leurs bources pleines 
d'efcus.Mefmes comme Iofephus dit que li, 7c h. 7 
les afsiegez dans la ville de lerufalen fe 
repeurent de leurs couiroyes , fouliers, 
&cuir de leur Pauois,auiii en y eut il en- 
tre nous qui en vindrent iufques là, àe , 
fe nourrir de leurs colletsde marroquini $wroq«*s 
& cuirs de leurs fouliers: voire les pages t c "" des 
& garçons de Nauire preffez de nialle^^. 
rage de faim 3 mangèrent toutes les cor- 
nes de lanternes (dont il y a toufiours _£""'*,/ 
grand nombre dans les Vaifleaux de mer) &chandei- 
& autant de chandelles de ftûf qu'ils cn%£f£ 
peurerit attraper. Dauantage nonobstant "««r"'»™ 
la débilité ou nous eftiohs , fur peine de 
couler en fond & boire plus que nous n'a 
uions à manger, il nous falloit auec grâd 
trauail eftré incefiamment à tirer l'eau à 
la pompe* 

Le cinquième iour de May fur le fo«* 
leil couchant nous vifmes en l'air v&^ r FUmhta* 
1er & flamboyer vn grand efcîair dQ de f euv °~ 

r . * t* 11 » • latent air» 

feu , lequel fat telle reuerberation 
dans les voiles de noftre Nauire, que 
nous penfions , que le feu s'y fuft 
mis : toutesfois fans nous endom- 
mager * il pafla en vn inftant. Qu,e il on 

Ce z 





404 HISTOIRE. 

demande d'où cela pouuoit procéder s ie 
di que la raifon en fera tant plus malaifec 
à rendre, que nous eftâs lors à la hauteur 
des terres neuues , ou on pefche les Mo- 
Iues,&de Canada, regions ou il fait ordi 
nairement vn froid extreme,on ne pour- 
ra pas dire que cela vint des exhalations 
chaudes qui fu fient en Tair:& défait afin 
d'en eflayer de toutes les façons, nous fuf 
mes en ces endroits la battus du vent de 
Nom! Nordeft , qui eft prefque droite Bi 
ze , lequel nous caufa vne telle froidure 
que durant plus de quinze iours nous n'e 
chaufafmes aucunement. 

Enuiron le douzième duditmoisde 
May,noftrccanonnier, auquel au parauât 
aptes qu'il euft bien langui i'auois veu 
. manger les tripes d'vn Perroquet toutes 
mon d e crues, eftant en fin mort de taim^ut^com 
î aim ' melesprecedens décédez de mefme ma- 
ladie, ietté & enfepulturé en mer: & nous 
en fouciafmcstant moins pour l'efgard 
de fa charge,qu'au lieu de nousdeffendre 
fi on nous euft aflaillis, nous cuffîons 
pluftoft defiré lors ( tant eftions nous at- 
ténuez) d'eftre prins & emmenez de quel 
que Pirate , pourueu qu'il nous euft don 
né à manger. Mais comme il pleut à Dieu 
nous affliger, tout lelongdenoftre voya 
<*e à noftrc retour, nous ne vifmes qu'vn 
feul vaiffeau, duquel encores , à caufe de 

noftre 



r* 



DE t'AMERlQVE, 405 

noftre foibleffe ne pouuâs appareiller ni 
Ieuer les voiles quâd nous le defcouurif- 
mes nous n'en pcufmes approcher. Or les 
rôdelles dont i 5 ay fait mention, & tout le 
cuir , iufques aux couuercles des coffres 
àbahu, auectouteequi fepeut trouuer 
pour fuftanter dans noftre Nauire eftant 
entièrement failli, nous penfions eftre au 
bout de noftre voyage. Mais cefte neoef- 
fité, inuentrice des arts , ayant derechef 
mis en l'entendement de quelques vns de 
chaffer les Rats &les Souris, qui en grid 
nombre (parce que nous leur auions ofté 
les miettes & toutes autres chofes qu'ils 
euffent peu ronger) couroyent mou- 
rans de faim parmi le Vaiffeau , ils fu- 
rent pourfuyuis en telle diligence , voire f&f s du 
auec tant de fortes de ratoires qu'vn cha t*ntufa- 
cun inuentoit,que corne chats lesefpians^^^; 
à yeux ouuerts , mefrne la nuit quand ils manger. 
fortoyent à la lune , ie croy quelques bié 
cachez qu'ils fuflent qu'il y en demeura 
peu. Et de fait quand quelqu'vn auoit 
prins vn Rat ,-1'emmant plus qu'il n'euft 
fait vn beuf fur terre, non feulement i'en 
ay veu tels qui ont efte vendusdeux trois 
& iufques à quatre efeus la piece: mais 
qui plus eft noftre Barbier , en ayant vne 
fois prins deux tout d'vn coup 5 l'vn d'en 
tre nous luy fit cefte offre qde s'il luy en 
vouloit bailler l'vn, quand nous ferions 

Ce % 




40<? HISTOIRE 

au port il Phabilleroit de pied en cap: 
xeque toutesfois ( préférant fa vie à fes 
habits ) il ne voulut accepter . Bref vous 
eufsiez veu bouillir des Souris dans de 
feau de mcr,auec les tnpes&les boyaux, 
dont ceux qui les pouuoyent auoir fai- 
foyent plus de cas , que nous ne faifons 
ordinairement fur terre de membres de 
moutons. 

Mais entre autres chofes remarqua^ 
blés, pour monftrer que rien ne fe per- 
çoit parmi nous: comme noftre Contre* 
maiftre vn lour appreftant vn gros Rat 
pour faire cuire , luy eut couppé les qua- 
tre pattes blanches lefquelles il ietta 
fur IcTillac: ie fcay vn quidam qui les 
VtttesJ* ayant aufsi foudain amaflees qu'en dili- 
rats amaf gence fait eriHer fur les charbons 3 en 

fees v&ur o O « r\ 

m*nl<r. tes mangeant y trouua vn tel goult, 
qu'il afferma n'auoir iamais tafte d'ai- 
fie de Perdrix plus fauoureufe . Et 
pour le dire en vn mot qu'efl: ce aufsi 
que nous n'eufsions mange ou plu- 
fioft deuoré en telle extrémité? car de 
vray fouhaitans les? vieux os & les or- 
dures que les chiens traifnent pardef- 
fus les fumiers pour nous raifaficr , ne 
doutez point fi nous eufsions eu des 
herbes vertes , voire du foin , ou fucii- 
les d'arbres ( comme on peut auoir fur 
terre) que tout ainfi. que beftes brutes 

nous 



T* 



DE l'aMERIQJï. 407 

nous ne les eufsious broutées. 

Ce n'eft pas tout, car Tefpace de 
trois fepmaines que cefte afpre famine 
dura , n'eftant nouuelle entre nous ni 
devin ni d'eau douce,qui de's long temps 
eftoit faillie, nous eftant feulement re- 
ftépour tout bruuage vn petit tonneau 
de Ciftre , les maiftre & Capitaine le 
mefnageoyent fi bien & tenoyent fi de 
court , que quand vn Monarque en cefte 
necefsité euft efté auec nous dans ce 
Vaifïeau il n'en euft eu non plus que les 
autres : aflauoir vn petit verre par lour. 
Tellement qu'eftans autant & plus pref- 
fezdefoif que de faim, non feulement £#££, 
quant il tomboit de la pluye , eftendans que u faim 
des linceux auecvne balle de fer au mi- 
lieu pour la faire diftiller nous krece- 
uions dans des vaifleaux de cefte façon, 
mais aufsi recueillans celle qui par pe- 
tits ruifleaux degoutoit deflus le Tiliac, 
quoy qu'à caufe du Bray & des fouiU 
leures des pieds elle fut plus trouble que 
celle qui court parmi les rues , nous ne 
îaifsions pour cela d'en boire. 

Conclufion combien que la famine Famîned§ 
qu'en l'an . 1573 . nous endurafmes du- Samttm 
rant le fiege de Sancerre , ainfi qu ! on 
peut voir par Thiftoire que i'en a y aufsi 

Ce 4 






x 




408 HISTOIRE 

mife en lumière doyue eftre au rang des 
plus grieues dont on ait iamais ouy par- 
lerrtantya toutesfois) comme l'ay la no- 
te' que n'y ayant eu faute ni d'eau ni de 
vin,quoy qu'elle fuft plus longue* ie puis 
4ire qu'elle ne fut fi extreme que celle dot 
il eft ici queftionrcar pour le moins auios 
nous à Sancerre quelques racines, herbes 
fauuages^bourgeons de vignes, & autres 
chofes qui fe peuuent encores trquuer 
fur terre. Comme de fait tant qu'il plai- 
roitàDieu délaifler fa benedi&ion aux 
creatures, ie di mefrnes à celles qui ne 
font point en vfage commun pour la 
nourriture des hommes : cô me es peaux, 
parchemins , & autres telles merceries, 
dont i'ay fait cathalogue dequoy nous 
vefcumes en ce fiege : ayant di-ie experi- 
mente que cela vaut au befoin ., tant que 
Maurois des collets de buffles , habits de 
chamois , & telles chofes ou il y a fuc 3c 
humidité, fi i'eftois enferme' dans vne 
place pour vne bonne querelle , ie ne me 
voudrois pas rendre pour crainte delà 
famine. Mais fur mer au voyage dont ie 
parle, ayans efté réduits à cefte extré- 
mité de n'auoir plus que duBrefil, 
|$ fans humidité' & fee fur tous les au- 
, plufieurs preffez iufques au bout, 
d'autres chofes en grignotoyent 
'eurs dents : tellement que le fieur 

du Pont 



r 



DE L ? A M E RIQJ E. 40^ 

du Pont noftre condu&eur en tenant vn 
iour vne piece en fa bouche,auec vn grâd 
foufpirmedit.HelasîdeLerymonamiii 
m'eftdeu vne partie de 4000. fracs enFra^ w ^ 
ce de laquelle pleufl: à Dieu auoir fait bô fieur du, 
ne quitance & que l'en tinfe maintenant Tm * 
vnpaind'vn fol & vn verre de vin. Quat 
à maiftre Pierre Richier , à prefent Mi- 
niftre de la parole deDieu à la R ochellc, 
le bon homme dira que de débilité durât <p t uut*.i* 
noirre mifere eftant eftendutout de fon %«hter. 
long dans fa petite capite,il n'euft fceu 
leuer la tcfte pour prier Dieu: lequel ne- 
antmoins ainfi couché qu'il eftoit tout à 
plat, il inuoquoit ardemment. 

Or auant que finir ce propos, ie diray 
en pafïant, non feulement auoir obferué 
aux autres,mais moymefme fenti durant 
ces deux aufsi eftroites famines ou i'ay 
pafiéqu'hômeenait iamais efchapee,que 
pour certain quâd les corps font ainfi at- 
ténuez , nature défaillantes fens eftans 
aliénez 3 & les efprits difisipez, cela rend 
Its perfonnes non feulement farouches, F*minem 
mais aufsi engendre vne colère , laquél-^ rfrf r ^ e 
le on peutnommer efpece de rage:&par- 
tant le propos commun , quand on veut 
lignifier que quelqu'vn à faute de man- 
ger, a efté fort bien inuenté: affauoir dire 
qu'vn tel enrage de faim. Qui plus eft, 
comme l'expérience fait mieux-entendre 



r jj.IO HISTOIRE 

vne chofe , cen'eft point fans caufeque 
Dieu en fa loy menaçant fon peuple s'il 
ne luy obéit, de luy enuoyer la famine dit 
expreffément, qu'il fera que l'homme té- 
dre & delicatjc'eft à dire d'vn naturel au- 
trement doux ôc bénin &: qui auparauant 
auoitchofes cruelles en horreur,en l'ex- 
trémité de la famine^deuiédra neâtmoins 
ii defnaturé que regardant fon prochain, 
voire fa féme & (es enfans d'vn mauuais 
ehofespro œil, appetera d'en manger. Car outre les 
pratiquées exemples que i ay narrez en 1 hiltoire de 
typourpï Sancerre , tant du père & de la mere qui 

fées es ex- it C 1 

trente* f a .mangèrent de leur propre entant, que de 
mines de quelques foldats lefquels a y ans efïayé de 
no ft me P s ] a chair des corps quiauoyent efté tuez 
en guerre,ont côfeiîé depuis, {i Faffliâio 
euft encores continué , qu'ils eftoyent en 
deliberation de fe ruer fur les viuans, ou- 
tre di-ie ces chofcs tantprodigieufes, ie 
puis affeurer véritablement que durant 
noftre famine fur mernous eftions fi cha 
grins,qu'encores que nous fufsions rete- 
nus, par la crainte de Dieu , à peine pou- 
uions nous. parler Tvn à l'autre fans nous 
fafchenvoire qui pis eftoit(& Dieu nous 
le vueille pardonner)fans nous ietter des 
oeillades Û regards de trailers, accompa- 
gnez de quelques mauuaifes volotez tou 
chant ceft acte barbare. 

Or afin de pourfuyure ce qui reftede 

noftre 



'• jf^^ 



faim. 



DE L'AMEUQVE '4II 

noftre voyage, comme nous allions touf- 
iours en déclinables I5.&i<5.de May que 
il y eut encor deux de nos mariniers qui m.™ 
moururent de malle rage de faim: aucuns^ 
d'entre nous imaginans là deffus par ma- 
nière de dircqu'attêdu le long temps que 
fans voir terre, il y auoit que nous bran- 
lions fur mer , nous deuions eftre en vn 
nouueau delugcquâd pour la nourriture 
des poiffons nous les viftnes ietter en 
l'eau, nous n'attendions autre chofe que 
d'aller toft & tous après. Cependât non- 
obftantcefte foufferte inexprimable du- 
rât laque!le,c6me i'ay disunites les Gue 
nos & Perroquets que nous rapportions 
furet mage-z, en ayât neantmoins iufqu'à 
ce tépslà toufiours gardé vn que i'auois 
aufsi gros qu'vne Oye v proferant frâche- 
mét corne vn home, & de plumage excel- 
lét:lequel mefmc,pour le grâd defir de le 
fauuer.afin d'en faire prefent à M. l'Ad- 
mirante tins .5.011 6: iours cache' fans luy 
pouuoir rien bailler à mâgentât y a Ja ne 
cefsitépreffant, iointla crainte que i'eu 
qu'on ne le me defrobaft la nuit, qu'il paf 
fa corne les autrçs:de faço que n'en iettât 
rien que les plumes 5 nô feulemet le corps 
mais aufsiles tripes 5 pieds,ongIes J & bec 
crochu feruiret à quelques miens amis & 
amoy deviuoter trois ou quatre iours: 
toutesfois i'en eus tant plus de regret 




- 



~ — 






4 12 HISTOIRE 

q u 5 cîwq ïours après que ie l'eu tué nous 
vifmes terre : tellement que celle efpece 
doifeau fe pafiant bien.de boire il ne 
meuft pas fallu trois noix pour le nour- 
rir tout et temps là. 

Mais quoy?dira queîqu>n > fans nous 
particularifertô Perroquet duquel nous 
lî'auions que faire , nous tiendras tu touf 
iours en fufpens touchât vos langueurs? 
fera ce tantoft aflez enduré en toutes for 
tes ? n'y aura il iamais fin ou par mort ou 
par vie? Helasf fi aura, car Dieu qui fou- 
ftenoit nos corps d'autres chofes que de 
pain & de viandes communes, nous ten- 
dant la main au port, nous fit la grace 
imrAu- que le viugtquatrieme iour dudit mois 
9«et no* de May 1558. (lors que tous cftendusfur 

vtfmes ter 1 "~r* : t /* • #» 

teanojire iç , * "ac ians pouuoir prefques remuer 
ni bras ni iambes , nous n'en pouuions 
plus)nous eufmes la veue de baffe Breta- 
gne. Toutcsfois parce que no> auios efté 
tant de fois abufespar le Pilote, lequel 
au ijeu de terre nous auoit fouuent mon 
lire des nuées qui s'en eftoyent allées en 
l'air , quoy que le Matelot qui eftoit à la 
grande Hune cria par deux ou trois fois 
terre terre.encorcs pcnfions nous que ce 
fuft moquerie: mais ay ât vent propice & 
mis le cap droit deiîus, nous fufmes toft 
affeurez que c'eftoit vrayement terre fer- 
me. Partât pour conclufiô de tout ce que 

i'ay dit 



Tiîùur. 



r 

DE L'aMERIQJE. 415 

fay dit ci deffus touchant nos afôi&ions, 
afin de mieux faire entendre l'extrême ex 
tremité ou nous eftions tombez, & qu'au 
befoin, n'ayant plus nul refpit,Dieu nous 
afsifta: après luyauoir rendu graces de 
noftre deliurance prochaine ,1e maiftre 
du Nauire-dit tout haut , que pour cer- gjgg* 
tain fi nous fufsions encor demeurez va 
iour en ceft eftat, il auoit délibéré & refo 
lu,n.on pas de ietter au fort,comme quel- 
ques vno ont fait en telle deftrefle , mais 
fans Jirc mot, d'en tuer vn d'entre nous 
pour feruir de nourriture aux autres : ce 
que l'apprehenday tant moins pour mon 
efgard que , quoy qu'il n'y euft pas grand 
graifleen aucun de nous, finon qu'on eut 
feulemet voulu manger de la peau & des 

os ie croy que ce n'euft pas efté moy. Or 

parce que nos mariniers auoyent délibé- 
ré d'aller defeharger & vendre leur Bois 

de Brefil à la Rochelle , quand nous fuf- 

mes à deux ou trois lieues de cefte terre 

de Bretagne,le maiftre du Nâuire,le fieur 

du Pont &c quelques autres, nous laiffans 

à Tancre,s'en allèrent dans vneBarque ert 

vn lieu proche appelé Hodierne pour z-> 

dicter des viures : mais deux de noftre 

compagnie aufquels particulièrement ie 

baillay argétpour m'apporter quelques 1 

rafraichiflementSjs'eftans aufsi mis dans 

cefteBarque^fi toft qu'ils fe virenten ter- 





=■ 




4*4 tt i s t o i r i 

re penfans que la famine fut enfermée 
dans le Nauire 5 quittans les coffres 2c 
bardes qu'ils y auoyent, ils protefterent 
qu'ils n'y mettroyent iamaisle piedtcom 
roe de fait s'en eftans aile* de ce pas ie ne 
les ay point veus depuis . Qùtreplus du- 
rât que nous fufmes là à l'ancre quelques 
pefcheurs s'eftans approchez , aufquels 
nous demandafmes des viures , eux efti- 
mans que nous nous mocquifsios ou que 
fous ce prétexte nous leur voulussions 
faire defplaiiir fe voulurent foudain re- 
culer: mais nous les tenansà bord^prefTcs 
denecefsité eftans encores plus habilles 
qu'eux nous iettafmes de telle impetuofî 
té dans leur Barque, qu'ils penfoyêt eftre 
faccagezrtoutesfois fans leur rien prédre 
que de gré à gré n'ayans trouué de ce que 
nous ^cerchions finon quelques quartiers 
depâïn noir >il y eut vn vilain nonobftat 
la difette que nous leur fifmes entendre 
ou nqus .eftionsqui au lieu d'enauoir pi 
tié ne fit pas difficulté de prendre de moy 
deux Reaies pour vn petit quartier qui 
nevaloit pas lors vnliarden ce païs là. Or 
nos gens eftansreuenusauecpain, vin & 
autres viâdes,que nous ne laiîfafmes moi 
fir ni aigrir,come en pêfâstouilours aller 
à la Rochelle nous eufmes nauigué deux 
ou trois lieues , eftans aduettis par ceux 

d'viï 



Î)Ê l'a ME RiQJE» 4 r 5 

4'vn nature qui nous aborda que certains 
pirates rauageoy et tout du long de celle 
cofte : cônfiderans ladeffus qu'après tant 
de grids dâgersd'ouDieu nous auoit fait 
la grace d'efehaper, ce feroit bieneçr- 
cher noftre malheur ,de nous mettre en 
nouueau hazard , dé$ ( Je mefme iour 26. 
de May,fans plus tarder de prendre terre 
nous entrafmes -dans le beau & fpacieux 
havre de Blanet paysdeBretagne:auquel 
aufsi lors arriuoy et grand nôbre de vaif- 
féaux de guerre retournas de voyager de 
diuers pay s, qui tirans ; coupsd'artilleries^ 
&faifans les brauades accouftumees en 
entras dans vrî port de mer s'efioiiifloyét 
4c leurs viftoifes.Mais entre autres yen 
ayâtvnde S. Malo duquelles mariniers 
peu au parauant auoyêtprins & emmené 
vnNauire d'Efpagnol qui reuenoitdu Pc 
ju chargé de bonnes marchandifes qu'on 
çftimoit plus de foixante mille ducatstee 
qu'eftat diuulgué par toute laFrâce,beau 
coup de marchans Parifien^Lionnois & 
d'ailleurs eftans ia en ce lieu pour en a- 
cheter , cela nous vint fi bien à point, 
qu'aucuns d'eux fetrouuans près noftre 
Vaifleau quand nous mettions pied en 
terre, non feulement ( parce que nous ne 
nous pouuions fouftenir)nous emmenè- 
rent par deflbus les bras, mais aufsi bien 
apropos , ayans entçndu noftre famine^ 



r 





4r£ HiSîOîR g 

nous exhortèrent que nous gardans de 
trop manger nous vfifsions du commen- 
cement, peu à peu.de bouillons de vieil- 
les poulailles bien confumees:de laid de 
chèvres & autres chofes propres pour 
nous eflargir les boyaux que nous auios 
retraits. Et de fait ceux qui creurentleur 
confeil s'en trouuerent bien : car quant à 
nos mattelots qui du beau premier îour 
fe voulurent faouler, ie croy de vingt re- 
fiez delà famine que plus de la moitié' cre 
uerent & moururent foudainement de 
trop manger. Mais quant à nous autres 
quinze pafïagiers qui , comme i'ay dit au 
commencement du precedent chapitre, 
nous eftions embarquez dans ce Vaiffeau 
en la terre du Brefil pour reuenir en Frâ- 
ce , il n'en mourut vn feul, ni fur mer ni 
. fur terre pour cefte fois la . Bien eft vray 
que n'ayans faiiuéque la peau & les os, 
non feulement vous eufsiez dit à nous 
voir que c'eftoyent corps morts défier- 
iez ,maisaufsi , fi toft que nous eufmes 
prins l'air de terre , nous fufmes fi def~ 
-Zefgout gouttez, & abhorrions tellement les vil- 
ZZ Uf * dcs \ S ue P ol ! r P arler de moy en particu- 
lier, quand iefus au logis foudain que 
i'eus fenti du vin , tombant à la renuerfe 
fur vn coffre à bahu,on pcnfoit,ioint ma 
foibleffe,que ie deufle rêdre f efprit.Tou 
tesfois ne m'eftant pas fait grand mal, 

mis 



r 



DE L'AMERlQJf. 417 

tnis que ie fus dans vn li&,combien qu'il 
y cuft plus de dixneuf mois que ie n'a- 
iiois couché à la Françoife (comme on 
parle auiourd'huy) tant y a que contre ce 
qu'aucuns difent quand on a accouftume' 
de coucher fur la dure, on ne peut de lôg 
temps repofcr fur la plume > que ie dor- 
mis fi bien celle premiere fois , que ie ne 
me refueillay qu'il ne fut le lendemain fa 
leil léu'ant. Ainii après que nous eufmes 
feiourné trois eu quatre îours àBlanet, 
no* allafmes à Hanebô petite ville à deux 
lieues de là, en Jaquclie durant quinze 
iours nous-nous fifmes traiter félon le 
confeil des Médecins: mais quelque bon 
regime que nous peu fs ions tenir 5 la p!uf 
part deuindrent enflez depuis la plan- 
te des pieds iufques au fornmet de la te 
fte 5 & n'y eut que moy de deux ou trois au 
très quilefufrn.es féulemët depuis la ceiu 
turc en bas. Dauantage ayâs vn cours de 
ventre & tel defuoyemet d v eftomach 5 que 
nous ne pouuions rien retenir dans le 
corps 5 n'euft eftévne certaine recepte que 
on nous enfeigna : affauoir du ius d'He- 
dera terreftns^ du Ris bien cuit eftouffé 
dansvnpot auec force drapeaux, quand il 
eftoftéde derfus le feu , & des moyeufs 
d'oeufs le tout méfié enfemble dâs vn plat 
fur vn rechaut,qu'ayans mangé auec des 
tuilliers nous r'afermit fort foudaine- 

Dd 





4l3 HISTOIRE 

met iecroydi ie fans cela que dans peu 
de iours ce mal nous eut tous emportez* 
Nous voila donçques ce fembJe pour 
ce coup à peu près quittes de tous nos 
maux : mais tanty a que fi celuy qui nous 
auoit tant de fois garantis des naufrages* 
tormentes ? afpre famine, &: autres mcon- 
ueniens dont nous auions efté aflaillis 
fur mer? n'euft conduit nos affaires à no- 
ftre arriuee fur terre , nous n'eftions pas 
encores efchappez : car corne i'ay touché 
en noftre embarquement pour le retour, 
Villegagnon, fans que nous en fceufsiôs 
rien ? ayant baillé au maiftre du nauire ou 
nous rapa(lafmes(qui l'ignoroif aufsi)vn 
procès lequel il auoit fait & formé cotre 
nous, auêc mandemét exprès au premier 
iuge auquel il feroit prefenté en France, 
non feulement de nous reteftir,mais auf- 
û faire mourir & brufler comme héréti- 
ques qu'il difoitque nous eftionsraduint 
que le fieur du Pont noftre conducteur 
ayant eu cognoiflance àquelques gens de 
iufticedecepays là (qui auoyét fentimet 
delaReligion dont nous faifionsprofef- 
fiô)aufquels le coffret cpuuert de toile ci 
reedâs lequel eftoit ce procès & forcelet 
très adreflantes àplufieurs perfonnages 
fut baillé , après qu'ils eurent veu ce qui 
leur eftoit mandé, tant s'en faut qu'ils 
nous traitaffentdeJa façon que Villega- 

gnon de- 



DE L'AMERIQUE. 4X9 

grion defiroit, qu'au contraire,outre que 
ils nous firentla meilleure chère qui leur J™' ie '" 
fut pofsible,ofFrans leurs moyens à ceux admirable, 
de noftre compagnie qui en auroyent af- 
faire, ils prefterent argent audit iieurdu 
Pont,& àquelqnes autres. Voila commet 
Dieu,qui furprëd les rufez en leurs eau- 
telles, non feulement par le moyen de ces 
bons perfonnages nous deliura du dan- 
ger ou le reuoltéVillegagnon nous auoit 
mis , mais qui plus eft la trahifon qu'il 
nous auoit braffee eftant ainfi defcouuer 
te à fa confufiô,le tout retourna à noftre 
foulagcment* Apres doneques que nous 
eufmes receu cenouueau benefice delà 
main de eeluy qui, comme i'ay dit , tant 
fur mer que fur terre fe monftra noftre 
prote&enr , nos mariniers departans de 
cefte ville de Hanebon pour s'en aller en 
leur pays de Normâdie, nous aufsi pour 
nous ofter d'entre fesBretonshretonnas, 
defqùels nous entendions moins le lan- 
gage que des Saunages Arneriquains, d'à 
uec lefqueîs nous veniôs,nous haftafmes 
de venir à Nates d'où nous n'eftios qu'à 
■p,-. lieues ? non pas toutesfois que nous 
courufsionslapofte,car a caufede noftre 
dcbilitén'ayâs pas la force decôduire nos 
cheuaux, defqùels mefmes nousn'cufsiôs 
A feeu endurer le trot,chacun auoit vn ho- 
me qui menoit ie lien tout bellement par 

Dd 2 





Nature en 
iiieufe fe 
tenouuel- 

lam. 

S our dùé 
&, débilité 
dwehrtat* 
fees Jefa* 



4 2 ° HISTOIRE 

h bride. Dauantage parce qu'à ce comme 
cement , il nous fallut comme i enouuel- 
ler nos corps, nous n eftiôs pas feulemêt 
aufsi enuieux de tout ce qui no 9 venou * 
la rantauc.qu'pn dit que fôtles femes qui 
cliarget d'éfant,dequoy,fi ie ne craienois 
d ennuyer les ledeurs , ïalleguerofs des 
exemples eftranges.mais aufsi aucuns eu 
rent le vin tellement à defgout qu'ils fu- 
rent pi us dVnmois fans enpouuoir fen- 
tiivnoins goufter . Et pour la fin de nos 
miiercs.auâd" nous fufmesarriuez à Nan 
tes,comme fi tous nos fens cuflfct efic'en- 
tieremêt renuerfez.nous fuf mes enmron 
haitioufs oyans fi dur & ayansla veue 
iiouulquee que nous penfions deuenir 
lourds Saueuglçs: toutesfois quelques 
cxceJlcns docteurs, médecins , & autres 
notables perfonnages qui nous vifitoye't 
louuent en nos logis , nous fecoururenc 
Il oien, que tat s'en faut pour mon parti- 
culier qu'il m'en foit demeuré quelque 
relie qu'au contraire de's enuirô vn mois 
après le n'entendis ianwis plus clair, ni 
n'eu meilleure veue: vray eft eue pour 
iefgard de l'eftomach , iel'ay roufiours 
eu .depuis fort foible& débile: tellement 
qu'ainfi que i'ay tantoft touché, Iarcchar 
gequei'eu il y a enuirô quatre ans.durat 
lefic-ge & la famine de Sancerre eftant ia 
tcnienuë;ie puis dire que ie me fentiray 

toute 



' BE l'aMERIQV^. - 4'2t 

toute ma vierainfi après auoir vn peu re- 
prins nos forces àNites,ou,Come i'ay dit 
nous fufmcç fort bie traitez, chacû print 
party& sen alla ou il voulut. 

Ne refte pi us pour mettre fin à la pre-* 
fente biftoircfinon , fcauoir quedeuin- 
drent les.cinq de noftre compagnie , les- 
quels, ainfi ^ilàefté dit ci deflus>apres 
le premier naufrage que nous cuidafmes 
faire s'en retournèrent en la terre d'Ame 
rique: & voici par quel moyen il a efté 
fceu. Certains perfonnages dignes de foy 
que nous auiôs laiflez en ce pays là, d'où 
ils reuindiêt enuiron quatre mois après 
noqs: ayans rencontré le fieur du Pont à 
Paris , ne l'afîarerent pas feulement qu'à 
leur grand regret auoyêt efté fpeéïateurs 
quand Villegagnon à caufe de PEuangile 
£ti fit noyer trois au Fort deColiigniraf- 
fauoir Pierre Bourdon , lean du Bordel, 
& Mathieu VernuciUmais outre cela ayâs 
rapporté par eferit tant leur confefsion 
de foy que toute la procedure que Ville- 
gagnon tint contre eux , ils la baillèrent 
audit fieur du Pont , duquel ie la recooi- 
uray aufsi bien toftapres. Tellement que 
ayant veu par là, corne pendant que nous 
fouftenions les flots & orages de la mer, 
ces fidèles feruiteurs de lefus Clirift en- 
duroyent les tourmens voire la mort que 
leur ht fouffrir Villegagnon * me teflou^ 



r 




^12. HISTOIRE* 

Uenantfeinfi qu'il à efté veu ci dcffus) que 

îTioy feul cjp noftre compagnie eftois ref- 

forti de la barque,dâslaquelle ic fus tout 

preft de m'en retourner auec eux:comnie 

iVu matière de rendre grace à Dieu de 

cefte mienne particulière deliurance, au f 

fi me Tentant fur tous autres oblige', d'a- 

uoir foin que la confefsion de foy de ces 

trois bons perfonnages fut enregiftree 

au Catalogue de ceux qui de noftre téps 

ont conflamment enduré la mort pour le 

tefmoignage de l'Euagiîc, dés cefte mef- 

me année 1558. iela baillay à lean Cref- 

pin Imprimeur, lequel, aucc la narration 

de la difficulté qu'ils eurent d'aborder 

la terre des Sauuages après qu'ils nous 

eurent laiflez l'inféra auliure des mar- 

tirs auquel ie renuoyeJes leâeurs: car tf 

voyez eufteftéiaraifon fufdite, ien'eeuffe fait 

Ie-5-Ii. ici aucune mention. Kleantmoins ie diray 

au tit. encores ce mot qu'atendu que Villegagnô 

desma.a efté le premier quia refpandiile fang 

de l'A- des enfans de Dieu en ce pays nouuelle- 

meriq. ment cogneu , qu'à bon droit, à caufe de 

ce cruel ade, quelqu'vnla nôméle Cain 

de l'Amérique. 

Pour conclufionpuis comme i'ay mo- 
ftré en la prefente hiftoire, que non feule 
ment en general mais aufsien particulier 
i'av efté deliuré de tant de fortes de dan 
gers, voire de tant de gouftresde morts 

ne puis 




ne nuis iepas bié dire auec cede fainte Fe 
nie mere de Samuel que i'ay expérimenté i.Sam. 
l'Eternel eftre eeluyqui Fait mourir&fait 2.6. 
viurc* qui Fait deFcendrc en la folfc & en 
fait remonter? ouy certainement cerne 
Fembie auFsi à bônes enFeignes qu'home 
qui viue pour le iourd'huy : & toutesFois 
Fi cela appartenoit à cefte matière , ie 
pourrois encores adioufter quepar Fa bo 
té infinie, il m'a retiré de beaucoup d'au- 
tres deftroits par ou i'ay pafle • Voila en 
Fommecequei'ay obFerué, tant Fur 111er 
en allant & retournant en la rerreduBre 
Cl dite Amérique, que parmi les Sauua- 
g.es habitas en ce pays là, lequel pour les 
raiFons que i'ay amplemët déduites peut 
bien eftre appelé mode nouueau à noftrc 
eFgard, IeFcay bien toutesfois qu'ayant 
fi beau fuiet ie n ay pas traité lesdiuerFes 
matières que i'ay touchées, d'vn tel ftile 
ne d'vne Faço Fi gratte qu'il falloitrmcfme 
entre autre choFe,ie confeffe auoir quel- 
ques Fois trop amplifié vn propos qui de 
uoit eftre coupé court: & au contraire tô 
bant en l'autre extrémité , i'en ay touché 
trop breFuement ,qui deuoy ent eftre de- 
duitsplusau lôg.Surquoy pour Fuppleer 
ces deffauts du langage x ie prie derecheF 
les leâxurs, qu'en confiderât combien la 
pratique du contenu en cefte hiftoire m'a 
efté dure&grieFue,ils reçoiuent ma bon- 



r 



-- 





4M HÏSTOÏHE 

ne affedion en payement. Or au Roy 
des Siècles Immortel & inuifible,à Dieu 
feul fage foit honneur & gloire éternel- 
lement Amen. 





table: 

Farine.de racine viure ordinal efpees de bois.n6. 

re desSauuages. 47. manière Gaipard de Cpîligni Admiral 
dela£ure.i33.foiigouft. 136, de France caufedu voyage 
n'eit. propre à faire pain.134. fait en l'Amérique. 3. 

Farinedepoi.rTon.154. Geraù efpece depahnier. 200 

Femmes greffes comment fe Garcôs Sauuages enuoyez, en 
gouuerne.it en l'Amérique France. 80. 
196. Gonambuch oyfeîettrefpetlt 

Feu & l'inuentïon i nous inco & fou chant eimerueillablç 
gneuëque lesSaauages ont ij6. 



d'en f ûre.318. 
Feu de bois de Bredl prefque 

fànsfumee.iotf. 
Fiffres & tîeutes faites d'os hu- 



mains. 2-17. 
Figures des Sauuages. 121. 231. 

275.33 v^ 1 ^ . 
Fhteries des femmes Amerî- 



Guenons farouch es & cornent 
fe prennent. 1&4. leur indu- 
flrie à fauuer leurs petks,iô'3 
Guerre pourquoy fe fait entre 
les Sauuages. 219. iniques à 
quel nombre s'uffemblent* 
22'<5. leurs gelles cl contera 
ces approchâsrennemy.230 
quainesaiô'. Guyapatferpes.24$. 

Fleuue d'eau douce. 107. H 

Flefcheslongues.223. Hameçons a pefcher trouuez 

Fort desPortugais nommé Spi propres parles Saunages i£, 
ritus Sanctus.50. Haquebute tirée de trois San 

Folfes des morts de quelle h- nages d'vne nouuelle ûcon. 

ç/on faite eni'Ameriqiie.3^6' 225. 
Fronteaux de plumes.125. Harangue des vieillards Sauua 
Fruits de l'Amérique tous dif ges pour efinouuoir guerre, 
ferens des norlres. 217. plu- 220. 
fîeurs dangereux a manger. Hay animal diffbrrne felon au 
i°Z' m cunsviuantdu vent.io^. 

Fueilles d'arbres d/efpefîeur Hazard d'vn coup de mer. i3. 
d'vn tefton.202.autresd'ex- He intêrie&ion des San. 344. 
ceiliue longueur & largeur. Herbes marines & leur forme. ' 
207. 397 . 

Fumée de Petun comment hu Hetich racines fort bonnes & 
mee par les Sauuages. 212. en grande abondance en 
purge le cerueau. 213. rAmenq.224.faco merueil 

G leufe de les multiplier. 215. 

Ganabarâriuiere.60. * Hiftoireplaifante d'vne chau 



Garnitures de plumespoi 



r 



ueilouns v/g 



Ec3 



mssss 



mm 



TABLE. 

Uiuouraé efpece degaiac dot eftionsfbusTEquator 389. 

les Sauuages vfent contre ïour auquel nous vifmes terre 

vne maladie nôtnee Pians anoftre retour 412. 

203. loyaux enterrez, aueç les corps 

Homicides entre les Sauuages 337. 

çommentpunis 304. Ifîes fortunées itf. 

Honnêteté gardée es maria- Lagrandelileenla riuieredç 

ges des Ameriquains 301 Genevre 104. 
Hoites comment contentez Ifle inhabitable remplie d'Ary- 
en l'Amérique. 320. bres & doyfeaux 388. 
Huile fainte des Sauuages 183. lus fortant delafarine de racû 
Hurlemenseitrangcsdes fem- ne humide bon a manger, 

mes Sauuages 27f. 136. 

Huuaflou lieu motueux en Î'A K 

merique 45. Kurema&ParatiMuIets excels 

I lens 185:. 

la care Crocodiles. 1^7. L 

îacous efpeces 3 deFaifâns de lac de Geneue comparé a la 

trois fortes 16$. riùiere deGanabara enl'A- 

Ianouare belle rauiflante man merique.98. 

geint les hommes 1 61. Leçons de Cointa.85. 

Ignora'-cedu vray& des faux Leripés huîtres 105. 

dieux entre îesTououpinâ- Lery-ouflou 3 nom de l'aucteur 

baoults 259. en langage Sauuage.310.341 

Ignorent aufiî la creation du Lettres deViJIegagnonà Caî 

monde 2^9. uin.Voyez la preface. 

Immodicité rouges nageans Lézards de l'Amérique bons X 

fur mer 397. manger.159. 

Inubia grands Cornets 227. Lézard dangereux &aionftru^ 
lonquet fel des Sauuages & eux.itfi. 

comme ils en vfènt %i6. Leures percées & la fin pom> 
Joues percées pouryappliquer quoy.in. 

des pierres vertes 112. Ligne Equinoxiale pourquoy 

Jours que nous defcouurifm.es atnfî appelée. 40. 

l'Amérique & que nous en Libéraux & ioy eux aimez des 

d partifmes 44.381. Ameriquains. 193. 

Ion s plus long sau, mois de Loyauté des Sauuages enuers 

Décembre en l'Amérique leurs amis.32.tf. 

210. M 

lourEquinoclïaî auquel nous Machiaueliftes imitateurs 



TABLE. 

desBarbares.izo. Moucacoua efpece de perdrix 

Maiibns des Sauuages de quel 169. 

le façon. 272. leur longueur. Morgouïa oranges.208, 

zzç. Mores de quelle facô enterrez 

Maiz bled du Peru.137. en FAmerique.337. 

Maniot racine. 132. Mouton oyfeau rare.16'9. 

Marganas forte de Perroquets MouiTacat vieillard reeeuant 

174. lespaflàns.316. 

Manobi efpece de noifette.216 N 

Margaias Sauuages ennemis Nature enuieufe enfèrenou- 

desFrancois.45. uellant.420. 

Maq-hé region.55. , Nez des petits enfans eferafez. 

Maraca instrument fait d'vn 297. 

fruit. 118. comment dédié à Nos de ceux qui firent Je voya 

l'vfàge des Sauuages. 179. ge en TAmeriqucS. 

Mariages premieremeutlolen Nom de l'aucleur en langage 

nifez alafaçô des chrefliés Sauuage.310.34i, 

en l'Amerique.8o. Noms des ennemis des Touou 

Mariage des Sauuages. 2 93. pinambaoults.354. 
Marfbuins.zS.comment le pré Noms de toutes les parties du 

nentfur mer.30. corps en langage Sauuage. 

MauronganCitrouiUes.217. . 364. 
Mariniers morts de faim. 400 Noms qu'on baille aux enfans 

404.411. des Sauuages. 297. 

Maucacouï poudre a canon. Noms des chofes. du memage 

344- en langage Sauuage 3 .3<$7. 

Malades enl'Ameriqne corn- Nourriture des enfans des Sau 

menttraitez.335. uages.298. 

Menfonge de Theu et.85. Nudité des hommes Sauuages 
Merueilles de Dieufevoyent 110.123. 



r 



furmer.15.44i. 
Mélodie efmerueillable des 
, Sauuages .276'. / 
Merherbue.396. 
Min gant boullie de farine de 

racines. 13 4. 



Nudité des femes Ameriquai 
nés refolues dene fe point 
veiHr.T24.i25. opinion & iii 
tention de Taucleur fur ce 
propos. 130.131. 
O 



Mo cap artillerie &harquebu^ Occafïon d'annoncer le vray 

fes.344. Dieu aux Sauuages.282. 

Monnoye non envfage entre Occupatiô ordinaire des Sau» 
. tes Sauuages.49. uages.301. 

Ee 4 



m ? , 1 w^Mimmmm^a •m r - 




TABLE. 
Orange & Citrons en abon- pliqué par Villegaenon s, ' 

<-» il i .- netsSauuaaes.no 

ge^monftrezaux ennemis. 3I | einteneuie dumarfoum 
Oura'cvftau 1( c 7 Pattes de * ats 3m ^flee 5 pou r 

Ouy-entan farine dure. Per es feruans de fa*e femmes 

O'tf-ponfannetendre&lôn z 9 6. " 

OESS abondances If P ^ ^<« des Sauua- 

oJl:55 P«»nfim P Iedefingulierevet 

Jietezdecouleur s .i7d. Poiflbns voWz?. 

Tï^i'; l -r , Pc-iTon ayant mains &tefte de 

Pacoairearbnftau tendre. «î forme humaine.191. 
Pacos fruits longscroisTans par PoJligamie.2,94. 

boquets.ioj.ayansgouftde Poules d'Indes en srand quan 
p % oes -^; , tiré en l'Amérique jct/ 

1 ages médecins des Sauuages. Poiurelong.116. 

■n^ 1 ". , , . PoitralianneduToucâàquo» 

gg animal tachete.r^. fert aux Sauuages.i 7î . q f 

ertr e . |h n0<,e Vllleg38nÔ P r U & ais P rinS ^'^ngezpar 
entre les Sauuages.^*, les Sauuages.z^. F 

Panouoyfeau ayant lapoitrine Porcs ayans vn pertuis furie 
rouge.y 5 . dos par ou ils refpirent. i«. 

Palmiers de quatre oucuiq f or Pilote fcanant fans 1 «tre.» 
tes en 1 A mer.oue.zoo. p ians maladie conugieufe 35i 

Panapana poiflbn ayant tefte Pierres vertes enchàiTees aux 

monftrueufe.188. kures des Sauua2es.n1. 

Paraibes.,1. p imes femam de ° couftêaux 

iaremens fur les loues des Sau aux Saunages.^. 

uages.115. Piperisradeauxfurlefquelsles 

1 atfage de 1 efcrçure mal ap^ Sauuages pefchent.191. 

Pira. 




TABLE DES MATIERES ET C H 0~> 

SES NOTABLES CONTENVES EN CESTE 

Hiiloire de l'Amérique. 



A 

A age. des Sauuages. 109. 
Abeilles de la terre du 

Brefîl. ioo. 
Acaiou fruift bon & plaifant 

â manger. 205. 
Acarapcp poiffon glat.187. 
ÀcaraboutenpoifTon rougea- 

flre.i37. 
Adultère en horreur entre les 

Ameriquains. 2,95. 
Agouti eîpecede couchô. 155. 
Àiourous plus beaux & plus 

gros perroquets .172. 
Àiri arbre eipineux &fon fruit 

2*31. 

Albacores poiffons. 17. 

Americ Vefpuce qui premier 
defcouurit la terre duBre- 
fil. 44. 

Ameniiou coton. 208 

Amérique quarte- partie du 
monde & fa longueur. 219'. 

Ameriquains croyét l'immor 
talité des âmes. 262. plus 
auiiez que ceux qui croyét 
qu'elles apparohTet après la 
mort des corps.178. le moc- 
quent de ceux qui hazar™ 
dent leurs vies pour s'enri- 
chir :fbnt excefsifs buueurs. 

H3- 

Voyez Sauuages 
Ameriquaines comment fe far 
dêtlevifage.i24,cômétpleu 



rent h bien venue des élira 
gers.314.leur couftume defe 
lauer fbuuent. 127.ch.ofe et 
mcrueillabîe entr'elles.294 

Animauy.de I'Ameriquetous 
dilîemblab.!es <iqs noftres. 
150. quels font les plus gros, 
155. & nuls pour porter ou 
charier en ce pays lu. 195. 

Ananas fruit exceiient.211. 

Aouai arbre puant & Ton fruit 
venimeux. 202. 

Applaudiflement aux vain- 
queurs entre les Amer.-* 
quains,23$. 

Arbres toujours verdoyans 
en l'Amérique. 210. &. tous 
differens des no lires. 217. 

Arbres portans coton >& la fa-* 
con comme il croilh 107. 

Arabouten bois de brefil>&la 
façon de rarbre.194, 
Voyez bois. 

Arat oifeau d'excellent plu- 
mage. 170. 

Arcs des Sauuagcs.222. 

Arignan ouflbu poules dinde 
16/. 

Arignan» miri poules comma 
nes.167. 

Arignan-ropia œuf. 168. 

Art de nauigation excellent. 
12. 

Ath.eiftes plus abominables 




que les Saunages. 265. 
Auatigrosrml.137. 
Arauers papillons rongeans le 

cuir & viande. 180. 
Aueugliflémcntdes Sauuages 

confefle par eux.29©. 
Aygnan malin efprit tourmen 

tant les Sauuages.263. 
Aypi racine. 131. 
B 
Baleines 43.8c 10?. 
Balene demeurée à fec.106. 
Barbarie paysplat.20. 
grandes Balles que fignifie. 

382. 
petites B ailes. $r. 
Bec monïtrueux de Toifeau 

Toucan, r/5. 
Bifcuitpourn.37. 
leiîeur de Bois le conte efleu 

vice Admirai.^. 
Bois de brefil coupe' & porté 
par les Sauuages pour char- 
ger les Nauires. 105. 
Bois de brefil grignote' durant 

la famine. 408 
Boisiaunes 3 violets^ blancs & 

rouges.201. 
Boisdefenteur deRofes.202. 
Bois & herbes touiiours ver- 
doyans en l'Amérique. 46. 
Bonite poiffon. 2d. 
Boucan rotirferie des Sauua- 
ges de quelle facon.153.bras 
tuiffesjiambes & autres pie 
ces de chair humaine ordi- 
nairement delîus.154. 
&oùre collier. 113. 
Biaceletsde porcelaine & de 
toutous de verre. n<$. 



TABLE. 

autres grands compofez âà 

pluiîeurs pieces d'os, idem 
Bruuage déracines par qui & 
de quelle façon fait.140. 144 
Bruuage fait de mil. i^a. 
Buueurs exçeisifs. 143. 

C 
Caieua efpece de choux. 2I4W 
La grand Canarie.19. 
Canidé oifeaude plumage a* 

zuré.i7r. 
Caraïbes faux prophetes.26& 

dedians 1 mftrument Mara- 

cas. 274.fbufflans fur les au*. 

très Sauuages. 275. 
Carauellesprïfès*ip.20.2i.2a # 
Cannes de fucre abondantes 

en la terre du Bre/îl. zo$. 
Caouïn bruuage & ion goufL 

142. chauffe & trouble auâ* 

qu'eftre beu.143 
Cap de S.Vincent. 1 j. 
Cap de frie. 58. 
Cap S. Roc. 3 89. 
Cay Guenons noires & leur 

naturel parles bois.163. 
Cène premièrement célébrée 

en l'Amérique. 67. féconde 

fois. 83. faite de nuit en ce 

pays-la,& pourquoy: Si fiel 

leie pourroit célébrer fans 

vin. 9 4. 
Cendre debre/ïl teignans en 

rouge & ce qui en aduint* 

196. 
Charrier Minilire pourquoy 

renuoyé en F/ an ce.78. 
Charité naturelle des Sauua* 



ges.322. 
Chair humaine fur le boucan* 






r 



TABLE. 

. + poinon.i86. 

Chaleurs extremes**. Conomi-mirt petits garçons 

Chantrerie des Saunages. 171. Ameriquains , leur.equipa- 
Chauueflburis fucçansle fang ge & façons de kire.r.8. 

des orteils.178. plaifante hi- Conformité & difference des 

itoire à ce propos. 179. langues des Sauuages. 354- 

Choyne arbre & dm frmt.ao 4 Cordes dar.s faites delher- 

Cimetières entre les Sauua beTocon.iiS. j 

^ ? ^d Couroq Iruici propre a taire 

Ciuiîité vrayement eftrange huile fêruât de remède aux 

& Saunage. 50. Sauuages. 1,33. 

Coati animal ayant le groin Crapaux feruans de nourntu- 

eftransement lottg.i65. re aux Ameriquains. 159. 

Contenâce du voyager en l'A CrocodiUes de grandeur in- 

merique.316. croyable. 158. 

Cointa abiure le papifme. 67. Croiflans d os blanc.113. ^ 
Colloque du maiîacreur apec Crotesde Rats mangez durât 

le prifonnier qu'il doit ailo- la famine.400. 

Lner.2,41. Cruauté des manniers.zi. 

Couitume'des mariniers fur Cruautez des Sauuages horrid 

raer .i3 # bles&nompareilles.i50.i52, 

Coffins & paniers des Sauua- p 

ges.308. Dangers prochesde naufrages 

Copau arbre reffemblant au 56.383. 

noyer. 201. Danfes des Sauuages arrengez 

Corps du maflàcreur incifé & comme grues.u*. 

pourquoy.z 4 8. autre forte de Danfes en rond. 

Collets de marroquin magez z73- femmes & filles Amen 

en la famine.402. quainesdâfansfeparees des 

Colloque montrant que les hommes.147, 

Sauuages ne font nullemét Dauphins fuyuis de plufieurs 

lourdaux.1^7. poiilons.43- 

Comparaifon de la façon de Débilite deRich.er 409. 

faire vin auec celle du caou D efcente au fort de Co ngny. 

in. 150. <fr* . r 

Commanda-ouaffou groffes Degrez de côfagmnitezobfer 

febues.117. uez - entre les Sauuages 293. 

Commanda-miri petites feb- Deli cats repnns.38. 

ues.idem. Defcripttonspour le bien re- 

Camouroupouy ouaflbu grâd pretëtervûSauuage«U9.iia 






TAB! F. 
fccfcription de Plfle & Fort fonducanon.225. 

dèCoJlignyenJ'Ameriq.^.Eicriture en quelle opinion 
Deuisdes Saunages touchant entre ks Sauuages.2tf0.d0a 

la France. $6u excellent de Dieu.261. 

Deluge vniuerfel confufémét EsbahiiTement des Sauuages 
cogneu des Ameriquains. oyans parler du vrayDieu 
% 77. 251.283.. 

Dilputes de Cointa & Vilk <« l'euâgile de noitre temps pref 

gagnon.76. clié aux antipodes. 287. 

Djfcours fur 1 afTemblee 1 & Eleuation du tôle An tarai* 
grandefolennité des Sauna que. 41. 
ge.s. a5p. equipage des Sauuages quand 

pikours notables. 280.309. ils boiuent danfent & gam- 

3 % 7* badent, 113. 

Dorade poiflon.28. Equipage de Villegagnon.90. 

Dueii liipocnte delà femme Erreur vrayemêt diabolique. 
du prifô'nriïer mort. 243. ^S. 

„ '' : , » A - m -l ' L . erreur dVfiCofmog'raphe.174 

Eaux de l.nmenque bonnes Erreur es cartes mcnitrânsles 
' &fames.i49. Sauuages roftirla chair hu- 

Eaufuccree.i^o. maine comme nous faifens 

eau douce corrompue.37. nos viàndes.246. 

Eau de mer impoisible à boi- Erreur de prendre la Necoci- 

r f:3*\ ennepourPetum.213. 

Enfàns des Sauuages par qui Erreur groisier .280. 
receus à leurs naillances. Exemple notable de l'huma- 
29ôVont îe nez eferafé; leur nicé des Sauuages. 323. 
equipage : noms qu'on leur F 

biiile. 197. leur nourriture. Facô deviure en l'Amérique.? 
29ô\non emmaillotez. 299. Façon ancienne des Sauuages 
tenus nets fans linge. 300. Ameriquains d'abatre vn ar 
leur facô de parler. 193. font bre.195. 
frottez du fang desprifon- Façon de parler des barbares 
mers.244. imitée des Francois.243. 

LIcarmouche funeufe entre Famine extreme, /oo. engen- 
les Sauuages.230. dre rage. 4 o 9 ,a fail penfer& 

Eipees trenchantes peu efti- pratiquer chofes prodigieux 



des Sauuages pour le 
combat.225. 
Eftonuement des Sauuages au 



lès de noftre temps. 4io.deA 
gout après la famine. 416. 
Famine de Sancerre.407. 




y > 



Corrigez ainfî les fautes qui font efchappees en 
quelques exemplaires de cefle premiere Edition. 

Le premier nombre figoifie la page &lefêçondla 
ligne. 

Page.i2.Hgne.i7-Hfezrrczieme. 
t |.<5.1izez defcouuerts. 
io.i.Sc 27 .liiez incontinent* 
2,4.21. lifèzafloree 
% 7.19. liiez are (te. 
20.4.1ifèz appelions. 

en la mefme page.ligne.17.Hfez fèmblent. 
45.xo.life z incontinent. 
96.24.Hfez Briqueterie. 
101.24.lifez.1558. 

ioi.4.1ifcz qui fut près de deux ans. 
H4.9.1ifez teindre. 

en la mefme page.ligne.io'.lifez nouuellcment. 
131.22. liiez bombances. 
i<53.8.1ifez lanouare* 
208.17.Hilz Portugais, 
zio.i8.Hfez tranfîifans. 
a38.22.Hfez d'heures. 
245.10.Hfez appetent. 
255.adioultezà la finies* 
319.2 6\liiez tresvraye. 
324.4.1ifèz ayant. 
325.j.iifezmon. 

Quand aux autres fautes qui fe pourront encores 
trouuer en Fortographe outre celles ci deffus cottees 
le le&eur les fuppleerâs'il luy plaift en çefte premie- 
re impreffion* 




*. 



r 



^ 






^A 



TABLE. 

Pira poiflbns. î8$ R 

Pira miri petits poirïbns.i88. Raifon pourquoy on ne peut 
Pira ypochi poiflbnlong.rê/. dutoutrepreler.terles Sau- 
Plantes &fu cilles de l'Ananas. nages. 129. 

%lît Raifo feriale des Ameriq. 169. 

Pluye puate &contagieufe.3& Rats roux. 150. 
Plumes feruans 1 faire robes, Rats&fouris cha-flez &man- 

bonnets, bracelets & autres gez durant la famine.405 

paremensdesSauuages.171. Ratier.99. 

2,34. Rayes diflemblables de celles 

Prodigieux pendans aux oreil de par deçà. 187 

'les des fémes Saunages,.!?. 4. Récit 'd'vn vieillard Saunage 
Principal ou vieillard. 355. fur le propos du vin. 147.au 

Prouidéce de Dieu admirable tre récit notable d'vn Sauua 

18. ge.284. 

Pnfonnier de guerre lié & Remède, cotre lapiqueuredu 

garrotte. 2-35. comment trai Scorpion. 184. 

té.23/ afiemblépourle maf Resolution prodigieufe.413. 

fa.-rer.238. approchant de fa Reproche desSauuages aux va 

fin & môitre ioyeux. %$SMé gabons .200. 

& pourmené en trophée. Requiensdangereux.32. 

i39.arre ! té tout court fe van Refuerie des Sauuages s'arre- 

geajant que mourir. 240.(3, ftansau chant d'vn oyfeau. 

ia;ta -ce iL 'Croyable.239,me 177* 

ipnic l&nturc* rué parterre Reuoïtede Villegagnon delà 

&aiïommé. 242. Ton corps Religion reformée, 87. cau- 

cfchaudé. côme vncouchon fe que les François ne-fbnc 

Çcmïs fbudamemêt par pie- habituez enl'Amerique.^ 

ces.244- 300 

Prifônniers achetez par les Riuiere des vafès en iAmeri- 

Franc-ois.2,36. que.io/. 

Puiflaouafibu retz à pefcher. Robes bonnets bracelets & au 

192. tresioyauxdeplumes.no'. 

Purgation des femmes Ameri Roche appelée pot d^beurre. 

quaines^oi. 99. 

Q Roche eftimee d'emieraude. 

Qujampiâ oyfeau entieremët 95. 

rouge.176. Rondelles faites du cuir de Ta 

Queilion d'où peuuent edre pirourTou.iSx. 

defeendus les Sauuages.290 Rondelles de cuir magees du- 
Queue de raye vemmeuiè.187 raat la famine. 402. 



T* 




TAB IE, 

Breiïliem n'ayas R oys ne Prin 
ces obéirent aux vieillards. 

220. 
Rofeaux dot tes Sauuages font 
le bout de Ieursflefches.209 
Refurre&ion des corps confef 
fee par quelques Sauuages. 
265. 
RotifTerie ànoftre mode inco 
gneue clés Sauuages.246. 

îlufedes Sauuages pour nou* 
attraper.48. 

îlufe mortelle deVillegagnon 
contre nous.397. 

Racines de deux forte s feruss 
au lieu de pain en l'Améri- 
que. 152,. manière d'en faire 
fanne.i35.forme de leurs Ti 
ges & iueilles^ facô efmer 
ueillable de tes multiplier. 
if. S 

Sabaucaië arbre & fo fruit fait 
en façon de gobelet.204. 

Sagouin ïoîi animal.164. 

Saifons tcpereesious les Tro- 
piques. 2,10. 

Sarrigoy belle puante.156. 

Sauuages premièrement veus 



vn mefme repas.14^ mlget 
atoutesheures.i45.(bntfort 
vindicatifs. 184. irrecôcilia 
bics.2io.fufieux.222. com- 
battent nuds 3 font ex celîens 
archers. 224.defeochét roi- 
dement leurs arcs.226. com 
ment flefchent les poijfons.. 
13d marchent- fans ordre en 
guerre & toutesfois fans cô 
fyfion.227. cris.& hurlemés 
apperceuans I ennemy.23Q« 
acharnez & corne enragez 
au combat.232.com battent 
a pied & quelle opinion au- 
royentdescheuaux.a^.leur 
façon dé boire. 144. fïlence 
durant le repas,& fobrieté i 
manger.iu.5. contenance dâ 
fansen rond.273.maniere de 
coucher. 367. excellens na- 
geurs. 189. viuent en vnion. 
304.font prompts a'faire plai 
iîr. 311. recoiuent humainc- 
1 ment Je* eitrangers^o^. 
Sauuages promettans fe rager 
au fèruice de Dieu affilient 
a te priere.2^5. 



&defcntsparlaucteur. 4 7. Scorpions de l'Amérique fort 
Sauuages peu foucieux des venimeux. 184. 

choies de ce mode.1g9.19g. Sentence notable & plus que 

non veluscomme aucuns e- philofophale dVnSauuage 

lliment.110.noircispeint.u- Ameriquain.198. 

rez & emplumaffez parle Seouanous efpeces de cerfs & 

corps.n?. 114. defehiquetez biches.^. 

parlapoitnne&par les cuif Serpens gro's& longs viande 

fes. 117. demi nuds & demi des Anieriquains. 160. 
. veitus. 119. viuâs fans pain ni Serpent verds longs & défiiez 

vin. 132. leur couitume élira dangereux. 160. 

ge denemiger & boire en Soif plus pi effante que la faim 



TABLE. 

4ô p 9 T ocon herbe dequoy les Saw 

Soleil pour Zenu+u uages font leurs lignes a pe^ 

Sonnettes compofees de fruits cher & cordes de leurs arcs 

fecs.ïi7. 192.223. . 

Sourditécaufeede famine 420. Ton vermine dangereuie le. 
Souhait du lieur du Pont quel fourrant fous les ongles.îSi. 

409. Toupan tonnerre. 2 -, ^.i6i. 

Stature & difpofition des Sau- Tououpinâbaoults Saunages 

uages.108. alliez des Francoises. 

Lourle fuperlKtion.27 9 Tortues de mer & façon de les 

Stratagème de guerre entre prendre. 33.34, 

les Ameriquains.228. Toucan oyfeau.17?. 

T Touis petite forte de Perro- 

Tacapé efpee ou mafTue de quets.174. 

bois.222. Toliou lezard.158. 

TaiaffouSangïier .155. Traquenards à deux pieds.321. 

Tamouatapoifibn difforme & Truchemens de Normandie 

armé.188. menans vie d'Àtheiites.^o 

Tape mi. ri. 51. V 

Tapirouflbu Animal demi af- Vaifleaux & vailTclle déterre. 

*e &demi vache.151. gouil o/. de quelle façon faits. 141 

de fa chair Ôcfaçôde la cuire Vengeance horrible.247. 

151. Vensmâgèz durât lafamine400 

Tapitis efpecedelieure.156'. Vens incon&ansïbus l'Equa- 
Taflès & vafes faits de fruits. tor .35. 

308. Vigne que nous plâtafmes pre 

Tehlinteriedion d'efbahiffe- mi'erement en l'Amérique 

ment.iQ9.310.34i. comment vint.138. 

Tatou animal armé.15'7. Viandes des Sauuages cornent 

T ects,oS;& déts des prifôniers conferuees.153. 

pourquoy referuez.247. Ville imaginaire es Cartes de 
Tendronsila cime des ieunes Th.euet.1c2. 

palmiers bons contre les he Vieillards Ameriquains créez 

moroides.zoo. conducteurs en guerre.202. 

Terroir de l'A m eri que propre Vieillards Tououpinâbaoults 

au bled & au vin. 138. cheriiîans les François. 2S1. 

Terre du Brefil exépte de nei Vieilles femmes Ameriquai- 

ge gelée & grefle.210. nés lefchâs la graiffe humai 

Quelles terres pofF. dét les Sau . ne.245. 

uages en particulier. .3 06, Nulle ville' clofc en TAmeriq, 
229- 



r 





TABLE. N "l6^ 

Villages frontiers desennemis efclanéi. 91. ne nous veur 

Villages & «milles des Sauua Epilogue de fa vie. 97 ■ 

g« comment difpofez &fou- Vinaigre de cannes defuccre 
ueiitremuez.305. 209 «eiuccre. 

Village faccagé parles Sauua- Volées dePerroquets.;? 

ViKt* yi ' , v pec canes d'inde,.i6*. 

VjlLgagnon ponrquoy fait le Vfuriers plus cruels que lesAn 
voya^enlAmenque-i-ef- thwpophaees. »<tf 
enta oeneue de ce pays là. 
J.lès contenances durantle Y 

prefehe. 61. eilablit l'ordre Yetin mouchiilonpicquantvi 
Ecclefiaft.que.^^tluae Uement.183. H 

Jateur.67. fon oraifon. éS.re Ygat barque d'efcorce.izS 
Soit.aCe-e./é.fonordon- Yramielàyettc cncnoire.180 
mee cotre kjpaàardiftj 8l . Yri arbre & Ton fr mt.xoo. 
blaime Caluin Wtf auoit Yuambou-ouafibu efpece de 
loue. 87. eft géhenne en fa greffe Perdris.ï6o. F 

c ™* ie T/ mferment0r - Y ^pena-bifron^ deplu- 
dinaire&fescruautez.SS.té mes.nj. P 

te le moyen de nous rendre Yurôgnerie des Sauuages i 4 <5. 

FIN. 






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